CHAPITRE PREMIER
CHARLES-QUINT 1516-1555 ET PuiLiPpe [Il 1556-1598
Ni Charles-Quint, ni Philippe Il, premiers successeurs des Rois Catholiques, ne sont des pionniers du mercantilisme, encore que leur politique coloniale et leur politique de domination européenne — qui ont tant contribué à étendre et à enraciner la méthode des représailles commerciales (1) — semblent leur assigner un rôle important parmi les initiateurs de ce système. Toutefois, ainsi que l’a établi Haebler (2), il convient, du point de vue économique, de reconnaître que
(1) Le droit maritime entre puissances belligérantes qui prévalait alors et l’exemple des autres nations nullement scrupuleuses dans l’usage et l’abus de cette arme à deux tranchants leur offrait des excuses (Cf. CoLMEIRO, T. II, p.p. 328 à 331). Il existe dans le traité de Madrid du 14 janvier 1526, une clause de caractère mercantile de la plus haute importance qui prouve que Charles-Quint était moins attaché au système prohibitif que Françaois Ier.
L'art. 27 de ce traité dit que les draps fabriqués en France «pourront entrer librement, être vendus et répartis dans les royaumes et possessions de l'Empereur et que les draps fabriqués en «Catalogne, Roussillon, Cerdagne et autres lieux de la Couronne d’Aragon» ne pourront être vendus, ni introduits en France». Ainsi nulle réciprocité. Tout ce qui put être obtenu, ce fut le droit d'introduction et de transit des draps « mais non pour les débiter et les vendre en France, mais seulement pour les vendre hofs de la juridiction dudit Roi très chrétien ». ;
(2) HAEBLER: Die wirtschaftliche Blüte Spaniens in 16 Jahrhundert und ihr Verfall, Berlin, 1888.
dans l’ensemble des mesures parfois contradictoires de ces deux souverains, Charles-Quint a témoigné de plus de libéralisme que son successeur immédiat.
Bien des raisons l’expliquent : Charles-Quint était né et avait reçu son éducation dans les Pays-Bas, pauvres d’industrie, dépendant de l'étranger pour les produits manufacturés et pratiquant nécessairement un régime de liberté commerciale ; il avait gardé à leurs habitants une sympathie et une confiance particulières. D’autre part, il exerçait son autorité sur des pays si nombreux et si différents les uns des autres par leurs richesses, leurs lois et leurs idées, qu’il est bien compréhensible qu’il n’ait pas cherché à protéger un système administratif, qui aurait nui notablement aux territoires étrangers qui se trouvaient aussi sous son sceptre.
Philippe II, né en Espagne, conseillé par des Espagnols depuis son enfance, maître de territoires moins étendus et ne possédant d’ailleurs pas une connaissance aussi profonde des qualités particulières de ses différents sujets, s’est assimilé plus facilement les conceptions du peuple espagnol ; il a suivi, par moments, les tendances mercantilistes de la Nation, aussi inconsciemment que Charles-Quint avait accepté les idées de liberté commerciale prévalant dans les Pays-Bas, et sacrifié tous les autres intérêts de la monarchie aux convenances particulières de l’Espagne.
L'un et l’autre ont été les témoins des phénomènes économiques nouveaux, des transformations profondes et rapides qui se sont accomplies sous leurs yeux, mais ils n’en ont point mesuré les conséquences.
Du moins, les deux premiers monarques de la Maison de Habsbourg ont-ils donné à l'Espagne la grandeur politique jusqu’au milieu du xvie siècle. Leurs successeurs Philippe II et Philippe IV sont aussi incapables de la conserver que de
conjurer la détresse financière et économique, qui atteint son point le plus douloureux sous Charles II. Latente au Xvie siècle, la ruine publique éclate et s'étale au xvire siècle.
Les considérations économiques ont peu de poids sous Charles-Quint; elle perdent presque tout crédit sous Philippe II; les richesses nationales sont mises par eux au service d’une cause purement politique et religieuse — grandeur de la Maison d'Autriche et triomphe de l’Église —et ces richesses s’épuisent ainsi progressivement.
C'est sous Charles-Quint, après la conquête du Mexique, du Pérou et du Chili par Cortez, Pizarre et Almagro, que l'Espagne, dont les premières colonies en Amérique avaient été fondées sous le règne d’Isabelle et de Ferdinand, prit véritablement possession du sol américain. Un vaste mouvement d’émigration s'établit vers le Nouveau Continent, la bella retirada comme devait l'appeler ie langage populaire (1). Aux colons d'Amérique, uniquement préoccupés d’amasser l'or et l’argent, la mère-patrie doit fournir le pain, le vin, l’huile et les vêtements (2) ; d'immenses débouchés s'offrent
(1) PENALOSA y MONDRAGON (Fr. Benito de) : Las cinco excelencias del Español. L. V, ch. xxu. — L'agriculture et l’industrie se trouvent ainsi privées d’un grand nombre de bras, au moment où elles vont être forcées de satisfaire à des demandes chaque jour croissantes.
(2) Le trafic des Indes jouit, au début, d’une certaine liberté et les navires s’y rendaient isolément. La crainte des corsaires qui infestaient les mers amena Charles-Quint, en 1526, et Philippe IL, en 1561, à adopter et à réglementer la navigation de conserve (Cf. COLMEIRO, 11, p. 403). Tous les ans, deux escadres sortaient du port de Séville pour approvisionner le Mexique et le Pérou. On les appelait la flotte et les galions. Les galions foufnissaient les marchés de la Terre Ferme et les royaumes du Pérou et du Chili. La flotte était destinée au com-.
à la production castillane, réduite jusqu'alors aux limites d’un petit marché régional et en modifient radicalement les conditions ; simultanément l’agriculture, la culture de la vigne et de l'olivier, l’élevage des troupeaux, l’industrie du drap et de la soie prennent un développement extraordinaire (1) ; la Castille devient le fournisseur de ses colonies et celles-ci lui envoient, par contre, des métaux précieux en abondance. La quantité d’or et d’argent arrivant chaque année en Espagne détermine la dépréciation de la monnaie, tandis que l'offre, inférieure pendant longtemps à la demande, augmente la valeur de toutes choses.
La première de ces causes, renforcée artificiellement par l'interdiction d'exporter les métaux précieux, produit des conséquences excessives et désastreuses ; les prix des sub-
merce avec la Nouvelle-Espagne et les provinces voisines. .Les deux escadres étaient convoyées par des bâtiments de guerre qui les préservaient des attaques des pirates et des corsaires. Les commerçants du Pérou et du Chili devançaient les galions à Porto-Bello, avec les produits de leurs mines et d’autres marchandises précieuses, destinées à être échangées contre les articles manufacturés de l'Espagne. Le marché restait ouvert, en cette ville, pendant quarante jours. Le cours des marchandises était fixé par les députés espagnols et américains de telle sorte que la cargaison entière des galions absorbât tout ce qu’avaient apporté les commerçants du Pérou et du Chili. Aucune liberté ne régnait dans ces transactions, mais une absolue bonne foi présidait aux échanges (Cf. ULLOA, 2e partie, p. 100). Pendant ce temps, la flotte abordait à Vera-Cruz où les négociants américains avaient transporté à l’avance les produits de la Nouvelle-Espagne et des provinces qui en dépendaient.
La Vera-Cruz, en relation avec Acapulco sur la côte occidentale, recevait par ce port les produits des Philippines et d'Asie. Les transactions s’y effectuaient d’après les mêmes principes que sur le marché de Porto-Be'lo. Les deux escadres se rejoignaient ensuite à la Havane et revenaient ensemble en Europe. Enfin, par permission spéciale du Gouvernement, des navires isolés, vaisseaux de registre (registros), quittaient Cadix pour l’Amérique, habituellement Buenos Aires.
(1) En 1545, les colonies avaient commandé une si grande quantité de marchandises, qu’on jugea impossible de les fournir avant six ans (ROBERTSON : Histoire de l Amérique, t. III, p. 464, note).
sistances, de la main-d'œuvre, des matières premières, de tous les frais de production, en un mot, atteignent un taux mconnu dans les autres régions de l’Europe et facilitent la concurrence écrasante faite par les nations étrangères à l’industrie nationale, sur qui pesaient, en outre, les entraves et les minuties des règlements, alors que les produits étrangers en étaient complètement affranchis. Les plaintes des Cortès quant à la hausse des prix (1), sont, à cet égard, significatives : les premières datent de 1518 et de 1520 ; elles se renouvellent en 1523. 1525, 1528 et 1532. Personne ne s’avise de proposer le seul remède efficace, qui serait de répandre en en Europe cet or et cet argent dont la surabondance dans la Castille toute seule y a déterminé une dépréciation anormale de la monnaie (2).
(1) La hausse ne fut point brutale, mais lente et progressive. Les Rois Catholiques taxèrent le boisseau de froment à 110 maravédis (Pragm. de Madrid de 1502: Pragm. de los Reyes Catôlicos, fol. 131) ; — Charles-Quint à 240 (Pragm. de Madrid de 1539) ; — Philippe IT éleva la taxe à 11, puis à 14 réeaux (Pragm. de 1558, 1566, 1568, 1571, 1582, etc.) ; — Philippe III l’établit à 18 et Charles II à 28 (Pragm. de 1609, loi 10, tit. XIX, lib. VII, Nov. Recopilaciôn ; Santayana, Gobierno politico de los pueblos, I, ch. vi); — de sorte, qu’en un siècle environ, le prix du blé ne cessa de monter, depuis 110 jusqu’à 952 maravédis, tandis que celui des autres céréales subissait une hausse proportionnelle (Le maravédis était l’unité monétaire castillane ; 34 maravédis formaient un réal ; 20 réeaux valaient Suite page 50.
(2) Aux causes de hausse qui viennent d’être signalées, il faut ajouter les taxes excessives et vicieuses, qui sont d’ailleurs en partie un legs du passé, et apportent les plus graves désordres dans la vie économique du pays.
Parmi les principales ressources du revenu public, à cette époque, nous trouvons des droits sur l’importation et l’exportation, des droits sur la circulation, des droits sur la consommation ou les échanges.
Les droits d'entrée et de sortie s’appelient aduanas (douanes), « almojarifazgos» en Andalousie, «diezmos» (dîme) en Castille. La circulation est taxée comme l'importation. Le percepteur royal attend les troupeaux transhumants, à certains passages des montagnes,
| Suite page 50.
En présence du développement du commerce des Indes, Charles-Quint voulut supprimer le monopole de Séville, mais ce projet souleva les plus vives protestations aux Cortès de la Corogne de 1520, et il dut l’ajourner (1). En 1529, il promulgua une loi permettant la sortie de navires de registre des ports de la Corogne, Bayonne de Galice, Avilès, Laredo, Bilbao, Saint Sébastien, Malaga et Carthagène, en imposant seulement, sous peine de mort et de confiscation de biens,
Note x (suite) 1 ducat ; 21 réaux 1 écu — l’écu n’était qu’une monnaie de compte. Un cuento de maravédis désignait un million de maravédis). Comme il était naturel, le prix des matières premières s'éleva également. Les laines étaient, au milieu du xvie siècle à des prix excessifs (Cf. Pragm. de Toro, 1552) ; la soie atteignait 15 ou 16 réaux par livre (Cortès de Madrid de 1552, pét. 128); la garance et le pastel, disaient les fabricants, étaient plus chers, et les étoffes qui valaient, jusqu’en 1522, 500 ou 550 maravédis la vare, coûtaient, en 1537, 4 ducats, soit trois fois plus (Cortès de Valladolid de 1537, pét. 116). Les procuradores aux Cortès de Madrid de 1598 exposaient dans leurs doléances qu’une vare de velours, qui valait, 12 ans auparavant, 3 ducats, s'élevait alors à 48 réaux, etc. (Cort. cit., pét. 24).
Nole 2 (suite) pour lever le montazgo. On paye pour franchir un port, pour passer un pont. La consommation et les échanges sont soumis à l'impôt de l’alcabala, droit de 10% qui est perçu à chaque opération et quelqu’en soit le nombre sur toutes les transactions mobilières et immobilières, grandes ou petites, qu'il s'agisse de ventes ou d'échanges.
Charles-Quint et Philippe II augmentent sensiblement le nombre des impôts par la création des services ordinaires et extraordinaires (le « servicio » était une aide que les Cortès votaient au prince pour son entretien personnel et les besoins extraordinaires de son gouvernement); — des almorifazgos des Indes; du subside {subsidio ordinario de galeras) — somme fixe et annuelle destinée à soutenir la guerre contre les infidèles ; — de l’excusado {(subsidio del excusado) dîme de la maison la plus imposée dans chaque province, après les deux premières ; de la rente des laines ; des dîmes des ports secs entre la Castille et le Portugal ; de la rente du repeuplement, à Grenade, et de l’impôt des millions, — ce dernier créé en 1588, en vue de faire face aux dépenses contractées par la couronne pour armer l’Invincible Armada.
(1) Cort. cit., pét. 5.
l'obligation de passer, au retour, par Séville ; mais cette condition était si dure et si onéreuse, que le commerce jugea préférable de ne pas faire usage de la liberté stérile qui lui était ainsi octroyée. Par là, du moins, Charles-Quint a-t-il témoigné d’une clairvoyance digne de remarque, Les Indes devinrent, du fait de ce monopole, le patrimoine d’une seule ville du Royaume, et les Provinces Intérieures de l'Espagne de même que celles du littoral de la Mer Cantabrique et de la Méditerranée, dont les marchandises étaient grevées des droits de douane intérieurs, des taxes municipales, des droits de port et du fret ne purent bénéficier que faiblement du commerce avec l’Amérique,
En matière réglementaire, Charles-Quint fut amené à amender, en les assouplissant, les principes minutieux des ordonnances rendues à Sévilie, en 1511, car l'expérience avait déjà prouvé l'impossibilité d’enserrer l’industrie dans des règles étroites sans entraver ses progrès. Telles furent les motifs des ordonnances rendues à Tolède, en 1528, — à la suite des instances des Procuradores, aux Cortès de Tolède de 1525. Les amendements que les représentations des Cortès appelèrent encore, aux Cortès de Valladolid de 1537, attestent cependant une diminution sensible dans la qualité des draps ; sans doute les fabriques assurées de débouchés importants se souciaient-elles peu des exigences réglementaires. Les Cortès de 1542 se plaignaient encore des malfaçons des fabricants ; ceux de 1548 de l'impossibilité où étaient les manufactures de fournir des étoffes à bas prix, par suite de la prohibition de travaiiler les draps avec un nombre de fils moindre que les 1800 (dieziochenos), selon les ordonnances de 1528, et suppliaient que l’on pût introduire des draps étrangers, ce qui fut accordé. | |
De nouvelles ordonnances publiées à Bruxelles, en 1549,
renforcèrent les règlements destinés à assurer la bonne qualité des draps fabriqués, et établirent contre les délinquants des peines allant jusqu’à la confiscation des biens. Il n’apparaît pas, cependant, qu'aucune amélioration en soit résultée, puisqu'il fallut édicter à Madrid, en 1552, de nouvelles ordonnances qui n’eurent pas plus de succès (1).
Philippe II, réglemente également la fabrication des étoffes de soie dans ses pragmatiques de 1590 et 1593 (2).
D'une manière générale, Charles-Quint et Philippe II vivent, en matière économique, sur les traditions de l’âge antérieur.
C'est ainsi qu’ils reprennent aveuglément à leur charge le système des lois somptuaires. Les pragmatiques rendues de 1493 à 1515 étaient restées lettre morte. Les Cortès de Valladolid de 1518, de la Corogne de 1520, de Valladolid de 1523, de Madrid de 1528, de Valladolid encore, en 1537, apportent à Charles-Quint une suite ininterrompue de plaintes contre l’abus des toilettes, des parures et l’excès des dots.
Il édicte, en cette année 1537, de nouvelles règles pour la réforme de l’habillement, puis il y a un moment de silence, rompu finalement par les Cortès de Madrid de 1552, avec leurs plaintes habituelles, renouvelées à Valladolid, en 1555 ; on s’y élève contre l’excès des dots, l’orgueil et la vanité des personnes se servant de voitures ou de litières ; un rayon de lumière traversa cependant ces ténèbres, lorsque les procuradores à ces mêmes Cortès, obéissant à l'impulsion d’une idée juste, demandèrent la révocation des pragmatiques concernant les vêtements, parce que « l’expérience avait démon-
() CoLmEïRo, op. cit., t. II, p.p. 240-241. — Nov. Recopilaciôn lib. VI, tit. XIII-XVII.
(2) Uzräriz, cap. LXXXIII. — Nov. Recopilaciôn, lib. V, tit. XEL.
tré le peu de résultats qu’on en avait obtenu et, par contre, les nombreuses vexations auxquelles leur mise en pratique avait donné lieu » (1). Mais le luxe ne cesse de se propager.
Le nombre des lois somptuaires et des pétitions des Cortès concernant la question du luxe, leur répétition constante et rapprochée pour le même objet, sous Philippe II (2), attestent l’extension du mal, et l’inefficacité des mesures demandées ou prescrites (3). L
Le régime douanier des deux souverains s'inspire avant tout de considérations de caractère fiscal et des nécessités d’une police des approvisionnements.
Au lieu de favoriser l’exportation et de paralyser l’impor-
(1) Cortès de Madrid de 1552, pét. 131 ; Valladolid, 1555, pét. 74, 88 et 108.
(2) 1560. — Cortès de Tolède, pét. 39 contre le luxe excessif des vêtements ; pét. 95 contre l’excès dans les dépenses pour la cire.
1563. — Cortès de Madrid, pét. 6 pour que l’on modère les dépenses des laquais ; pét. 105 ceiles des banquets et repas.
1563. — Pragmatique de Philippe II contre l’excès et le désordre des vêtements.
1565. — Pragmatique de Philippe II contre l’excès de laquais et d'écuyers.
1573. — Cortès de Madrid, pét. 37 contre l’excès des dots ; pét. 72 pour que l’on ne puisse dorer, ni argenter le fer, le bois, etc., sinon pour l’usage du culte ; pét. 80 contre les excès dans l’habillement ; pét. 113 contre les voitures ; pét. 114 contre les vêtements.
1578. — Cortès de Madrid, pét. 6 contre les voitures et carrosses : on en interdit l’usage sinon avec quatre chevaux.
1586. — Cortès de Madrid, pét. 50 contre l’excès des laquais ; pét. 62 contre celui des vêtements.
1588. — Cortès de Madrid, pét. & pour que l’on revienne aux voitures à deux chevaux, dont on fait l'éloge ; pét. 52 contre l’excès dans les costumes et vêtements.
1593. — Pragmatique de Philippe II visant la modération dans lhabillement.
(3) La maladie du luxe avait aussi gagné l’Aragon. Aux Cortès de Monzon, de 1547, la question de la réforme de l'habillement fut abordée, et dans celles de 1553, un fuero vise la modération des dépenses excessives pour les vêtements d'hommes et de femmes et les harnachements (Cortès cit. Vieda y prohibicién de vestidos).
tation, ils facilitent d'ordinaire l’entrée des marchandises et des produits et mettent des obstacles à leur sortie. Variées sont les choses que les lois ne permettent pas d'exporter du royaume, peu nombreuses celles qu’il est interdit d'introduire, et très rares les circonstances où l’on rencontre une parole ou encore où l’on surprend une pensée mercantiliste, et alors, presque toujours, la prudence de Charles-Quint ou de Philippe I réprime et refrène le zèle indiscret des procuradores aux Cortès.
Parmi les marchandises dont l’exportation était prohibée, on compte les graines, le bétail, les cuirs, les maroquins bruts et travaillés, toutes les peaux, la soie, l’or et l’argent (1) et en général, les cosas vedadas du passé.
Ces prohibitions se fondaient sur des motifs très différents. Les procuradores aux Cortès cheminaient en aveugles dans les questions économiques et obéissaient à l'impulsion d’une calamité passagère, d’une plainte intéressée ou d’une préoccupation vulgaire et funeste au bien commun (2).
(1) Quelque considérable que fût l'importation des métaux précieux d'Amérique, il régnait un accord unanime de l’opinion publique pour ne pas laisser l’or et l’argent se répandre à l’étranger ; cette préoccupation constante se manifeste dans les revendications formulées, en 1522, par les communes insurgées.
En 1552, Philippe II stipule que toute somme en espèces, confiée à un tiers pour la sortir du royaume, sera perdue pour le propriétaire au profit de celui qui était chargé de l’exporter, si celui-ci la déclare aux juges ordinaires, et sans que d’ailleurs le dénonciateur puisse être recherché pour cause de connivence : en outre, il ordonne que celui qui dénoncera et prouvera qu’un autre a sorti des espèces du Royaume recevra le tiers de l’amende payée par le délinquant (Cf. UzTäARIZ, 0p. cit., 1'e partie, ch. xvurx, p. 132, 133 (Trad. Forbonnais).
(2) Si la viande coûte davantage, dit une pétition de 1525, cela tient au grand nombre de veaux que l’on tue. En conséquence les procuradores sollicitent et obtiennent de Charles-Quint une pragmatique rendue cette même année, à Tolède, la Pragmätica da las terneras par laquelle il interdit «de tuer les veaux dans les boucheries pendant le temps qu’il lui plaira, sous peine d'amende ou de bannissement » (Cf. COLMEIRO, II, p.p. 179, 323 et sq.).
Ce ne furent pas des buts de protection et d'appui au commerce qui les déterminèrent à importuner les rois de leurs pétitions pour obtenir l'interdiction d’exporter le pain et la viande, sinon la vaine crainte que le nécessaire vint à manquer pour la subsistance des populations, ou le louable désir de remédier à la cherté des subsistances, surtout dans k voisinage des ports (1).
Leurs instances aux Cortès de Castille et d'Aragon contre la sortie des cuirs et maroquins n’avaient d’autre fondement que d’éviter le manque de chaussures ou d’autres objets confectionnés en ces matières (2) ; et quand ils présentèrent une supplique tendant à interdire l’exportation des draps à destination du Portugal, ils invoquèrent l’utilité d'assurer l’abondance et le bon marché des vêtements (3).
L'établissement d’un droit de sortie sur les laines par la seule volonté de Philippe II, en 1558, fut simplement un expédient fiscal (4).
Aussi bien les rois se contredisaient-ils en imposant d’une part, que l’on observât les anciennes ordonnances contre
(1) Cortès de Valladolid de 1518, pét. 81; La Corogne, 1520, pét. 61 ; Valence, 1523, pét. 51 ; Tolède, 1525, pét. 21 ; Madrid, 1528, pét. 35; Ségovie, 1532, pét. 45; Valladolid, 1548, pét. 153 ; Madrid, 1552, pét. 157; Valladolid, 1558, pét. 34.
(2) Cortes de Madrid, de 1528, pét. 70 ; Madrid, 1534, pét. 113; Valladolid, 1537, pét. 56; Valladolid, 1548, pét. 151 ; Monzon, 1553, Prohibition et défense de sortie des cuirs.
(3) Cortès de Madrid, de 1552, pét. 145; Valladolid, 1558, pét. 59.
(4) Cortès de Valladolid, de 1558, pét. 9.
Philippe II, lancé à la poursuite d’un idéal politique hors de proportion avec lies forces de ia monarchie, légifère sans souci des intérêts économiques, il ne voit guère dans le pays qu'il gouverne qu’une matière imposable ; il lui faut constamment accroître ses ressources. C’est dans cet esprit, qu’il introduit, en 1559, le système des monopoles de la couronne, destiné à prendre plus tard une très grande extension au détriment des consommateurs ; qu’il se réserve la vente exclusive de l’or, de l’argent, du mercure; qu’en 1564, il étend son
l'exportation des choses prohibées et en concédant, d’autre part, des dispenses ou des licences (1).
Les Cortès se contredisaient en se plaignant, un jour, du peu de justice et de la mauvaise perception des alcaldes commis aux exportations ou en demandant parfois de nouvelles prohibitions, et en proclamant, le lendemain, que « les marchandises qui sont nécessaires à l’Espagne doivent entrer et sortir selon les besoins, parce que cela convient ainsi au négoce de ces royaumes et à l’augmentation des revenus royaux », ou en exposant l’utilité « d'exporter du drap et des soies tissés parce qu’il y a là un commerce avec lequel l'argent peut entrer du dehors » (2).
Les Rois Catholiques avaient exclu de leurs royaumes la soie de Naples et de Calabre. Ferdinand et Jeanne étendirent la prohibition à celle de Calcutta, de Turquie et de Barbarie et Charles-Quint la confirma, soit de son propre mouvement, soit en cédant à la demande des procuradores (3). Dans ces lois, l'intention véritable de leurs auteurs n’est pas claire, quoique l’on puisse soupçonner qu’ils n'étaient pas sans défiance à l’égard d’un négoce qui, du fait qu’il s’approvisionne de matières premières au dehors, permet la sortie de l’or et de l'argent. Cependant, il n’est pas non plus très conforme
droit de monopole à un article de consommation usuel, le sel ; qu’il use souvent de ce procédé funeste consistant à abandonner, moyennant argent comptant, le revenu des impôts, pendant une ou plusieurs années, aux financiers étrangers, suivant en cela une politique qui ut aussi celle d'Isabelle et de Charles-Quint.
(1) Cortès de Madrid, de 1528, pét. 35 ; Madrid, 1534, pét. 112 ; Madrid, 1552, pét. 18 et 159.
(2) Cortès de Madrid, de 1528, pét. 84 ; Valladolid, 1555, pét. 81 ; Valladolid, 1558, pét. 59.
(3) Pragm. de Valladolid, de 1514 et de Tolède, de 1525 ; Cortès de Valladolid, de 1523, pét. 53; Ségovie, 1532, pét. 46.
à la doctrine mercantiliste de se refuser à recevoir des matières premières pour les travailler.
La disposition contraire à l’admission des tissus de bourre de soie présente plus d'apparence de protection, car elle se fonde sur l’avantage de les fabriquer avec les soies de Castille, de Grenade et de Valence et sur la diminution de la fabrication résultant des importations de l’étranger (1).
La politique de protection inspire également les procuradores, lorsqu'ils font remarquer aux Cortès de Valladolid, de 1555 (2), que de grandes sommes d’argent sortent d’Espagne, par suite de l’énorme importation de tissus de France et de Flandre, à l’encontre du bien général du royaume, et que, par suite, il y a lieu de favoriser la culture du lin afin d’assurer au pays un bénéfice usurpé par les étrangers (3).
De ces tendances contradictoires, aucune règle d'ensemble ne se dégage. Les préjugés et les incertitudes qui s’y manifestent laissent seulement présager le triomphe d’autres idées. :
La science économique hésite encore à formuler quelques principes, sous la plume de moralistes, de théologiens et de jurisconsultes, guidés par le souci du bien public.
Gristobal DE VILLALON, Luis DE ALCALA, SARAVIA DE LA CALLE, Tomas DE MERCADO fournissent d’abondantes indications sur la grandeur de Séville, les marchés d’Espagne,
(1) Pragm. de Tolède, de 1525; Cortès de Valladolid, de 1537, ét. 84.
(2) Pét. 126, p. 37.
(3) Cortès de Valladolid, de 1555, pét. 126.
de France, d’Italie et de Flandre, les usages commerciaux (1) ; Domingo DE Soro, Juan DE MEDiINA, Miguel de GIiGINTA, un médecin, Cristobal PEREZ DE HERRERA, apportent à l'examen du problème du paupérisme et de la police de la mendicité les trésors de leur foi et de leur érudition (2);
(1) ViLLALON (Cristébal de): Provechoso tratado de cambios y contrataciones de mercaderes, y reprobaciôn de usura. Valladolid, 1542.
ALCALA (Luis de): Tratado de los prestamos que pasan entre mer. caderes y tratantes… Tolède, 1543.
SARAVIA DE LA CALLE VERONENSE: /nstrucciôn de mercaderes. Medina del Campo, 1544.
MERCADO (Fr. Tomäs de): Tratos y contratos de mercaderes y tratantes. Salamanque, 1569.
Cet ouvrage réimprimé deux fois à Séville, en 1571 et en 1587, traduit en italien et publié à Brescia, en 1591, démontre bien l’importance que l’on donnait, à cette époque, aux métaux précieux. Écrit, après que l’auteur eut fréquenté assez longtemps les milieux commerciaux qui trafiquaient avec l’ Amérique, il présente un intérêt tout particulier, pour l’étude des relations de l'Espagne avec le nouveaumonde et celle des foires de Burgos et de Medina del Campo.
(2) Soro (Fr. Domingo de) : Deliberaciôn en la causa de los pobres. Salamanque, 1545.
MEDINA (Fr. Juan de): La caridad discreta practicada con los mendigos, y utilidades que logra la repüblica en su recogimiento. Valladolid, 1757. Ce livre fut publié, la première fois, sous le titre suivant : De la orden que en algunos pueblos de España se ha puesto en La limosna para il remedio de los verdaderos pobres. Salamanca, 1545, por Juan de Junta.
G1GINTA (Miguel de) : Tratado de remedio de pobres. Coimbre, 1579.
Exhortaciôn a la compasiôn de los pobres. 1581.
Cadena de oro del remedio de los pobres. Perpignan, 1584.
Atalaya de caridad. Saragosse, 1587.
PEREZ DE HERRERA (Cristébal) : Discursos del amparo de los legitimos pobres, y de la reducciôn de los fingidos. Madrid, 1598. Ses écrits les plus importants au point de vue économique appartiennent au début du xvrre siècle ; nous les mentionnons plus loin (Cf. p. 78); il s’y montre imbu des préjugés mercantilistes de ses contemporains.
Il est à noter que c’est le xvie siècle qui a vu éclore le plus d’écrits sur cette matière et que la misère n’est devenue intolérable et générale qu’au siècle suivant. Depuis la fin du xve siècle, la richesse s’était même accrue, mais, à partir des dernières années du xvie siècle, elle s'était déplacée.
Ce déplacement se traduisit par la diminution de la population
COVARRUBIAS Y LEIVA, le prince des jurisconsultes d'Espagne, étudie le système monétaire et disserte sur l'autorité du roi, en ce qui concerne la monnaie, la légitimité de l'intérêt, les changes (1); le P. Pedro RIVADENEIRA — à l'exemple du Cardinal Reginaldo Polo, en Angleterre, d’Inocencio Gentiletto, en France des Jésuites Possevino, Lucchesini et Muti, en Italie — oppose aux enseignements du Prince de Machiavel, paru en 1532, une doctrine empreinte d’une élévation que l’on chercherait en vain chez le politique florentin (2); toutefois, les écrits de ces divers auteurs relèvent plus de la morale que de l’économie politique (3).
des villes du centre et par l’accroissement considérable de celle des ports de mer situés sur l’Atlantique, phénomène qu’implique le développement du commerce maritime avec le Nouveau-Monde.
Entre 1594 et 1646, Tolède tombe de 10.933 à 5.000 habitants ; Burgos de 2.665 à 600 ; Medina del Campo de 2.760 à 650 ; Valladolid de 8.112 à 3.000 ; tandis que de 1530 à 1646, Cadix passe de 490 à 1.492 habitants ; Séville de 6.334 à 18.000 ; La Corogne de 545 à 1.369.
1) COVARRUBIAS y LEIVA (D. Diego de): Veterum numismatum collatio cum his quae modo expenduntur, publica et regia aucthoritate recussa, auctore.., 1550.
(2) RIVADENEIRA (P. Pedro): Tratado de la religion y virtudes que debe tener el principe cristiano para gobernar y conservar sus estados. Madrid, 1595. Traduit en latin et publié sous ce titre : Princeps christianus adversus Nicolaum Machiavellum, cœterosque hujus temporis politicos. Amberes, 16083.
(3) Citons encore : l’Apologue de Luis MEXxIA sur la paresse et le travail (Appôlogo de la ociosidad y el trabajo), intitulé Fabricio Portundo, publié à Alcala de Henares, en 1546, ouvrage qui, sous la forme du roman, traite, du point de vue philosophique des grands avantages du travail et des dangers de la paresse, et dans lequel se trouvent, à côté d’utiles avis pour honorer et favoriser le travail des laboureurs, des artisans et des marchands, la démonstration des bénéfices que l’industrie humaine procure aux nations.
Réservons, enfin, une mention spéciale au Répertoire de tous les chemins d’Espagne de Pedro Juan ViLLuGa (Repertorio de todos los caminos de España. Ms., 1547), le seul document qui permette de se former une idée de l'état des communications de l'Espagne au xvie siècle, et, à ce point de vue, très important.
Déjà, cependant, Luis ORTIZ (1), Pedro de OUDE- GHERSTE (2), Gaspar Pons (3), inféodés à la doctrine commune,
(1) Orriz (Luis): Mernorial al Rey para que no salgan dineros de estos reinos de España. 1558.
Luis Ortiz avait acquis son expérience des affaires dans les fonctions d’Intendant de Castille. Attaché au principe que la vraie richesse de l'Espagne réside dans l’abondance de l’or et de l’argent, il défend les lois somptuaires, dans l'espoir que si on les observe, il se consommera moins de métaux préciaux et que l’on pourra ainsi en empêcher la sortie du royaume, vu l’horreur qu’inspire à tous l’achat des marchandises étrangères. Il suit, à cet égard, l’opinion courante. Mais ses vues sur le développement de l’industrie nationale, l’utilisation des eaux pour les travaux d'irrigation, la construction des routes, le reboisement des forêts, le désamortissement des terres, dépassent l'horizon économique assez borné de l’époque.
(2) OUDEGHERSTE (Pedro de): Proposicién para la jfundaciôn de erarios püblicos y montes de piedad. 1591.
Oudegherste, né à Lille, s'était adonné à l’étude des questions intéressant le gouvernement des nations. Ayant fait un long voyage à travers l’Europe, il avait été frappé des maux qui affligeaient les peuples et il crut qu’il était possible de les atténuer, dans une mesure sensible, en fondant des erarios puüblicos (maisons du trésor public) et des monts-de-piété. Il avait soumis son projet au roi d’Espagne, qui en avait confié l’examen au Conseil des Flandres ; il s’en était ouvert également à Luis Valle de la Cerda, alors commissionné au service du roi, en cette région, et avec qui il s'était lié d'amitié. Oudegherste ramène à quatre points principaux les avantages de son système: avoir un trésor permanent, extirper l’usure, retenir l’argent dans le royaume, libérer le gouvernement de ses dettes. Il mourut, en 1591, sans avoir vu se réaliser sa pensée, mais Luis Valle de la Cerda, devait s’en faire quelques années plus tard l’ardent protagoniste.
(3) Pons (Gaspar): Medios propuestos. 1595.
Auteur de divers projets et mémoires présentés à la commission de ministres nommée par Philippe II, vers 1595, pour rechercher les mesures propres à améliorer l’état des finances royales, Gaspar Pons croit, comme Luis Ortiz, à l’efficacité des lois somptuaires. La commission, dont les réunions se tenaient chez le Marquis de Poza, après avoir examiné et amendé les propositions de Pons, conseilla entre autres mesures la modération dans l’usage des bijoux, de l’argenterie, dans le nombre des domestiques, dans l’habillement, les meubles et décorations intérieures ; elle alla même jusqu’à interdire la fabrication de certains draps et de certaines étoffes de soie fine, mesures qui n’assurèrent ni la réforme du luxe, ni l’augmentation des revenus de la couronne et qui n’eurent d’autre effet que de ruiner un certain nombre de fabriques et d’ateliers.
qui considère la sortie de l’or et de l'argent comme un péril, Juan de ARRIETA (1), dont la théorie bizarre fait reposer la décadence de l’Espagne sur l’emploi de mules au lieu de bœufs dans les travaux du labourage, laissent pressentir la floraison des politicos et des arbitristas qui, au siècle suivant, vont se disputer la faveur royale, en proposant le rernède unique pour le maintien du prestige et de la fortune de l'Espagne, depuis un certain temps sur son déclin, et permettre au mercantilisme de s'affirmer.
Fait digne de remarque, les vues les plus judicieuses sur la situation de l'Espagne, dans les dernières années du règne de Philippe II, et sur les réformes qu’elle devrait réaliser pour son salut, se trouvent, peut être, dans une lettre adressée, en 1598, à ce prince, par un moine de Calabre, doué de génie et d’un véritable don de sagacité prophétique (2). Du fond d’un cachot, sans livres, ignorant tout du monde dont le séparaient dix ans de captivité, il prédit toutes les calamités réservées par le destin à la monarchie espagnole, mais lui offre la domination universelle pour prix des réformes qu’il préconise.
L’isolement et l’orgueil de l'Espagne, telles sont, selon lui, les causes principales de sa ruine. D’un coup d’œil, il voit les fléaux qu'engendrera cette fierté solitaire. « Ne souffrez pas, écrit-il, que les races se détériorent faute de croisements et
(1) ARRIETA (Juan de) : Despertador que trata de la gran fertilidad, riqueza, baratura, armas y caballos que la España solia tener, y la causa de los daños y falta, con el rernedio suficiente. Madrid, 1578.
(2) Dans ses Memoriales (1600), GONZALEZ DE CELLORIGO, tout en payant parfois son tribut aux erreurs de l’époque, présente également avec bonheur des idées neuves et claires sur le travail, l’or et l’argent, l’agriculture, l’industrie, les fonctions et l’utilité de la monnaie, la population, etc. (1° De la politica necesaria y util restauraciôn à la repüblica de Espana y estados de ella y desempeno universal de estos reinos ; 29, 30 sobre moriscos).
d’alliances ; favorisez les mariages qui feront pénétrer le sang espagnol dans les veines étrangères ». Si cette fusion n’est point réalisée (1), les Espagnols auront beau être braves et faire la guerre au monde, ils périront dans le combat ; leurs pertes ne se répareront pas : leurs armées ne se renouvelleront pas ; leurs bataillons amoindris finiront par s’éteindre : l’agriculture et le commerce avilis ne nourriront plus l’État ; les nations voisines hériteront du monopole de sa richesse. « Déjà, dit le philosophe, les arts et la vie languissent abandonnés en Espagne, et aucun peuple ne peut prospérer, sans les manufactures, le labourage et le commerce ».
Il signale au roi la mauvaise répartition des charges fiscales ; les pauvres en supportent tout le poids, car les nobles s’en déchargent aux dépens des bourgeois, les bourgeois aux dépens des artisans et des agriculteurs ; et ce sont les riches qui précisément ne payent rien. Il propose l'établissement d’un impôt équitable, peu onéreux à la classe pauvre et convenablement distribué. Il taxe légèrement, comme
(1) Il n’est pas exact de dire que cette fusion avec les autres peuples n'existait pas; l’émigration, facilitée par les expéditions à l'étranger, avait pris de l’extension dans les pays que les succès militaires avaient conquis à la domination du roi d'Espagne ; nombre de fonctionnaires civils et militaires s'étaient établis dans les possessions espagnoles, en Italie, dans les Flandres et même sur les côtes d'Afrique, et beaucoup y avaient formé souche; une importante mmigration, provoquée par l’affaiblissement de la population et la nécessité de pourvoir aux besoins du travail des manufaciures et du commerce, méprisés par la nation, avait. d’autre part, permis, dans une certaine mesure, la fusion des races ici préconisée par l'écrivain. Dès le commencement du xvre siècle, on estimait à plus de 100.000, le nombre des Français ou des habitants d’origine française répandus en Catalogne (De regis Hispaniæ regnis et opibus commentarius, Lugduni Batavorum 1629, p. 105).
Dans cet appel à Philippe II, ce qui est en jeu, sous l’artifice des termes, c’est l'instauration d’une politique libérale, compatible seulement avec un régime de paix et de justice.
choses très nécessaires, l’huile, le vin, la viande: son imposition la plus considérable pèse sur les objets de luxe, les cartes à jouer, le tabac, les lieux d’amusements publics.
Il rejette la capitation et il établit l'assiette principale de l'impôt sur la valeur des propriétés foncières. Il veut que le roi prête aux pauvres sans usure, contre gage, selon les principes des Monti di Pieta, et qu’il thésaurise l'argent de ses sujets en leur rendant loyalement compte du capital et de l'intérêt, ce qui ressemble fort aux Caisses d’Épargne. Il recommande l'entretien d’une flotte puissante, car, dit-il, « la clef de la mer est la clef du monde » ; l’encouragement des manufactures et des ateliers, « préférables aux mines d’or et d'argent »; la fondation de comptoirs et d’écoles maritimes sur tous les points importants du globe, aux Canaries, en Sicile, à Saint-Domingue, au Cap; un vaste code uniforme ; peu de pouvoir accordé à la seule naissance ou à la fortune ; d’énergiques aiguillons de gloire et d’honneur ; un grand but offert aux ambitions.
Mais celui qui donnait de si sages conseils ne fut pas entendu ; en vain avait-il adulé pour convaincre et caché la critique sous le masque de l'utopie. Lorsqu'il sortit de sa prison, il ne trouva d’asile qu’en France, où l’amitié de Gabriel Naudé, fondateur de la bibliothèque Mazarine, adoucit ses dernières années. Aussi bien, passait-il encore pour un rhéteur inutile, lorsque Louis Elzevir ornait l'édition de 1640 de son ouvrage d’une préface où il raillait ce moine « qui voulait tout juger, tout réformer, tout arranger à sa guise, et présenter des lois au genre humain, ce génie ardent, qui ne respirait que les plus grands desseins et les plus étrangers à sa vocation ! » L'homme ,dont l’esprit s'élevait ainsi au-dessus de la confusion et de l’état embryonnaire et tout empirique
de la science économique de l’époque, c'était l’auteur de la Cité du Soleil, Thomas CAMPANELLA (1).
Comme le laissait entendre le clairvoyant italien, l'Espagne offrait alors le douloureux spectacle d’une puissance qui s’affaiblit : population en décroissance, agriculture gravement éprouvée, industrie amoindrie, commerce languissant, finances déplorables.
La population est réduite et clairsemée. Colmeiro admet qu’elle pouvait s'élever, à la fin du moyen âge, à 10.000.000 (2). L'édit rendu à Grenade, le 31 mars 1492, qui condamnait à l'exil tous les Juifs qui refuseraient de recevoir le baptême, lui avait fait perdre un nombre considérable de ses habitants les plus actifs, l’un des meilleurs soutiens de son industrie et de son commerce ; les Juifs portèrent aux négociants français du Languedoc la connaissance des relations commerciales avec les États barbaresques ; l'Espagne perdit ainsi le monopole du commerce qu’elle avait longtemps détenu sur les côtes africaines (3). Elle s'était encore appauvrie d’un grand nombre d'hommes valides sur les champs de bataille de l’Europe (4) ; enfin l’émigration causée par les difficultés
(1) Th. CAMPANELLAE: De Monarchia Hispanica Discursus. Hardervici, 1640.
(2) COLMEIRO, 0p. cit., I, p. 239.
(3) Colmeiro évalue à 160.000 le nombre des Juifs qui aimèrent mieux partir pour l’exil que de renoncer à leur religion (op. cit., I, p. 249).
(4) La lutte soutenue contre les Maures n'avait pas abouti pour les Espagnols à une période de paix. L'unité politique à peine réalisée, l'Espagne était intervenue dans les conflits qui agitaient l'Europe. A l’intérieur, le pays avait connu des troubles civils sanglants, comme la révolte des comuneros, avec Juan de Padilla, sous Charles-Quint, et celle de l’Aragon, avec Antonio Perez, sous Philippe IL A l’extérieur, les princes de la Maison d'Autriche, soit par raison d'État et ambition de famille, soit par zèle religieux pour la défense de l’orthodoxie catholique contre les hérésies, avaient entretenu des guerres qui avaient épuisé le royaume dans toutes ses richesses, surtout dans sa population.
de la vie dans la mère-patrie sous un régime fiscal intolérable, d’un côté, la coutume des majorats (1), privant les fils puînés
(1) Les majorats étaient des biens transmis par voie héréditaire au fils aîné ou à la fille aînée, ou, à leur défaut, au plus proche héritier. Ces biens ne pouvaient être partagés, vendus, faire l’objet de donations, échangés, donnés en gage, ou aliénés d’une manière quelconque, si ce n’est en vertu d’une permission royale rarement accordée. Ils étaient soustraits aux créanciers, qui ne pouvaient en saisir que les revenus, déduction faite des aliments nécessaires au possesseur. Dès le xrr1e siècle, on trouve des exemples de majorats fondés en vertu de lettres et privilèges royaux, tels le majorat de Magan, institué, en l’an 1260, par Garcia Ibanez, Alcalde Mayor (maire) de Tolède, avec licence d’Alphonse X, celui constitué par Sancho IV, en 1291, à son Camarero mayor (intendant général), Juan Mathe. Ils furent, à l’origine, une institution politique pour fortifier et accroître la puissance de la noblesse. Ferdinand et Isabelle en sanctionnèrent l’usage par les célèbres Leyes de Toro de 1505, qui permettaient à tout sujet au-dessus du rang de paysan d’ériger en majorat ses biens tant mobiliers qu'immobiliers et d'acquérir ainsi le privilège de hidalguia, c’est-à-dire la qualité de gentilhomme. On sait que la nation se divisait en deux classes : les chrétiens des montagnes, qui avaient, les armes à la main, reconquis sur les Maures le sol de la patrie, et les chrétiens des plaines, qui s'étaient soumis à la domination musulmane : les hidalgos et les pecheros. La législation était exclusivement favorable aux hidalgos. « I faut les favoriser, disaient Ferdinand et Isabelle, car c’est avec eux que nous gagnons les batailles ». La loi protégeait l’hidalgo contre son créancier : on ne pouvait lui enlever, pour cause de dettes, ni sa maison, ni son cheval, ni sa mule, ni ses armes, ni sa liberté. Il était exempt de la torture et, mieux encore, de payer l'impôt. Les pecheros, au contraire, cultivaient la terre, soutenaient les manufactures, et supportaient le fardeau des charges publiques. La qualité de gentilhomme ïinterdisait d’ailleurs, sous peine de déchéance, l’exercice de toute profession se rattachant au commerce et aux manufactures. Les pecheros recherchèrent naturellement avec ardeur toutes les occasions de parvenir aux prérogatives de l’hidalguia. Lorsqu'un marchand possédait un revenu de 500 ducats, il se hâtait de faire du capital un majorat pour son fils. Ses frères, réduits à l’indigence, rougissaient de reprendre le métier de leur père et, plutôt que de se soumettre à une discipline ou à un travail, aimaient mieux grossir le nombre de ces chevaliers errants, affamés et déguenillés, dont les romans picaresques nous ont laissé des portraits fidèles. Les Cortès de Madrid de 1552 s’élevèrent contre ces majorats constitués en faveur de petits propriétaires (Cort. cit., pét. 106) Le droit de créer des majorats, limité sous Charles II, fut définitivement aboli sous Charles IV, en 1789.
de toute part à l'héritage immobilier de leur père, de l'autre, avaient donné naissance à un fort courant vers k Flandre, l'Italie et surtout les colonies d'Amérique (11 En 13% k nombre des habitants de l'Espagne n'est plus que de & Q0QQQQ L'édit prononçant l'expulsion des Morisques, promuigué en 1609, par Philippe IL, abaissera ce chiffre à 7.530000 et preduira sur l'économie espagnok les plus fumstes cmè quences (2) : disparition de l’agriculture en Andalousie et à Valence, anéantisement presque complet de l'industrie su crière, et affaiblissement des autres industries, privées d'une main-d'œuvre peu coûteuse et d'ouvriers excellents, sobres et économes.
() Saneno pe Moncapa (1619) : Restumracie paltion & EspaRe, disc. El eh 1: FERNaNDEZz Navarkers (1026) : Conmcerracion &æ Meonerquies, disc. VIII : PemCER DE QSSaN (1) : Comerci impedtée DE D
lt, pa 1À s): SaavsDra FaRaRDO (18 : Enprasss poËl — LXVIE, S'accorderont pour déclarer que l'émigration aux Indes pes
plait le pays A ces causes d'atttlement ds tres ctres ©
il faut encore ajouter l'extsème @ rer SN -et la mortalité due à ka mauvaise nourriture, à lasers
(2) De cette époque, date le dboiement des montagne, l'abanèan
LS us niet où re … tant en PARTIR exciuNe d'u ge
lu gén
alors une Qui ame kà Énilète de le Degèes
onergicmante too Porn sui ge
ayant, Esprit de VERERRRR, pate EUR Le CCLLRIQR Re EME l'une des sources les meilleures et Sèrs es reves
du Trésor fut ainsi tante, car les Maures re
ts les contributions qui leur incombaiet. NL: ras le règne de Philippe 11 jasqe à l'armement des Bourèens, +. Lee. SIT Se )
L'agriculture dépérit. Bien des causes y concourent : la rareté de la main-d'œuvre, la taxation du prix du blé, l’imposition excessive du sol et de ses produits, — l’absence de tout commerce intérieur des grains dû à l’état défectueux des voies de communication, les abus et les empiètements de la Mesta, sous le couvert de ses privilèges, enfin le régime presque universel de la grande propriété créé, d’une part, à la faveur des donations qui ont accru démesurément les biens fonciers ecclésiastiques (1) et, d’autre part, sous l'influence de la législation des majorats, qui a permis aux grands de se constituer ce qu’ils appellent leurs États, sus Estados, états où ils ne résident point, qu’ils n’exploitent point, non seulement par mépris ou par négligence, mais aussi par ignorance, et dont ils gaspillent les revenus en dépenses de luxe et de jeu.
L'industrie décline. Les produits manufacturés de l’Espagne, laines de Tolède, maroquins de Cordoue, soieries de Séville, draps de Ségovie, avaient joui d’une juste renommée et avaient été recherchés sur les principaux marchés de l’Europe, jusqu’au milieu du xvie siècle ; vers cette époque, l'Espagne, non seulement n’envoie plus au dehors ses draps, mais elle doit en demander à l’étranger pour sa propre con-
(1) Selon le P. MALDoNADO, les trois quarts du sol espagnol appartiennent à l’Église, (Discurso del perfecto privado por el P. M. Fr. Pedro Maldonado, confesor del dugue de Lerma, cité par CoLmEiRo, IL, p. 158).
Les procuradores aux Cortès de Madrid de 1607 et de 1611 (pét. 37 et pét. 24), se lamentent de l’état misérabie de l’agriculture et de l'élevage et demandent que l’on y porte remède, afin que les habitants ne s’en détachent point comme ils le font. Bien avant eux, Juan de ABRIETA, en 1578 (Despertador, dialogue 1), et pius tard GONZALEZ DE CezLor1Go, en 1600(Mernorial 1), Pedro de VALENCIA, en 1608 (Discurso sobre el acrecentamiento de La labor de La tierra), avaient jeté un cri d'alarme, que le Conseil de Castille, dans la consultation de 1619, fera encore entendre. (Cf. FERNANDEZ NAVARRETTE, Conservaciôn de Monarquius, p. 8).
sommation (1). Le premier indice de la décadence des fabriques apparaît dans les plaintes présentées par les procuradores aux Cortès de Valladolid de 1537 (2), où ils s’élèvent à la fois contre la hausse subie par les draps de Ségovie, depuis 1533, en dépit de leur fabrication moins bonne, et contre les malfaçons dont ils sont l’objet, plaintes renouvelées aux Cortès de Valladolid de 1542 (3), de 1548 (4), de 1552 (5) et de 1555 (6).
Le commerce dédaigné, exercé en partie par les étrangers et en partie par les Maranos, descendants des juifs convertis, souffre, en outre, de la banqueroute érigée en système sous Philippe II et des graves ébranlements du crédit qui en ont été la suite (7).
(1) Cf. CozMetRo, II, p. 188 et sq.
(2). Cort. cit., pét. 75:
(S)Cortacit pécelo:
(4) Cort. cit., pét. 160.
(5) Cort. cit., pét. 144.
(6) Cort. cit., pét. 80, 86, 89.
Philippe III, aux Cortès de Barcelone de 1599, devra encore réformer les ordonnances relatives à la fabrication des draps.
La décadence des fabriques sera de nouveau mise en lumière aux réunions du Conseil de Castille qui, de 1617 à 1620, auront pour mission de rechercher des remèdes à la détresse intérieure du pays.
(7) Decreto du 15 septembre 1574, suspendant le paiement des intérêts dûs aux créanciers de l’État; banqueroute de 1595; aliénation aux Fugger d’'Augsbourg pour une période de 10 ans, des revenus des grandes maîtrises.
Charles-Quint, pour soutenir ses guerres, s'était également adressé aux Fugger d’'Augsbourg et leur avait concédé des revenus sur les grandes maîtrises de Santiago et d’Alcantara : ces revenus étaient, en partie, les mines d’Almaden et de Guadalcanal. La première mention où l’on trouve le nom des Fugger est la pétition 141 des Cortès de Valladolid de lan 1552, qui réclame contre les privilèges accordés à cette famille allemande. Maïs les rois d’Espagne n’en tinrent pas compte et, à partir de Philippe IT jusqu’à Philippe IV, les Fugger s’établirent en Espagne où ils jouirent de grands privilèges, au point qu’ils nommaïient les juges de la ville d’Almaden. Les Fugger les plus connus sont : Marc et Christophe Fugger, nés en 1564 et en 1566, et dont la mémoire a été conservée dans la rue de Fucar, qui existe
Le système fiscal est d’ailleurs devenu vexatoire au point de paralyser toute l’activité économique. La charge principale est l’alcabala ou droit du dixième prélevé sur toutes les marchandises vendues ou échangées ; certains impôts spéciaux sont établis sur la fabrication de la soie et du sucre à Grenade ; la Castille est enserrée d’une ligne de douanes : au nord, on perçoit, à la frontière des provinces basques, les diezmos del mar ; à l’est et à l’ouest, aux frontières d'Aragon et de Portugal, les diezmos de los puertos secos ; au sud, dans les ports d’Andalousie, les almojarifazgos. En 1588, le service des millions est créé pour faire face aux dettes contractées en vue de l’armement de l’Invincible Armada. Le Gouvernement tire d’autres ressources de divers monopoles et des grandes maîtrises des trois ordres militaires ; il jouit de deux contributions sur les biens du clergé, le subsidio et l’excusado. Une grande partie de ces revenus est engagée aux créanciers de l’État.
En dépit des prohibitions légales, des tributs payés par les provinces conquises (1) et des envois abondants des mines
encore aujourd’hui à Madrid. Ils moururent avant 1632 et Philippe IV fit un nouvel arrangement avec Juan Jacome Holzapfel et Juan Christoval Eberlin, héritier de Marc et de Christoph Fugger, daté de Barcelone, 17 mai 1632 (Cf. A. MorEL FarTio : Les Allemands en Espagne du XVe au XVIIIe siècle, extrait de .a Revista de Filologia Española, Madrid, 1922, p. 288, 289).
Sur les Fugger, consulter : KONRAD HAEBLER : Die Geschichte der Fugger'schen Handlung in Spanien, Weimar, 1897, et les deux ouvrages de ToMAs GonNZALEZ, archiviste de Simancas : Registro y Relaciôn general de minas de La corona de Castil!a, Madrid, 1832, 2 vol., et Noticia histérica documentada de las celebres minas de Guadalcanal, desde su descubrimiento el 1555 hasta que dejaron de labrarse por cuenta de la Real Hacienda, Madrid, 1831, 2 vol.
(1) Au commencement du règne de Philippe IT, le royaume de Naples lui rapportait un million de ducats, le Milanais 400.000, la Sicile 250.000, les Pays-Bas 1.250.000. En temps de guerre, ces impôts étaient doublés. (RANKE : Fürsten und Vôlker von Süd-Europa im 16 und 17 Jahrhundert, t. 1, p. 334 et sq).
de l’Amérique (1), l’or et l’argent s’échappent par mille fis sures pour payer l’excédent, qui devient considérable et anormal, des importations sur les exportations, pour faire face à la solde des troupes, au paiement des sommes d'intérêts dus aux banquiers étrangers et enfin à la corruption largement pratiquée dans la politique internationale (2).
(1) S’il faut en croire MoNcaDA {Riqueza firme y estable de España. Disc. 3, 1619), i, serait entré en Espagne deux mille millions de piastres, depuis la découverte des Indes Orientales, en 1492, jusqu’en 1595, ce qui, sur cet espace de 103 ans, représente enrivon 20 millions par an. Uztäriz admet ce chiffre. Les deux écrivains ajoutent qu’une somme au moins égale fut importée en Espagne par contrebande et sans être enregistrée. (UZTARIZ, op. cit., ch. ID).
(2) Pour entretenir des partisans en France, en Angleterre, en Irlande, en Allemagne, en Suisse, en Italie, Philippe II prodiguait des sommes considérables ; on a calculé que les dépenses extraordinaires de son règne s’élevèrent à 600 millions de ducats. (Cf. Économies royales de Sully, t. III, p. 253).