UNE ROSE A UN FRELON
^' Fuis, insecte inutile ! croîs tu que l'aurore ait entr'ouvert pour toi mes pétales humides de rosée ? Fuis ; je n'attendais pas les baisers stériles que tu offres à ma jeunesse. Je les refuse ; ils me sont insupportables ; et sais-je d'ailleurs s'ils ne me privent pas de caresses plus tendres ? Peut-être ta présence at-elle déjà éloigné de mon calice l'abeille industrieuse et fécondé. J'ai entendu son léger bourdonnement autour de la tige qui me porte ; les feuilles qui m'environnent ont frémi effleurées par son vol rapide, et son souffle embaumé est venu plusieurs fois se confondre aux parfums que j'exhale. Cependant elle s'est envolée ; elle a porté ailleurs les hommages qu'il m'eût été si doux de recevoir, hélas! et peut-être mes couleurs seront-elles flétries avant que son retour soit venu me consoler des instans irréparables que tU' me fais perdre. Va, tu n'avais pas besoin d'une aussi redoutable comparaison pour me paraître odieux. L'existence fugitive que le ciel m'a prêtée sera trop longue mille fois s^l faut la consumer dans tes bras, et je maudirai mes charmesqu'on admire, si c'est leur éclat funeste qui t'a entraîné vers moi. Cesse, ô cesse, te dis-je, tes efforts impuissans. Tu viens chercher l'amour et ne mérites que le mépris. Ton haleine mortelle dessèche les sucs nourriciers que me prodigue en vain la nature, et ton aiguillon perfide me blesse comme pour te venger de ne
Souvoir me plaire. ... Mais enfin tu te lasses de mon supplice ou e ta honte, tu me quittes, tu es parti, et je renais à l'espérance en attendant que je naisse au bonheur.