LE BON FILS
Monsieur de.... allant joindre son régiment, h y a douze ans , s'occupa pendant sa roule à faire quelques recrues, dont il avait besoin pour compléter sa compagnie. Il trouva plusieurs Jiommes dans une pelite ville où il demeura une
llB LE MENTOTl VERTUEUX,
-semaine. L'avanî-vcille de son doparl , il se préseula encore un jeune homme de la plus haute laille, el delà fif;ure la plus iiiléicssanle : il avait un air de curlciiret dUonuMel'i qui pré» venait pour lui M. de.^. ne. put s'eun»êciier ,-» la première v«e« desouha:lcr davolr-cel homme dans sa co*n^;:^nie *, A le mi IrcmUer ■<ia deman» dant qu'en l'-euigaiyeùt^ ii prit<;e muuv(ïHicnt pour i'effet delà timidilé*, clpcul-èlre de l'inquiétude que peut avo!r un jeune homme qui sent loprlx de la liberté et qui ne la vend pas sans re^rel. l\ lai montra ses souprouo, ea lâchant de le rassurer. Ah! Monsieur, lui répoudil le jeune homme , n'attribuez pas mon dësor^lre à d'iudi^j^nes motifs . il ne vientque de la crainte d'être ro.rusé; vous ne voudriez peut-être pas de moi , et mon malheur serait affreux : il lui échappa queli|ues ^ larmes en achevant ces mots. L'ollicier ns manqua pas de rassurer qu'il serait enchanté de le~ satisfaire , et lui de.nanda vite quelles étaient ses conditions. Je ne vous les propose qu'en tremblant , rép3nilit le jeûne homme , elles vous dcgjoùteront peut-être. Je suis jeune, vous voyez ma taille j j'ai de hi force , je ine sens toutes les iSis^ositions nécessaires pour servir; mais la eir- CDîistance mallienreiise dans laquelle je me trouve, me force de me mettre à un prix que ^4)as trouverez peut-être ei:horbilanl;je ne pub
riea en diminuer; croyez que sans des ral.-ona trop pressantes, je ne vendrais joint mon service; mais 11 ucc îssilé m'iuipoie une loi rigoureuse, je ne puis vous suivre à moins de cinq cents livres, et vous me perce.2 le cœur si vous me refusez. Ciuqcenls li\res! reprit rufficier; la sonune est considérable, je la voue; mais vous ïne «coiàviemiz, je vous crois 4c lionne volonté, ys i>e marcîianderai pas avec vous.: je vais vous compter votre arguent, si^'ucz, et teutz-vous prêt à partir après-demain avec moi.
Le jeune homme parut péiiétré de la facilité de M. de.. . . Il signa paiement son engajjemcnt, et reçut les cincj cents livres avec autant de reeonnaiisance que s'il les avait eues en pur don; il pria son capitaine de lui permettre d'aller remplir un devoir sucré, et lui promit de revenir à l'instant. M. de... crut remarquer quelque chose d'extraordinaire dans ce jeune homme: curieux de s'éclairer, il le suivit sans affectation: il le \k voler à la prison de la ville, frapper avec un» vivacité singulière à la porte, et seprécipilcr dedans aussitôt qu'elle fut ouverte: il lenleadit aire au geôlier: Voilà la somme pour laquelle mon père a été arrêté, je la dépose entre vos mains, conduisez-moi vers lui, que j'aie le plaisir de hriser fes fers. L'officier s'arrête un moment, j)Our lui donner le temps d'arriver seul auprè»
ilc son père, et s'y rend ensuite après lai. Il voit ce jeune homme dans les bras d'un vieillard qu'il couvre de ses caresses et de ses larmes, à qui il apprend qn'il vient d'enga^^er sa liberté pour lui procurer la sienne. Le prisonnier l'embr.tsse de iaouveau. L'officier altendri s'avance: Consolezvous, dit-il au vieillard, je ne vous enlèverai point votre fils, je veuK parla j;er le mérite de son action; il est libre ainsi que vous, et je ne regi-ette pas «ne somuie dont il a fait un si boa usatre. Voilà son eHg^ao^ement, et je le lui remets. Le père et le fils tombent à ses pieds: le dernier refuse sa liberté qu'oti lui rend-, il conjure le capitaine, de lui permettre de le suivre; son père n*a plus besoin de lui, il ne pourrait que lui être à charg;e L'officier ne put le refuser. Le jeune homme a servi le temps ordinaire; il a toujours épargné sur sa paye quelques petits secours qu'il a fait passer à sou père; et lorsqu'il a eu le droit de deinauder son congé, il en a profité pour aller servir ce vieillard, qu'il nourrit actuellement du travail de ses mains.
w%^vv-w* w^Vv^^^A^-*