‹ Le mentor vertueux, moraliste et bienfaisantChapitre 23 sur 53 · JUGEMENT MEMORABLE · texte numérisé non relu

JUGEMENT MEMORABLE

Cette anecdote se trouve dans une ancienne relation latine d'un vojage à Pékin, par J. B. Petau,

Un riche inspecteur des manufactures de la Chine , étant sur le point de faire une longe tournée, donna un gouverneur à ses deux fils, dont l'aîné n'avait que neuf ans , et qui tous deux annonçaient d'heureuses dispositions. Le père fut à peine parti, que l'instituteur, ahusant de l'autorité qu'on lui avait confiée, devint le tyran de la maison. Il éloigna les honnêtes gens qui pouvaient éclairer ses démarches, et fit chasser ceux d'entre les domestiques qui avaient le plus à cœur les intérêts de leur maître absent. On eut beau l'insti'uire de ce désordre, il n'en voulut rien croire, parce qu'ayant une belle âme il n'imaginait pas qu'on pût jamais en agir ainsi. Ce n'eût été encore que demi-mal, si ce méchant pédagogue eût pu donner à ses écoliers quelques vertus et des talents: mais comme il en manquait lui-même, il n'eu fit que des enfants grossiers, impérieux, faux, cruels, libertins et ignoranls.^ Après cinq ans de course, l'inspecteur j de retour^

vit enfin la vérité, mais trop tard 5 et sans autrement punir le serpent qu'il avait réchauffé dan* son sein, il se contenta de le renvoyer. Ce monstre eut l'impudence de citer son maître au tribunal d'un mandarin , pour qu'on eût à lu^ payer la pension qu'on lui avait promise.

« Je la payerais très volontiers, et même dou- »ble répondit-il en présence du Juge, si ce i) m allieùreux m'avait rendu mes enfants tels que i) je devais naturellement l'espérer. Les voici, » poursuivit-il en s'adressaril à l'homme de lia » loi , examinez-les, ^l prononcez. «En effet, après les avoir interrogés et entendu toutes leuts inepties, le mandarin porta cette sentence mémorable: Je condamne te précepteur à la mort, comme homicide de ses élèves^ et leur père à ramende de trois livres de poudre d'or, non pour l'avoir choisi mauvais, car on peut se tromper, mars ~pour avoir eu la faiblesse de le conserver si longtemps. Il faut qu'un homme^ ajoula-t-il par réflexion , ait la force d'en perdre un autre quand il le mérite, et surtout si le bien de plusieurs l'exige. (M. Feuuy,)

EXEMPLE CÉLÈBRE d'amOUR FILIAL.

JuEs annales Japonaises font mention de cet exemple extraordinaire d'amour filial. Une femme était restée veuve avec trois garçons, et ne subsistait que de leur travail. Quoique le prix de celle «ubsislance fût peu considérable, les travaux néamoins de ces jeunes gens n'étaient pas toujours suffisants pour y subvenir. Le spectacle d'une mère qu'ils chérissaient, en proie aubesotn, leur fit un jour concevoir la plus étrange résolution. On avait publié depuis peu que quiconque livrerait à la justice le voleur de certains effets, toucherait une somme assez considérable. 'Les trois frères s'accordent entre eux qu'un des trois passera pour le voleur, et que les^ux autres le mèneront au juge, lis tirent au sort pour savoir qui sera la victime de l'amour filial et le sort 1ombe«ur le plus jeune, qui se laisse lier et conduire comme un criminel. Le magistrat Vinterroge; il répond qu'il a volé: oh l'envoie en prison, et ceux qui font livré touchent la somme promise. Leur cœur s'attendrit alors sur le danger mIc leur frère: ils trouvent le moyen d'entrer daits -la prison', et -croyant n'être vus <Je personne, ils l'embrassent teudremcftt et l'arroseiU de leurs

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larmes. Le magistral, qui les aporçoit par hasard, surpris d'un spectacle si nouveau^ donne commission à un de ses gens de suivreces deux délateurs j il lui enjoint expressément de ne les point perdre de vue qu'il n'ait découvert de quoi éclaircir un fait si singulier. Le ilomestiqne s'acquitte parfaitement de la commission, et rapporte qu'ayant vu entrer ces deux jeunes gens dans une maison, il s'en était approché et les avait entendus raconter à leur mère ce que l'on vient de lire, que la pauvre femme, à ce récit, avait jeté des cris lamentables, et qu'elle avait ordonné à ses enfants de reporter l'argent qu'on leur avait donné, disant qu'elle aimait mieux mourir de faim que de se conserver la vie au prix de celle de son cher fils. Le magistrat, pouvant à peine concevoir ce prodige de piété filiale, fait venir aussitôt son prisonnier, l'interroge de nouveau sur ses prétendus vols, lemenacemême dil plus cruel supplice: mais îe jeune homme tout occupé de sa tendresse pour sa mère, reste immobile.» Ah! c'en est trop, lui dit le magistrat en se jetant à son cou; enfant Vertueux, votre conduite m'étonne. «Il va aussitôt faire son rapport à l'Empereur, qui, charméd'une affection si héroïque, voulut voir les trois frères» les combla de caresses, assigna au plus jeune une pension considérable, et une moindre à chacun de» deux autres. ^

MORALISTE ET BIENFAISANT. 8q

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