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CHAPITRE li

Pyizippe II], 1598-1621

Une telle situation appelait un Gouvernement fort, des réformes profondes. Or, c’est l’heure où l’autorité suprême, si activement et jalousement exercée par les souverains espagnols du xvie siècle, va être abandonnée par leurs successeurs, Philippe III, Philippe IV et Charles II, aux mains de favoris, de ministres sans scrupules, incapables ou effacés : le duc de Lerme, le duc d’Olivarès, le comte d’Oropesa.

Le pays ne connaîtra plus qu’une politique d’expédients financiers, prolongement de celle qui avait prévalu dans les dernières années du règne de Philippe II, alors que le caractère absolu de l’autorité royale s’étant accentué, les Cortès n’avaient plus été en mesure d’exercer d'influence sur les affaires de l’État.

Dès le début de son règne, Philippe III, et surtout son favori, le Duc de Lerme, n’éprouvent point les scrupules qui avaient retenu Charles-Quint et Philippe II dans le souci d’une certaine correction en matière monétaire. Les monnaies qui, suivant l’expression de Saavedra, devraient être maintenues pures comme la religion, furent falsifiées par ordre du Roi (1). Traitant l'Espagne tel un royaume fermé de toutes

(1) Uzräriz, 0p cit., Ile partie, cap. CIV.

parts et sans relations avec les nations voisines, le Gouvernement émit, en 1603, pour 6.320.440 ducats de monnaie de cuivre, en lui attribuant une valeur double de sa valeur réelle ; il réalisa ainsi un bénéfice apparent de la moitié de cette somme. Mais la fraude devint manifeste aux yeux de tous ; le trouble s’insinua dans les relations d'échanges ; les manufactures cachèrent leurs marchandises, le travail fut interrompu, et l’on éprouva, au sein de la paix, les nécessités de la guerre la plus désastreuse (1) ; l'étranger ajouta encore à l’embarras général en inondant l'Espagne de pièces de cuivre de mauvais aloi, qu’il échangea contre de l’or et de l’argent. On aboutit ainsi, au moins momentanément, à une circulation de cuivre ; il y eut, dans le seul royaume de Castille, pour environ 128 milr lions de cette monnaie à cours forcé, qui ne pouvait manquede tomber en discrédit ; les ventes et les achats devinrent tellement rares, que les revenus de l’État s’en ressentirent (2),

(1) OLMEDA : Derecho püblico de La paz y de la guerra. T. Ier, p. 137.

(2) Joannis MaAaRIANAE Tractatus de monetae mutatione. Coloniae agrippinae, 1609. — Dans cet écrit, le Jésuite MARIANA (1536- 1623) faisait ressortir les funestes conséquences de cette espèce de banqueroute. Il y soutenait que les rois n’ayant pas le droit de taxer leurs sujets sans leur consentement n’ont pas non plus celui d’altérer les monnaies sans leur autorisation. « Le roi jouit de la prérogative d’altérer la forme extérieure des monnaies, mais à la condition de respecter leur valeur. Si, en cas de nécessité extrême, il obtient de ses sujets l’autorisation de l’amoindrir, il ne peut le faire qu’à deux conditions : la première, que ce soit pour un temps très court et ne dépassant pas la période de nécessité ; la deuxième, que ses sujets soient indemnisés quand cette nécessité disparaît. La monnaie à deux valeurs, l’une, intrinsèque et naturelle, qui dépend du poids et de la pureté du métal, et dans laquelle il est permis de comprendre le coût du monnayage, puisque celui-ci ne se fait pas pour rien; l’autre, qu’on peut appeler légale et intrinsèque est fixée par le prince. Dans les États bien gouvernés, on s’assure les services que doit rendre la monnaie, en faisant exactement coïncider ces deux valeurs ».

Mariana n’a pas découvert ces principes, qui se trouvent déjà dans Saint Thomas d'Aquin, dont il avait pendant cinq années expliqué les doctrines à l’Université de Paris; mais il fallait du courage

Cette mesure avait d’ailleurs été précédé. d’opérations non moins condamnables : augmentation du nombre des fonctions et mise en vente de celles-ci ; révision des titres de propriété et vente des biens dont Le investitures avaient été trouvées défectueuses ; vente des terres abandonnées. Le Duc de Lerme faisait argent de tout. Il obtient des Cortès, en 1600, la concession d’un service de 18 millions, payables en dix ans, destiné à rétablir l’ordre dans les finances et à racheter les juros, mais sous la condition formelle que la vente des fonctions et des domaines cessera ; l’engagement n’est point tenu et les subsides ne parviennent pas à destination(1).

De même, il publie un édit enjoignant aux églises, aux établissements religieux et à tous les habitants du royaume de faire enregistrer leur vaisselle d’or et d’argent dans un délai de dix jours. Chacun comprend qu’il s’agit d’une spoliation ; l'opposition est unanime et, malgré un bref du Pape Clénent VII autorisant le roi à prendre l’argenterie du clergé, sous condition d’en restituer la valeur dans les huit ans, celui-ci oppose une résistance si opiniâtre que l’édit reste lettre morte (2).

pour les rappeler publiquement en Espagne, au début du xvrr® siècle. Sa sévérité lui valut un emprisonnement d’une année dans le couvent de San Francisco, à Madrid.

«Rien n’épuise plus le pauvre peuple, écrivait encore le moine Juan Marquez, dans son Gobernador Cristiano (Salamanque, 1672), que l’altération de la monnaie ou les variations de son cours légal... Riches et pauvres en éprouvent un dommage infini, car si la valeur de la monnaie, qui est la commune mesure des choses, peut être modifiée, personne n’a plus la certitude de ce qu’il possède. Le dommage est” le plus grand pour les petites gens qui, l'ayant acceptée comme bonne, perdent une partie du fruit de leurs labeurs, lorsqu'on découvre qu elle a été altérée » (DMC XXI):

C’est seulement après l’avènement de la Maison de Bourbon que sera rétablie une circulation monétaire droite et honnête.

(1) HAEBLER, 0p. cit, p. 135.

(2) WEISS (Charles) : L'Espagne depuis le règne de Philippe II jusqu’à l’avènerent des Bourbons. T. II, pp. 173,

Philippe III ne réussit pas davantage dans deux essais fiscaux, l’un ayant pour but d'étendre à la Biscaye l'impôt des millions, l’autre de conférer, moyennant une énorme donation, aux Maures et aux descendants des juifs convertis, les mêmes droits qu'aux autres sujets espagnols (1).

Toutes les formes d’exploitation financière du pays sont mises en œuvre : en 1604, la Castille fait à la couronne un don plus ou moins volontaire, l’Aragon lui consent une remise de ses dettes envers les villes de Berja, Tarazona et quelques autres et lui donne un secours de 30.000 écus, réunis entre diverses universités et chapitres (2).

Ces revenus d’origines variées sont gaspillés par la Cour dont le luxe contraste avec la misère croissante du peuple (3). Les noces de Philippe III avec Elisabeth de France coûtèrent 950.000 ducats. Le duc de Lerme s'enrichit, pendant son ministère, au point de pouvoir dépenser 300.000 ducats aux

(1) HAEBLER, 0p. cit., p. 136.

Entre temps, le duc de Lerme, dans le but de porter un coup mortel au commerce des Provinces-Unics, leur irterdit tout trafic avec l'Espagne, en frappant leurs marchandises ou celles chargées sur leurs navires et à destination de ce pays d’une majoration de droits de 30 %. C'était poursuivre, non plus par les armes, mais sous la forme économique, la guerre contre les Pays-Bas. Cette mesure provoqua de la part de l’Angleterre, de la France, et des Hanséates des représailles immédiates qui forcèrent le Gouvernement à l’abroger, en 1604 (HAEBLER, 0p. cit., p.p. 79 et 80).

(2) C'était là d’ailleurs un expédient accrédité depuis longtemps : la Castille avait déjà fait des dons de même nature à Charles-Quint, en 1526, pour la récupération de la Hongrie, et à Philippe II, en 1596 et 1597, pour faire face aux nécessités de la guerre (COLMEIRO, 0p cit., II, p. 582).

(3) Cependant, comme sous le règne antérieur, des lois somptuaires se succèdent pour refréner le luxe :

1600. — Pragmatique de Philippe III visant la modération dans l'habillement.

— Autre pragmatique visant la modération dans les meubles, dans l’ornementation et les frais des maisons.

noces du roi, 400.000 à l’occasion de l’entrée d’Élisabeth de France en Espagne, 1.152.283 à fonder des couvents et des églises (1). Suivant Moncada, il ne restait pas, en 1619, audelà de 200 millions de pesos en Espagne, la moitié en argent monnayé et le reste en vaisselle et en bijoux (2). L'argent était devenu si rare que le taux de l'intérêt s’éleva jusqu’au tiers de la somme prêtée (3).

Le souci d’une opération fiscale avantageuse ne fut certainement pas étranger à la promulgation de l’édit qui prononça l’expulsion des Maures. Mais le fanatisme religieux y joua le rôle principal. Purifier le sol de l'Espagne de la présence des Maures, tout le haut clergé le souhaitait : « quand ce but devrait coûter de grandes peines et tout l’or et l’argent qu’il y a dans les Indes, cela serait bien employé » disait, dans un mémoire présenté au roi, Juan de Ribera, archevêque de Valence (4).

Soumis sous Philippe IT à un régime exceptionnellement rigoureux, avides de reconquérir leur liberté religieuse, les Maures avaient noué avec les ennemis de l’Espagne, notamment avec Henri IV, le Sultan de Turquie et celui du Maroc, des intelligences qui vinrent à la connaissance de Philippe III

— Autre pragmatique permettant l’usage des voitures à deux chevaux.

1602. — Pragmatique sur l’habillement.

1607. — Cortès de Madrid, pét. 13, contre l’excès dans les costumes et vêtements ; pét. 14, pour permettre les voitures; pét. 40, pour interdire l’emploi de l’or et de l’argent dans les ornements.

1611. — Pragmatique limitant l’usage des voitures.

— Autre pragmatique sur les costumes et vêtements.

(1) RANKE, 0p. cit., t. 1, pp. 390 et 391.

(2) Moncapa: Restauraciôn politica de España. Disc. 3, ch. 1. .

(3) CamPpomaNESs : Educaciôn popular, t. I, p. 417.

(4) Vida y virtudes del venerable Siervo de Dios Don Juan de Ribera, por el R. P. F. Juan XIMENEZ, Rome, 1734, cité par BUCKLE : History of civilization in England, M, p. 60, note 138.

et du duc de Lerme et furent le motif déterminant de cet édit de 1609, dont nous avons démontré les conséquences néfastes pour l’économie espagnole (1).

Moins de huit années plus tard, les plaintes s’élevèrent si nombreuses et si vives, que le roi dut réunir, de 1617 à 1620, de grands conseils de ministres chargés de chercher les remèdes réclamés par la détresse du pays. Les décisions prises dans ces réunions n’eurent pas une importance considérable pour les intérêts nationaux ; elles attestent surtout l’emprise des idées mercantilistes. L’abolition de la taxe du blé, quelques mesures tendant à diminuer les abus et les empiétements de la Mesta servirent les intérêts de l’agriculture (2); mais, en ce qui concerne l’industrie, l’accentuation du système protecteur fut pratiquement sans effet, vu la disproportion entre la production et la consommation, l'impossibilité pour l’industrie, écrasée d’impôts, de profiter de la protection douanière que l’on voulait lui octroyer et l’impuissance du Gouvernement à enrayer la contrebande. L’exportation du minerai de fer est interdite, en 1619, — comme condition du service de millones concédé par les Cortès de Madrid de 1617 (3) — dans le double but d'empêcher la fabrication des armes chez les ennemis de l'Espagne et d'établir une barrière à l’introduction d’une quantité de marchandises étrangères. La prohibition d’introduction des soies en écheveaux de l’Inde, de la Perse et de la Chine, rendue à l'instance des Cortès de Madrid, en 1619, et d’ailleurs conforme aux lois établies en leur temps par les Rois Catholiques et confirmée par Charles-

(1) PHiLippsON : Die Austreibung der Morisken, XI, ch. 1. — Voir supra p. 66.

(2) Cf. CoLMEIRO, op. cit., II, p. 175.

(3) Condition 19 du service de millones cité.

PHILIPPE III Y{ré

Quint, se fonde également sur une pensée mercantiliste (1).

La politique coloniale est inspirée, au moins en apparence, des mêmes principes. En 1614, Philippe III rend un édit prononçant la peine de mort et la confiscation des biens contre tous ceux qui introduiront des marchandises étrangères en Amérique (2) ; en réalité, cette condamnation ostensible n’a d’autre but que de sauvegarder la dignité du Gouvernement à l'extérieur ; sachant le pays incapable de suffire aux demandes des colonies, ne se souciant pas de proclamer hautement sa détresse, il aime mieux masquer ainsi un consentement tacite, mais non désintéressé, au commerce de contrebande et se ménager, en outre, un moyen de représailles, en excluant du commerce des Indes toute nation dont il aurait à se plaindre.

La convocation de la junte des ministres, en 1617, avait fait surgir de nombreux écrits sur les matières économiques. C’est à cetile époque que virent le jour les mémoires ou dis-

(1) « L'introduction de ces soies» — dit la cédule royale datée de Lisbonne, 21 juillet 1619, — «tourne au désavantage particulier des royaumes de Grenade, de Murcie et de Valence où l’industrie de la soie est pratiquée, car la production de la soie en Espagne est si importante, qu’elle suffit largement aux besoins et que l’on peut même en exporter une grande quantité et faire entrer en échange l’or et l’argent. Il est évident que les producteurs se verront encouragés dans leurs travaux par l'interdiction d'importation des soies étrangères et par la considération de la grande valeur de leurs produits. Il en résultera un avantage pour le pays, où non seulement cette industrie occupera la population pauvre, mais aussi empêchera la sortie de l’or, qui cause de graves préjudices ». Cependant il est à noter que l’importation des tissus de soie, et passementeries n’est pas prohibée, à la condition que la qualité en soit reconnue bonne par les maîtres de l’art nommés pour procéder à leur examen.

(2) ULLoA : Rétablisserment des manufactures et du commerce d’Espagne. 2e partie, pp. 189 et 190.

cours de Cristébal PEREZ DE HERRERA, Sancho de MONCADA, Damian de OLIVARES, FERNANDEZ NAVARRETE.

Cristébal PEREZ DE HERRERA S’adressant aux Procureurs des Cortès du Royaume, réunis à Madrid, le 9 février 1617, expose, dans son mémoire, la nécessité de développer l’agriculture et l’élevage par des moyens appropriés ; — de soutenir le commerce en réduisant les impôts, en le protégeant contre l’usure et en interdisant l’entrée des marchandises étrangères ; — d'augmenter la population en favorisant les mariages, en limitant les admissions dans les ordres religieux et en attirant en Espagne des étrangers ayant le goût du travail ; — de mettre un terme à la fondation des majorats et d’arrêter la sortie de l’or et de l’argent, etc. Ce grand ami du bien public est aussi un fervent défenseur des méthodes mercantilistes (1).

Dans ses Discursos, parus à Madrid, en 1619, et réimprimés, en 1746, sous le titre de Restauraciôn Politica de España. Sancho de MoncapA attribue la faiblesse du royaume au commerce des étrangers, qui retiraient les matières premières et l'argent pour toujours et portaient la prospérité du pays à l'ennemi : il disait que toute médecine était inutile au malade, si d’abord, on ne conservait son sang, en fermant les portes ou les ports par où il s’échappait ; que l’on ne devait pas per-

(1) PEREZ DE HERRERA (Cristôbal) : A los Caballeros Procuradores de Cortes del Reino que por mandado del Rey N. S. se juntaron en 9 de Febrero de este ano de 1617 en esta villa de Madrid, Corte de S. M., en razôn de muchas cosas tocantes al buen gobierno, estado riqueza y descanso de estos Reinos, el Doctor. — Madrid 1617.

L'importance supême d’avoir l’or et l’argent en abondance est aussi l’argument essentiel d’un écrit d’ALAMOS v BARRIENTOS, qui appartient aux premières années du règne de Philippe III : « Discurso al Rey N. S. del estado que tienen sus reinos y senorios y los de amigos y enemigos, con algunas advertencias sobre el modo de proceder y goberarse con los unos y con los otros (Ms).

mettre la sortie des matières premières, afin de conserver dans le royaume l’énorme bénéfice du travail ; que l’entrée des produits étrangers fomentait la paresse des Espagnols et les appauvrissait, « car on a vu par expérience que les républiques ayant vécu jusque là dans la pauvreté, ont acquis des richesses en travaillant les matières premières, comme cela a été le cas pour la France, la Flandre, Gênes et Venise, tandis que l'Espagne, riche en matières et en produits, s’est appauvrie pour ne les avoir pas travaillés » ; et enfin, que le moyen efficace de rendre effectives les prohibitions serait : « d'établir dans les ports un tribunal de juges séculiers qui procéderaient par voie d’inquisition, suivant la méthode du Saint-Oïffice contre ceux qui feraient de la contrebande ou exporteraient les produits interdits, en jetant la honte sur les coupables et en les condamnant irrémissiblement à mort (1)».

Mettons à part la rigueur et la cruauté avec laquelle Moncada prétendait réprimer et châtier la contrebande, suivant des principes dignes d’un austère professeur de théologie du xvrIe siècle, plein de foi dans le salut de l'Espagne par la voie de la prohibition et désespérant de rencontrer « comme commissaires des ports, des hommes auxquels l'or ne fût pas capable de dessiller les yeux », et fixons-nous sur sa doctrine.

(1) Restauraciôn politica. Disc. I: «Riqueza firme y estable de España. »

L'idée n’était pas nouveile : en 1589, Philippe II voyant que son autorité était insuffisante à empêcher la sortie des chevaux du royaume d'Aragon, dirigés vers la France avec qui l'Espagne était en guerre, fit en sorte que les coupables du délit de contrebande fussent poursuivis et châtiés par la main rigoureuse de l’Inquisition (Historia de las alteraciones de Aragôn, por el señor Marques de Pidal, tome I, p. 456).

La ville de Medina del Campo présenta à Philippe III, en 1606, une supplique tendant à faire déclarer, cas d’Inquisition, l’exportae tion de la monnaie.

Le quelque côté qu’on la considère, elle exalte la passion des métaux précieux, qui déjà commençaient à être estimés comme l'unique richesse ferme et stable des peuples; le système des portes ouvertes et des portes fermées — ouvertes à l'exportation des produits et des articles nationaux et fermées à l’entrée de ceux de l’étranger ; l’encouragement au travail national, en défendant la vente des matières premières et en écartant la compétition des marchandises étrangères ; le système de tout fabriquer dans le royaume, bien qu’en d’autres pays, les artisans fussent plus diligents que les Espagnols et les marchandises plus belles, plus nouvelles et meilleur marché ; l’oubli complet des bénéfices de l’échange, et, en un mot, le désir aveugle d’asseoir la politique commerciale sur un régime circulatoire dans lequel l’or et l’argent courraient du dehors au dedans pour permettre de les thésauriser et de jouir de leur perpétuelle abondance ; — c'était là l’épidémie qui avait, par contagion, gagné non seulement l'Espagne, mais aussi toutes les nations de l’Europe.

Damian de QLIVARES, dans le mémoire qu’il présenta à l’Assemblée réunie sur l’ordre de Philippe III, en 1620, dans le but de vérifier la cause de la ruine des fabriques et des métiers d'Espagne florissants au xvIe siècle, ne se montre pas moins ardent défenseur de la cause prohibitioniste. « Le permis d’entrée des marchandises étrangères, dit-il, est la racine d’où vient une destruction si lamentable. Je prétends, continue-t-il, que cette opinion suivant laquelle l’on doit faire le commerce avec l’étranger, pour que, de cette manière, les marchandises abondent dans le royaume, est une idée du démon même dont sont possédés ceux qui la soutiennent, pour détruire un royaume que Dieu a maintenu si catholique et si chrétien. Majesté, chez nous sont entrées des mites qui vont rongeant notre propre vêtement, et des sangsues

qui nous épuisent, sans que nous le sentions, jusqu’à ce que nous en mourions » (1).

Avec un sens plus exact des sources de a richesse publique, FERNANDEZ NAVARRETE, chapelain de la Cour de Philippe III et Conseiller de l’Inquisition, déclare dans sa Conservaciôn de Monarquias (1626), que les manufactures suffisent à assurer la prospérité d’un pays, en ajoutant à la valeur primitive des produits naturels celle du travail humain ; et, à l'appui de sa thèse, il cite la France, l'Italie et les Pays-Bas « qui sont des pays riches quoiqu’ils ne récoltent ni or, ni argent ».

Avant eux, il n'avait point manqué d’esprits pénétrants pour présenter des avis conformes à la raison d’état, ainsi qu’à la grandeur et à la prospérité du royaume : Martin Gon- ZALEZ DE CELLORIGO, l’un des plus remarquables politiques de son époque, avait exposé que la décadence des royaumes et possessions de l’Espagne devait être attribuée au dédain de la loi naturelle du travail ; il avait affirmé que la faiblesse des républiques était née d’avoir placé la richesse dans l’or et l’argent, au lieu de poursuivre la richesse véritable et certaine que procuraient l’agriculture et l’industrie (2) ; — Juan MARQUEZ, fondant la richesse naturelle des peuples sur les terres et les troupeaux, s'était attaché à démontrer que leur utilité n’est pas relative comme celle de la monnaie, mais absolue, parce qu’elle naît de leur substance même (3); — Pedro de GuzmAN avait écrit que le travail est le prix universel et la monnaie courante avec laquelle s’achètent toutes

(1) Cf. CozmEIRo : T. II, pp. 334 et 335.

(2) GONZALEZ DE CELLORIGO (Martin) : Mernoriales, 1° De la politica y ütil restauracidn à la repüblica de España y estados de ellay. desempeño universal de estos reinos. 1.600 pp. 1 et 21.

(3) MARQUEZz (Juan) : El Gobernador Cristiano, Salamanque, 1612, lib. II, ch. xxxix. Juan Marquez apparaît ainsi comme un précurseur des physiocrates.

choses ayant une valeur ; qu’ainsi tout lui obéit, comme à l'argent, et que, par suite, il domine tout et n’est dominé par rien (1),

Rappelons, enfin, que dès le début du règne de Philippe II, Luis VALLE DE LA CERDA fidèle continuateur de la pensée de Pedro de OUDEGHERSTE, avait présenté aux Cortès générales de 1598, terminées en 1601, un mémoire proposant la fondation d’erarios pblicos et de monts-de-piété. Ce mémoire fut accueilli avec tant de faveur par les procuradores, que dans le procès-verbal des sessions de ces Cortès adressé au roi et relatif au service de millones, ils posèrent comme condition la création d’erarios püblicos et de monts-de-piété, suivant le plan présenté par Luis Valle de la Cerda (2), clause qui fut reproduite dans le procès-verbal des sessions des Cortès de 1603 (3).

« Les erarios, dit Valle de la Cerda, sont des maisons du trésor public destinées à recueillir, garder et distribuer l’argent qui y sera apporté par diverses voies ».

Elles devaient donner de l’argent à intérêt au roi et aux particuliers sur hypothèques suffisantes, à raison de 6% l’an, et le recevoir de tous détenteurs de capitaux qui voudraient le leur confier, moyennant les sécurités et privilèges qui seront indiqués, en leur payant 5% à terme et 3% en dépôt perpétuel. Elles devaient également se charger des dépôts volontaires et de tous les revenus du roi et du royaume, et les tenir à la disposition de leurs propriétaires.

En même temps que ces maisons du trésor, on instituerait des monts-de-piété qui prêteraient de l’argent sur gages, et

(1) GuzMaAN (Pedro de) Bienes del honesto trabajo y daños de la ociosidad, en ocho discursos. Madrid, 1614. Disc. 1,5, 6.

(2) Document cité, accord premier.

(3) Document cité, condition 8.

qui recevraient cet argent à 6% des erarios, pour le prêter à 61, ou 7%.

On espérait que le roi et le royaume fourniraient la dotation ou le capital primitif des erarios, en faisant un grand effort pour l'obtenir à intérêt ou en leur consignant à perpétuité leurs revenus les plus certains, les mieux établis et les . plus liquides. Tout l’argent oïisif de la Nation, comme les rentes royales et celles des villes, les séquestres de justice, biens de défunts, revenus de dépôts et consignations, amendes, etc., etc., entreraient dans les caisses des erarios à titre de dépôt gratuit.

Le crédit des erarios serait solidement établi, le roi et le royaume s’obligeant à répondre de tout ce qui y entrerait et de toutes les opérations qui seraient traitées avec elles. Les maisons du trésor public seraient exemptes de tout alcabala, taxe ou contribution quelconque : l'argent, les valeurs et rentes qui y seraient déposés avant l’accomplissement d’un délit ne pourraient être confisqués et seraient susceptibles d’être frappés d’hypothèque privilégiée au bénéfice de tout ayant-droit.

La principale et plus importante opération des erarios consisterait à prendre l’argent à 5% et à le donner à 6% et l'on pensait y adjoindre ie commerce des changes à l’intérieur et hors du royaume. Les bénéfices grossissaient avec les désirs ; on espérait des monceaux d’or de la circulation de l'argent oisif, des facilités plus grandes données au commerce, de l’emploi et du remploi des fonds qui iraient toujours en augmentant, et de l’accroissement du mouvement qui était réparti entre les foires et les banques.

Les avantages publics seraient d’extirper l’usure, de ranimer l’agriculture, les arts et le commerce, de libérer la couronne de ses dettes, de soulager les peuples, de faciliter les

relations entre les hommes d’affaires, et enfin, d'obtenir sans frais ni travail la restauration de la monarchie (1).

La première difficulté à surmonter pour fonder les maisons du trésor était de les doter d’une manière convenable. Valle de la Cerda demandait au roi et au royaume qu'ils fissent un grand effort pour mener à bonne fin une œuvre aussi sainte : mais les nécessités de la Couronne étaient trop pressantes, et les sujets, déjà trop appauvris pour supporter les charges ordinaires, étaient encore plus incapables d’offrir un concours quelconque.

Valle de la Cerda avait pleine confiance dans l’acceptation universelle des erarios et il tenait pour assuré qu’à peine leurs portes ouvertes, les gens accourraient en foule pour y verser leur argent.

Ses idées, combattues discrètement par Lison y Biezma (2), ardemment par Juan de Züñiga et le Marquis de Estepa (3), reprises, sous le règne de Philippe IV, par Geronimo de Zevallos, Fernandez Navarrete, Gerardo Basso, Martinez de la Mata et, sous le règne de Charles IT, par Castillejo et Juan de Castro, devaient rester pratiquement sans résultat (4).

(1) VALLE DE LA CERDA (Luis) : Desempeño del patrimonio de S. M. y reinos sin daño del Rey y vasallos, y con descanso y alivio de todos por medio de los erarios puüblicos y montes de piedad, Madrid, 1618.

(2) Lison v BrezmaA (D. Mateo) : Discursos y apuntamientos en que se tratan materias importantes del gobierno de la Monarquia, y de algunos daños que padece y su remedio. 1662.

(3) COLMEIRO, 0p. cit. T. II, p. 507.

(4) Geronimo de ZEVALLOS voit dans les «erarios» (maison du trésor public) un élément de crédit pour le gouvernement et un moyen de subvenir aux charges publiques sans faire appel à la fortune des particuliers (Arte real para el buen gobierno de los reyes... Tolède 1623, docum. II).

Fernandez NAVARRETE pense qu’elles faciliteront la circulation

de l’argent oisif et la suppression de l’usure (Conservaciôn de monarquias. Madrid, 1626, disc: XI).

Gerardo Basso les considère comme un instrument utile pour l'absorption de la monnaie de cuivre (Arbitrios y discursos politicos. Madrid, 1627, p.p. 4 et 59).

MARTINEZ DE LA MATA remarque surtout les facilités qu’elles procureront pour assurer l’approvisionnement de la population, le rétablissement des finances et des ressources abondantes à la couronne (Disc. VIII : Apendice à la educaciôn popular. Part. IV, p. 340).

Juan Alejandro CASTILLEJO envisage leur efficacité pour la restauration de l'élevage (Memorial sobre el amparo de la Real cabaña. 1667). ,

Juan de Casrro les désire pour la conservation et l’augmentation des fabriques et de la marine (Memoriales para el entero conocimiento de la causa que destruye y acaba la monarquia de España. 1669).

CHAPITREUIII

- PriziPppE IV 1621-1665

Le mouvement d'idées qui s’était développé, depuis 1617, conserva son influence pendant les premières années du règne de Philippe IV. Le Duc d’Olivarès, qui jouit auprès de ce souverain d’un crédit égal à celui du duc de Lerme auprès du roi défunt, apporta, au début de son ministère, dans la gestion des affaires économiques du royaume, un désir très sincère de relèvement, une entière probité, mais aussi les conceptions du régime prohibitif. Il occupa le pouvoir jusqu’en 1643.

La meilleure réforme qu’il opéra fut une réduction des impôts, accompagnée d'économies assez notables dans les dépenses administratives. L’alcabala est remplacé par un encabezamiento dont le montant est fixé à 456 cuentos annuellement : l'impôt se trouve ainsi ramené à son chiffre de 1561 (1). Les biens des gouverneurs doivent être inventoriés par justice avant leur entrée en charge et à l'expiration de leurs fonctions. Le nombre des places dans les conseils des communes est réduit d’un tiers ; les réformes atteignent même le personnel de la Cour. Olivarès tente de supprimer le service de millones ; celui-ci est, il est vrai, renouvelé, en 1626, mais

(1) HAEBBLER, 0p. cit., p. 139.

supprimé en 1631, et finalement rétabli, l’année suivante ; pour les besoins de la guerre, les Cortès accordent 24 millions pour six années (1).

Dans le domaine industriel et commercial, il fait promulguer, le 10 février 1623, les capitulos de reformacidn qui organisent un rigoureux régime prohibitif. Les lois somptuaires y tiennent une place importante (2).

L'importation des articles de luxe manufacturés à l’étranger est défendue, sous peine de confiscation et d’une amende de 30.000 maravédis, à partager entre le roi, le juge et le dénonciateur (3).

En 1624, la sortie de l’or est interdite sous peine de mort et de confiscation des biens (4).

D’anciennes lois abrogées ou tombées dans l’oubli sont remises en vigueur ; c’est ainsi que l'introduction des produits étrangers n’est autorisée que s’ils sont conformes aux prescriptions imposées par les règlements aux produits espagnols (5), et ils doivent être payés, non en monnaie, mais en produits nationaux (6).

Toutefois, l’effet de ces lois se trouvait en grande partie annulé par la subtilité de la contrebande. Les commissaires des ports n'étaient pas incorruptibles et la vigilance des gardes n’arrivait pas à empêcher l’entrée ou la sortie des choses interdites, vu l’étendue considérable des côtes et des frontières de l’Espagne. On suscitait l’activité des dénonciateurs, en leur offrant, même s'ils étaient complices, le

(1) HAEBLER, Op. cit., p. 140.

(2) En 1657, Philippe IV rendit encore une pragmatique sur la réforme de l’habillement, la modération des dépenses, etc.

(3) CAMPOMANES : Apéndice à la educaciôn popular, t. V, p. 224.

(4) UzrTAriz. Trad. Forbonnais, ch. XLIII, p. 132.

(5) HAEBLER, 0p cit., p. 85.

(6) Pragm. du 6 février 1626.

pardon du délit et une partie du profit, mais tous aimaient mieux se trouver en contravention avec les lois, parce qu’il leur paraissait plus sûr et plus avantageux de poursuivre leur industrie (1).

Il était si difficile d’extirper la fraude que Lopez de Reino proposa de fonder quatre maisons de commerce à Séville, Malaga, Lisbonne et la Corogne, avec registres à Cadix, Carthagène, Porto et Santander, et de défendre ensuite qu'aucun Espagnol pût acheter ou vendre à l'étranger sans recourir à ces maisons où les marchandises seraient marquées à juste prix et où l’on percevrait la différence entre la valeur des exportations et des importations (2). Perez de Rocha imagina de créer une commission de six marchands espagnols, ayant seuls faculté d'exporter les marchandises et les produits espagnols et de recevoir ceux qui viendraient du dehors ; et, avec ce procédé si étrange, il espérait surtout aveugler les nombreux canaux qui déversaient dans d’autres pays l’or et l'argent des Indes (3}.

Le roi lui-même était le premier à enfreindre les lois du commerce, en accordant à différents hommes d’affaires permission d'introduire des marchandises étrangères, moyennant indemnité en argent ou prélèvement au profit de la couronne. D'autrefois, il concédait des licences de sortie, qui se prêtaient à de grands abus, parce qu’il arrivait que ceux qui les avaient obtenues ne les utilisaient pas, mais les transféraient à des tiers ; opération où se confondait avec profit la

(1) SANcHO DE MoncaDA : Restauraciôn politica de Ra disc. I, ch. x1x. Cf. CoLMEIRo, Il, p. 353 et 354.

(2) Lopez DE REINO (Pedro) : Discursos politicos cristianos para el bien de estos reinos (1624).

(3) PEREZ DE RocHA (Antonio) : Epitome politico.

cupidité des vendeurs et celle des acheteurs (1). De semblables dispenses n'étaient point nouvelles, elles avaient été l’objet de plaintes de la part des procureurs en plusieurs Cortès tenues au xvie siècle ; mais au xvire siècle, leur nombre s’accrut, dégénérant en système fiscal et en monopole honteux.

Le commerce colonial avait, lui aussi, ses contrebandiers : les négociants espagnols, qui, ne pouvant trouver dans les manufactures de leur pays les marchandises nécessaires à l’approvisionnement des Indes, avaient recours eux-mêmes à l'étranger et prêtaient leurs noms pour éluder la loi interdisant aux autres nations le commerce avec le Nouveau Monde. Les négociants de France, d'Angleterre, de Hollande (2), de Gênes, de Hambourg embarquaient sur les galions leurs propres marchandises, en les passant de bord à bord et sans les faire inscrire sur les registres de la Contrataciôn ; au retour des galions, ils recevaient le prix des marchandises en lingots d’or et d’argent, à la barre de Cadix. Ainsi, les marchandises de l’étranger étaient introduites en Amérique sous pavillon espagnol, et les Espagnols en retiraient quelques avantages, mais dans une mesure restreinte seulement, car les escadres réunies de la flotte et des galions ne portaient alors qu'environ 27.000 tonneaux (3).

(1) Dans une ordonnance royale de l’année 1645, sont nommées différentes personnes favorisées du privilège d'introduire en société des marchandises étrangères pour une valeur de 468.000 ducats, moyennant une prime de 46.800 ducats ; ce qui signifie que le roi prélevait le dixième de la contrebande.

(2) En 1624, le comte d’Olivarès fit saisir plus de 160 vaisseaux hollandais, qui étaient entrés à Cadix et dans les autres ports du royaume, sous pavillon autrichien, et qui allaient introduire par fraude une immense quantité de marchandises. (D. J. OrTIz y SANZ : Compendio de la historia de España, t. VI, p. 294).

3) CAMPOMANES : Educaciôn popular, I, p. 435; II, p. 110.

La France, l’Angleterre et la Hollande parvinrent ensuite à faire ce trafic sans intermédiaire et à vendre directement leurs marchandises aux Américains. Ceux-ci favorisaient ce commerce — le commerce interlope — en leur donnant rendezvous en certains points des côtes, à des époques où les navires chargés de la surveillance s’en trouvaient éloignés. Aussi bien, l'étendue même des côtes du Mexique et du Pérou rendait-elle impossible une police vraiment rigoureuse.

Les Français maîtres de la Martinique et de la Guadeloupe, les Anglais établis à la Jamaïque, les Hollandais à Curaçao et à Surinam jouissaient, grâce à ces positions privilégiées, de facilités exceptionnelles qu’ils savaient mettre à profit pour donner une extension plus grande à leurs opérations.

Enfin, les Vice-Rois du Mexique et du Pérou, pendant les guerres maritimes, lorsque les relations avec la métropole étaient interrompues, se relâchaient aussi de leur sévérité, et permettaient même le commerce avec les neutres, ce qui donnait libre cours à une active contrebande.

Dans le domaine de l’agriculture, Philippe IV pour diminuer le nombre des oisifs de la Cour et favoriser le retour dans les campagnes, prévoit, dans les Capitulos de Reformaciôn que les propriétaires qui auront cédé leurs terres à bail contre rentes, jouiront du privilège que la durée du bail soit doublée, lorsqu'ils résideront dans le voisinage immédiat de ces terres (1).

La taxe du blé est rétablie, en 1628, mais ce retour aux erreurs du passé dure peu ; ia taxe est abolie, en 1632 (2).

La question de l’émigration préoccupe également Philippe IV. Ii s'efforce, mais inutilement, de faire obstacle au

(1) Nov. Recopilaciôn. Loi 8, tit. XXVI, lib. VIL. (2) HAEBLER, 0p. cit., p. 42.

mouvement qui entraînait les Espagnols et principalement les Biscayens et les Navarrais vers les régions du Nouveau Monde (1). Parallèlement, il rend, en 1623, une ordonnance pour permettre aux cultivateurs et aux artisans étrangers de travailler temporairement dans ses états et de s’y établir, à condition qu’ils soient catholiques et qu’ils consentent à séjourner dans l’intérieur du royaume. Bientôt, pour en attirer un plus grand nombre, il les exempte pendant six ans de l'impôt de l’alcabala (2).

Ces tentatives de réformes s’accompagnent d'efforts pour rendre navigables l’Ebre, le Duero et le Guadalquivir, mais les travaux, commencés avec le concours d’ingénieurs flamands, sont bientôt abandonnés (3).

Dès 1635, l’ère des velleités réformatrices est close ; la guerre, devenue générale, engage l’Espagne dans des luttes gigantesques. Pour les soutenir, Philippe IV et son ministre ont recours à l’aggravation des impôts, à l’altération des monnaies, aux emprunts, à la banqueroute.

En 1631, avaient été établis : la media anata, en vertu de laquelle toute personne investie d’un emploi, d’une pension ou d’un bénéfice ecclésiastique, devait verser au fisc la moitié du traitement, de la pension où du bénéfice de la première année ; — l'impôt des lances, fixé à 60 doublons, représentant la prestation de 20 lances du temps de guerre et qui était perçu sur les nobles en remplacement du service militaire ; — un droit de transmission du titre de grand de Castille, qui était de 4.000 ducats en ligne directe et de 6.000 ducats en ligne collatérale (4). En 1632, les anciens mono-

(1) CapaLso : Cartas Marruecas, Barcelona, 1756, p. 72.

(2) CAMPOMANES, 0p. cit., t. III, introd. p. XXVILIett. V, p. 321. (3) Weiss, op. cit, II, p. 143 et 144.

(4) Weiss, op. cit, Il, p. 184.

poles avaient été confirmés et il en avait été créé de nouveaux : sel, tabac, poudre, salpêtre, plomb, cartes, soufre, sublimé, mercure, cire, poivre, gomme, eau-de-vie étaient réservés à la vente exclusive du Gouvernement.

En 1637, le papier timbré {el papel sellado) est rendu obligatoire pour les contrats, marchés, baux, brevets et actes de procédure ; le prix en est doublé, pendant la guerre contre la France (1).

En 1639, Philippe IV apporte un changement important à la perception de l’alcabala. Ce droit, le plus ancien de ceux qui composaient le revenu du roi, avait été établi, en 1341, comme un expédient passager (2). Fixé, à l’origine, à 20%, sur la valeur de toute marchandise vendue ou échangée, il avait toujours été d’un recouvrement embarrassant, et malgré la multiplicité des lois et des traités sur cette matière, il se présentait sans cesse des doutes sur les conditions de son application. Généralement l’alcabala ne se percevait pas en entier. Les villes convenaient avec le gouvernement d’une somme fixe qu’elles payaient, chaque année : l’encabezamiento. Sous Isabelle la Catholique, l’encabezamiento n’équivalait pas même au vingtième du mentant des transactions. De temps en temps, les villes en demandaient la prorogation et elles l’obtenaient par l'intermédiaire des Cortès (3). Philippe II fut le premier souverain qui exigea rigoureusement le dixième (4). Philippe IV, en 1639, ajouta au droit d’alcabala le droit de cientos, fixé à 1 %,et qui devait être perçu au profit des fermiers royaux. Pour stimuler le zèle de ces derniers, le droit de cientos fut porté à 2%, en 1642; puis à 3%, en

() Weiss, op. cit., II, p. 185.

(2) ULLOA, 0p."cit., tp. 29: - (3) Cf. Cortès de 1558, pét. 5.

(4) Cf. RANKE, 0p. cit., t. I, p. 337, 338, 381.

1656 ; enfin à 4%, en 1664. Ainsi les droits réunis d’alcabala et de cientos s’élevèrent à 14%. Perçus d’abord sur les matières brutes, puis sur les matières manufacturées, et non seulement à la première vente, mais à toutes les ventes successives, ils ruinèrent le commerce et l’industrie, Les sucreries des provinces de Grenade et d’Andalousie, soumises aux droits d’alcabala, de cientos et de millones, dont l’ensemble représentait une charge totale de 35 à 36% de la valeur du produit, furent mises dans l'impossibilité de lutter contre le bas prix des sucres étrangers et disparurent sous ce règne (1) ; il en fut de même pour de nombreuses manufactures, de savon, de verre, et de cristaux (2).

En 1642, les charges financières avaient été aggravées par l’impôt dit du fidèle jaugeur (fiel medidor), perçu dans chaque localité par un mesureur juré, à raison du jaugeage : c'était un droit de quatre maravédis frappant chaque arrobe de vin, d’huile et de vinaigre (l’arrobe valant vingt-cinq livres) ; — en 1649, par un droit de quatre maravédis par livre de savon employée dans les rares manufactures subsistant en Castille ; — en 1650, par un impôt de deux maravédis par livre de glace vendue dans les villes espagnoles (1). Ces diverses mesures attestent la détresse du Gouvernement.

Depuis longtemps, il ne vivait que des expédients les plus misérables.

En 1627, il est vrai, Philippe IV avait nommé une commission chargée de recueillir et de détruire la monnaie de bronze (vellon) pour compte de l’État, en payant les sommes ainsi recueillies, en argent, dans un délai de quatre ans, à ceux qui les verseraient volontairement et il avait interdit d’en frap-

(1) ULLoA, op.-cit., t. I, p. 55. UzrTkkriz, op. cit., t. Il, ch. xCIv. (2) ULLOA Op cit. (tp: 51:

(3) Weiss, op. cit., t. II, pp. 190, 191.

per dans l’avenir ou d’en introduire dans ie royaume : mesure sage, si la pauvreté du roi ne l’eût empêché de la réaliser (1). L'ordre de détruire la monnaie de cuivre avait été renouvelé, en 1638 ; mais la crainte de la voir tomber à rien, avait provoqué une inquiétude extrême parmi le peuple. « L’unique pensée fut de la mettre en circulation pour payer des dettes que, dans les conjectures les plus favorables, les créanciers avaient perdu tout espoir de recouvrer ; les marchands vendirent prodigieusement, parce que le désir de se défaire de la monnaie de bronze porta la plupart des gens à acheter des choses superflues et à accepter les prix sans discussion. Enfin, le samedi, parut l’ordonnance, et elle ne contenait rien de ce que l’on craignait. Alors les rôles furent intervertis : ceux qui s'étaient séparés de leur monnaie de bronze étaient tristes et ceux qui l’avaient reçue satisfaits » (2).

Mais en 1640 et 1642, des altérations dans la valeur de la monnaie furent décrétées : la valeur des pièces de bronze de 12 maravédis fut abaissée à 6 maravédis, celles de 6 à 1, celles de 8 à 2, celles de 4 à 1 et celles de 2 à 1 blanca.

En 1651, toute la monnaie de bronze fut ramenée à la valeur qu’elle avait avant la réduction de 1640, à l'exception de l’ancienne monnaie frappée avant 1597, communément appelée billon (calderilla), à laquelle aucune modification ne fut apportée.

L'année suivante, Philippe IV réduit la grosse monnaie

(1) C’est à cette époque que Gerardo Basso, né à Milan, avait proposé à Philippe IV, la création d’erarios publicos ou « Maisons du Trésor public » et de ‘Monts-de- Piété, comme moyen pour absorber la monnaie de cuivre, dont l'extraordinaire abondance bouleversait le prix de toutes choses ; il prétendait arrêter ainsi le flot de la monnaie de billon, la retirer ‘de la circulation et la frapper à un nouveau coin aux frais ‘de ses possesseurs et du Trésor Roÿal par moitié. (Arbitrios y discursos puüblicos, Madrid, 1627).

(2) CoLMEIRo, op. cit., t. II, p. 491, 492.

de bronze au quart de sa valeur, c’est-à-dire en l’état où elle circulait avant la pragmatique de 1651. En 1654, la monnaie dite de billon (calderilla) est ramenée à son ancienne valeur, elle fait l’objet d’une nouvelle frappe, la moitié en est restituée à ses propriétaires, l’autre moitié retenue pour le roi. En 1658, la valeur de la grosse monnaie de bronze est portée à 4 et à 2 maravédis par pièce et, en 1659, elle est diminuée de moitié,

Ces altérations répétées de la monnaie causaient des perturbations profondes dans le commerce ; la valeur excessive attribuée arbitrairement par la loi à un métal de valeur minime nuisait aux métaux nobles, l’or et l’argent ; ces derniers se cachaient ; toute la bonne monnaie disparaissait d’Espagne ; seule la mauvaise y demeurait; il fallait l’accepter par ordre ; aussi l’industrie criminelle de la fausse monnaie trouvait-elle des adeptes, non seulement chez l’étranger, qui gagnait jusqu'à 500% à l’introduire en fraude, mais jusque dans les familles les plus importantes du royaume ; la menace des peines les plus sévères, émanant d’un prince faux-monnayeur, étaient impuissantes à retenir les coupables dans le respect des lois. La prime de la bonne monnaie sur la mauvaise s'élevait, au fur et à mesure des altérations de cette dernière. Les particuliers perdaient 50, 60 et jusqu’à 74 % dans la conversion de leur monnaie avariée, contre de l’or ou de l’argent, et le roi lui-même dans ses transactions, perdait plus de 60%.

Très tôt d’ailleurs, Philippe IV avait prétendu remédier à cette maladie en fixant le taux des changes ; mais là comme toujours la taxation fut impuissante à fixer l’échelle mobile des variations économiques ; une pragmatique de 1625 tolère une prime de change de 10% ; en 1637, la tolérance est portée à 25% ; en 1651, la prime pour l'obtention de la monnaie d’argent doit être fixée à 509, ; ces taux n’empêchaient point

le cours désordonné de la monnaie, ils attestent seulement que le signe monétaire n’avait cessé de perdre de sa valeur (1).

Philippe IV avait encore eu recours à d’autres expédients : en 1629, 1632, 1635, il avait décrété un don forcé qui avait produit à grand” peine 66 millions (2) ; l'expérience de tous les temps a prouvé que ces contributions forcées ou volontaires n’ont jamais entièrement répondu aux désirs et aux besoins des gouvernants. En 1639, pour armer les galions qui devaient sortir de Séville, il avait dû emprunter au taux de 70% (3). Le couronnement de cette politique financière fut la banqueroute déclarée en 1664 et la suppression de tous les titres de rente créés depuis 1634.

* Cependant des hommes attentifs au bien de l’État, jaloux de la gloire et de la fortune de leur patrie dans l’autre siècle, n'avaient cessé, au cours de ce long règne, de rechercher avec

un zèle digne de louange les causes d’une décadence si rapide et d’en indiquer le remède.

Ils signalent comme vices du système économique :

— ja diminution de la population, conséquence de l’expulsion des Maures, du nombre excessif des religieux, des majorats et de l’émigration aux Indes (Zevallos (4), Vivero y Velasco, Criales y Arce (5) ;

(1) COLMEIRO, op. cit., p. 492 à 494.

(2) CoLMEIRO, op. cit., II, p. 582.

(3) CoLMEïRo, op. cit., II, p. 581.

(4) ZEVALLOS (Gerônimo de) : Arte real para el buen gobierno de los reyes, principes y sus vasallos, Tolède, 1623. Discurso y parecer del Licenciado…. para tratar de los arbitrios convenientes al bien y aumento de la Imperial ciudad de Toledo, s. d. |

(5) CriALes Y ARCE (D. Gaspar) : Lettres à Philippe IV, Rijoles, 1646. 4

L'auteur y recherche les causes dé la diminution de la population

— le manque de laboureurs (Vivero y Velasco) ;

— les charges fiscales trop lourdes, inégalement réparties, nuisibles à l’industrie et au commerce (Bautista Dâvila (1) Zevallos, Vivero y Velasco, Alcäzar de Arriaza (2) ;

— Jes fraudes et abus que facilitait le commerce par flottes et galions (Vivero y Velasco) (3) ;

— les dépenses excessives (Vivero y Velasco) ;

en Espagne et signale comme principales l’expulsion des Maures, la multitude de religieux des deux sexes et surtout les majorats. Il combat longuement cette institution, dont il montre l'influence sur le luxe et sur la disproportion dans la répartition des terres.

(1) DAviLa (P. Bautista) : Indice de los intentos y medios politicos que por sus tratados, en las circunstancias pasadas y unidos à las presentes, aplica ahora el P... en orden à la correcciôn del vellon resellado en fija provincial moneda, mezclada de plata y cobre en valor natural y precio intrinseco (Ms.).

Resumen de los medios präcticos para el general alivio de la monarquia (1651).

L’’Indice défend la saine doctrine en ce qui regarde la valeur et la modification de la monnaie, mais suit les errements de l’époque pour ce qui touche le commerce et les lois somptuaires.

Dans le Resumen, le P. Bautista Dâvila, attribue principalement la pauvreté du royaume à la mauvaise administration des revenus de la couronne et aux vexations auxquelles donnait lieu leur perception ; il est le premier économiste espagnol qui ait proposé une capitation générale et progressive à percevoir sur la fortune des particuliers en substitution aux divers impôts qui étaient en usage de son temps.

(2) ALCAZAR DE ARRIAZA (Jacinto de) : Medios politicos para el remedio ünico y universal de España, librados en la ejecuciôn de su präctica, Madrid, 1646.

L'auteur attribue [a décadence de l’Espagne aux vices de son système d'impôts, et propose une assiette et une répartition des contributions, qui rende la charge légère, égale et fixe. Il biâme les abus dans leur recouvrement, déplore les exemptions exagérées du clergé, les aliénations des charges publiques, et critique toutes les entraves, incommodités et vexations que les registres portent avec

Suite page 90.

(3) Vivero y VELASCO (D. Rodrigo de) : De lo que toca à Los Gobiernos de España. (Ms.).

L'auteur, premier comte del Valle de Orisava, était natif des

Suite page 90.

— l'administration vexatoire (Zevallos, Alcäzar de Arriaza, Bautista Dävila) ;

— la justice négligente et corrompue (Zevallos, Vivero y Velasco) ;

Les principaux remèdes qu’ils suggèrent sont :

Note 2,.suite page 08.

eux. Il espère le remède à tous ces maux de l’adoption de sa pensée. Dans la Nueva Declaraciôn de un medio universal que para extinguir Los tributos impuestos en Castilla se did el año 1646, Alcazar de Arriaza propose d'exiger 2% de tous les gages et salaires, loyers, ventes de chemins, moulins, barques, boulangeries, terres de labour, jardins potagers, vignes et oliveraies, salines, bétail gros et petit, arts et métiers, cette contribution unique venant se subroger aux nombreux impôts qui affligeaient la Castilie, et laissant son commerce libre. Note 3, suite page 08.

Indes espagnoles ; il fut nommé, en 1620, gouverneur et capitaine général de la province de Terre-Ferme et Veragua. Il dut écrire ce traité vers 1630. Une grande expérience des affaires donne beaucoup d'autorité à ses renseignements et à ses observations. Il traite des travaux et produits des mines du Pérou et de la Nouvelle-Espagne, des fraudes et abus que facilitait le commerce par flottes et galions, de la nécessité de se préoccuper de la conservation des Indiens. Il se montre opposé à la pratique des repartimientos et manifeste le désir que les indigènes soient traités comme des hommes libres ; il se plaint de ce que l’on n’y observe pas les lois et ordonnances royales ; il blâme les agissements des juges et corregidores et signale les richesses naturelles et artificielles des anciennes colonies, où en dépit du mauvais gouvernement existaient des fabriques assez avancées. Suivant la voix commune, il proteste contre le commerce des étrangers, et ce qui est pire encore, propose l'introduction de nègres esclaves. Traitant des choses d’Espagne, il dit que les causes de sa pauvreté sont le manque de laboureurs, le nombre excessif des religieux, l’émigration aux Indes, les impôts exorbitants et les dépenses exagérées. L'auteur voudrait que les fils de laboureurs et de marins ne pussent suivre d’autres professions que celles de leurs pères, et surtout qu’il ne leur fût pas permis de grossir le nombre des étudiants, dont il évalue le nombre à 70.000. Il souhaiterait aussi ja suppression des voitures, cimetière de la cavalerie espagnole, l'abolition des réunions de ministres si divers et d’opinions si peu concordantes, et enfin que le roi donnât l'exemple de la modération dans les frais de sa maison et qu’il obligeât les grands à quitter la Cour et à aller vivre dans leurs terres, sus estados.

— les loissomptuaires (Lison y Biezma (1), Bautista Dâvila);

— la modération dans les frais de la maison royale (Vivero y Velasco) ;

— l'obligation aux grands de quitter la cour et d’aller vivre sur leurs terres (Vivero y Velasco);

— le renforcemient des privilèges de la Mesta (Caja de Leruela) (2) ;

(1) Lison y B1ezmA (D. Mateo), 1627 : Discursos y apuntamientos en que se tratan materias importantes del gobierno de la monarquia, y de algunos daños que padece y su remedio, 1622.

Ses discours reproduisent, en les développant, les arguments d’un mémoire qu’il avait, en qualité de procureur de la Ville de Grenade, déposé aux Cortès de 1621,et qui y avait été très fa vorablement accueilli. L'auteur relève les erreurs et les vices de l’Administration, diverses causes de la misère publique, et propose quelques remèdes efficaces, mais en s’obstinant à interdire l’entrée des marchandises étrangères et à réclamer l’observation des lois somptuaires, suivant les errements de l’époque.

Presque tous les écrivains politiques du xvrie siècle, fréquemment plus moralistes qu’économistes, partagent l’idée qu’il convient de vivre avec modération pour rétablir les antiques vertus et empêcher la dilapidation des fortunes, parce que l’argent est le nerf de la répu- blique et que, sans lui, tout dépérit ; ils estiment que les princes ont pour devoir d'imposer des limites à la prodigalité de leurs sujets, comme les médecins prescrivent la diète à leurs malades.

D’autres, peu nombreux il est vrai, se séparent nettement de l’opinion commune :

« Dire que l’on a supprimé les dépenses superflues chez les sujets — répliquait Martinez dela Mata — c’est ne pas entendre la manière dont vit la multitude honnêtement et tranquillement, car sans les arts et les sciences, qui paraissent à beaucoup superflus, inopportuns. et aucunement nécessaires à la vie, la république serait barbare ; en effet, les besoins des uns sont assurés par les dépenses somptuaires des autres ; ce qui ne sert qu’à la vanité des uns a servi aux autres d’honnête occupation, et avec ce que les uns dépensent de trop, d’autres obtiennent le nécessaire. Si tous les hommes se mettaient avec avarice à ne dépenser que l'indispensable, l’on verrait disparaître commerce, arts, trafics, rentes et sciences dont tous subsistent, et ils vivraient dans une perpétuelle ignorance et misère. » (Disc. V).

Dans son Memorial de la ciudad de Granada al Rey sobre el consumo de la moneda de Vellon y otros puntos de hacienda, 1627, Lyson y Biezma se fait le défenseur des saines doctrines, .en ce qui touche la nature et la valeur de la monnaie.

(2) CagA DE LERUELA (Miguel) : Discurso sobre La principal causa

— l'amélioration du système fiscal (Alcäzar de Arriaza, Bautista Dâävila, Mendo) ;

— la réglementation des douanes dans tout le royaume (Gregorio de Olazarraga (1), Mendo (2) ;

— la correction monétaire (Lison y Biezma, Saavedra Fajardo (3), Alonso de Carranza (4), Mendo) ;

y reparo de la necesidad comün, carestia general y desplobaciôn de estos reinos, Madrid, 1627. — Restauraciôn de la abundancia de España, 0 prestantisimo, nico y fâcil remedio de su carestia presente, Naples, 1631.

Cet écrivain attribue la décadence de l’Espagne au déclin de lPélevage et regarde les antiques privilèges de la Mesta comme la pierre philosophale de l’économie publique du royaume. Il s'élève contre l’attachement que les Espagnols professent pour les métaux précieux, tandis qu’ils négligent la meilleure manière d’accroître leur patrimoine par le labour et l’industrie pastorale. Il ne considère les arts, le commerce, l’agriculture, que dans la mesure où ils sont en relation avec l'élevage et il sacrifie tout à cette idée.

(1) OLAZARRAGA (Gregorio de) : Memorial de discursos politicos y medios para el desempeño de l:s rentas del Rey N. S., alivio de sus vasallos y aumento de sus fuerzas. 1654.

Olazarraga donne une grande importance à la réglementation des douanes dans tout le royaume, et bien qu’il se montre très attaché au système prohibitif, il a cependant le mérite de mépriser les lois somptuaires alors en si grande vogue.

(2) MENDO (P. Andrts), 1657 . Son Principe perfecto traite plutôt de la science du gouvernement que de celle des richesses ; mais lorsque Mendo aborde quelque question d'économie publique, il l’expose avec habileté, comme par exemple dans la question des impôts, dans celles des monnaies, des douanes, etc...

(3) SAAVEDRA FAJARDO (Diego) de : {dea de un principe politico cristiano.

Dans cette œuvre de grande érudition, souvent traduite et réimprimée, et publiée pour la première fois à Munster (1640), où l’auteur représenta l'Espagne au Congrès qui devait préparer le traité de paix de 1648, les questions d'économie politique — impôts, monnaie, population, commerce, etc. —- sont traitées avec pénétration et originalité. Saavedra Fajardo n’admettait pour la monnaie, d’autre valeur que celle du métal augmentée du coût de la frappe.

(4) CARRANZA (Alonso de) : Æl ajustamiento y proporciôn de las monedas de oro, plata y cobre, y la reducciôn de estos metäles a su debida estimaciôn, son regalia singular dei Rey de España y de las Indias N.S. que lo es del oro y plata del orbe. El licenciado.. lo prueba con razones

— l'interdiction du commerce aux étrangers à l’intérieur et en Amérique (Vivero y Velasco) ;

— etsurtout la prohibition d'entrée des marchandises étrangères et d'exportation des matières brutes, afin d'empêcher la sortie de l’or et de l’argent (Antonio de Rojas (1), Zevallos, Lison y Biezma, Alonso de Carranza, Pellicer de Ossau (2), Cortès Dävila (3), Martinez de la Mata (4).

y autoridades de divinas y humanas letras en este discurso, Madrid, 1629.

Rogaciôn al Rey D. Felipe IV y sus supremos Consejos de Justicia y Estado en detestaciôn de los grandes abusos en los trages y adornos nuevamente introducidos en España, Madrid, 1636.

Carranza est imbu des idées fausses, alors courantes, sur la notion de richesse, et est avant tout préoccupé d’assurer à son pays l’abondance des métaux précieux.

Son Ajustamiento écrit pour illustrer et défendre le système préconisé par le capitaine Tomas de Cardona, en vue d'empêcher la sortie de l’or et de l’argent du royaume, est un traité légal de la monnaie, qui contient outre une abondante et saine doctrine sur la nature de celle-ci, des données nombreuses et importantes pour l’histoire économique de l’Espagne.

La Rogaciôn est un discours clairement conduit ayant pour objet de réformer les coutumes et de développer la prospérité du royaume, en modérant les dépenses privées, sans recourir à l’application des lois somptuaires.

(1) Rojas (Antonio de) : Memorial al conde de Olivares sobre el remedio de los males de la Monarquia, 1623.

(2) PELLICER DE Ossau (D. José) : Cormercio impedido por los enemigos de esta monarquia, Madrid, 1639.

Pellicer de Ossau déclare « inutiles, ridicules et nuisibles » les marchandises que les étrangers introduisent en Espagne ; il démontre que la ruine de son pays est due à la sortie de ses matières premières et à l'importation des produits manufacturés ; aussi lui recommande-t-il de conserver ses laines et d’assurer par lui-même leur transformation en tissus ; il estime que « ni en temps de paix, ni en temps de guerre, l'Espagne n’a besoin des marchandises étrangères et qu’en ouvrant son commerce, elle perd de sa richesse », et il ajoute qu’en matière d’infractions aux prohibitions relatives au commerce international, il convient de se montrer rigoureux, parce qu’une répression timide serait considérée par les coupables comme une manière d’encouragement.

(3) CorrTes DAviLa (Diego) : Memorial para que se eviten los fraudes que se hacen en la Real Hacienda, 1642. (Ms.).

(4) MARTINEZ DE LA MATA (Francisco) : Memoriales.. en razôn

L'idée mercantiliste n'avait cessé de dominer tous les esprits. Aussi est-il remarquable qu’un écrivain Alberto STRUZZI (1), d’origine italienne, mais sujet espagnol, se soit rencontré alors pour présenter avec une grande abondance d'arguments la cause de l’économie libérale.

Selon lui, le commerce est libre par loi naturelle des peuples, — la diversité du sol des nations les amène nécessairement à échanger les produits ; — Ia liberté du trafic assure l'abondance et le bon marché des objets manufacturés ; — les prohibitions sont une cause de pertes ; la contrebande les élude, et prétendre l’entraver équivaut à essayer de clore un champ à l’aide de portes ; — par sa nature même, le commerce comporte la compensation des marchandises qui sortent du royaume ; — l’or et l’argent de l'Espagne ne doivent pas y demeurer parce que, dans ces conditions, il n’y aura plus de négoce, ni d’éléments à la perception des alcabalas ; — si les meilleurs produits manufacturés de l'étranger n’y entrent pas, l'Espagne ne pourra les imiter ; — les fabriques du pays ne suffisant pas à fournir aux Indes, exclure les marchandises étrangères, c’est se priver de la moitié de l’or et de l’argent qui viennent de ces régions ou permettre à d’autres nations de les importer elles-mêmes ; — et il termine par cette simple, mais profonde remarque : « Dire que telles

del remedio de la despoblaciôn, pobreza y esterilidad de España, y el medio como se ha de desempeñar la Real Hacienda y la de los vasallos.

L'écrivain participe à l'erreur commune, en ce qui concerne le choix des moyens à adopter pour restaurer la prospérité du pays, mais lorsqu'il explique certains phénomènes de l’économie politique, tels que la production de la richesse, la circulation, la consommation, il le fait avec une vive pénétration et une facilité qui attestent les. progrès dès lors réalisés dans cette science.

1) Srruzzi (Alberto) : Dialogo sobre el comercio de estos reinos de Castilla (1624).

marchandises sont prohibées est chose facile, mais l’exécution en est pleine de difficultés ».

Sa voix devait rester sans écho. C’est en vain que Fajardo dira encore : « En allant en Amérique à la chasse du signe de la richesse, vous abandonnez la richesse réelle que vous possédez chez vous ». L’or et l’argent n’en demeurèrent pas moins, aux yeux de tous, les deux meilleurs vassaux de la couronne.

Avec Charles II, disparaît en Espagne cette dynastie des Habsbourg, qui, depuis Charles-Quint, n'avait cessé de s’affaiblir. « Charles-Quint, dit Mignet, avait été général et roi ; Philippe II n’avait été que roi ; Philippe I1T1et Philippe IV n'avaient pas même été rois; Charles II ne fut pas même .- homme » (1). L'Espagne avait suivi la même décadence : l'agriculture, l’industrie, le commerce, la marine, les finances touchent maintenant à leur suprême degré d’épuisement.

Charles If, dépourvu de facultés intellectuelles et incapable de gouverner, reste, à sa majorité, sous la tutelle politique de sa mère ; celle-ci se décharge elle-même du poids des affaires sur le P. Nithardt, son confesseur. Puis, c’est le frère naturel du roi, Don Juan d'Autriche, qui obtient une influence prépondérante; mais ce prince, s’il semble vouloir introduire des réformes, manque de sincérité et n’aboutit à aucun résultat. Son successeur, ie Comte d’Oropesa s'efforce, avec un entier désintéressement, de réaliser quelques réformes financières ; bientôt une intrigue de cour provoque sa chute et interrompt son œuvre qui reste inachevée et sans effet,

(1) MicnerT: Négociations relatives à la succession d'Espagne sous Louis XIV. Introduction, p. XXXI.

Dès lors, des cabales acquises aux princes étrangers cherchent à gagner la faveur de Charles II, les intérêts de la nation sont foulés aux pieds, la décadence est partout.

Décadence de l’agriculture, causée par le régime de la grande propriété, qui avait lui-même sa source dans la mainmorte et dans les majorats ; les troupeaux étaient les maîtres incontestés des plaines de Castille (1). Des provinces entières, telle la Sierra Morena devenue le repaire des brigands, ressemblaient à des déserts ; l’Estramadure n'avait plus que 184 habitants par lieue carrée ; dans le seul royaume d’Aragon, il y avait 149 villages inhabités ; 300 villages ruinés en Castille, 200 dans les environs de Tolède, 1.000 près de Cordoue (2). Quand aux rares petits cultivateurs, leurs terres étaient grevées de droits hypothécaires et leurs récoltes ne suffisaient pas à couvrir les frais de culture, les contributions et les rentes (3).

Décadence de l’industrie, opprimée par une législation fiscale meurtrière, l’abus de la réglementation et un régime corporatif engendrant les plus déplorables abus (4). En 1673, le nombre de métiers à soieries de Séville, qui, aux anciens

(1) Weiss, op. cit., II, pp. 57 et sq.

(2) Edinburgh Review, janvier 1869, pp. 3 et 4.

(3) CoLMEIRo, II, p.p. 100 et 101.

(4) CoLMEIRO (op. cit., II, p. 247) cite, d’après LARRUGA (Memorias politicas y econdmicas, t. II, p. 215), cet exemple des excès auxquels avait conduit l’organisation corporative : Les habitants de Pastrana avaient établi, en 1684, une fabrique de rubans, sur le modèle de celles fonctionnant à l’étranger. En 1690, ceux de Fuente de la Encina ayant fait de même, les premiers y virent une atteinte aux privilèges qui leur réservaient le monopole de la fabrication dans un rayon de 12 lieues. Après avoir soutenu un long et coûteux procès contre leurs rivaux, les habitants de Pastrana prirent les armes, pénétrèrent à Fuente de la Encina, comme dans une place ennemie, emmenèrent de force les ouvriers d’une ville à l’autre, à la manière de prisonniers de guerre, s’emparèrent des métiers et des ustensiles et en brisèrent un grand nombre.

temps de prospérité avait dépassé 16.000, était réduit à 405. Ceux de Grenade, centre de la production de la soie, avaient, en treize ans, de 1670 à 1683, diminué de plus de moitié, passant de 5.000 à 2.000. Un petit nombre seulement de manufactures de lainage, de velours brochés avaient subsisté à Grenade, à Tolède, à Cordoue (1), quelques manufactures de drap grossier spécialement à Ségovie, Cuenca et Siguenza (2). Il en était de même d’autres industries : celles des chapeaux, du lin, du chanvre, du coton, du papier, des cuirs, du savon, du sucre, etc.

Décadence aussi du commerce et de la marine. Pour fournir à ses besoins et à ceux de ses colonies, l'Espagne devait s’adresser aux marchands de France, de Gênes, d’Angleterre, de Hollande, de Hambourg, aux Portugais, aux Flamands, aux Milanais et aux Napolitains. Environ 160.000 étrangers, établis dans le pays, y exerçaient presque le monopole du commerce, au préjudice des nationaux. Sur 54 millions de denrées et de marchandises demandées par les colonies, ils en fournissaient 50; et, en retour, ils recevaient 77 millions de livres des 85 millions qui sortaient tous les ans du Nouveau Monde (3). Le commerce colonial, nous l'avons vu, ne roulait autant dire que sur des fraudes (4).

Tandis que Louis XIV, soucieux de détruire le préjugé qui faisait regarder le négoce et les spéculations commer-

(1) Mémoire du Comte de REBENAC Sur son Ambassade d’Espagne, du 20 mai 1689, ap. Manuscrits français de la Bibliothèque Nationale, Fonds français, N° 9045, folio 257.

(2) Pietro VENIER, ambassadeur de Venise de 1695 à 1698. Barozzi e Berchet, Vol. II, p. 644

(3) MiGNET: Négociations relatives à la succession d’Espagne, introduction, p. 30. . :

(4) Cette situation est confirmée dans la seconde partie du Mémoire précité du Comte de Rebenac du 20 mai 1689, folios 263 à 266.

ciales comme l’apanage des gens de petit état, rendait, en 1669, l'ordonnance célèbre par laquelle il déclarait que « le commerce maritime ne déroge pas à la noblesse », Charles II reléguait les marchands étrangers, qui résidaient à Madrid, dans la Calle d’Atocha, comme si leur contact pouvait avoir quelque chose d’impur (1).

Enfin l'Espagne, qui avait armé 100 vaisseaux pour combattre les Turcs, à la bataille de Lepante, et qui en avait réuni 175, en 1588, contre l’Angleterre, était réduite, sous Charles II, à recourir aux Anglais pour le transport des tabacs de la Havane et pour le courrier des Canaries, et à emprunter à des navigateurs génois des matelots et des vaisseaux pour le service du Nouveau Monde (2).

A l’état lamentable de la production et des échanges, il faut ajouter le désordre indicible des finances ; en vain le Comte d’Oropesa, pendant son passage aux affaires, tenterat-il d’y remédier (3).

Les intérêts de la dette absorbent le tiers du revenu ; le rendement des impôts aliénés et engagés longtemps à l’avance est en régression constante et rapide ; la monnaie falsifiée

(1) Mémoire de Mr. le Comte de LA VAUGUION sur ce qui s’est passé pendant son ambassade en Espagne en 1682 et 1683. Manuscrits français de la Bibliothèque Nationale, Fonds français, N° 7120, folio 35, instance 48.

(2) MiGwET: Négociations relatives à la succession d’Espagne. Introduction, p. 29, /b., partie Il, section 2, p. 364. Dépêche de l’Archevêque d’Embrun, du 1er février 1665.

(3) «Si on examine de près le gouvernement de cette monarchie, — écrit le Comte de Rebenac, — on trouvera que le désordre y est excessif ; mais que dans l’estat où sont les choses on ne peut presque y apporter de changement sans s’exposer à des inconvénients plus à craindre que le mal mesme, et il faudrait une révolution entière avant d’establir un ordre parfait dans cet Estat » (Mémoire du 20 Mai 1689, ap.

Manuscrits français de la Bibliothèque Nationale, Fonds français, No 9045, folio 224).

perd les trois quarts de sa valeur (1) ; les quelques ressources qui parviennent dans les Caisses du Trésor servent surtout à défrayer le luxe de la cour, qui, officiellement absorbe la dix-huitième partie d’un budget nominal de 27 millions de ducats (2); en 1683, les palefreniers désertent les écuries royales parce qu’on leur doit près de trois années de gages et il faut ramasser des crocheteurs dans les rues pour les remplacer (3) ; en 1693, le paiement de toutes les rentes viagères est suspendu, les salaires des ministres et officiers de la couronne sont réduits d’un tiers (4) ; l’État sans crédit, ni dignité, subit chaque jour de nouvelles misères ; le monarque sans ressources règne sur un peuple entièrement ruiné.

Les écrivains du règne de Charles II, en dehors de Centani et de Dormer, n’apportent aucun élément nouveau à la science économique. CASTRO, GUELDA, CANO, BARBERA, SOMOZA Y QUIROJA, BORRUEL, LIRA, GRACIAN SERRANO, ALVAREZ OS0- RIO Y REDIN, SALAZAR Y CASTRO, BENITO DE LA SOLEDAD, affirment simplement l'esprit mercantiliste qui anime toute la nation.

Pour Juan de CASTRO, le secret du rétablissement de la fortune espagnole réside dans une politique qui empêchera les étrangers d'exporter l'or et l'argent d’Espagne, en

() Weiss, op. cit., II, pp. 182 et 192. Pietro VENIER (Barozzi e Berchet, Vol. II, p. 640).

(2) Pietro VENIER (Barozzi e Berchet, Vol. II, p. 642). — Il est piquant de relever, en présence de cette politique décordonnée, trois lois somptuaires, de 1674, 1684, 1691, reproduisant un certain nombre. des dispositions de celle de 1657 (CorMEïRo, t. II, p. 531).

(3) Weiss, op. cit., II, p. 201.

(4) BucxLe: History of civilization in England, t. II, p. 76.

fermant à leur commerce les portes de ses possessions (1).

GuELDA (2) a le mérite peu commun chez les arbitristas du xvue siècle de fonder l’amélioration des revenus publics sur l’augmentation progressive de la richesse générale et d’imiter les bons exemples de la France, de l'Italie et de la Hollande en ce qui concerne la navigation intérieure. Il propose d'ouvrir un canal par lequel les navires pourraient remonter avec toute leur cargaison depuis Grao jusqu'aux environs d’Alameda, projet sans doute plus sage que celui de BARBERA (3), consistant à construire un môle en cette même ville.

CANO propose de concentrer le commerce en une compagnie générale, de développer les fabriques par le même moyen et de réglementer ces organisations de manière à ne pas permettre la sortie de l’or et de l’argent expédiés des Indes en Espagne (4).

SomozA Y QUIROJA (5) soutient une doctrine généralement bonne en ce qui concerne la monnaie. Il part du principe

(1) CASTRO (Juan de): Memoriales para el entero conocimiento

de la causa que destruye y acaba la monarquia de España. — 1669. (2) GuELDA (Tomäs): Arbitrio para mayor benefjicio y utilidad de las sisas de la ciudad de Valencia. — Valencia, 1676.

(3) BARBERÂ (Evaristo) : Razones evidentes y claras que se proponen à los hijos de la nuestra ciudad de Valencia, para animarlos à que emprendan la fàbrica de un muelle en la playa del Grao. Valencia

(4) CaNo (Juan): Reformaciôn moral, politica y cristiana. 1675.

(5) SomozA y QuiroJA (Juan) : Discurso del Capitan… tocante à la estabilidad, medios y dificultades que se consideran en la moneda desta corona de Castilla. Dedicado a S. A. Serenisima el Sr. D. Juan. Madrid 1677.

Unico desengaño y perfecto remedio de los menoscabos de la corona de Castilla y general alivio à todos sus vasallos, 1680.

Principal remedio de la corona de Castilla. Madrid, 1680, etc.

Nous nous limitons à ces quelques références : — De son propre aveu, l’auteur a écrit vingt-deux mémoires imprimés ou manuscrits de la même teneur que ceux cités ici.

CHARLES II 11i

qu’elle a une valeur intrinsèque, en raison des métaux qui la composent, et qu’il est nécessaire d’établir l’équilibre et lexacte correspondance du cuivre avec l’or et l'argent. Il dit, en outre, qu’il convient d’uniformiser la valeur de la monnaie courante dans les diverses provinces d’Espagne, et de même la valeur de la monnaie d’Espagne avec celle de toute l’Europe, car c’est là le moyen d'éviter la sortie des métaux précieux : si deux frères ou voisins, dit-il, creusent deux puits sur un même territoire, celui qui avancera le plus profondémert amènera, par la force naturelle, l’eau en plus grande quantité à son puits, et laissera à sec celui de son voisin qui aura moins creusé, jusqu’au moment où les deux puits seront au même niveau de profondeur ; il en est de même, dit-il, de l'argent qui vient des Indes et qui, pour être moins apprécié en Castille, chemine, par cette même force naturelle, là où il est le plus estimé et où il a le plus de valeur.

Dans les autres matières d'économie politique, Somoza y Quiroja ne discourt pas avec le même bonheur. De justes censures relativement à la confusion des impôts, au nombre exagéré des ministres, à la multitude des couvents, d’utiles avis quant au développement des nouvelles plantations, à la restauration des fabriques et à la protection des étrangers utiles, s’unissent dans ses écrits à des propositions inefficaces ou impossibles, telles ses prétentions d'interdire l’importation des draps étrangers, de monopoliser tout le commerce des Indes, de taxer le prix des approvisionnements, de la toile, des étoffes de laine et de soie, d’obliger les paysans à des travaux d'irrigation, de défendre l’usage des voitures, etc., etc.

BorRUEL, auteur d’un mémoire visant l’amélioration du commerce, des fabriques et des divers métiers en Aragon (1),

(1) BoRRUEL (Pedro) : Motivos para adelantar el comercio, fébricas y otras artes en el reino de Aragôn. Zaragoza, 1678.

présenté par lui aux Cortès générales tenues en 1678, avait voyagé en France ; il avait pu y constater la vogue dont jouissait la politique de Colbert et par là s'explique son inclination pour les doctrines restrictives. Il distingue le commerce utile et le commerce nuisible, division qui répond à celle du commerce actif et du commerce passif d’autres écrivains. Ses études, jointes à l'expérience qu'il avait acquise, le firent passer pour une autorité en matière économique. Manuel LirA fut ambassadeur extraordinaire en Hollande, en 1672. Son ouvrage, intitulé Représentation adressée au Roi Charles II (1), ne traite que du commerce avec les Indes Occidentales. Lira, reprenant un projet qui avait été agité en Espagne dès 1628, prétend remédier aux maux du royaume par la création d’une Compagnie Internationale de Commerce, sur le modèle de la Compagnie Hollandaise des Indes Occidentales (2). Toute intention égoïste devrait être écartée de cette entreprise dont le succès ne pourrait être assuré que lorsque l’Angleterre, les Républiques d'Allemagne, la Hollande et toutes les autres nations amies et alliées de l’Espagne auraient été invitées à en faire partie. Des privilèges considérables et irrévocables lui seraient concédés. Enfin,

(1) Cf. réimpression de Sempere y Guarinos dans le tome IV, pp. 1 à 44, de la Biblioteca española econômico-politica.

(2) Une commission spéciale nommée, à cette époque, avait proposé la cr ation de quatre Compagnies, pour le Nord, le Levant, les Indes Orientales et Occidentales. Cette proposition n’eut pas de suite. . Sous le règne de Charles II, Don Luis Cerdeño y Monzon fut chargé

d'arrêter les bases d’une Compagnie privilégiée qui devait assurer, à titre privé, le commerce des Indes ; de cette mission il est resté un manuscrit intitulé : «Bases que, sur l’ordre du roi, D. Luis Cerdeño y Monzon a arrêtées en vue de l'érection d’une Compagnie dans les royaumes de Castille, qui soit exclusivement chargée d’assurer le commerce des Indes». Après Lira, Naranjo y Romero, Zabala, Villadarias, Santa Cruz de Marcenado, Campillo, Ward, Uztäriz ont discuté, au cours du xvire siècle, la question des Compagnies de Commerce.

considérant le lien étroit qui existe entre le développement du commerce et de la navigation et la prospérité de l’industrie, Lira réclame la diminution des impôts frappant les objets manufacturés. Les avantages de la création de la Compagnie de commerce, dont il souhaite la fondation et l’union avec les Compagnies de commerce He seraient nombreux :

19 L’Angleterre et la Hollande deviendraient les plus fermes soutiens de la Compagnie, car elles seraient fort intéressées à sa conservation et à sa prospérité ;

29 Toutes les personnes qui s’adonnaient antérieurement aux transports par contrebande, se livreraient désormais au commerce licite, d’où ressources nouvelles pour le Trésor ;

39 L'extension du commerce national, permettrait d’extirper l’oisiveté et l’indolence du peuple ;

49 Les arts et les sciences réaliseraient d’incessants progrès :

50 L'état de la marine s’améliorerait ;

60 L'Espagne pourrait aisément s’assurer la suprématie des mers et spécialement de la Méditerranée ;

70 Les ressources des particuliers ayant augmenté, le roi pourrait, avec moins de difficulté, exiger des dons gratuits.

GRACIAN SERRANO Se montre le plus ardent parmi les défenseurs de la cause prohibitionniste.

Son opuscule intitulé : Preuve manifeste des maux dont souffre le royaume d'Aragon. (1), est un vigoureux plaidoyer contre le régime douanier, l’entrée des marchandises

(1) GRACIAN SERRANO Y MANERO (José) : Manifiesto convencimiento de los daños que padece el reino de Aragôn y arbitrios para : su remedio, y acertado acuerdo de los cuatro ilustrisimos estamentos de la Junta de brazos del mismo reino. Zaragoza.

étrangères, la présence des Français et la concurrence de leur commerce.

Adversaire résolu de Dormer, il combat dans l’Exhortation aux Aragonais (1) les doctrines libérales des Discours historiques et politiques que nous analysons plus loin (2). Partant du principe erroné que la richesse des peuples consiste dans l’abondance de l’or et de l’argent, il ne recule devant aucun moyen, si rigoureux soit-il, pour les fixer dans le pays. Selon lui, l’industrie des nationaux soutient une multitude de personnes et de familles qui s’emploient à ses travaux, et ses bénéfices reviennent à tous, depuis l’éleveur qui produit la soie ou la laine, jusqu’au marchand dont le gain S’établit sur la bonne qualité des tissus. D’où la nécessité de chasser les artisans étrangers établis en Espagne et de prohiber l'entrée des produits manufacturés étrangers, parce qu'ils détruisent la population par manque de travail et dépeuplent le royaume. Les peines les plus graves, les plus grands sacrifices pour favoriser les arts manuels n’épouvantent point Gracian Serrano, et sa colère, ennemie du commerce extérieur, l’aveugle à tel point, qu’il lance ce violent anathème : « Il serait préférable que les Espagnols allassent vêtus de peaux de bêtes, plutôt que de se servir de tissus et de vêtements étrangers » (3).

(1) Exhortaciôn 4 los Aragoneses al remedio de sus calamidades. Zaragoza, 1684.

(2) DorMER (Diego José) : Discursos histéricos politicos. Zaragoza, 1684. Voir infra. P. 117.

(3) Exhortaciôn a los Aragoneses, p. 3 et sq.

Cependant le même Gracian Serrano soutient en un autre endroit (Manifiesto convencimiento.., page 3) une thèse absolument inconciliable avec celle-ci : «Parmi tous les ports que possède le roi de France, dit-il, le plus riche et le plus opulent est celui de Marseille, parce qu’il a ses entrées et ses sorties libres. En Italie, en Hollande et en Angleterre, il y a quelques ports qui jouissent de cette franchise de droits

ALVAREZ OsORIO Y REDIN (1) attribue les maux de la monarchie au poids excessif des impôts, aux fraudes commises par les ministres et percepteurs des revenus du royaume, à loisiveté forcée des habitants, à la multitude des revendeurs et usuriers, aux altérations de la monnaie et surtout au défaut de sens politique ou à la mauvaise administration.

Pour y remédier, il propose de développer le labourage, d'améliorer les champs par l'irrigation, de multiplier les fabriques et ateliers et principalement de former une compagnie universelle d'Espagnols pour faire tout le trafic des Indes.

À côté de quelques moyens utiles, il y en a d’insuffisants, d’autres impossibles, d’autres enfin préjudiciables. Il est à peine besoin d’ajouter qu’Alvarez Osorio fonde son système

et qui obtiennent ainsi cette même opulence et prospérité... Une richesse et une abondance semblables seraient le partage de l’Aragon, si les marchandises pouvaient y entrer et en sortir librement, parce qu’alors toute cette province serait comme une foire et un magasin constamment ouverts à tous et tous les royaumes avoisinants, sachant trouver dans le nôtre franchise de droits, y enverraient les produits qu’ils ont en abondance, et ceux-ci détenus chez nous y attendraient leur expédition ou leur sortie pour d’autres royaumes... ».

(1) ALVAREZ Osorio Y REDIN (D. Miguel): Memoriales de. a saber :

1° Defensa, uniôn y restauraciôn de esta monarquia, con abundantes medios suaves y ciertos para ünico remedio de esta corona y definiciones eficaces del comercio universal de frutos y jfabricas de todos los reinos y señorios de S. M.

20 Extensiôn politica y econdmica, y la mejor piedra de toque y crisol de verdades para descubrir los tesoros que necesita esta catôlica monarquia.

30 Medios ciertos y conclusiones generales que satisfacen à todas las dudas que se pueden ofrecer contra los memoriales de D. Miguel Alvarez Osorio y Redin.

40 Compañia universal de fàbricas y comercios y breve resümen de los medios mas ciertos y practicabies para ünico remedio de esta corona.

5o Discurso universal de las causas que ofenden esta monarquia, y remedios eficaces para todos.

6° Celador general para el bien comün de todos. 1686.

sur l’accaparement des métaux précieux, de manière qu'ils n’aillent pas féconder la terre étrangère.

Luis SALAZAR Y CASTRO (1), enferme toute sa doctrine dans cette maxime qu’il ne faut pas permettre aux étrangers de saigner la nation, en lui prenant son or et son argent en échange de marchandises.

Le P. BENITO DE LA SOLEDAD, dans ses Manifiestos, qui semblent avoir été écrits en 1694, présente de judicieuses observations sur les abus de l’administration publique et d’utiles avis sur l’état de la monarchie, à cette époque. II s'élève contre les mauvais traitements infligés aux Indiens, censure avec sévérité la traite des nègres, signale comme l’une des causes du mauvais gouvernement la trop grande place faite aux lettrés dans les affaires par le moyen des Conseils et défend avec chaleur les immunités et la juridiction de l’Église.

Il reproduit ou développe ces mêmes idées, dans un ouvrage publié à Vienne en 1703, intitulé : Mémoire historique et politique chrétienne présentant les idées et maximes du Très Chrétien Louis XIV pour libérer l Espagne des maux qu’elle éprouve, par l'intermédiaire de son légitime Roi Charles II, qui est avant tout une ardente apologie de l’Archiduc et une vigoureuse défense de son droit de succession à. la couronne d’Espagne.

La recherche de la maîtrise de l’or, par les voies de la prohibition, est le lien commun de ces auteurs. Nous n’avons à leur opposer, dans des lignes différentes, que deux noms, ceux de CENTANI et de DORMER :

Francisco CENTANI, le second des politiques espagnols

(1) SALAZAR Y CASTRO (D. Luis): Diseurso politico sobre la flaqueza de la monarquia española en el reinado del Sr. D. Carlos II y valimiento del conde de Oropesa, año de 1687.

que nous connaissions, qui ait cherché à donner une direction distincte aux idées économiques, en se rapprochant de l’école appelée, depuis, physiocratique par les économistes français (1). Dans le mémoire présenté par lui au Roi et intitulé Tierras (2), il proclame que la terre est la richesse véritable et naturelle et fonde sur cette théorie son projet pour la réduction de toutes les contributions existantes en une contribution unique, directe et territoriale ;

DoRMER, le seul écrivain de l’époque qui ait résisté à la troupe aveugle des marchands et des fabricants dont les clameurs trouvèrent un bon accueil à l’assemblée des Quatre Bras du Royaume, formée suivant accord des Cortès de Saragosse, en 1678, pour délibérer sur l’opportunité de maintenir ou de révoquer le statut de prohibition (3). Il eut le courage et la clairvoyance de démontrer que l’interdiction des importations entraverait les exportations, puisque les navires marchands devaient pouvoir compter sur un fret d’aller comme sur un fret de retour ; — que l’unique résultat à en attendre serait le renchérissement des articles étrangers dont l'Espagne ne voulait, ou ne pouvait se passer, et cela au détriment de la masse et au profit des intermédiaires qui se chargeraient de les lui procurer ; — que les Espagnols feraient

(1) Il a été précédé dans cette voie par Juan MARQUEz : Cf. Supra,

(2) CENTAN: (Francisco) : Tierras, medios universales propuestos desde el año 1665 hasta el de 1671 para que con planta, nümeros, peso y medida, tenga la Real Hacienda dotaciôn fija para asistir 4 la causa publica. Remedio y alivio general para los pobres, cortando fraudes de que han hecho patrimonio los que los dominan, 1671.

(3) DormErR (Diego José) : Discursos histéricos politicos sobre lo que se ofrece tratar en la Junta de los illustrisimos cuatro brazos del reino de Aargôn, de los Eclesiästicos, Nobles, Caballeros é Hidalgos y de las Universidades que Rey N. S. D. Carlos II ha mandado congregar esta año de 1684 en la ciudad de Zaragoza conforme lo dispuesto por S. M. en las Cortes de 1678. Zaragoza, 1684.

mieux de prendre exemple sur leurs concurrents étrangers ; ceux-ci ne ménageaient pas leurs peines, tandis que les Espagnols prétendaient ne travailler que peu d’heures par jour et recueillir les mêmes gains que leurs rivaux dont l’activité était incessante (1).

Mais la majorité restait subjuguée par les dogmes du mercantilisme.

« Dans les tractations, quand elles ne sont pas de marchandises contre marchandises, — disaient, de leur côté, les drapiers de la ville de Saragosse — mais de marchandises contre monnaies de poids et de valeur intrinsèque, celui qui reçoit et achète perd toujours, parce qu’il reste avec le vêtement que le temps consume, et l’autre avec l’argent et l’or qui ne périssent point ». (2).

L'or et l’argent tel était le but vers lequel tendaient tous les efforts de ceux qui se pressaient au chevet de l'Espagne en détresse ; ici, — les politicos, sages et prudents, véritables précurseurs de la science économique ; là, — les proyectistas ou arbitristas — inventeurs de pernicieuses nouveautés ou

(1) Un anonyme disait encore : « Une des choses qui importent le plus aux royaumes et aux républiques c’est la liberté du commerce et l’abondance des marchandises non seulement nationales, mais importées d’autres régions. On ne trouve pas de république si absolument parfaite qu’elle n’ait besoin du secours mutuel et réciproque des autres pour suppléer à ce qui fait défaut à certaines provinces par ce que d’autres possèdent en raison d’une abondance naturelle ou de l’excellence des arts et métiers ». (Cf. COLMEIRO, 0p. cit. T. IL, p. 341, note 2).

Francisco de DuEKas, écrivain qui paraît appartenir au règne de Philippe IV ou de Charles II, signale aussi l’inopportunité d’interdire l’entrée des marchandises étrangères {Memorial al Rey Sobre el remedio para que no se saque la moneda de estos reinos de Castilla).

(2) Cf. COLMEIRO, op. cit., II, p. 337.

de chimères, dont la peste venue de Flandre et d’Italie, vers le milieu du xvie siècle, avait atteint toute sa virulence au Xvire et devait décliner au xvine, au fur et à mesure des progrès de la science.

Les arbitristas s'opposent aux politicos, comme les guérisseurs aux médecins ; mais, à ce rang inférieur, ils ont tenu une telle place dans la vie du pays, qu’il convient de s’arrêter un instant auprès d'eux, pour avoir une idée complète de la physionomie de l’époque. Les uns n’avaient d’autre but que de se pousser à la Cour (1), les autres, écrivant de bonne foi, manquaient absolument du sens des réalités : tous, d’ailleurs, fort présomptueux, prétendaient posséder le remède unique et universel pour restaurer et perpétuer la richesse de l’Espagne et certains se donnaient même comme illuminés d’une inspiration céleste (2).

Nous avons vu Juan de ARRIETA placer le remède universel dans la substitution des bœufs aux mules pour les travaux

(1) C’est à ceux-ci que pensait l’auteur anonyme d’un manuscrit des dernières années du règne de Philippe V : « Des sirènes, dit-il, on en rencontre dans le golfe politique, et nombreuses sont celles qui fréquentent les palais et les cours ; celles qui par douceur de langage et manœuvres habiles vivent parce qu’elles trompent et trompent afin de vivre. Des sirènes, tels sont les arbitristas, qui doucement, artificieusement, sans autre loi que celle de leur intérêt, dissimulent des cœurs nuisibles, et tout en offrant la richesse, travaillent à leur propre avancement au prix du malheur d'autrui ». COLMEIRO : Biblioteca de los Econdmistas Españoles, p. 63, N° 46.

Mais il convient aussi de mentionner que l'ignorance populaire ne se faisait pas faute de donner l’épithète presque infamante d’arbitrista où de proyectista à nombre d’esprits originaux. qu’elle était incapable d'apprécier.

(2) Cf. CasTiLLA (D. Luis de): Discurso sobre el remedio general de las necesidades de estos reinos. Valladolid, 1604 (Ms).

ALAMOS Y BARRIENTOS (D. Baltasar) : Discurso al rey del estado que tienen sus reinos y señorios.

GARABITO DE AGUILAR Y ViLLALOBOS (D. Luis): Discursos de estado y guerra, introd. 1625.

des champs (1) ; — VALLE DE LA CERDA espérer le salut de l’Espagne de la création de monts de piété, pour extirper l’usure, et de l'établissement de Caisses publiques qui viendraient en aide à l’agriculture, à l’industrie et au commerce, au moyen de l’argent oisif apporté à la circulation (2) ; — CAJA DE LE- RUELA fonder la richesse et le bonheur du pays sur le développement de l'élevage et l’augmentation de ses privilèges (3) ; — ALCAZAR DE ARRIAZA imputer tous les maux dont souffrait l'Espagne aux vices de son système fiscal et prétendre ramener l’âge d’or en substituant aux nombreux impôts qui pesaient sur elle une contribution unique (4) ; — ALVAREZ Osorio y REDIN estimer que l’État sera régénéré par la création d’une compagnie universelle de fabriques et de commerce (5).

Voici Juan de BUSTAMENTE qui guérit le mal de la dépopulation en imposant une aumône dont le produit sera réparti sous forme de prix, par Voie de tirage au sort, entre les céli-

(1) Voir, supra, p. 61.

L'idée de Juan de Arrieta devait être reprise, d’abord dans le livre plein d’erreurs de MAURUEZA BARREDA Y MENDEZ : Abundancia de comestibles que d moderados precios tendra España con la extinciôn de las mulas y restablecimiento del ganado boyal y caballor en La labranza y condicciones de frutos. Discurso que servirä de adiciôn al tratado de agricultura intitulado : Despertador de Juan de Arrieta (Madrid, 1790) ; puis, dans la Dissertation de Francisco Luis LAPORTA : Disertaciôn que describe las alteraciones de la española agricultura desde los dias de Tubal hasta hoy. Demuestra las causas que han influido en su decadencia, refuta la de los falsos politicos, propone los remedios mas seguros para levantarla 4 su mayor perfecciôn y termina con una clara y sencilla demostraciôn de la utilidad de los bueyes sobre las mulas para labrar los campos. Escrita por el Licenciado. Va:ence, 1793.

(2) Voir, supra, p. 82.

(3) Voir, supra, p. 100.

(4) Voir, supra, p. 98.

(5) Voir, supra, p. 115.

bataires des deux sexes (1); un arbitrista qui propose de demander à chaque habitant une corvée annuelle, de vingt ou vingt-cinq journées de travail, à employer au défrichement des terres restées incultes, au profit de la couronne (2); un autre qui suggère à Philippe IV de faire garder le détroit de Gibraltar par une puissante escadre et de percevoir un péage sur tous les navires qui le franchiront (3); celui-ci opère la réforme monétaire en substituant le fer aux monnaies d’or et d’argent ; celui-là suggère l'emploi des fèves de cacao pour le même objet (4).

Lorsque, sous Charles II, l’état des finances publiques est désespéré au point que l’on songe à placer toute l’Administration du royaume entre les mains du clergé (5), un de ces guérisseurs propose que l’on confie, d’une part, la perception du subside et de l’excusado au chapitre de Séville, en obligeant celui-ci à entretenir avec le produit de ces deux impôts, une formidable escadre sur Îe pied de guerre — et d’autre part — dans les mêmes conditions, la croisade au chapitre

(1) BUSTAMENTE (Juan de) : Memorial al rey sobre el fomento de la poblaciôn, Madrid, 1650.

(2) CasrTiLLA (D. Luis de) : Discurso sobre el remedio general de las necesidades de estos reinos, Valladolid, 1604.

(3) COLMEIRO, 0p. cit., t. II, p. 591.

(4) COoLMEIRO, 0p. cit., t. II, p. 592.

Le cacao, produit d’un trafic très important, a joué quelque peu, pendant de très longues années après l’arrivée des Espagnols au Mexique, le rôle d’instrument d'échange. On avait même trouvé le moyen de le contrefaire. Les unités de transactions étaient précisées d’après le nombre d'amandes que contenait la totalité ou seulement une fraction d’un chargement et en spécifiant bien qu’il s'agissait d'amandes d’une certaine grosseur. (Cf. André E. Sayous : Les procédés de paiement et la monnaie dans l’ Amérique espagnole pendant la première moitié du xvie siècle. Revue Économique internationale, vol. IV, N° 2, novembre 1927, pp. 289, 290, 291, 299),

(5) Coxe : l'Espagne sous les rois de la Maison de Bourbon, t. II, p}

de Tolède, à charge pour lui de subvenir aux dépenses de l’armée de terre. Ces deux chapitres auraient fourni à celui de Malaga les sommes d’argent nécessaires à l'entretien des places fortes d’Espagne et d'Afrique (1).

Il se trouve, enfin des arbitristas pour offrir au Gouvernement le secret de la pierre philosophale et des ministres qui forment des Comités chargés d'examiner le moyen de faire de l'or et de l’argent, sans que, en dépit de toutes les déceptions, les hommes d’état perdent l’espérance de porter ainsi remède aux embarras de la couronne (2).

Ces divagations peuvent provoquer nos sourires; et cependant, nous trouverions leurs équivalents autour de nous. Les « sirènes artificieuses » sont de tous les temps et de tous les pays.

Que conclure, sinon que, depuis deux cents ans, l’idée directrice n’a point varié? Toutes les aspirations ont tendu vers l’accaparement des métaux précieux, — soit à l’aide des procédés du mercantilisme, mais d’un mercantilisme encore rudimentaire, dans sa théorie comme dans ses applications, — soit par les voies de l’empirisme.

(1) CoLMEIRO, op. cit., t. II, p. 592.

(2) COLMEIRO, op. cit., t. II, p. 593.

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