LE MONARQUE CHINOIS
L'empérèùr Kam-Hi étant à la cliasse, et s'étanï écarté de ceux de sa suite, trouva un pauvre vieillard qui pleurait amèrement, et paraissait affligé de quelque disgrâce extraordinaire. Il s'approcbe de lui, touclié de l'état où il le voit, et sans se faire colinaîtr(ï, lui demande ce qui l avait. Ce que j'ai? lui répliqua le vieillard, bêlas! Seigneur, quand je vous le dirais, c'est un mal auquel vous n'apporteriez aucun remède. Peut-être , mon bon-^bomme , répartit l'Empereur, que je vous serai d'un plus grand secours que vous ne pense2; faites-iiïoi confidence de ce qui vous afflige. Puisque vous le voulez savoir, reprit le vieillard, c'est qu'un Gouverneur d'une
dés maisons de plaisance de l'Empereur, Imu- Tant mou bien, qui est auprès de celle maison royale, à sa bienséance, s'en est empare, et m'a réduit à la mendicité où vous me voyez. Il a fait plus: je n'avais qu'un fils qui était le soutien de ma vieillesse^ il me l'a enlevé et en a fait son esclave. Voilà, seigneur, le sujet de mes pleurs. L'Empereur fut si touché de ce discours, que ne pensant qu'à venger un crime qu'on commetlait sous son autorité, il demanda d'abord à ce vieillard s'il y avait loin du lieu où ils étaient, à la maison dont il parlait; et le vielllanl lui ayant répondu qu'il n'y avait guère qu'une demilieue, il lui dit qu'il y voulait aller avec lui, pour exhorter le gouverneur à lui rendre son bien et son fils, et qu'il ne désespérait pas de le persuader. Le persuader ! reprit le vieillard; ah! seigneur, souvenez- vous, s'il vous plaît, que je viens de vous dire que cet homme appartient à l'empereur. 11 n'est sûr, ni pour vous ni pour moi, de lui aller faire une pareille proposition ; il ne m'en traitera que plus mal, et vous en rc= cevrez quelque insulte que je vous prie de vous épargner. Que cela ne vous inquiète pas, reprit Vempereur; je suis résolu à tout^ et j'espère que nous aurons meilleure issue de notre négocialion que vous ne pensez. Le vieillard , qui voyait briller dans cet inconnu quelque chose de
bO t E MEN T 0 a VERTUEUX,
C2 que la naissance imprime sur le front aux personnes de ce rang, crut ne devoir plus faire de résistance. Il objecta seulement qu'étant cassé dé vieillesse et à pied , il ne pourrait pas suivre le train du oheval sur lequel l'empereur était monté. Je suis jieune, répondit le prince; montez sur mon cheval, et j'irai à pied. Le vieillard ne voulut point accepter l'offre. L'empereur trouva l'expédient de le prendre en croupe derrière lui, et le vieillard s'en excusant encore, sur ce que, sa pauvreté lui ayant ôté les moyens de changer de lingue et d'hahits, il serdit en danger de lui communiquer une vermine dont il ne se pouvait défendre: Allez, mon ami, répartit l'empereur, ne laissez pas de monter derrière moi, j'en serai quitte pour changer d'hàhits. Le vieillard monta donc enfin , et ils furent bientôt rendus tous deux à la maison où ils allaient. L'empereur n'y fut jKis plutôt arrivé, qu'il demanda le gouverneur, lequel étant venu> fut bien surpris lorsque le prince, en l'abordcint, lui découvrit, pour se faire connaître, le dragon en broderie qu'il portait sur l'estomac, et que son habit de chasse cachait. Il semble que pour rendre plus célèbre cette action mémorable de justice et d'humanité, la plupart des grands qui suivaient l'empereur à la chasse, se trouvèrent là autour de lui, comme si on leur eût donné rendez- vous: car ce fut de-
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ml cotte grande assemblée qu'il fit mille repro- !ies sanj;laiits au persécuteur du bon vieillard, ! (ju'après lavoir obli{»é de lui rendre son bieir ' t son fils, il lui fit sur le champ trancher la lèle. Il fil plus: il mil le vieillard eu sa place, et lavertîl de prendre {jardequc, la fortune chan- }jeant ses mœurs, un autre ne profitât un jour de ses injustices, comme il venait de profiter de celles d'autrui.
(Jucl trait dans un empereur à peine âgé de quatorze ans!