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LA CHAPELLE DE ROSLYN ET LA VILLE DE ROUEN

Nouvelle exposition.

La nouvelle exposition du Diorama n'est pas moins intéressant u que celles qui l'ont précédé. La chapelle de Roslyn, peinte par M. Daguerre, est un véritable chef-d'œuvre ; il nous semble impossible de porter l'illusion à un plus haut degré de perfection.

La fondation de la chapelle de Roslyn, attribuée à William St. Clair, prince d'Orkney et Duc d'Oldenbourg, remonte à l'année 1446. Elle faisait partie d^ château de Roslyn, dont il ne reste aujourd'hui que des ruines'. Ces ruines magnifiques, sont devenues un rendez-vous de plaisirs pour les habitans d'Ëdinbourg et de ses environs.

12 Lfi MBUCVRB DE LONIMIBS.

' La chapelle de Roslyn s'afipdiait autrefois: La ehaipelk du wHiku du bois. Le genre gothique de son architecture est un des jdus curieux qui existe en Europe. Chaque colcmne est ornée d'emblèmes diffîrentS) le jardin, qu'on apperçoit dans le fonds IcMmte utie- pèrqieetm enchanteresse surtout lorsque panât lé tio\éil/^gdaw^tnèuiaire d» génie de M. Ihgmerre» .

' Cet ettèst desoleil est admnrable. On a peiné à concevoir oom» ment la tinnté^de fai peinture a pu être ménagôe an-point de prêtert ptesqué au it)éhie< instant^ une couleur dif&»nts«àime toile peinte.

Làréfleotion du>^oki1 isur la porte qui s6 tiiouve au milieu de la chapelle, sur leieuillage qui passe à travers les: viteeaux délabrés ^ qui rajeunit  la lueur | de Fàstre vivifiaut» le soufflé léger du 24phir qui semblé bidancer mollement les arbres verts apperçus di^s le'fondj teutipofce dansi'âmëimerémotionjBidôttce^ si vraie, qu'im a besoin* de toutesa" raison pour/ne pas se croire dans les Heux mêmes, si ingénieusement représentés ; car plus on régarde le' tableau, et plu» il 'cessed'êtœnn tableau. .

En examinant' la chapelle de Roslyn, on se demande quelle peut avoir été la cause de ladifierence qui existe entre Tordre d'architecture du premier pilier^ lès autres piliers. Ce premier pilier forme une colonne torse d'une hardiesse surprenalite* Si Ton en croit une vieille chronicle, Fentrepreneuf chiirgé delà construction du inonùinent ayant reçu de Rome un modèle j^âcteirient semblable à la colonne torse^ n'aurait point voulu croke à la réalité d'un pareil genre d^arcfaitectureét serait parti pour la capitale de l'empire romain dahs le dessein de vaincre l'incrédulité de sa raison parlé témoignagedé ses yeux.' Pendant son voyage^ sonnirveiZ/br, enflammé à la vue d'un modèle aussi beau, aurait éntrepriis le tira-* vail et l'aurait terminé avec tant de bonheur, qu'à son retour l'entrepreneur, poussé par un mouvement de jalousie insurmontable, aurait tué aux pieds de la colonne même^ l'imprudent auteur de cette merveilleuse improvisation. Cette version, quoique répandue dans le pays parait fabuleuse; il est plus naturel de penser que la colonne torse fut élevée en l'honneiir du fondateur de l'édifice ; c'est aussi l'avis de SIezer qui dims son thêatrum scotÙBf (fol. p. 36, édition de Londres 1693,) rectifie l^erreur accréditée en substituant à la dénomination de the apprenticé's pitlar,** donnée à la colonne torse, celle plus raisonnable de " ihe Princes PiUar/*

Une cérémonie religieuse qui a eu lieu le 18 mai 1820 et pour laquelle on avait été forcé de tendre des tapisseries, la plupart des vitreaux étant brisés par la main du téms, a occasionné le dégât que l'on remarqué. L'artiste, à qui rien n'échafppe, a su nous en faire pressentir la cause en Idisèant encore* un poteau et des cordes. Quelques dalles cassées, de Ifeau que Thumidité continuelle a amassé aux pieds d'un des pilieht, rendent Fillusion complette. Il y a quelques siècles M« Daguerre eut été poursuivi comme sorcier, de nos jours, il est admii^oomme un

* à la gauche du spectateur.

génie créateur, comme un génie subliûie : pour moi je ne puis définir FeiFet que produit sur mon âme les magiques conceptions de ce divin artiste, et je n'esqprime que faiblement encore mon admiration en disant que je regarde M. Daguerre comme le Buffon de la peinture, puisque semblable à celui de BufFon, s<hi génie égale la majesté de la nature»

De Roslyn à Rouen le trajet est un peu long, repoions-nous lecteurs, dans quelques jours, je vous rendrai compte de mon voyage dans la patrie du grand Corneille.

F. Châtelain.

THEATRE FRANÇAIS

La petite viOe, Mes derniers viagt sous,"^ Les précieuses ridicules.

Ce que fut Epaminondas pour sa patrie, Laporte semble Fêtre pour le théâtre français ; la prospérité de ce théâtre est attachée à ses destinées : que le général thébain nous pardonne toutefois la comparaison. ' •' '•' ' '

Laporte a été charmant dans toute la soirée de lundi. Dans la petite ville, tableau de mœurs si original, il à déployé un excellent comique dans le personnage de François RifHard. Si nous devenions Paris, et que nous eussions à donner la pomme soit à Made Degligny, soit à Melles Délia et St. Ange, pour le talent dont chacune de ces dames a fait preuve dand les rôles de Nina Vernon, déMdme Guibert et de Mdihe deSennerville,nous couperions la pomme en trois parties, ce serait la seule manière de 'sortir d'embarras en ne cessant pas d'être justes. Pélissié a bien joué le rôle de Delisle; Darcy et Melle Brochard, contre leur coutume, ont bien rendu leurs rôles. Eugène mérite également des encouragemens, il a été drôle dans le domesi^que François. A l'exception d'un. citoyen nommé Morambert, Eugène était scms-contredit Facteur le plus mauvais de toute la troupe Paiidettiier ; atijourdliui c'est différent. Parmi ces Messieurs, il en edt jtisqtï'à S que je pourrais nommer, qui n'ont d'autre avantage sur Eugène que de se croire supérieurs à lui.

De la gaité de l'esprit dans les couplets et le dialogue, une aimable philosophie dans les pensées, des caractères varîéiâ, et beaucoup d'adresse et de mérite dans la conduite de FactioiY sont les traits distinctifs du joli vaudeville qui porte le titre àé Mes derniers vingt sous. Comme nous pensons que cette 'pièce sera dé nouveau représentée, nous en donnons une analyse succincte. "

* Quelques personnes croiraient faire une faute grave, si elles n'écriroient le mot sou de la manière suivante : sol. Quant à nous, aons^ pensons ^vHl faut, en écrivant, se rapprocher le plus qa'ile^possible de lapronoaciatâoHj aussi écrivons-nous sou et non ,sal, par la même ralspa ^ttfs noua écrivons augloiByiFaoçÀarCt noaanglfâss fianç(Hi|.., F* CiiATELAiN.

14 LE MëRCURB de LONDRES.

Prosper, clerc d*huissier, en voulant préserver de leur ruine complète de braves gens tombés dans les griffes de son patron, a encouru sa disgrâce, et se trouve, comme il le dit lui même, sur le pavé. Son petit pécule consiste en un billet de 1000 francs et une pièce de 20 sous ; n'oubliez pas lecteurs. Que fera-t-il de ces 1000 francs? La rente que me procurera cette somme, se dit-il à lui-même, est loin d'être suffisante à nia subsistance, si j'allais

jouer ! De deux choses Tune, ou je perdrai, ou je gagnerai

si je perds, je me fais soldat, si au contraire la fortnne me

sourit, je deviens propriétaire. Sur ces entrefaites, Rose, jolie bouquetière, aussi fraîche que le nom quelle porte, se présente à ses yeux, et lui offre un bouquet qu'elle l'engage à lui acheter. Il le voudrait bien, mais le peut-il? Il n'a qu'un billet de lOOOf. et 20 sous ; sur le billet Rose ne pouiira lui rendre, et les 20 sous sont une somme trop modique pour lui être offerte. Pour sortir d'un embarras si grand, il commande à la bouquetière un bouquet de 20 francs, lui donne rendez-vous à la même place en lui promettant de venir prendre le bouquet au sortir de la maison de jeu, dans laquelle il va entrer. Rose lui fait quelques remontrances sur le tort qu'il a d'entrer dans un semblable lieu, mais sa résolution est invariable. Devenu amoureux de Rose, il est décidé à s'unir à elle et à en faire ou une grande dame, ou une vivandière, selon que la fortune le secondera ou le rebutera. Il entre donc dans la fatale maison. Mme Martin, mère de Rose^ qu'un court entretien avec Prosper a déjà disposé en faveur de ce jeune homme, arrive, escorté de M. Lambin. Ce Monsieur Lambin est clerc du commissaire, il vient pour faire cesser le jeu, et s'il en est tems encore, sauver le malheureux Prosper. On devine ce qui arrive : M. Lambin qui a pour maxime ce précepte d'Horace : *^ dans tout c^ que tu fais hâte-toi lentement," va entrer dans la maison de jeu, juste au moment où Prosper en sort, Prosper a tout perdu, mais en perdaqt son argent, il n a rien perdu de sa gaité philosophique et le gousset vide, il nargue encore le destin. Il ne me reste rien, dit-il en se fouillant ; si fait î reprend-il, j'ai encore 20 sous, qu'en ferai-je ! encore s'il y avait ici quelque malheureux !

Allons ! qui veut 20 sous ! Et ce disant, il apperçoit un

bureau de loterie. Il y porte ses derniers 20 sous, et les place sur un quaterne. A peine a-t-il pris son billet, que Rose arrive avec son joli bouquet. Chagrin de Prosper, partagé par la sensible Rose. Prosper la force d'accepter le billet de loterie, lui promettant de lui remettre les 19f. de surplus sur ce qu'il doit recevoir pour prix de son engagement. Rose prend le billet, mais Mme Martin qui survient, n'est pas d'humeur à se contenter d'un pareil gage. Elle court chez le commissaire pour porter sa, plainte, les deux amants se désolent, soudain Mme Martin accourt précipitamment le billet le billet est sorti, mais que résulte-

t-il de cette circonstance ? Ami, lecteur, tu nous accuserais de

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te couper la satisfaction, si nous te le disions. Ce que nous pouvons te dire, sans crainte d'être démentis, c'est que la pièce est jouée avec un ensemble parfait par Prosper Laporte, Mme Martin Degligny, et Rose St. Ange ; nous pouvons te dire aussi que Préval, qui depuis un an a fait des progrès sensibles tire un parti étonnant du petit rôle de Lambin.

Les précieuses ridicules ont terminé le spectacle, qui avait attiré affluence prodigieuse de spectateurs. Laporte a rendu le personnage de Mascarille avec talent. Nous pouvons assurer qu'il ne peut y avoir au premier théâtre français de Paris un costume plus beau que celui que portait M. le Marquis. Délia, St. Ange, Sidaliô ont agi de leur mieux pour faire goûter au public cette pièce qui est un des Agésilas de notre immortel Molière.

La vérité nous force à dire qu'à l'une des soirées précédentes, Melle Sidalie dans le rôle de Mme Bernard, du voile d'Angleterre, et dans celui de la bourguignonne des Cuisinières s'est montrée très bonne actrice. No)is avons à signaler, dans cette dernière pièce la présence de Mme Laporte sous les traits de Catherine.

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