LE BON FILS
Anecdote attendrissante.
Ll N enfant de très bonne naissance, placé à l'ccole militaire, se contentait depuis plusieurs jours de la soupe et du paiu sec avec de l'eau. Le gouver-' neur, averti de cette singularité, l'en reprit, attribuant cela à quelque excès de dévotion mal entendue. Le jeune enfant continuait toujours sans découvrir sou secret. M. P. D. instruit par le gouverneur de cette persévérance^ fit venir le jeune élève, et après lui avoir doucement représenté combien il était nécessaire d'éviter toute singularité et de se conformer à l'usage de l'école, voyanttju'il ne s'expliquait pas sur les motifs de sa conduite, fut contraint de le menacer , s'il ne se réformait, de le rendre à sa famille. «Hélasî Monsieur, dit alors l'enfant, vous voulez savoir la raison que j'ai d'agir comme je fais, la voici. Dans la maison démon père je mangeais du pain noir en pelile quantité; nous n'avions souvent que de l'eau à y ajouter: ici je mange de la bonne soupe, le pain y est bon, blanc et à discrétion; je trouve que je fais grande chère, et je ne puis me résouilre à manger davantage, me souvenant de l'état de mon père et de ma mère.»
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M. P. D. et le gouverneur ne pouvaient relenir leurs/larmes, en voyant la sensibilité et la fermeté de cet enfant. .Monsieur^ reprit M. P. D. , si M. votre père a servi, u'a-t-il pas de pension? non^ répondit l'enfant. Pendant un an il en a sollicité unej le défaut d'ar{jent le contraint d'y renoncer. Il a mieux aimé languir, que défaire des dettes à Versailles. Eh bien, dit M. P. D., si le faite&t aussi prouvé qu'il paraît vrai dans votre bouche, je vous promets de lui obtenir cinq cents livres de pension. Puisque vos parents sont si peu à leur aise; vraisemblablement ils ne vous ont pas liien fourni legousseli recevez pour menus plaisirs ces trois louis que je vous présente de la part du roi5 et quant à monsieur votre père, je lui enverrai d'avance les six mois de la pension que je suis assuré de lui obtenir. Monsieur^ reprit l'enfant, comment peurrez-vous lui envoyer cet argent? Ne vous en inquiétez pas, répondit M. P. D, , nous eu trouverons le moyen. Ah ! mon^ sieur, reprit promptement l'enfant, puisque vous a>'ez cette facilité, remettez-lui aussi les trois lonis que vous venez de me donner. Ici j'ai de tout en abondance-, cet argent me deviendrai! inutile, il fera grand bien à mon père pour ses auti'es enfants.
MORALISTE ET BIENFAISANT. Qi
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AiŒCDOTE SUR CATINAT.
tirée de son éloge.
Quelque attachement que Cahnat eût pour la solitude de Saint-Gralien, cependant il passait à Paris quelques mois de l'hiver, du moins 4ant que sa fortune le lui permit; mais toujours fidèle à ses goûts et à son caractère, il avait choisi son log^ement dans un des quartiers de la capitale le plus tranquille et le moins brillant. L'enclos des Chartreux, qui n'était pas éloigné de sa demeure, était la promenade qu'il préférais d'ordinaire: tout ce qui inspirait le calme et le recueillement semblait lui plaire et l'appeler, et pour un homme qui avait tout fait et tout vu> des hommes qui ont renoncé à tout ne pouvaient pas être un spectacle indifférent. On fut surpris un jour de le voir dans cet enclos, comme autrefois le sage de Phrygie, jouer avec des enfant*: mais n'est-ce }>as ce que fait tous les jours le philosophe, quand il vit avec les passions des hommes? La demeure royale de ces guerriers qui ont donné leurs jours à la patrie, et dont elle nourrit la vieillesse, ce prytanée militaire était aussi l'objet de ses fréquentes visites.
gi LE MENTOR VERTUEUX,
Ln enfant, c'était le fils de son homme d'aflatires, qui l'avait entendu parler avec éloge de ce vénérable édifice, vint un jour avec l'empressement naïf de son âge, prier le maréchal de Catinat de le mener à l'hôtel des invalides; il y consent, prend l'enfant par la main, le mène avec lui, arrive aux portes. A la vue du maréchal, la garde se range sous les armes, les tambours se font entendre, les cours se remplissent, on répète de tous côtés: /^o//à le pèra la Pensée. Ce mouvement, ce bruit causent à l'enfant quelque frayeur. Catinat le rassure. « Ce sont, dit-il, des marques de Vamilié qu'ont pour moi ces hommes respectables. » Il le conduit partout, lui fait tout voir. L'heure du repas sonne; il entre dans la salle où les soldats s'assemblent; et avec cette noble simplicité, cette franciiise de mœurs guerrières, qui rapprochent ceux que letmême courage et les mêmes périls ont rendus égaux : ^ la santés, dit-il, de mes anciens camarades . « Uboit et fait boire l'enfant avec lui: les soldats, debout et découverts, répondent par des acclamations qui le suivent jusqu'aux portes; et il sort emportant dans son cœur la douce émotion de cette scène trop audessus de l'âme d'un enfant, mais dont le récit, conservé dans les mémoires de sa vie, a poor nous encore aujourd'hui quelque chose d'attentlrissant et d'auguste. ( Par M. de la Harpe. }