‹ Le mentor vertueux, moraliste et bienfaisantChapitre 45 sur 53 · ANECDOTE ANGLAISE · texte numérisé non relu

ANECDOTE ANGLAISE

Le lendemain de notre départ de Glascow , dit l'auteur de ce récit, nous fûmes obligés de nous arrêter à un petit bourg près de Lanesk. N'ayant rien de mieux à faire, nous regardions les pas' sauts par les fenêtres de notre hôtellerie, placée vis-'à-vis la prisqn; Nous vîmes arriver à cheval i un homme vêtu d'un frac bleu , très simple, et un chapeau bordé sur sa têle. Cet homme mit

Moraliste et bienfaisant. 19^ J)ied à terre à noire liôlellerie, et remettant son cheval à l'hùte, il s'avança vers un vieillard qui était occupé à paver la rue. Après l'avoir salué, il prit la demoiselle, donna quelques coups sur le pavé , en disant au vieillard, fort étonn«' de laventure: Cet ouvrage me paraît bien pénible à votre âge : n'avez-vous donc point d'enfants qui puissent partage i" vos travaux et soulager votre vieillesse? —Pardonnez-moi, Monsieur, ré» pondit le vieillard, j'ai trois garçons qui me donnaient tous les trois les plus grandes espérances; mais les pauvres enfants ne sont point maintenant à portée de secourir leur père. — Et où sont-ils? demanda l'étFanger. — r L'aîné, répliqua le vieillard, était parvenu au grade de capitaine dans les Indes orient aies ^ le second s'est fait soldat, dans l'espoir de s'élever comme son frère. — Et qu'est devenu le troisième? demanda précipitamment l'étranger, -r A cette demande, le boa vieillard ne pouvant retenir ses larmes: Il a répondu pour moi, dit-il; le pauvre enfant s'est chargé de mes dettes, il n'a pu les acquitter, il est en prison. A ce récit, le voyageur se détourna de quelques pas, resta quelque temps les mains sur le visage, puis revenant près du vieillard: El cet aîné, lui dit-il , ce fils dénaturé, ce capitaine, il ne vous a donc rien envoyé pour vous tirer de la misère? — Ah! ne 1 appelez point dé-

nature, s'écria le vieillard; mon fils est vertueux^ il aime et respecte son père, il m'a envoyé de larguent, et plus même que je n'en aurais eu be> soin; mais j'ai eu le malheur de le perdre, en me rendant caution pour un très galant homme, pour mou hôte, qui malheureusement, se trouvant hors d'état de payer, a causé ma ruine: on m'a tout pris: il ne me reste plus rien. — Alors un jeune homme passant la tète par les barreaux de la prison voisine, où il était renfermé, se mit à crîer: Mon père! mon père! si mon frère Guil- Jaume vit encore, c'est lui , c'est ce voyageur qui vous parle. —Oui, mon ami, c'est moi-même, répondit le voyageur en se précipitant dans lesbras du vieillard, qui hors de lui-même , voulant parleret sanglotant, n'avait pu reprendre ses^ sens', quand une vieille femme, mise fort décemment, sortit d'une très petite et très délabrée maison, en s'écriant : Où est-il donc? Où es-tu, mon cher Guillaume ? viens donc à moi , viens embrasser ta mère. Le capitaine ne l'eut pas plutôt aperçue, que, quittant son père , il alla se jeter au cou de la bonne ^ ieille. Alors nous descendîmes; et augmentant le nombre des spectateurs de celte scène attendrissante^ M. Bramhle^ l'un de nous, fendant la presse, alla au voyageur, et lui dit: Capitaine, nous vous demandons la faveur de vous lier avec nous: nous aurions volou-

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llnrs fail cent lieues pour (^trc les témoins de cette tondre reconnaissance avec votre honnête famille; vous et les vôtres , nous vous en supplions, dînez avec nous dans cette liôtelleric. Le capitaine , sensible à cette invitation, l'accepta, mais en nous disant qu'il ne mangerait ni ne boirait que lorsque son jeune frère aurait recouvré sa liberté", et à liustant il alladéposer la somme pour laquelle on l'avait mis en prison ;, d'où il sortit quelques moments après. Alors toute celte famille se rendit à l'hôtellerie , où ils eurent grande peine à entrer, par le grand nombre de personnes qui s'y étaient rassemblées, et qui accablèrent de caresses le bon Guillaume, qui lesleur rendit avec cordialité. Le bon militaire , dont le nom était Brown, nous dit aussitôt que nous pûmes converser librement : Messieurs , c'est aujourd'hui que je sens, dans toute son étendue, les faveurs delà fortune, à laquelle je dois tout: mon oncle m'élevait au métier de tisserand; mais je répondis mal à ses bontés, et par esprit de paresse et de dissipation, je m'enrôlai dans les troupes de la compagnie dis Indes; j'avais alors tout au plus dix-huit ans; mon bonheur vient d'avoir été remarqué par milord Ch\^e , dont toute l'Europe connaît la bienfaisance et l'inépuisable générosité. Mon zèle pour le service lui inspira des bontés pour moi ; et , grâces à ses soins , de grade en grade

je devins capilaino, et fus chargé de la caisse du régiment. A force d'économie, je parvins, par des moyens honnêtes et à la faveur du commerce, à m'assurcr un fonds de 20,000 liv. sterlin{j. Alors je quittai le service. Il est vrai que j'ai fait trois remises à mon père; mais il n'y a eu que la première, qui était de 200 liv. sterling^, qui lui soit parvenue; la seconde est tombée entre les mains d'un banqueroutier , et je confiai la troisième à un gentilhomme écossais , qui est mort dans la traversée: mais comme j'ai sa reconnaissance , ses héritiers m'en répondront. Après le dîner, le capitaine remit à son père cinquante liv. sterling pour subvenir à ses besoins les plus pressants; il fit aussi dresser un acte par lequel il laissait à son père et à sa mère 80 liv. sterling de revenu annuel, réversible à ses deux frères: il promit d'acheter une commission à son second frère, et d'associer le plus jeune à une manufacture qu'il se proposait d'établir pour donner de l'occupation aux gens industrieux : il donna 300 liv. sterling en dot à sa sœur, qui était ma-riée à un fermier peu aisé; et après avoir distribué 50 liv. sterling aux pauvres, il donna une très belle fêle à tous ses compatriotes. M.Brown méritait les faveurs de la fortune, et lit bien voir qu'il était digne des bienfaits qu'il avait reçus du généreux lord Ch'vc

(XOTILDE.

Madame de Fonhonne , après avoir perdu son mari , venait encore tle perdre un procès au sort duquel était attachée la plus grande partie de ses biens. Elle fut obli{jée de vendre ce qui lui restait de meubles et de bijoux; et en ayant placé le produit chez un banquier, elle se relira dans un villag'e, pour y vivre avec économie de son modique revenu.

A peine avait-elle passé quelques mois dans son obscure retraite, qu'elle apprit la fuite du dépositaire infidèle des derniers débris de sa fortune. Qu on se représente l'horreur de sa situation. Les chagrins et les maladies l'avaient rendue incapable de toute espèce de travail ; et après avoir passé ses plus belles années au sein de l'aisance et des plaisirs, il ne lui restait d'autre ressource , dans un âge avancé, que d'entrer dans un hôpital, ou d'aller demander l'aumône.

Elle ne voyait en effet autour d'elle personne qui daignât s'intéresser à son sort. Amenée par son époux d'un pays étranger où elle avait reçu la naissance, elle ne pouvait solliciter des secours que d'un parent assez proche qu'elle avait

attiré dans sa nouvelle patrie, et dont elle avait élevé la fortune par le crédit de son mari. Mais cet homme d'une avarice sordide, ne fut pas , comme on l'imagine, extrêmement sensible aux plaintes d'un autre, lorsqu'il se refusait à luimême jusqu'aux premières nécessités de la vie. Dans cette extrémité cruellcj une jeune orpheline qu'elle avait adoptée pendant le cours de ses prospérités, et qu'elle n'avait jamais pu se résoudre à abandonner après ses premiers revers, devint son. ange lulélaire. Les bontés dont Ciotilde avait été comblée par madame de Fonbonne firent naître dans son cœur le désir généreux de lui en témoigner sa reconnaissance. Non, s'écria-t-elle lorsque madame de Fonhonne lui proposa de chercher un autre asile , non, je ne vous abandonne point tant que vous vivrez. Vous m'avez toujours traitée comme vo* tre fille; et si j'ai désiré de l'être dans votre bonheur, je le désire encore plus dans vos peines. Grâces à vos largesses, je me vois abondamment pourvue de tout ce qui est nécessaire à mon entretien. Vous m'avez donné des talents, je ferai ma gloire de les employer pour vous. Je sais coudre et broder: avec de la santé et du courage, je puis gagner assez de pain pour deux.

Madame de Fonbonne fut extrêmement touchée de celte déclaration. Elle embrassa Clotdde^

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pt consenlit à profiter de ses offres. Voilà donc Clotilde devenue à son tour la mère par adoption de son ancienne prolectrice. Elle ne se bornait pas à la nourrir du fruit d'un travail opiniâtre, elle la consolait dans sa tristesse, la soula- {yeait dans ses infirmités, et s'efforçait, par les caresses les plus tendres, de lui faire oublier les injustices du sort.

La constance et l'ardeur de ses soins ne se refroidirent pas un moment dans le cours de deux années que madame de Fonbonne jouit encore de ses bienfaits*, et lorsque la mort vint la ravir à sa tendresse, elle donna les regrets les plus vifs à celle perte. Quelques jours avant ce malheur, venait aussi de mourir ce riche avare, dont le cœur s'était montré si insensible à la voix du sang et de la reconnaissance. Comme il ne pouvait emporter avec lui ses trésors, il avait cru réparer son ingratitude envers sa parente, en les lui laissant par ses dernières dis» positions.

Mais ces secours étaient venus trop lardi niadame de Fonbonne n'était plus en état d'en profiter; elle n'avait pas eu même la consolation, en mourant, d'apprendre celte révolution dans sa fortune, pour la faire tourner à l'avantage de la pauvre Clotilde.

Cet iiérilage se trouvait ainsi dévolu au dc'

maille du prince. Heureusement les recherches ordinaires en pareille occasion firent parvenir à ses oreilles la noble conduite de la généreuse orpheline.

Ah! s'^ccria-t-il dans le premier mouvement de son cœur, elle est bien plus digne que mol de cet héritage! je renonce à mes droits en faveur des sien s j et je me déclare son protecteur et son père.

Toute la nation applaudit à ce jugement, dotilde, en recevant celle récompense pour sa générosité , l'employa à élever de jeunes orphelines comme elle, à qui elle se plaisait surtout d'inspirer les sentiments qui la lui avaient méritée.

MARTIN , ou l'emploi DU TEMPS.

Martin, quoique simple compagnon, excellait dans son métier. Il aspirait de tous ses désirs à devenir maître, mais il lui manquait une certaine somme pour se faire recevoir.

Un marchand, qui connaissait son industrie, voulut bien lui prêter cent écus pour trois ans afin qu'il payât sa maîtrise, et qu'il achetât ce qui lui était nécessaire pour se mettre en état de travailler.

On se fi{jurcra sans peine la joie de Ma/tin. Il voyait dcjà dans son iniafjination sa Ijoiitiijue ricliemenl ctoflcc. Il avait peine à compter le nombre de pratiques nouvelles qui s'empresseraient de l'employer, et tout l'argent que son travail allait lui rapporter au bout de l'année.

Dans les transports extravagants de joie où le jetèrent ces pensées, il aperçoit un cabaret: Allons, dit-il en y entrant^ il faut commencer à tirer de cet argent quelque plaisir.

11 hésita quelques moments à demander du vin. Sa conscience lui criait à haute voix que le moment de jouir n'était pas encore arrivé; qu'il fallait d'abord songer aux moyens de rembourser, au temps prescrit, les avances qu'on lui avait faites; que jusqu'alors il n'était pas honnête d'en dépenser un sou sans la plus grande nécessité. Il s'avançait vers le seuil de la porte, prêt à céder à ces premiers mouvements de droiture. Cependant, dit-il en retournant sur ses talons, quand je dépenserais aujourd'hui trente sous pour me réjouir du bonheur qui m'attend, il me resterait encore quatrevingt-dix-neuf écus et demi. C'est plus qu'il n'en faut pour payer ma maîtrise et me mettre en fonds; et je puis en un jour réparer cette petite brèche par mon travail.

C'est ainsi que, déjà le verre à la main , il

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clierchail à étouffer ses reproches inlérieilrs* Mais, hélas! le pauvre homme! celait lepremiei* pas qui devait leutraîner à sa ruine.

Le lendemain, une douce image du plaisir qu'il avait g^oûté la veille dans le cabaret, vint se présenter à son esprit j et il fit beaucoup moins de façons avec sa conscience pour dépenser encore trente sous de la même manière.

Les jours suivants, le goût de l'ivrognerie s'était si bien emparé de lui, qu'il prit, sans remords, trois écus l'un après l'autre, et les dépensa comme il avait fait le premier. Car, se disait-il à chaque séance, ce n'est que trente sous. Ah! il m'en restera encore bien assez.

Telles étaient ses paroles insensées pour ré* pondre à la voix de la raison qui de temps en temps se faisait entendre. Il ne considérait pas que sa fortune consistait en cent écus pleins, et que du sage emploi de la moindre partie dépendait 1 utile destination de la somme entière.

Vous voyez, mes amis, par quels degrés insensibles il se précipita dans une vie de débauche. 11 ne trouvait plus aucun plaisir à travailler, uniquement occupé comme il l'était de sa richesse actuelle, qui lui semblait inépuisable. Cependant il ne tarda guère à s'apercevoir qu'elle diminuait de jour en jour. Il sentit avec effroi qu'il ne pouvait plus atteindre son but, parce

qu'il n'y avait pas d'apparence que son bienraileur lui prêtât cent nouveaux écus, après l'avoir vu dissiper les premiers dans le désordre.

Bourrelé de honte et de remords, plus il cherchait à les étouffer dans le vin, plus il avançai! l'heure de sa ruine. Enfin il arriva, ce funeste moment, ori, dégoûté du travail, en horreur à lui-même, la vie lui devint insupportable dang la perspective de l'avenir effrayant qui s'ouvrait à lui.

Il s'éloijjnade sa patrie, poursuivi parles furies du désespoir, et ilalla sejeter dans une bande de voleurs, avec lesquels il commit toutes sortes de scélératesses: maisle ciel vengeur ne leslaissa pas long-temps impunies; et une mort violente fut le dernier terme de ses jours criminels.

Ah! si le malheureux avait écouté la première fois les avis de sa raison et les reproches de sa conscience, tranquille aujourd'hui dans son élat, il attendrait au sein de l'aisance et de l'honneur le repos et la considération d'une vieillesse fortunée.

Conversation entre M. l'abbé Lemonuier , et la première Rosière de S. Sauveur-le-Kicomte, le premier Juin 1777.

0« ça, bonne fille, causons nous deux. Dite^ moi. quand vous aviez fini votre année de service

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et que vous reveniez chez votre père, combien rapporliez-vous de vos gages? — Je rapportais tout, je rapportais mes 36 liv. — J'entends, vous ne preniez rien pour votre entretien. Mais comment pouviez-vous nourrir votre père et vous avec vos 36 liv. ? — J'y allais doucement, Je ménageais. — Vous aviçz beau ménager, il n'y avait pas seulement de quoi avoir du pain. — Aussi je n'en avais pas toujours. Quand j'en avais, j'étais bien contente. — Et quand vous n'en aviez pas.f* — j'empruntais, je faisais de la bouillie à mon père*, mais cela n'arrivait pas souvent. — Comment? — Quand je voyais que le pain diminuait, je n'en mangeais plus, je le gardais pour lui. — Et vous? — Oh! moi, je me faisais de la soupe. — Sans pain? — j'y mettais force clioux et de ce que le jardin me fournissait. — Vous l'assaisonniez avec du heure? — Oui, quand j'en avais. — Et quand vous n'en aviez pas? — Avec du sel. — Bien: vous étiez contente lorsque votre père était content? — Content! il ne l'était pas toujours; quand je lui faisais sa soupe à part, il grondait, et me disait: pourquoi fais-tu deux cuisines? Moi, je lui disais, dame, vous voulez toujours manger la même chose, celh m'ennuie. Quand il me demandait ce que j'allais manger, je lui nommais ce que j avais envie. — C'està-dire , ce que vous auriez eu envie d'avoir.

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— l'nc fois qu'il s'aperçut que je n'avais pas de quoi pour moi, il m'en dit bien lon{j. H me disait: Ce n'est pas à moi à être bien nourri, puisque je reste là sur mon lit à rien faire; c'est à loi qui travailles et qui te fatijjues. Tiens, si cela t'arrive davantage, je ne manjjerai rien, je t'en avertis. — Eb bien, quand cela arriva encore? —

— 11 Jie s'en aperçut pas. — Comment cela? — Quand il avait dîné, je le portais dans le jardin autant de temps qu'il m'en fallait. — Vous pouviez le porter? — Quand je le prenais sur son lit, je le pouvais bien. C'était quand il fallait le reprendre à terre dans le jardin que j'avais bien de la peine; mais je mettais une cbaise à côté de lui, et puis je le prenais dans mes bras, et je pouvais bien le porter. — Et à qui empruntiez-vous quand vous n'aviez plus rien? — A ceux que j'avais déjà servis, et que je devais servir encore. Je leur demandais bien jusqu'à la valeur de trois liv.,mais par de-là je n'étais pas bardie. Un jeur que je n'avais plus rien , je voulus emprunter du grain dans deux maisons , on m'en refusa. Cela fait bien de la peine, quand on sait qu'il y en a. Le lendemain, qui était un dimancbe , en m'en revenant de la grand'iMesse , j'étais triste ; j'entrai cliez le cousin Bernard LetelUerj ils me trouvèrent cbangée, ils me dirent: Qu'est-ce que tu as? Moi je leur dis: Je n'ai rien.

2lO LR MENTOR VERTUEUX,

et c'est ce qui me fùclie, et puis je m'en allai. Une heure après, ma cousine s'en vint chez nous, et me (lit: tu es entrée à la maison, nos gens t'ont demandé ce que tu as j tu leur a dit, je nai rien , et c'est ce qui me fâche. Est-ce que tu n'as rien? — Eh bien, ouij je n'ai rien*, mais ne le dites pas à mon père. Elle me donna de quoi pour la journée^ et le lendemain elle emprunta de l'argent pour m'acheter wntsomme de blé. La même chose était arrivée à mon père quand nous étions peliies; il me le contait encore il n'y a pas six mois. — Si vous vous en souvenez, racontez-moi aussi ce qui arriva à votre père. — Volontiers. Un jour qu'il n'y avait plus de pain à la maison, il s'en alla dans deux endroits et demanda du grain à emprunter, on le refusa. Il n'osait plus aller ailleurs, il s'en revenait en pleurant. Un homme qui n'était pas de la paroisse, mais qui connaissait mon père, le trouva, et lui dit: «Qu'est-ce que tu as, » Guillaume LetelUcr ? pourquoi pleures-tu en » rodant autour de ta maison? Mon père lui dit: M C'est que je n'ose plus y rentrer. » — Et d'où vient cela?. — C'est que j'ai là trois petites filles qui ne s'embarrasseront pas si j'ai du pain ou non, elles vont m'en demander. — Est-ce que tu n'as pas de pain? — Non , depuis hier. — Viens-t-en chez nous. Cet homme-là lui prêta du blé pour tout l'été.

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