SOCIETES DU TYROL
La gazette de Milan que nous avons reçue ces jours derniers
M LB MBRCURS »B tONDRBB.
contient un article fort carieux sur un ouvrage ayaiit pour titre : Soàétéi du TifroL Cet ouvrage, dU-k rédoeteiir, est écrit avec beaucoup d'élégance et peut être regardé comme un monument prédeux pour rhistoire générale de l'Europe au XIX siècle. Nous extrayons de cet i^rticle le passage suivant : *< Ces sociétés (lei socUtés du Tyrol) n'ont pas cru devoir ** cacher les mystères même de- leurs initiations, les. plus extraor-' ** dinakes et les plus adroitement combinés <iui aient jamais été ^^employés dans une institution ide ce genre. J'en puis donner *' pour exemple ce qui est arrivé à un ancien officier supérieur de " mes amis, dont je tiens ces renseignements. Devenu suspect à '* Napoléon, après avoir occupé dans sa confiance une place dont " il iravait jamais abusé, il fut obligé de se réfugier dans la partie " la plus alpestre des provinces autrichiennes, et il y vécut dans ^ une retraite absolue, presque sans communication avec le reste '** des hommes. Quelques rapports que le hazard et la nécessité '* lui avaient fait établir cependimt avec certains habitafts, et qu'une " sympathie invincible avait fortifiés, ayant donné lieu à ceux-ci ** de s'assurer qu'il nourissait une haine profonde contre le tyran « de l'Europe, on lui apprit qu'il existait une corporation im^ " mense et dévouée qui avait pour seul objet la destruction de *' son gouvernement, et on. lui offi*ît d'en faire partie. Déjà lié ** depuis long-tems à des associations formées dans le même but, "il n'hésita pas à entrer dans celle-ci avec l'intention sécrète de ** la rattacher de quelque manière à celles qui lui étaient connues ; " à peine eut-il donné son consentement, qu'on l'initia de manière " à n'étonner son imagination que par la simplicité des moyens ** qu'on mit en usage. C'était l'initiation au grade commun qui a « été souvent accordée à des villages entiers, et qui était propor- " tionnée aux forces les plus ordinnaires. Deux mois s*écou- " lèrent, sans qu'il entendit parler ni de la société, ni de ses pro- '* jets, et sans qu'il présumât qu'elle put être autre chose c^ue ce " qu'il avait vu en elle, c'est-à-dire, une espèce d'insurrecdcm ** cachée, qui avait des signes de ralliement et un mot d'ordre. Il " commençait à la regarder comme un pur jeu d'imagination, ** lorsqu'une lettre conçue dans dès termes qui lui rappelaient dis- " tincteraent les formules du grade, le convoqua dans un endroit " écarté, où il devait se trouver réuni à un grand nombre de frères. '* Il s'y rendit sans précaution, parceque les formes de son inîtia- " tion première, et le caractèredes personnes qui Favaientmtroduit ** dans l'ordre semblaient lui ofiBrir une garantie très suffisante '' contre toute espèce d'embûches. Il reconnut aux indices les " plus manifestes l'endroit qui lui était désigné, le parcourv^t sur " tous ses points avant et après l'heure de la convocation, at- *' tendit encore, et ne vit personne. Peu de jours après, l'avis " se réitéra dans les mêmes termes, et l'appela aux mêmes lieux. '* Il y obéit avec la même exactitude, et ne fut pas pkis heureux
t^vMBBCUBE DE i.ONDIISS. §7
** dans ses tétak&pGbts*' Cette épreuve pardeuUère exercée «ur sa '* patience, où dan» laquéBe il croyait reconnaître ce motif, fîit <^ renotiTalée quatre fi>i^ «ans- succès dans l'espace de trois se- '* maines- : h la ciii(}uième enfiii, ,à laquelle il s'était soumis non ^ sans quelque dépit, il se retirait un peu fiitigué» quand des cris ** affireux se firent entendre, à cent pas de lui. Ces cris sem- ^ blaient partir d'une personne qu'on assassinait, ils le retinrent ** dans le bois, oii il s'était déjà engagé plus avant qu'à l'ordinaire. ** Le jour touchait à sa fin, la saison était très mauvaise, (c'était " vers la fin de novembre dans un climat rigoureux), et les che- ^ mins étaient très difficiles surtout pour un étranger, mais aucune '* considération ne pouvait arrêter son courage dans une occasion *< où l'humanité reclamait si impérieusement du secours. Armé de *^ sa seule épée, il se précipita dans le taillis, écarta devant lui les '* ronces qui s'oppoeûent à son passage, et continuellement dirigé '^ par les cris toujours plus rapprochés, qui imploraient au hasard ^ l'assistance dû voyageur, il arriva enfin dans un endroit plus *' découvert) à'(m trois cavaliers de mauvaise mine s'échappèrent ** au galop, en faisant sur lui un triple feu de mousquetterie. A *^ ses pieds gissait un corps «anglant; — ^le crépuscule le fi*appant *< de ses dernières lueurs permettait de distinguer les lambeaux ** dédiirés qui l'enveloppaient, les fortes cordes qui attachaient " ses membres et jusques aux coups dont il avait été accablé. ^ Notre initié avait à peine eu le tems de jeter un regard sur ce " triste spectacle, de sonder la profondeur de ce bois, oii la mort ** semblait l'environner de toutes parts, et d'épier quelques signes ** de vie, prêts à s'éteindre, dans l'infortuné dont il contemplait *' l'agonie, quarid un détachement de force armée, attiré par les '* mêmes plaintes, déboucha delà fi^rêt par le point opposé à celui *^ de la retraite des brigands^ et cerna la place ou la victime était ** couchée. Elle expirait, et ses dernières paroles furent cepen- '* dant articulées assez distinctement, pot» qu'il ne fut pas possible ^ de douter qu'elle avait voulu désigner l'étranger comme un des <* assassins. Tout d'ailleurs accusait celui-ci, l'heure, l'épée nue ** dont sa main était armée, ses réponses, et l'embarras de son main- *^ tien. Je n'ai pas besoin de dire qu'il est arrêté, chargé de fers, "jeté ignominieusement sur une charette empruntée à la première ** métairie, et conduit dans une maison d'un aspect sinistre, qui, ^ dans le village voisin, tenait Keu de prison. La nuit s'achève. A cette nuit en succèdent trois autres passées dans la privation de toute espèce de nourriture, dans le secretle plus absolu, au milieu " des trances et des alarmes inexprimables d'un innocent accusé ** d'un grand crime, et de plus, privé par la providence elle-même ** de tout moyen de défense. Enfin il est traduit devant des magis- ** trats, il subit un interrogatoire, des témoins sont entendus, des '^ hommes accusés de complicité sont interrogés ; rînfi>rmation ^ se commence, se poursuit, se développe devant lui ; l'officier
'* public donne des conclurions, Faccusé est écoute, le tribuiôial ^' s'assemble et juge. L'innocent, accablé par des présomptions dont ** il n'a pu détruire, dont il n'a pas même pu contester la vraisem- *' blance, est condamné sans appel, suivant la forme de ces petites *' juridictionSf à la peine capitale, à la peine la plus cruelle, la " plus ignominieuse surtout^, et il n'aie droit de se plaindre qu'au '* ciel d'un jugement appuyé sur des Êdts qui ont tout le caractère " de l'évidence. Abattu par la fatigue, par le jeûne, par la cap- " tivité, par le désespoir, il apprend, avec une sorte de joie que ** le terme de son supplice est bâté par une circonstance particulière. *' Le lendemain est consacré à la célébration d'une des fêtes les plus '* solemneUes de l'église, et la sainteté de ce jour ne doit pas être souillée par le sang d'un assassin. Son exécution aura lieu aux flambeaux à l'heure la plus silencieuse de la nuit : garotté par '* des bourreaux hideux, précédé de torches lugubres, accompagné ** de soldats muets, qui marchent autour de lui la tête baissée, il '' s'avance au bruit de la cloche funèbre qui le recommande aux '^ prières des fidèles, et parvient de détours en détours, à une *' cour spacieuse, entourée de batimens ruinés, et qui offre l'as- ** pect d'une place publique. Un cercle de cavaliers en uniforme ** entoure Féchafaud; des hommes, des femmes sont groupés dans *' le lointain; quelques uns sont assis sur les murailles; on entend, " de coté et d'autre une rumeur sourde d'impatience et d'horreur, *< et deux ou trois lumières éparses éclairent &iblement des fenê- ** très éloignées. Il monte à l'échafaud, écoute la lecture de sa *' sentence, et déjà livre sa tête aux exécuteurs, lorsqu'un officier à ** cheval, décoré des signes de la magistrature, fait retentir à ses *' oreilles je ne sais quel bruit d'espérance qui le ranime un instant. '^ Un édit émané du gouvernement accorde la grâce à tout homme '* condamné, pour un délit de quelque espèce qu'il soit, qui pourra " donner à la justice les mots d'initiation et de reconnaissance d'une société secrète qu'on lui désigne par son nom ; c'est celle dans laquelle il a été nouvellement reçue, et dont il accomplissait l'ordre secret, au moment de l'étrange catastrophe qui a ** fait peser sur lui le soupçon le plus injuste; On l'interroge de '* nouveau, il répond négativement, on insiste, il s'irrite, et de- ^* mande la mort. Son initiation est achevée; elle se termine par " un baiser et se passe de serment. Aucun de ceux qui l'en- " touraient n'était étranger à l'institution et tous avaient sciem- " ment coopéré à l'épreuve."
Extrait de la gazette de MiUm.
F. ChAT£LAIK«
iVa. Quelques historiographes des sociétés secrètes, ont mal à propos confondu celle-ci avec celle des éveillés d'Allemagne, qui
* Celle de la guillotine.
s'en lapproche jusqu'à un certain point par la forme des initiations, nais qui est une association purement mystique.