‹ Le mentor vertueux, moraliste et bienfaisantChapitre 28 sur 53 · ANECDOTE PERSANE · texte numérisé non relu

ANECDOTE PERSANE

"CosBoÈs, roi de Perse, dit le philosophe Sadi, avait un ministre dont il était content, et dont il se croyait aimé, Ln jour ce ministre vint lui 'demander à se retirer. Cosroès lui dit: Pourquoi veux-tu me quitter? j'ai fait tomber sur toi la rosée de ma bienfaisance; mes esclaves ne distinguent point tes ordres des miens; je tai approché de mon cœur, ne t'en éloigne jamais. — Mitrane ( c'était le nom du ministre ) répondit: 0 Roi! Je t'ai servi avec zèle, et tu m'en as trop récompensé: maisla nature m'impose aujourd'hui ^es devoirs sacrés: laisse-moi les remplir. J'ai un fils; il n'a que mai pour lui apprendre à te servir un jour comme je t'ai servi. — Je te permets de te retirer^ dit Cosroès, mais à une condhlion: parmi les hommes de bien que tu m'as fait connaître, il n'en est aucun qui soit aussi digne que toi d'éclairer et d'éfever l'âme de mon fils; finis ta carrière par le plus grand service qu'un îiomme puisse rendre aux autres hommes; qu'ils 4e doivent un bon maître. Je rennais la corruption de la Cour; il ne faut pas qu'unjeunc Prinoc

la respire: prends mon fils, et va l'instruire avec le tien dans la retraite au sein de l'innocence et de la vertu. Mitrane partit avec les deux enfants; et après cinq ou six années, il revint avec eux auprès de Cosroès, qui fut charmé de revoir son fils, mais qui ne le trouva pas égal en mérite au fils de son ancien ministre. Cosroès sentit cette différence avec une douleur amère, et il s'en plaignit à Mitrane. 0 Roi! lui dit Mitrane, mon fils à fait un meilleur usage que le tien des leçons que j'ai données à l'un et à l'autre: mes soins ont été également partagés entre eux; mais mon fils savait qu'il aurait besoin des hommes, et je n'ai pu cacher au tien que les hommes auraient besoin de lui. (M. De Samt Lambert.)

TRAIT CIiAUÏ\IANT.

Ma^ua^me de Saint-J..., épouse du juge de C... , reçut, en l'absence de son mari, une pauvre paysanne dont le procès devait être jugé le lendemain, et de ce procès dépendait sa modique fortune. Le père de la paysanne s'était approprié quehjuv^s terrains qui ne lui appartenaient pas, et celte infortunée, qui ignorait celte faute punissable, jouissait, comme héritière, de ce bien

mal acquis. Sa famille était nombreuse, et la perte de ce terrain les réduisait tous à la mendicitt\ Ses laruies touchèrent Madame de Sl.-J . . . Elle fut d'autant plus sensible à la douleur de celle pauvre femme, qu'elle vit de la délicatesse et de la probité dans sa façon de penser. Elle gémissait plus encore de la coupabl} cupidité de son père^ que de la perte qu'elle allait faire, » Consolez-vous, lui dit Madame de St.-J...; quand w votre procès sera juj^é, venez me trouver, mais » que ce soit en parliculi r; j'aurai alors quel- » que chose à vous dire qui ne doit être su que M de vous et de moi. )> Après avoir congédié la paysanne , madame de St.-J. . . fut chez M. de P. . . , qui était son parrain, et qui lui avait donné, en se mariant, un contrat de deux cents livres de rente, pour être employées uniquement à ses menus plaisirs. « De grâce, mon cher parrain, lui )) dit-elle, donnez-moi les fonds de ce contrat: je « veux m'acheler un bijou dont je suis enchan- » tée, que je ne puis demander à mon mari, et )) que je ne veux pas même obtenir de vos bonw tés pour moi: vous m'avez donné ce contrat, » rachetez-le moij cela me suffit. » M. de P. .. questionna en vain sa filleule sur le bijou en question; elle éluda toujours de le satisfaire avec le ton de la gaieté. M. de P. . . était avare et profita du désir de madame de Sl-J. . . Il ne voulut

racheler le contrat que pour trois mille livres. Madame de St. J. . . îiccepta avec empressement, et se priva, comme on voit, de deux cents livres de rente et de cent pistoles d'argent qui devait lui revenir sur son contrat. Mais satisfaite d'avoir une somme dont elle voulait faireundigne usage, elle revint chez elle, et attendit avec impatience la décision du procès. La paysanne le perdit, et revint le lendemain toute en pleurs trouver madame de St.-J. .. Entrées toutes deux dans le cabinet, la bienfaisante épouse du juge le plus intègre remit à la paysanne désolée les trois mille livres qu'elle avait eues de son parrain. « Prenez )) cette somme, ma chère amie, lui dit-elle; era- » ployez-la à racheter le bien que vous venez de )> perdre si on veut vous le vendre , ou un autre ■» de même valeur. Vous n'aurez riea perdu, et M vous me ferez gagner à moi un jour de bon* » heur. Allez, allez, ne me refusez pas; ce que î) je vous donne m'enrichit pour l'autre monde, )) et ne peut appauvrir, dans celui-ci, une femme w prudente qui n'attache nûcun pri>: aux baga' ') telles dont elle se pare ».

jBEAU trait L:E GENEROSITE.

XJn ancien négociant qui avait fait une fortune «considérable, fut un jour, après son dîner^ au

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café d Klie , rue S.-Ilonoré. A coté de la table où il prenait son café, étaient deux autres bour{jeoIs si occupes de leur entretien, qu'ils ne paraissaient pas s'apercevoir qu'il y eût quelqu'un auprès d'eux. Il entendit que l'un d'eux disait à l'autre: Mais, mon ami, est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de se retourner? est-ce que douze; quinze mille francs ne seraient pas capables de te tirer d'affaire? Non, mon ami , répondit l'autre, il me faudrait au moins vingt-cinq mille francs; et comme il ne m'est pas possible de les trouver, je me vois forcé de manquer. Tu juges bien que c* n'est pas ma propice personne qui m'affecte le plus: mais l'bonneurJ... mais une femme!... mais des enfants!... Tu vois un Iwmmc -au désespoir.

L'ancien négociant, qui avait paru ne prendre aucune part à ce qui se disait à côté t-e lui, attendit que les deux particuliers fussent sortis, et s'informa de la maîtresse du café, qui ils étaient. Ce sont, lui dit-elle, deux marcliaiuls de cette rue. — Et connaissez-vous particulièrement celui qui est babillé de telle façou.^ ( lui désignant celui qu'il savait être dans l'embarras. ) Ab! c'est un très honnête homme; il est chargé de famille, et on ne peut rien lui reprocher.

L'ancien négociant ayant encore pris ailleurs quelques autres informations, qui furent favo-

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rables au marchand, retourna chez lui, fit l'inventairo de ses papiers , et y choisit pour trente mille livres d'eflels payables au porteur. Le lendemain malin il les envoya à M. D... Celui-ci , à la vue de ces effets, reste tout interdit, et demande de quelle part cola lui -sdent. Le domestique lui nomme son maître, et ajoute qu'il ne lui a rien dit de plus, sinon de lui remettre ce paquet. !\1. D... prend a ec lui ces effets, et va surle-champ trouver l'ancien négociant.— Monsieur, lui dit-il, votre domestique vient de me remettre ce paquet*, il y a sans doute quelque méprise , puisque je n'ai pas l'honneur d'être connu de vous. — Non , monsieur , il n'y en a pas; je vous connais, je sais même votre position actuelle, et je suis charmé de pouvoir oblig^er un galant homme, en faveur de qui tous les témoignages se rapportent. — Oserais-je vous demander, lui dit le marchand, en rougissant, comment vous pouvez savoir la position dans laquelle je nie trouve? L'ancien négociant lui raconta naturellement ce qui s'était passé au café, et de quelle manière il avait appris son embarras. Eh bien^ monsieur, lui dit le marchand, puisque vous savez ma situation, il ne me conviendrait pas de vouloir m'en défendre et de faire le difficile; ainsi, j'accepte avec la plus vive reconnaissance les secours que vous m'offrez si noblement; mais

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je crois, monsieur, que vingt-cinq milîc livres me suftiraient — Non, monsieur , je vous ai entendu dire qu'il vous faudrait au nioius vingtcinq mille francs ; ii vaut mieux que vous ayez plus que moins. Le marchand, le cœur rempli d'un pareil procédé, et en même temps de la satisfaction de se voir, parce secours, à l'abri du sort dont il était menacé, ne savait comment exprimer sa reconnaissance, et enfin demanda une plume et de l'encre pour faire son billet — Non, monsieur, je ne veux point de billet; votre parole me suffit: si vous avez le bonlieur de vous rétablir, vous me rendrez cette sommcj sinon je vous la donne. Le maicliand ayant donc pris les trente mille livres, se retira; et l'on peal se peindre aisément ses sentiments. Assez peu de temps après, le (généreux négociant mourut; l'iionnêle marchand fut trouver la veuve, à qui il déclara ce qui s'était passé: elle confirma tout ce que son mari avait fait; et un pareil secours ayant mis le marchand au-dessus de ses affaires, il ne tarda pas à rendre cette somme.

Lettre à M. l'abbé de Fontenay , auteur du journal général de France.

C'est entrer dans les vues patriotiques qui vous animent, Monsieur, que de vous communiquer

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des traits qui honorent la relig^iou et l'humanilé. Nous venons de perdre un de ces hommes rares dont les bienfaits ont souvent soulagé une infinité de malheureux, M. de Tressemane, ancien évèque de Glandè\e, âgé de soixante-trois ans.

II n'y a que seize mois qu'il occupait une maison de campagne à Franconville. Il s'y annonça d'abord en habillant de pied en cap cinquante pau^ vres de chaque sexe, et en distribuant des secours en tout genre à tous ceux qu'on lui fit connaître- L'hiver dernier il s'est signalé 5 ne se contentant pas de fournir du pain, du bois, des vêtements, il a donné des sommes considérables à plusieurs familles honteuses qui avaient été lui exposer à Paris leur triste situation. Ce n'était autrefois qu'une partie de ses bonnes œuvres: il assistait des indigents sans nombre", il avait des pensionnaires même dans plusieurs villes de province. C'était là sa passion favorite d'être utile à ses semblables*, et ce qui est très rare, c'est qu'il était secondé par ceux qui l'environnaient , qui se faisaient un plaisir de lui peindre l'état des indigents, et se prêtaient à être les instruments de sa bienfaisance.

On était surpris qu'un lie n:m c e sa naissance et de sa dignité n'eût point d'équipage; un jour, on lui en lit une espèce de reproche en présence d un curé nu'il honorait de sa confiance-, et ce

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ligue prélat rcpoudit avec sa modeste candeur^ |u'il aimait mieux nourrir les pauvres que des chevaux. Les pauvres! loin d'en détourner la Rie, il les re^jardall avec une compassion mêlée le complaisance; il natlendait pas à en être salué, il les prévenait souvent. Il les portait si fort lans son cœur, qu'il avait toujours désiré de fw air SCS jours parmi eux; il a été exaucé.

Je n'ai parlé que de sa commisération pour les nécessiteux: ceux qui feront un éloge complot de ce pontife, pourront relever ses autres vertus. Je me contenterai de remarquer que sa présence avait déjà fait ici une impression fcensible, et que la foi et les mœurs, qui se perdent lonjour* par la contagion du mauvais exemple, senu Liaient reprendre leurs droits à l'aspect d'un prélat si édifiant. En même temps il ne se refusait pas à la société: il en faisait Tagrément par l'amcnilé de son caractère, par sa candeur, par son affabilité.

Aussi cet homme précieux a laisséparmi nous un vide qui sera difficile à réparer. Je ne suis que l'écho des respectables voisins avec qui il s'était lié, et qui, de roncert avec le peuple, versèrent des pleurs sur sa tombe.

Je suis, etc.

Le comte db Dreux,

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