ANECDOTE SUR LE DUEL ET LES DUELLISTES
Le vrai brave consacre son courage à la défense de sa patrie.
Je ne sais où j'ai lu le trait suivant, que je crois être de W. de Turerme lui-même, avant qu'il fût avancé dans le service. Étant appelé en duel par un autre officier, il lui répondit: « Je ne sais » pas me battre en dépit des lois; mais je saurai » aussi bien que vous affronter le danger, quand » le devoir me|Jie permettra, il y a un coup de » main à faire, très utile et très honorable pour w nous, mais très périlleux. Allons demander à » noti'e général la permission de le tenter, et « nous verrons qui des deux s'en tirera avec » plus d'honneur. » Celui qui avait proposé le âuel, trouva le projet si périlleux en effet, qu'il refusa de soumettre sa valeur à une pareille épreuve. Tel est le genre de courage de la plupart des duellistes. On en a vu chercher à se faire une réputation de bravoure dans des rencontres particulières, et se mettre au lit un jour de bataille.
On peut voir daiis la vie de M. de Turenne, par Raguenet, quelle a été sa conduite à l'égard
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Ui niareclial delà ^^ertéctdii prince palatin. Elle ne s'accorde guère avec le point d'honneur de nos "^aux braves.
Il y aurait, après tout, bien peu d'affaires, si lous ceux qui sont témoins de quelques disputes, se comportaient comme il serait à souhaiter qu'ils le fissent, d'après l'exemple que nous allons citer.
Un jour, douze personnes avaient dîné ensemble dans une maison; après le repas, on proposa le jouer, et l'on fit deux parties différentes, dans "une desquelles il s'éleva entre deux officiers ine dispute, suivie de quelques propos assez ^.urs. Les autres personnes 'qui étaient présentes, s'empressent de l'apaiser, en leur disant qu'ils ont tort tous deux. Ceux-ci cependant commençaient à s'échauffer, lorsqu'un autre officier de Il compa{jnie, homme de tête, très sage et très seusé^fut à la porte de la salle, ferma la serrure à double tour, el en mit la clef dans sa poche, Ensuite se loun-ant vers la compagnie, il dit -.Personne ne sortira d'ici qu'après que ces messieurs se seront accommodés. Il faut que celui quieslau« teur de la querelle commence ( car c'est lui qui a le premier tort ) h faire excuse à l'autre de ce qu'il lui a dil^ que celui qui se croit attaqué reçoive l'excuse, et témoigne qu'jl est fâché d'avoir relevé avec trop de hauteur l'insulte qu'il croit
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qu'on lui a faite; et qu'ensuite ces deux messieurs s'embrassent et promettent de ne se rien demander davantajje. S'ils refusent de le faire,* j'en porterai mes plaintes aux maréchaux de France j et je les prierai de donner leurs ordres pour empêcher un duel entre ces messieurs. La conduite de cet officier fut fort approuvée. La compagnie engag^ea ces deux militaires à se faire des excuses respectives, et ils s'embrassèrent.
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MIFFLIN.
Monsieur Walter MilÛin, par son humanité, sa candeur, son affabilité et ses connaissances, est un de ces hommes respectables qui honorent leur patrie et leur siècle. Il est membre de la société des amis , qui est le iiom que les Quakers ont pris.
Depuis long-temps, plusieurs amis avaient proposé d'émanciper leurs nègres: cette heureuse doctrine avait été promulguée et recommandée dans plusieurs assemblées-, déjà même un membre de celte société, habitant la ville de Flushing sur l'ilede Nassau, fameux par ses connaissances inédecinales , ainsi que par ses vertus chrétienaes, avait donné la liberté à tous &es nèores, et
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par son Icstameiil leur avait légué une subsislance décente. Waller Mifllin ne tarda pas à sui> vre lui exemple si «onforme à ses sentiments. Il avait reçu de son père trente-sept nègres, tant vieux que jeunes. Le jour qu'il avait fixé pour leur émancipation étant venu, il les appela dans sa chambre les uns après les autres: et voici l'entretien qu'il eut avec l'un d'eux.
Uë bien, ami Jacques, quel ùge as-tu?
— Mon maîlre,j'ai vingt-neuf ans et demi. — Tn aurais dû, comme nos frères blancs, être libre à vingt et un ans. La religion et l'humanité m'enjoignent de te donner aujourd'hui la liberté , et la justice m'ordonne <le te paver huit ans et demi de^ravail, qui, à 'i70 livres par an , y comiprisla nourriture et ton habillement fait la som- -niede 229i livres que je te dois: mais comme tu es jeune et vigoureux, et qu'il faut que tu traînailles pour te maintenir, mon intention est de te nlonner une obligalion pour <îette somme porlani à lordinaire sept pour cent d'intérêt. Voilà le commencement de ta fortune. Écoute, Jacques, lu es libre comme moi-, tu n'as plus d'autre maître que Dieu et les lois; va dans l'autre chambre trouver ma femme Pliébé, ton ancienne maîtresse, et mon neveu Guillaume Robert, ils sont occupés à écrire ta manumission 5 aussitôt que je l'aurai scellée et signée devant témains, tu iras la fair«
recorder dans les livres de notre société de Douvres , ainsi que dans les rejjisircs de la Comté. Puisse Dieu te bénir, Jacques! sois sage et laborieux, dans tous tes malbeurs et détresses, tu trouveras un ami dans ton ancien maître Waller Mifflin. Jacques, surpris d'une scène si nouvelle, si touchante, si inattendue, fondit en larmes , comme si on lui eût annoncé le plus grand des malheurs. L'effet soudain de 1 étonne ment, de la reconnaissance j et de plusieurs autres sentiments , lui gonfla le cœur et produisit même des mouvements convulsifs. 11 pleura amèrement, et à peine pul-il s'exprimer. « Ah! mon » maître, que ferai-je de ma liberté? Je suis né )) sous votre toit; j'y ai toujours joui de tout ce )) dont j'avais besoin; dans les champs nous tra- » vaillions ensemble, et je puis dire que je travail- » lais autant pour moi que pour vous , puis- » que j'étais nourri des mêmes viandes et vêtu » des mêmes habits; nous n'allions jamais à Tét> glise à pied; nous avions le samedi pour nous ; )) nous ne manquions de rien. Quand nous étions ); malades, notre bonne et tendre maîtresse venait )) à côté de notre lit, nous disant toujours quelque M chose de consolant. Eh bien Jacques, eh bien •» mon bon garçon, qu'est-ce que tu as? ne te dé- » courage point; le médecin va bientôt venir, 1) j'aurai soin de toi; souffre avec patience; c'est » le premier remède, etc. ».
« Ah! quand je serai libre, où irai-je? que ferai- » je? et (luandjc serai malade? — Tu seras coni- )) me les blancs j tu iras te louer à ceux (}u i le don- )' ueroni les plus hauts {jajjes. Dans quelques an- )' nées, lu achèteras de la terre: tu épouseras alors » une no{jrcsse sajje et industrieuse comme toi >) tu élèveras tes enfants comme je t'ai élevé, )) dans la crainte de Dieu et l'amour du travail. "Après avoir vécu libre et tranquille, lu mour- " ras en paix: il faut absolument que tu reçoives ^> ta manumission j Jacques, il y alonjj-temps que «j'aurais du te la donner. Plût à Dieu, le père 5> de tous les hommes, que les blancs n'eussent ^jamais pensé à faire le commerce de les frères )) d Afrique ! puisse-t-il inspirer à tous les Amé- )) ricains le désir de suivre notre exemple! Nous » qui regardons la liberté comme le premier de )' tous les biens, pourquoi la refuserions- nous à » ceux qui vivent avec nous? — Ah! mon maître, )) que vous êtes bon ! c'est à cause de cela que » je ne vous quitterai point. Je n'ai jamais été esi> clave', vous ne m'avezjamiis parlé que comme M vous parlez aux hommes blancs, je n'ai jamais » manqué de rien, ni en santé, ni en maladie^ je » je n'ai jamais plus travaillé que ne le font vos » voisins, qui travaillent pour eux-mêmes, j'ai élé » plus riche que plusieurs blancs^ auxquels j'ai M prê!é de l'argent; et ma bonne et chère maîtresse
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« qui ne nouscommandejamais, mais qui nous fait » faire ce qu'elle veut en nous disant seulement, » Jacques, je voudrais que tu fisses telle chose, )' comment pourrai-je la quitter? Donnez-moi » par an ce que vous voudrez, sous le nom d'hom- » me libre ou d'esclave, peu m'importe, puisque )) je ne puis qu'être heureux avec vous: je ne vous » quitterai jamais — E!i bien, Jacques, je consens « à ce que tu désires. Après que ta manumission » aura subi les formes nécessaires, je te louerai » à l'année; mais prends au moins une semaine ^) de congé', ceci est une {jrande époque dansta vie; » eélèbre-là par la joie^ par le repos, par tout ce » que tu voudras, — Non, mon maître, nous somw mes eu semailles; je prendrai mon congé dans »un autre temps; qu'aujourd'hui seulement soit )) un jour de fête dans la famille noire. Puisque « vous le voulez, j'accepte donc ma liberté^ et )) que ma première action comme homme libre ^ » soit de vous prendre par la main, mon maître, » et de vous la serrer dans les miennes, en l'ap- » prochant , en la plaçant sur mon sein , où l'at- M t ichement et la reconnaissance de Jacques ne » finiront que quand il finira de palpiter; que la i) seconde soit de vous assurer qu'il n'y a point de » travailleur dans le comté de Ken qui sera ja- )) mais plus diligent que celui qui dorénavani » s'appellera le fidèle Jacques. »
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l'homme peut-il offrir un encens plu3 aj^réaï)le à la Divinité? ( Lettre d'un Américain. )