‹ Le Mercure de LondresChapitre 7 sur 125 · BRISQUET · texte numérisé non relu

BRISQUET

Ce qui devrait un peu dégoûter de la gloire, c'est qu'elle peut devenir le partage^es bêtes comme celui des héros. Bucéphale est presque aussi connu qu'Alexandre ; le chien de Montargis balance la réputation de Mazarin, et peut-être dans cent ans, parlera-t-on autant de Munito que de S.M. Charles X.

Brisquet, ce cheval de M. de Corbière serait digne d'avoir un Quint-Curce pour historien. A la vérité, il n'a pas une tête de bœuf, comme le coursier du roi de Macédoine, mais une tête bretonne en vaut bien une autre.

Noble Alfane, rapide Bayard, vous eûtes le bonheur d'être chantés par l'Aristote! Allons, M.M. les poètes du jour, montez votre lyre en l'honneur de Brisquet. Peut-être ^vec ce titre, obtiendrez -vous cinquante francs, du pain et un grenier. Que faut-il de plus à des hommes de lettres ?

Nous avons vu, de nos yeux vu, un nouveau Rossinante, monté par un nouveau chevalier de la triste figure.* Quelle noblesse, quelle grâce, quelle dignité dans les deux personnages ! Eh bien, la moitié de ce tableau est encore vivante. Brisquet rappelle, par le maintien, la légèreté et quelques traits de caractère, le nouveau Rossinante. Je le rencontrai un jour sur la route de Paris à Rennes ; il portait tristement son msutre, qui paraissait un peu soucieux.

* C'était précisément le jour de l'entrée de Charles X dans la capitale des Gaules.

16 L£ MWCUBB D£ LONDUBS.

Ce mperbe courner gu*on voyoH m^efoiê Plein tTune ardeur H noble obéir à sa voix^ Vœil marne, matantenant, et la tête baissée.

Semblait se conformer à sa triste pensée.

Us retournaient en Bretagne. La situation du cheval et du cavalier était si pittoresque que je voudrais les voir encore tous deux prendre le même chemin. F. Châtelain.

THÉÂTRE ANGLAIS

Covent-Gaeden.

The French Libertine,

Est-ce une comédie ? est-ce une tragédie ? non, c'est une pièce tragi-comique. Il faut tout le talent des principaux acteurs pour la faire supporter. L'intrigue en est atroce. Voir un ami employer toutes les plus belles protestations de dévouement pour séduire la femme de son ami est une chose odieuse qui rappelle trop rinfôme conduite du comédien Kean. Le bon goût des Anglais s'est manifesté dans cette occasion, the French Libertine a été reçu avec la plus grande froideur, cependant il n'est guère possible de rendre mieux que C. Kemble le personnage du Duc de Rougemont, et la comtesse de Fleury n'a qu'à s'applaudir d'avoir pout interprète Mrs. Chatterley.

Le mariage de Figaro suivait cette pièce jeudi dernier. Chérubin Mrs. Chatterley, et Suzanne Mme Vestris s'y sont ^t justement applaudir. Quant à Figaro Dùruset, il a assez bien chanté, mais nous doutons qu'il ait jamais vu Figaro sous les traits de Debégnis ou de Pellégrini, il serait inexcusable alors d'avoir rendu aussi nonchalamment le personnage du malin Barbier.

F^ Châtelain.

Miss Foote est engagée à Drury lane pour 34 représentations.

THEATRE DE L'OÇÉRA- Le Bal Champêtre, divertissement de M. I^Egmlle,^

Le cadre de ce tableau est simple. Les danses en sont gracieuses. Les costumes magnifiques. Les pas bien réglés. Un des plus remarquables est celui dansé par Coulon, Melleâ Brocard et Fleurot. Le pas Russe entre Théodore et Pauline est aussi très gracieux, il a été répété au milieu des bravos universels. Nous reparlerons de ce divertissement qui a eu un succès complet. X.

THÉÂTRE FRANÇAIS

Lundi 27. Un moment dtimprudence, comédie en S actes, Ninette à la cour, vaudeville en 2 actes, et les Gascons, vaudeville en 1 acte. — Jeudi 2 mars. Sf. Desdkabimeaux, opéra bouflbn.

De l'Imprimerie de C. Ricbardi, 100, St. Marttn's-laae, CbBxing'Cntn.' '

LE

PAR

Mr. F. CHATELAIN.

1ère année — No. 2me. — Samedi 4 Mars 1826.

POESIE

Le rat a la lunette d'approche.

Fable.

De deux bons yeux, on doit se contenter, Lunettes, lorgnons, c'est sottise ; Ce point veut-on le contester ?

J'en appelle à témoin mon rat et sa méprise.

Au verger d'un savant, dans le creux d'up noyer,

Un rat avait pris domicile ;

C'était un sur et doux asyle :

Outre que l'arbre hospitalier,

Doyen de ceux du voisinage.

Etait respecté pour son âge ; Il produisait encor plus qu'arbre du canton :

Quel heureux gîte pour raton !

Rien n'y troublait sa jouissance, Il se croyait le favori des Dieux,

Et se vantait de prévoyance, Contre un vieux chat, hôte des mêmes lieux, Dont les ruses jamais n'avait trompé ses yeux ; Cependant il fut pris .... Comment ? . . . . par ignorance.

Sur un banc du verger, raton voit l'instrument Qui servait au patron pour lire au firmament :

'*Ohî oh! dit-il, cette machine,

** Est talisman, je le divine ;

'* Le jour, la nuit, à chaque instant,

" Le maître la visite et le maitre est savant ; " D'où je tire la conséquence, " Que la machine a le don de science.

" La consultant, je deviendrai docteur, " Et de ma nation la gloire .et le sauveur :

" Surtout point de miséricorde, " Périsse l'engeance des chats ! " Tous ont mérité le trépas, " Et le moins pour eux : . . . . c'est la corde." Et ce disant, il saute sur le banc, Consulte la lunette, et, dans une gouttière Voit le chat, qui, lassé d'appeller sa commère, Sommeillait, ou faisait semblant De sommeiller . . . . " quoi ! dit-il, en fuyant, Et regagnant sa retraite au plus vite ; " Un chat! .... plus gros qu'un éléphant!

" Cruel destin ! notre race est proscrite, " Et dévolue à ce géant!"

De son coté, dormait-il, l'autre sire ?

Non, mais à dessein, clignant l'œil, Il assurait son point de mire :

A peine il voit le rat prompt comme un écureuil, S'enfuir ; qu'oubliant sa compagne, L'amour, et ses tendres émois, Rodilard se met en campagne.

Saute de toits en toits.

De muraille en muraille Parvient jusqu'au verger, s'y blottit à l'écart. Et patient, attend ripaille.

Ou de 'l'adresse, ou du hazard.

Pour notre rat, rêvant à l'aventure.

Honteux de sa frayeur, Il se disait : " au chat j^ai fait par trop d'honneur, '^ En le compai^ant en grosseur " A la géante cijéature " Dont une trompe est la parure :

" Pour rectifier notre erreur, '" Mettons le nez à la fenêtre, " Un éléphant n*est point un être ' '* Qui puisse échapper à des yeux " Aussi bons que les miens, dont je rends grâce aux Dieux." Voilà le; rat en. sentinelle, Aux crénaux de sa citadelle, Regardant derrière^ .devant, De tous cotés . • .' . point de chat éléphant .... " Quoi! dît-il, moi, qui de dangers -sans- nombre»

*' Me suis tiré ; moi, général des rats,

" J'aurais lâché pied devant Fombre

" D'un monstre qui n'existe pas !

" Ah ! retournons à la machine, " En esprit fort, il faut que j'examine

" L'illusion de son miroir, " De m'effrayer, il n'a plus le pouvoir."

Vers l'instrument, l'imprudent se hazarde, Y porte l'œil, et par mégarde,

Se trompe de coté le chat en ce moment,

Faisait un premier mouvement, Et, pour ne pas manquer sa proie, En chasseur exercé se glissait lentement :

Raton, en jette un cri de joie ; " Grâce à Jupin, dit-il, le garnement

" Avec peine " Se traine, " Voilà des Dieux le juste châtiment !

'* Qu'il est menu ! sans raillerie, ** Il irait bien de compagnie " Avec belette et sourisseau, " S'il en avait le long museau ?

" Plus de ruse, plus d'escapade^ " Pauvre bête, elle est bien malade!"

A ces mots, Rodilard, d'un bond '. * Vous attrape le rodomont Et sous sa dent le met en marmalade.

Lequel était le plus malade ?

Faibles esprits, à qui la passion.

Prête aujourd'hui sa vision.

Vous jugez trop à la légère

D'un grain qui semble loin de vous, N'en riez pas ; il porte le tonnère

Qui vous atteindra de ses coups.

F. Châtelain.

ACADÉMIE FRANÇAISE

Monsieur François.

" Ah ! l'on ne sait que trop que sous la tyrannie

*' Il faut voiler son âme, étouffer son génie Eteindre sa pensée, immoler à la peur Jusques au bien public passion d'un grand cœur."

Ces jolis vers sont tirés du poëme des Vosges de M. François de la ville de Neufchateau. L'auteur semble les avoir pris pour

règle de conduitei car depuis Yàge le plus tendre, il a constamment voilé son âme, étoufie son génie, éteint sa pensée et immolé à la peur, la passion cf un grand cceur, le bien public.

Voltaire, dans une de ces lettres flatteuses, écrites dans un moment de bonne humeur, aux jeunes gens qui lui adressaient leurs premières productions, appelle Monsieur François, son successeur ; si par hazard, on a le couragje de parcourir les œuvres du prétendu M. de Neufchateau, on remarquera qu'il a tiré un triste parti du magnifique héritage légué à M. François. Ses vers, dont nous

venons de donner un échantillon on les lui a pardonnes

une quarantaine d'années en &veur de sa Jeunesse ; pourquoi ne les lui pardonnerions-nous pas aujourd'hui en faveur de sa vieillesse ! F. Châtelain.

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