LE GÉNÉRAL FOY
FOY, {MfiximiUen — iS>é6a«lieit,) naquit à Ham, département de la Somme. Son père, homme distingué par ses connaissances, avait combattu à Fontenoy, Retiré du service, devenu maire et directeur de la poste, c'est lui qui haranguait le maréchal de Saxe, toutes les fois que ce grttnd capitaine passait par la ville de Ham poux se rendre à Tarmêe. Le jeune Maximilien n'avait que quatre ans et neuf mois, lorsque son père lui fut enlevé, mais celui-ci avait déjà pressenti l'avenir du dernier de ses fils ; il lui annonça même en mourant, de brillans succès, soit au barreau, soit dans toute autre carrière libérale.
La mère de Maximilien, Elisabeth Wisbeck, resta veuve avec cinq enÊins qui trouvèrent en elle une femme forte, et d'un caractère également propre à lui concilier l'amour et le respect. Maximilien enûuit adorait et craignait sa mère ; simple officier, ou parvenu aux premiers honneurs de l'armée, jamais il n'omit un seul des devoirs de la tendresse filiale.
Rien de plus aimable, de plus gai, de plus sémillant que le jeune Foy; ses yeux étincelaient d'esprit; cependant aucun de ses condisciples ne l'égalait en application. Une mémoire prodigieuse secondait sa vive sagacité ; il saisissait, pour ainsi dire, les choses au vol ; son esprit s'en pénétrait et les conservait, comme dans un dépôt fidèle où il était sur de les retrouver au besoin.
Il posséda de très bonne heure les élémens de la langue latine ; à neuf ans, sa plume avait déjà de l'élégance ; à quatorze ans, il avait fini ses études au collège de l'oratoire de Soissons.
L'extrême jeunesse du brillant élève suggéra l'idée de l'envoyer faire une seconde année de rhétorique à Paris ; mais, après huit jours d'essai au collège de Lisieux, il se sentit plus fort que ses condisciples, et résolut de quitter une maison où il ne ferait aucun progrès. Bientôt, sa famille délibéra sur le parti à prendre pour lui. Il avait annoncé des dispositions pour la profession des armes ; on résolut de l'envoyer à La Fère. Dix huit mois de travail dans l'école d'artillerie de cette ville le mirent en état de se présenter aux examens de Châlons-sur-Marne. Admis le troisième, dans un concours de plus de 200 élèves, vers la fin de 1790, on le vit, après quelques mois de nouvelles études, partir comme second lieutenant dans le troisième régiment d'artillerie, qui se rendait à l'armée du nord. La politique occupait alors tous les esprits ; l'école de châlons se partageait en 3 partis : les défenseurs de Fanden régime, les neutres et les constitutionnels. Le nouveau lieutenant était à la tête de ces derniers, et suivait avec beaucoup d'ardeur le grand mouvement imprimé à tous les esprits, par une révolution destinée à changer la face du monde. Voilà les préludes du général Foy dans la carrière politique ; telle fut l'origine du généreux enthousiasme qu'il asceUé de son sang et payé de sa vie.
La bataille de Jemmapes et les différentes actions où commafl-' daient les généraux Dumouriez^ Dampierre, Jourdan, Houchard et Pichegru virent le jeune Foy servir avec beaucoup de distinction comme capitaine dWtillerie volante. Une arrestation injuste mit alors ses jours dans un très grand danger ; mais il ne se souvint de sa prison d'Arras que pour aller combattre de nouveau les ennemis de la France. Âbatuccif Desaix, Moreau, le remarquèrent dans deux célèbres campagnes ; ce fut lui qui fît échouer l'attaque de. la tête de pont de Huningue par les autrichiens. Il se montra aussi avec beaucoup d'éclat, lors de la conquête du canton d' Untervaldf et plus encore à la bataille de 2!urich et au combat de Diessenhoffen, Il avait été nommé adjudant général sur le champ de bataille par Masséna. En 1800, le passage de Mi$iho\m offrit une nouvelle occasion de déployer ses talents et son intrépidité.
A l'époque du procès de Moreau que suivit bientôt rétablissement de Tempire, le Général Foy laissa voir la noblesse de son caractère et son courage politique. On le vit d'abord refuser, parcequHl était militaire et qu*il n* était pasjugcy sa signature à une adresse qui désignait les auteurs de la conspiration, et ensuite voter contre la nouvelle dignité affectée par Napoléon. Il admirait ce grand homme, mais il voulait avant tout la liberté de la France ; il avait combattu pour une cause sublime, et craignait de la trahir par son adhésion à la création d'un empire, ou plutôt à l'établissement du pouvoir absolu. Cette circonstance retarda long-tems son avancement ; il est resté neuf ans de suite dans le même grade, en voyant d'un œil tranquille les rapides progrès de ses compagnons, dont beaucoup étaient bien loin d'égaler ses talents et ses services.
Envoyé à Constantinople, le Colonel Foy contribua de la manière la plus brillante et la plus décisive à la défense des Dardanelles ; il les quitta pour venir faire la guerre en Portugal, comme général de Brigade. Masséna, qui l'avait jugé en Helvétie, tira le plus grand parti du dévouement d'un si habile officier dans sa difficile campagne ; il jeta encore les yeux sur lui pour défendre auprès de l'Empereur la cause de l'armée ; elle ne pouvait être mieux défendue que par un si éloquent interprête. Napoléon apprécia enfin le Général Foy, et le renvoya à l'armée de Portugal, après l'avoir élevé au grade de général de division. C'est dans ce pays, et en Espagne, que le général Foy, chargé de conduire des corps composés de plusieurs divisions, fît voir, notamment à la bataille de Salamanque et pendant la retraite de Vittoria, que l'on pouvait trouver en lui un digne émule des liei^tenans de Napoléon. Il parut avec le même éclat aux diverses actfons qui nous forcèrent enfin à rentrer sur notre territoire. Une blessure presque mortelle put seule l'arracher du champ de bataille d'Urthez où il eut l'épaule fracassée. La bataille de Waterloo le vit une dernière fois sous les armes ; il y reçut sa quinzième blessure.
LE MBRCtJRB Dfi LONDRES. 69
Le général Foy réunissait presque toutes les qualités de Thomme de guerre» la vigilance, Taudace, la constance, le coup d'œil, la fécondité des ressources et la promptitude de l'éxecution. Il avait bien conçu la grande guerre, il en suivait les opérations dans ses campagnes ; et, quoique religieux à exécuter les ordres supérieurs, il commandait toujours en chef dans sa pensée.
Le général. Foy était un homme antique ; on a remarqué d'étonnants rapports entre lui et Sertorius, Tous deux ont été orphelins de père, et laissés en bas âge aux soins d'une veuve ; tous deux nourris de bons enseignements par une femme d'un esprit viril ; tous deux pleins d'une tendresse mêlée de vénération pour leur mère, l'ont perdue au milieu de leurs triomphes avec une douleur profonde ; tous deux, aussi prompts à bien dire qu'à bien faire, appelles aux succès du barreau par une éloquence naturelle, ont été contraints d'appliquer leur génie à l'état militaire, dès la plus tendre jeunesse ; tous deux encore ont fait la guerre dans les mêmes contrées. On remarque entre ces deux personnages d'autres similitudes, telles que l'aptiour des lettres, le désînterressement absolu, une vigilance extrême, le conseil et Téxécution, l'avantage d'inspirer la crainte et l'estime aux ennemis, l'art d'attirer l'affection des soldats et la bienveillance des étrangers ; enfin un dévouement sans bornes pour la patrie, avec le désir continuel de rentrer dans le pays natal, pour revoir une mère chérie et vivre près d'elle en citoyen.
La carrière militaire du général Foy avait été brillante, sa carrière politique devait l'être encore plus ; mais l'une explique le phénomène de l'autre. Sa tente fat toujours un cabinet d'études ; au sortir du combat, il courait à ses livres. En faisant la guerre il apprenait l'administration, l'histoire et l'économie politique. Orné de connaissances variées, rempli des écrivains anciens et modernes, il arrivait à la tribune avec des trésors d'éloquence amassés pendant 25 années de combats : Il avait appris à connaitre les hommes au milieu des camps et des populations ; il était devenu orateur, en adressant d'éloquentes paroles aux soldats qui avaient chaque jour quelque prodige à faire pour être dignes d'eux-mêmes et de leurs chefs.
C'est sous ces auspices, qu'il parut à la tribune, comme député du département de l'Aisne. Quel début que son premier élan à la tribune, pour arracher les vainqueurs de l'Europe, mutilés dans les batailles, à la douleur de cacher le signe de l'honneur qui couvre leur poitrine, et de tendre la main qui leur restait pour demander à la pitié des passans l'obole de Bélisaire ! comme on fut étonné d'entendre un soldat discuter avec la même supériorité les budjets du clergé, de l'intérieur, de la justice et du ministère des affaires étrangères ! quelles études constitutionnelles annonçaient la force et la clarté de ses éloquens plaidoyers en faveur de la charte et des principes libéraux ! Le nouveau député n'était encore qu'à
64 L£ MERCURE DE LONIXEES,
son début en 1820; cependant, par quel Bcndment profond dWe situation presqu'accablante pour un parti injustement accusé, par quel heureux mélange de raison et de courage, n'imposa-t-il pas à une assemblée ardente et pleine de passions qui voulait exploiter à son profit un événement terrible ! on reconnut en lui dans cette circonstance quelque chose de Fart de Mirubeau, gouvernant sa parole, et maître de lui-même parcequ'il s'était bien prépavé aux périls du combat.
On a cru que le général Foy ne fkisait que réciter de mémoire ses discours ; telle n'est pas la vérité. Après avoir long^temsréflêchi sur un sujet, après en avoir établi ensuite les divisions qu'il traçait sur le papier, il dktaât ses harangues en se pvemenant, et ne les voyait plus. Plein de son sujet, fort de sa disposition» il montait à la tribune, dit-il, lui même, et n'étant pas persécuté par le souvenir des mots, parcequ'D ne les savait pas» mais retrouvant les traits heureux, il produisait, grâce au mouvement que la parole communique à la pensée, des images et des idées sur lesquelles il était bien loin de compter, au moment de sa méditation première et qui se mêlaient aux heureuses inspirations du moment.
Dès que le général Foy fut admis dans notre chambre des communes, et surtout lorsqu'il eut senti que ses talents appelaient le député de l'Aisne à devenir l'homme de la France, l'économie politique devint l'objet spécial de ses nouvelles études. Il méditait sans-cesse sur l'agriculture, sur l'industrie et sur le commerce ; il admirait leurs progrés de chaque jour, et devançait avec joie l'avenir de prodiges qui leur est promis par leur alliance intime avec le génie de la science. Il avait compris sans peine que le travail est l'âme des sociétés modernes, le principe de leur pros* péritê, le meilleur gardien de la vertu et de la liberté des peuples.
Les études du général Foy s'étendaient à toutes les parties du système social. On a trouvé un code criminel annoté tout entier de sa main ; il possédait de même nos difiSIrents codes et ^'ensemble comme les détails de l'administration . Mais, avec quelle constance, avec quel soin n'approfondissait-il pas chaque jour le système financier de l'Angleterre et le nôtre qui lui ressemble, malgré de grandes di^rences ! il pâlissait sur les budjets dont la collection, chargée de ses nombreuses observations, suffirait seule pour attester la religieuse attention qu'il apportait dans l'examen des recettes et des dépenses de l'état. Ménager du fruit des sueurs du peuple, il se regardait comme un économe de la France, et un gardien du trésor public.
Tant de travaux et d'efforts pour se maintenir au niveau de sa mission ne l'empêchaient pas de défendre les droits de la représentation nationale violée dans la personne de l'un de ses collègues,"^
* Manuel, sur lequel Mercier simple sergent de la garde nationale refusa
LB MBRCUKB DE LONBREB. 55
et lie s'opposer à k guerre d'Espagne dont il n'avait que trop bien prévu les conséquences, c'est-à-dire, la perte des institutions constitutioBfielles pour la Pémnside ; et pour la France, outre des
de porter la main, à ia séance orageuse da 4 mars. Ce sergent fut rayé des contrôles de la garde nationale, pour prix de sa belle conduite. Je croîs devoir citer ici quelques vers que je lui adressai, la poike de France les connaît depuis long-tems.