‹ Le mentor vertueux, moraliste et bienfaisantChapitre 29 sur 53 · BEAUX TRAITS DE BOILEAU · texte numérisé non relu

BEAUX TRAITS DE BOILEAU

IjE tN'lèbre Patru, avocat au parlement de Paris, était un des plus beaux esprits de son siècle: mais ayant préféië ses livres et son cabinet aux occupations du barreau, il tomba dans une extrême indijjence, et se vit réduit à la dure nécessité de vendre sa bibliolhèijue. Despréaux rapprend-, il court ebez Patru, lui offre près d'un tiers davantage de ce qu'il en voulait avoir, et met dans le luarcbé une condition qui surprend fort l'avocat:, c'est qu'il gardera ses îivres|comnie auparavant, et qu'ils n'appartiendront à l'acquéreur qu'après sa mort. Ayant appris à Fontainebleau que l'on venait de retrancher la pension que le roi accordait au gi'and Corneille, il courut avec précipitation chez madame de Monlespan, et lui dit que le roi^ tout équitable qu il était, ne pouvait sans quelque apparence d'injustice donner une pension à un homme comme lui qui ne commençait qu'à monter survie Parnasse, et l'ôter à M. Corneille, qui depuis si long^-temp^ était arrivé au sommet: qu'il la suppliait, pour la gloire de sa Majesté^ de lui faire plutôt re- "tîancher la sienne, qu'à un homme qui la méritait mieux ;jUù lui. >[ada:Ke de ^î!on!tspan trouva ii

MORU.I-SrK ET BIFN'FÂISAN T. I IQ

sa gi^nrrosilé si grande el si peu roiiununo, et oa manière d'agir si honnête, qu'elle lui promit de faire rétablir la pension de Corneille, et lui tint parole.

L'ECOLIER GEiS'EREUX.

Un écolier âgé de dix-sept ans, étudiant en rhétorique au collège d'Harcourt, rencontra dans une de ses promenades un homme couvert des haillons de la misère. L'indigence et les malheurs avaient altéré dans cet infortuné les traits d'un ancien domestique qui l'avait autrefois servi chez ses parents. Il le reconuut avec peine, et s'en approcha avec la pitié la plus vive et le plus puissant intérêt: après l'avoir interrogé sur les causes de son infortune, à laquelle il remarjjua |ue les vices ni la paresse n'avaient aucune pu; l, il lui assigna un rendez-vous secret punr le matin au collège d'Harcourt. Il lui donne pour premier secours tout l'argent qu'il possédait alors, et la portion de pain destinée à son déj .'uner, a^ec ordre de revenir raprès-dîaer pour son goûter, nie charge de se loger dans une maison honnête, et de lui faire connaître riiôlessechczlatinelle

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il aurait choisi son jjîtf,'. Il s'excuse sur la modicité des secours qu'il lui procure alors, et l'exhorte à espérer du temps et de sa bonne conduite des jours plus calmes et plus heureux. L'hùtesse choisie et présentée au jeune homme a reçupenr^ dant huit mois le prix de se? loyers: elle a éclairé les démarches de l'indigent, et a rendu lémoU guage de sa conduite. L'infortuné a vécu pendant ce lonjj espace de temps de la portion de pain destinée au déjeuner et au goûter de ce généreux écolier- Mais comme elle n'aurait pas suffi» il y a ajouté par cliaijue semaine la modique somme d'argent que ses parents, en récompense de son travail , lui abandonnaient pour les, plaisirs et les besoins de son âge. Cependant il en retranchait méthodiquement quelque chose pour mettre en masse atin dhabiller cet liom me malheureux. Quand il a été assez riche, il a employé l'industrie d'un tiers pour ache-»i ter à la friperie un habit qui mît son protégé en état de se présenter sans humiliation pour solliciter quelque emploi. Cependant l'impatient jeime homme s agitjiit , el s'intriguait pour lui trouver une place oiî il pût, en travaillant, se procurer une \ic plus douce et plus aisée. Enlîn il a eu le bonheur de prévenir le vœu de cet indigent, qui pour dernière ressource voulait s'eujager. Il l'a fait entrer pour domestique daus ;

une maison où sa iiumc av;«it ([iieliiuos liaisons. Celle mÏTC, ilîn:uil un jour riiez sou amie, a reconnu ce laijnais aulrefois à s.s {jajjes. La enriosile l'a porlée à lui demander l'hisli ire de sa vie depuis qn il avail quille sou service: elle finissait par le rcoil delallle de la jjénereuse sciisibilite de son fils, .lusques-là unproioiid secrcl avait été {;ardé <le la pail du jeune b.enfaitcur. qui avait même tro.npé, sur cet arlicle, la vijjilance de son précepte" ur.

Do T éducation relat/vrmciit à la passion du jeu; conduite d'un pcie envers son Jds. Anecdote arnyce à Jiioin,

£ktsez dans la plupart des maisons, vous y verrez de3 eafanlj rôder autour des tables, y dévorer des yeux l'or et lardent que le père et la mère^ dont ils partajjcnt les passions, disputent auK ctranjjers.

Caresser les enfnnls dans le gain, hr, repousser dans la perte, se servir de leurs mains pour mêler les cartes, pour remuer les dcz, ou choisir des bilieis de loterie, n'est-ce pas souffler dans ces jeunes âmes les premières étincelles de la fureur du jeu? n'est-ce pas fonder leur témérité future sur des idées fausses et pusillanimes?

Que les iastilulcui's fa.ts pour prévenir, re-

raî LE MENTOR VERTlKrX,

îarder, ou corriger les inclifiations nuisible!*, j^pprenneiit à leurs élèves h se ser? ir du peu trargent qu'on leuraccorde, jamais à le risquer, surloul aux jeu\de hasard. Le parti le plus sûr, dit Locke, csl de leur interdire les cartes et les d.'z. Ce n'est pas la théorie de la morale qui nous manque, c'est Fart de l'inculquer par des si{jncs: sensibles etfrappants.

Un vrai philosophe, consulté par le roi de Suèdcj vient de conseiller à ce vertueux mouarque de faire construire des monuments qui rappellent sans cesse à ses sujets combien la vertu est auguste et le vice abject. Ce philosophe vent que les grands chemins, que les places publiques, les villages, les entrées des villes, les portiques des temples présentent de toutes parts ces utiles, monuments.

Je voudrais^ dit V., que Ton criât les atrocités, juridiques, comme on crie les heures dans quelques pays*, et moi, pour inspirer à la jeunesse l'aversion de tout ce qui est bas ou criminel, je voudrais qu'au lieu de citer à tout propos de& maximes dénuées de persuasion, on eût recours à des exemples puisés, selon les occurrences,^ dans les diverses conditions des hommes, de no& jours.

« Parle-l-ou d'unwenteur, d'un prodigue^ ou .^ d'uu avare? me disiit un pèry de famdlc qui

» savait conimcnl l'esprit se fausse cl le cœur se » {jàtc, avant de les définir à mes enfants, je lea )) leur montre en action, j'imprime de bonne » licure dans ces temlres cerveau?; laphysiononiie )i et la difformilë de chaque vice, afin qu'ils s'en ^> recsouvienncnl un jour , qu'ils le recoa-v

V naissent de loin, et que, s'ils se laissent séduire» v ils n'échappent pas du moins aux remords sa-< » lutaires. Je ne fais pas graîid bruit, ajoutait-il, i) autant que je le puis: je les insiruis par signes,

V TcneZj soit qu'ils sortent, soit qu'ils rçr.lrent, i» Voilà par où ils passent, v

J'aperçus des haillons , tristes dépouilles d'un joueur qualifié", les plus viles ressources l'avaient d('graJé, la misère la plus houleuse lavait Icnte^ ment cousumé; au bas de ce tableau pai'l a nt on lisait ces mots : Dernier habit d'un tel. Le reste faisait mention de sa naissance, des (grands biens qu il avait perdus , et cîe l'iuipuissance tic ses rejjrets";

Un citoyen recommandable par ses lumières et par son zèle pour tout ce qui a rapport an bien public, observait que l'éducatioii ne finit pas entièrement avec les maîtres; qu'il en est une seconde cou moins essentielle que la pre. mière, kujueile exi;^e de la part despareus beaucoup d'attention et de sa^ cité. Peu de {jen s, disait-il, voudraient imiter le procédé d'un riche

habitant de la villf de Biom , qui, voyant son fils prêt à s'oublier au jeu , le laissa faire. Ce jeune Ijomme perdit une somme assez considérable: « Je la payerai, lui dit son père, parce que l'honneur m'est plus cher que l'arjjent; cependant expliqnons-nous: vous aimez le jeu, mon fils, et moi les pauvres-, j'ai moins donné depuis que je song^e à vous jourvoir; Je n'y songe plus. In joueur ne doit point se marier: jouez tant qu'il vous phira*, mais à cetlc condition: je déclaré qu'à chaque perle nouvelle les infortunés recevront de ma pari aulant d aident que j'en aurai compté pour acquitter de semblables dettes; eommenrons dès aujourd'hui.» La somme fut sur-le-champ portée à l'hôpital, et le jeuae homme n'a pas récidivé. ( Par M. Dussaulx'. )

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