I-JO LR MENTOR VF.RTLF.UX
bourrée, entre sa femme el ses enfants! cf puis (Ml soupe de bon appétit, et on se couche. Kt croyez-vous qu'on se souvienne du mauva.'s
temps? Quelq\3efois ma femme me dit: Mou
bon homme, enlends-tu le vent ellora^e! Ahl t;! tu étais dans les champs!— Je n'v suis pas, je suis avec toi, lui dis-je; et pour/l'en assurer, je la presse contre mon sein.... Allez, monsieur, il y a bien du beau monde qui ne vil pas aussi content que nous.... — Et les impôts!' — nous les pivons gaîment; il le faut bien, tout le pays ne peut pas être noble. Celui qui nous gouverne et celui qui nous juge, ne peuvent pas venir labourer, ris font notre besogne, nous faisons» la leur; et cliaque éîal, comme on dit, a ses peines, ( (>uellc équité! dit ^/cc^fe/ voilà, en deux mois, toute léconomie de la société primitive. 0 nature! il n'y a que toi de juste-, c'est dans ton inculte simplicité qu'on trouve la raison. ) — Mais ea payant si bien le tribut, ne donnezvous pas lieu de vous charger encore? — Nous en avions peur autrefois*, mais Dieu merci, le seigneur du lieu nous a ôté cette inquiétude. Il fait l'office de notre bon roi; il impose, il reçoit lui-même; et au besoin, il fait les avances. Il nous ménage comme ses enfants. — Et (îuel est-il ce galant homme? — Le vJcoir.le de JLaval. 11 est assez connu, tout le pays le consiilère. — Réside-
MORALISTi: r.T BIENFAISA-NT. 1-T
i-il dans son cliâtcaii;' Il y passe linit mois do i aruiee. — Et le reste? — K Paris, je crois. — Voit- il d\i inonde? — Les bonrjjeois de Bruyères- «[ueliinefois aussi nos vieillards, qui vont manjjer sa soupe et ciuser avec lui.— MldeParisj n'amène l-il personne? — Personne que s;i iille. — il a bien raison. Et à quoi s'occupe-l-ii? A nous ju^jer , à nous aecorder, à marier nos enfants, à maintenir la paix dans les familles, à les aider quand les temps sont mauvais. — Je veux, dit AlcesLe, aller voir son yillajje: cela doit être intéressant.
Il fut surpris de trouver les clirmins de traverse , bordés de baies el tenus avec soinmais ayant rencontré des cens occupés à les aplanir : Ah ! dit-il j voilà des corvées 1 — Des corvées? reprit un vieillard qui présidait h ces travaux, on ne les connaît parat ici: ces jjens-ià sont payés-, l'on ne contraint personne. Seulement, si! vient au viilaj^e un vagabond , un fainéant , on me l'envoie; et s'il veut du pain, il en {ja{jne, ou il eu va chercher ailleurs. — Et qui a établi cette heureuse police? — Notre bon seigneur, père à tous, — Et les fonds de cette dépi'nsîî, qui les fait? — La communauté j ei comme elle s' impose elle-même il u arrive pas, ce qu'on voit ailleurs, que le riche s'exempte h la char;je (du pauvre.
yiiccslc redoni)lalt d'estime pour l'homme ï^ujjc
Ï-J!?. LE MENTOR VERTUEUîT,
et bienfaisant qui {gouvernait ce petit peuple. Qu'un état serait heureux si tous les grands propriétaires suivaient l exemple de celui-ci! Mais Paris absorbe elles biens et les hommes: il dé. pouille, il envahit tout.
l'artisan bienfaiteur.
\jk comtesse de "^^^ essuyait de la part de sou beau-frère un procès qui vint à la priver des obr jets de première nécessité *, elle supportait l'indig-ence avec un courage héroïque. Son cordonnier vient lui demander de l'argent: n'en recevant point, il témoigne un peu d'humeur. — Je vous dois, mon ami ehje brûle de vous payer: croyez que je sens tous les désagréments attachés au personnage de débiteur; j'attends incessamment une somme, et vous serez le premier satisfait, soyez-en assuré.
On était dans la saison de l'hiver, l'artisan tournait continuellement ses yeux vers un foyer privé de feu: ce spectacle paraît l'occuper, il bégaye entre ses dents: Madame la comtesse, vous n'avL'Z donc pas froid? — Je ne le dissimulejai pas, mou ami, j'ai un très grand froid; mais je ne me chaufle point, faute de bois. Le pordon-
MORALISTE ET BlKNl -VISANT. l-jj
hier rossonlait une cmolion qu'il se {'anhiit hion de faire paraître, dans la crainte de lilesser le respect dû à la comtesse: il se retire tout pensif cl comme rempli de quelque projet.
Le lendemain, la comtesse entend deux charrettes s'arrêter à sa porte: elle demande ce ([ui* cela peut être. Madame, lui répond une servante, ce sont deux voies de bois pour vous. La dame étonnée fait appeler les conducteurs do ces voilures, refuse ce bois, leur dit qu'ils se trompent. Vn des cliarretiers va trouver l'artisan, l'emmène avec lui: le pauvre homme était iwterdil: — Je vous demande pardon, madame, si j'ai pris cette liberté: ce n'est pas assurément pour tous offenser. J'ai été si touché de voir une jjrande dame comme vous dans une telle situation, que j'ai osé lui envoyer ce faible témoignage.... Je voudrais faire plus, madame; c'est en vérité tout ce que j'ai pu. Vous me paierez ce bois quand votre argent vous sera rentré. Je vous en conjure, daignez accepter ce petit service ; quoiqu'un pauvre artisan, /a/ chi cœur et votre état m'a pénétré.
Ce digne homme veirsait des larmes 5 la comtesse elle-même est prête à en répandre. = Oui, mon ami, je reçois volontiers votre bienfait , car c'en est un: incessamment je vous le paierai ; je me réserverai le plaisir de vous donner des preuves de ma reconnaissance.
^^uelque temps après, la cûintesso,(ioiît le <raïn do -son procès avait rel(?\'ë la fortune, en vove au ri)rdonnier un valet de cliamlne avec cette lettre: '( Je n'en rouj^is pas, mon ami, et je veux que lout le monde le sache : nulle de mes sociétés n'avait daigné s'apercevoir que j'étais sans feu, dans une saison où l'on ne saurait s'en passer, et vous y avez fait attention", vous avez soulagé ma peine ^ ] en serai toute ma vie très reconnaissante. Eu a lien da ut que je puisse faire mieux, mon valet de chambre est cliargé de vous payer les deux voie.3 dejiois. Venezme voir, je chercherai à vousêtre utile, à vous et à votre famille. »
La comtesse avait eu même la noblesse de signer sa lettre. Le valet de chambre remet trois cents louis au cordonnier. — Comment , Monsieiu- , vous vous trompez i c'est environ deux loais qjic Madame la comtesse me doit. — Madame la comtesse, reprend le valet de chambr^ en souriant, ne donne pas moins pour deux voies de bois.' L'artisan attendri vole à l'hôtel. La comtesse était entourée d'un cercle brillant et nombreux,, elle présente son bienfaiteur à sa société, et elle raconte avec une sensibilité également honorable pour son cœur et pour son esprit, le service que lui avait rendu le cordonnier.
MOSAl.ISTK 1:T BIIM AiSANT. l " '.}
Belle vengeance d'un jeune soldat.
I E.^■nA^■r le su'go de \amur, (juc les puissances alliées contre la France firent au commencement de ce siècle, on connut dans le régiment du coltfnelilamillon un bas- officier qu'on appelait Union ^ » ! un simple soldat nommé Vahntin. Ces deux hommes étaient rivaux, et les querelles particulières que leur amour avait fait naître, les rendirent ennemis irréconciliables. Union , qui se trouvait l'officier de Valentin , saisissait toutes les occasions possibles de le tourmenter et dé faire éclater son ressentiment: fe soldat souffrait sans résistance ; mais il disait quelquefois qu il donnerait sa vie pour itre v- n^é de ce tyran. Plusieurs mois s'étaient passés dans cet étal, lorsqu'un jour ils turent commandés l'un et l'aulrè \xi\\x l'attaque du château. Les Françalîs firent une sortie, oîi Voflicier Union reçut un coup de feu dans la cuisse. Il tomba •, et comme les Franeais pressaient de toutes parts les troupes alliées, il s'attendait à être foulé aux pieds. Dans ce moment il eut recours à son ennemi: Alil Valentin ^ sécrià-t-il, peùx-tu m'abandonner ? Valentin , à sa voix, court précipitamment à lui; et au milieu du feu des Français, il mit l'officier sur se»
l'-G LE ME.MOR VERTUEUX,
épaules, el l'enleva courajjensemeiit à travers les dang^ers, jusqu à la hauteur de l'abbaye de Salsire: dans cet endroit, un boulet de canon le tua lui-même sans toucher à l'officier. Valeniin tomba sous le corps de son ennemi qu'il venait de sauver; celui-ci , oubliant alors sa blessure, se roleva en s' arrachant les cheveux; et se rejetant aussitôt sur ce corps dëfi^juré: Ah! Vahntiiij s'ccria-t-il, en rompant un silence mille fois plus touchant que les larmes les plus abondantes, /^rtlenlin^ est-ce pour moi que tu meurs, pour moi qui te traitais avec tant de barbarie? Je ne pourrai pas te survivre, je ne le veux pas. . . . non. Il fut impossible de séparer Union du cadavre san- {jlant de Valentin^ malg^ré les efforts qu'on fil pour l'en arracher. Enfin on l'enleva tenant toujours embrassé le corps de son bienfaiteur; et pendant qu'on les portait ainsi l'un et l'autre dans les rangs, tous leurs camarades, qui connaissaient leur inimitié, pleuraient à la fois do douleur et d'admiration. Lorsque n/o« fut ramené dans sa tente, on pansa de force la blessure qu'il avait reçue; mais le j Jur suivant, ce malheureux appelant toujours Valentin , miurut accablé de re- (•rets.
MOUALISTE tT BIÈ^TAI.SA^T. f'-'f
jSoble et touchant }>rocc<lc d'iiue ftmmc-dcchambre.
IJ>E personne considérable ayant cjH'ouvd le plus {;rand revers dans safortifne, s'ouvril à sa femmt? sur la pénible situation où ils allaient se trouver. Madame, lui dit-il avec ce eourajje que laisse un nialbeur qu'on n'a point mérité, je viens de me priver de tout ce que nous permettait l'aisance que nous avons perdue; notre domestique doit se réduire désormais à deux personnes, nne cuisinière et un valet: vous avez une femme de clianibre à laquelle vous êtes allachée; pardonnez si je vous en demande le sacrifice, il me paraît nécessaire. Quelque douloureuse que cette nécessilé lût
pour madame la comtesse de elle s'y résigna
et proposa à sa femme de chambre leur séparation. Madame, lui ditcette fille, voussavez qucj'ai quelque adresse; il est impossible, en restant auprès de vous, que mes petits talents n'équivalentpas aux frais de ma subsistance, et je me borne à ce seul prix de mon dévouement à votre service. Des larmes coulèrent de part et d'autre ,
et monsieur le comte de fut instruit de ce
qui venait de se passer. Lu moment après, on lui dit qu'il esl servi; il vient dans la salle à nian-
(i,or, et ne voyant que deux couverts, il ordonne qu'on en melte un troisième. Attendez-vous «mclqu'un? lui dit son épouse. Non^ Ma lame, lui rcpondit-il , faites descendre mademoiselle ÎN.... ("ell<î fille paraît^ cl le comte, en la prenant par la^inain, lui dit: Mademoiselle , la noblesse de vos sentiments vous, fait notre é^jale; la sensibilité de votre cœur vous fait notre amie*, prenez place avec nous. Il est difficile de trouver unprocrdé plus noble et plus touchant. La l'rovidencc p: rmit que, dans la suite, celte maison fut rétablie dans son premier élat.