‹ Le Mercure de LondresChapitre 4 sur 125 · LE TARTUFFE DE FRANCHISE · texte numérisé non relu

LE TARTUFFE DE FRANCHISE

Mérange est un homme grand*, au front découvert, à la figure vermeille et arrondie : son geste est brusque, ses manières sont ouvertes, quelquefois bourrues ; il court à vous du plus loin qu'il vous voit, vous prend la main et vous la secoue à vous démettre le poignet. Sur quelque chose que vous l'interrogez, sa réponse

commence toujours par ces mots : à vous parler franchement

avec lui, jamais de complimens, jamais d'éloges à craindre ; c'est un vrai quaker : il déteste la fiaiterie, et, quand à la politesse, il répète à tout propos que la vérité est dans le cœur. Si par hazard on a quelque intérêt à démêler avec lui, " il s'en rapporte entièrement à vous, car il n'entend rien aux affaires," et c'est pour cela qu'il vous renvoie à son^avoué, le plus avide et le plus chicaneur de tous les hommes. Sa bourse est toujours au service de ses amis, ce qui Êiit qu'elle est ordinairement vide ; mais s'il ne peut vous obliger lui-même, du moins s'empresse-t-il de vous indiquer un honnête usurier, auquel il a recours lui-même au besoin. Maintenant, comment se fait-il qu'avec un caractère de fSranchise si bien établi, Mérange n'ait pas un ami, pas un connaissance qui ne se plaigne d'avoir été sa dupe? à vous parler Jr anche' meni^ à mon tour, c'est que Mérange n'est rien moins que ce qu'il parait; sous ces dehors agrestes, sous ces perfides apparences d'un bourru bienfaisant, il cache une âme basse, un cœur sec et

un esprit rusé : en un mot, c^est un tartuffe de franchise.

• * U y a daua l'ouvrage : *' Méraute est un grand homme : " c'est sans-doute par erreur que Vaid^^cdf grand a été placé avant le substantif. Quoi de plus petit qa*uo Tartuffe !

Après cette citation» nous ne saurions passer sous silence Le genre sentimental Une noce à la Courtille, La lùterie^ où la plus saine mo» raie découle sans affectation, non sous la forme austère de la triste vieillesse, mais sous Taimable enjouement de la folâtre jeunesse ; Le» six étages d'tene maison de la rue Si, Honoré^ tableau de mœurs local, parfaitement dessiné, et l'enterrement d'une jeune jfille épisode délicieux, capable d'arracher des larmes à celui qui serait le plus inaccessible aux émotions si douces de la sensibilité.

Nous ne doutons pas que le Petit Ermite, dont le prix est très modique, ne devienne bientôt l'ornement des bibliothèques des plus charmantes Ladys.

Honneur à M. Ventouillac! c'est servir sa patrie que d'en faire connaitre les richesses à la nation la plus digne de les apprécier.

F. Châtelain.

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