LA; NAISSANCE DU MONDE
Aux aeœnfs de ma voix mortels faites silence, Admirez mon esprit, ma sublime éloquence ; Retenez, s'il se peut, vos trop justes bravos : Je tehante, écoutez-bien, je chante le chaos. De Féternelle nuit, étemelle existence.
Le chaos d'oii le monde a tiré sa naissance.
L'homme unsi que la femme et tou» les animaux. Tout était pêle-mêle, et la terre et les eaux. L'air, le feu délayt^, mêlés sans harmonie Ne formaient plus au loin qu'Une vaste bouillie ; Il ûdsait toujours nuit, il £usait toujours jour, Tout allait à la fois, et rien n'avait son tour.
Jupiter dit enfin : " Ce désordre m'ennuie, *' Refaisons l'univers," et son vaste génie Aussitôt débrouilla tout ce brouillamini.
Et d'un mot fabriqua, le monde que voici:
Il distingua d'abord le gras d'avec le maigre, Le chaud d'avec le' :âroid, le blanc d'avec le nègre, Et deslors qu'il eut fait ce premier tèglaoïent. Chez messieurs les humains tout alla rondement : Et comme au tribunal, de l'un à l'autre pôle. On vit le jour, la nuit, marcher à tour de rôle ; Les glaces de l'hyver, les rodes du printems, Les ânes, les auteurs, la pluie et le beau tems. Ne ftirent plus mêlés : Jupiter avec grâce
Mit en un tour de main, cliaque chose en sa place :
Il fit Tenfer là-bas ; il fit le ciel là-haut ;
Il fit les monts pointus ; il fit la mer profonde ;
Il fit la lune ; il fit le soleil ; en un mot,
Il fit tant qu'il fit tout : voUà <jPoà vient le monde.
F. Châtelain.
ACADÉMIE FRANÇAISE
Picard.
n Êûllit se perdre dans la jurisprudence ou la médecine par les conseils de son père et de son oncle ; heureusement un conseiller plus impérieux, Cinstinct de son talent, le poussait à la littérature, et le jeune homme, échappé des mains étiques d'Hippocrate et de Cujas, se jeta avec empressement dans les bras des muses.
Soutenu par Tamitié éclairée de M. M. Andrieux et Colin d'Harleville, il se livra avec ardeur à la carrière dramatique, et l'accueil qu'il reçut pour son premier essai le hadinagêdangereux, dut lui servir d'encouragement. Bientôt même il porta sa passion pour le théâtre, au point de remplir lui-même dans ses pièces, les rôles les plus importans. Il croyait pouvoir, sans honte, inar* cher sur les traces de Molière : et souvent, dans le même moment, on le vit cumuler un double triomphe, recueillir Testinie du public pour l'auteur, et ses bravo pour le comédien. Après s'être d^abord montré sur le petit théâtre Mareux, rue St. Antoine, il prit la direction du théâtre Louvois, et y fit son début ainsi que son firère. En 1801, le théâtre de l'Odéon fut confié à ses soins ; et quoique partagé entre les soucis de l'administration, les travaux de l'homme de lettres et les études de la représentation, ce fut à ce théâtre que M. Picard conquit ses plus beaux- succès. Il se lassa cependant, après quelques années d'exercice, de la profession de comédien ; et dans l'espoir de travailler encore plus pour la scène, il renonça deslors à y paraître. Napoléon le décora dans la suite de la croix de la légion d'honneur, et lui confia l'administration du grand Opéra, qu'il quitta en 1816. Le public s'entretint, à cette époque, de la discussion qui s'éleva à ce sujet, entre M. Picard et M. Alexandre Duval. Leurs débats furent d'abord portés devant les magistrats; mais ces deux aimables adversaires crurent ensuite devoir remettre la décision de leur cause à l'opinion publique ; et leurs mémoires poui^ et contre, en vers et en prose, égayèrent longtems les juges de ce procès, que les parties terminèrent amiablement.
Lors de l'incendie de l'Odéon, la salle favart fut mise à la disposition de M. Picard, et il eut la liberté d'y faire jouer tout le répertoire français, même la tragédie. Son administration a été de la plus grande utilité à ce théâtre ; et depuis qu'elle a cessé de lui être confiée, on s'est apperçu qu'elle n'est jamais tombé en des mains aussi habiles.
hes travaux de M. Picard sont immenses ; on compte de lui environ 70 pièces, dont une grande partie est restée au théâtre. Les plus remarquables sont Les visitandines, pièce si vivement applaudie, si souvent représentée à Tépoque où l'on croyait qu'il ^tait permis de plaisanter sur les nones et les capucins^ et dont le peuple, en dépit de la censure^ de Charles Xet de ses a^scolites, chante encore les couplets malins ; le collatéral; le conteur ou les deux postes; les amis de coUège; La petite ville; M, Musard; Lesjilles à marier; les marionettes; les ricochets; les devx philibert; la maison en loterie^ ^c. ^c.
Dans les ouvrages dramatiques de M. Picard, il en est peu qui ne se distinguent par un gaîté firanche et naturelle, un dialogue vif et bien coupé, et une entente parfaite de la scène. On lui a fait le reproche de s'être principalement attaché à peindre les mœurs bourgeoises, et de sembler plus occupé à faire rire des ridicules du jour, qu'à marquer les vices de tous les tems du stygmate de la^satyre. Sans chercher ici jusqu'à quel point ce reproche est fondé, sans examiner si M. Picard, au lieu de porter ses observations comiques sur les habitudes risibles, les tics et les mœurs de l'esprit de ses contemporains, eût dû s'emparer des grands caractères, ou du moins achever la dissection morale de l'homme de tous les tems, si bien commencée par ses prédécesseurs, on sera forcé de convenir qu'à une époque, où la société dissoute faisait de vains efforts pour se classer, il a exposé sur la scène, avec bonheur, la partie comique d'un monde où le ridicule abondait. Ne recherchons pas si son talent aurait pu s'élever jusqu'à ces grands tableaux de mœurs qui traversent les siècles, et qui sont encore admirés, même quand les mœurs représentées ne sont plus que des souvenirs ; il suffit à sa gloire d'avoir peint ce qui était, d'avoir fait rire souvent et réfléchir quelque&is. Le monde allait vite alors, les scènes se succédaient rapidement, on n'avait que le tems de les esquisser; et ce serait trop exiger d'un auteur comique que de prétendre qu'il aurait dû approfondir ce qui n'avait que des surfaces ; le juger avec trop de rigueur serait de l'injustice : on doit lui tenir compte des circonstances.
Depuis long-tems l'Institut avait ouvert ses portes à M. Picard. Il fut reçu, en 1807, en remplacement de M. Dureau Delamalle. Dans son discours d'obligation, il parla peu de lui-même, exprima dignement son affection pour son prédécesseur, et montra le cœur de l'honnête homme réuni au talent de l'écrivain.
** Messieurs, disait-il, vous ne blâmerez pas l'auteur des amis *' de coUège, de vous parler avec reconnaissance de son professeur " de rhétorique."
Le veridique de la Seine.