‹ Le mentor vertueux, moraliste et bienfaisantChapitre 22 sur 53 · APOLOGUE ALLEMAND · texte numérisé non relu

APOLOGUE ALLEMAND

La générosité consiste surtout à faire du bien à ses ennemis; c'est le sujet de cet Apologue de monsieur Liclilwelir,

Un honnête père do famille, chargé de hiens et d'années, voulut régler d'avance sa succession entre ses trois fils, et leur partager ses biens, le fruit de ses travaux et de son industrie. Après en avoir fait trois portions égales et avoir assigné à chacun son lot: Il me reste, ^jouta-l-il, un diamaut de grand prix: je le destine à celui de vous qui saura le mieux le mériter par quelque action noble et généreuse, et je vous donne trois mois pour vous mettre en état de l'obtenir. Aussitôt les trois fils se dispersèrent; mais ils se rassemblèrent au temps prescrit. Ils se présentèrent devanlleur juge, et voici ce que l'aîné raconta: Mon. père, durant mo«r^bsence, un étranger s'est trouvé dans des circonstances qui l'ont obligé de me confier toute sa fortune; il n'avait de moi aucune sûreté par écrit , et n'aurait été en état de produire aucune preuve, aucun indice même du dépôt; mais je le lui ai remis fidèlement: cette fidélité n'est-elie pas quelque chose de louable? Tu as fait, mon fils, lui répondit le vieil-

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lard, ce que tu devais faire-, il y aurait de quoi mourir de honte, si roii était capable d'en ajjir autrement^ car la probité est un devoir: ton act ion est ufte action de justice, ce n'est point une action de générosité.

Le second fils plaida sa cause à son tour à peu près en ces termes. Je me suis trouvé pendant mon voyante sur le bord d'un lac; un enfant venait imprudemment de s'y laisser tomber ; il allait se noyer, je l'en ai tiré, et je lui ai sauvé la vie aux yeux des habitants d'un village que baignent les eaux de ce lac; ils pourront attester la vérité du fait. A la bonne heure^ interrompit le père; mais il n'y a point encore de noblesse dans eette action, il n'y a que de l'humanité. Enfin le dernier des trois frères prit la parole. Mon père, dit-il, j'ai trouvé mon ennemi mortel, qui, s'étant égaré la nuit, s'était endormi, sans le savoir, sui' le penchant d'un abîme ; le moindre mouvement qu'il eût fait au moment de son réveil , ne pouvait manquer de le précipiter: sa vie était entre mes mains, j'ai pris soin de Téveiller avec^ les précautions convenables, et je l'ai tiré de cet endroit fatal. Ah! mon lils, s'écria le bon père avec transport et en l'embrassant tendrement, c'est à toi sans contredit (^ue la bague est due. ( M. Hubert. }

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