INTRODUCTION
Le commerce anglais et la Puissance anglaise sont deux jumeaux nés d'une sage liberté. Tant que ce pays, aujourd'hui si riche, si industrieux et si fort, a existé sans institutions et sans garanties, tout Commerce lui est demeuré inconnu, et sa puissance insignijfiante et précaire n'a point franchi les limites étroites dont la nature la entouré. Cette vérité est historique.
L'Espagne, le Portugal, la Hollande, les républiques d'Italie et les villes libres des bords de la Baltique faisaient depuis long-tems uji échange fructueux de leurs produits contre les produits des pays les plus lointains, que l'Angleterre méconnaissait encore les grands et précieux avantagés que sa position lui donne pour aire le commerce universel. Avant le 14ème. siècle, quelques laines brutes vendues aux. étrangers et principalement aux Flamands, formaient à peu près tout le commerce d'exportation de l'Angleterre, tandis que ces mêmes FlatDanda> fit presque tous les peuples du Nord et du midi de l'Europe venaient l'approvisioner de ses besoins, et s*enrichir à ses dépends. Mais quelle est la &talité qui paralisait ainsi le Commerce de ce pays? — ^la*même qui enchaînait ses enfans à la glèbe, les livrait aux horreurs de l'anarchie, aux fléaux de la conquête, oii à la dégradation du despotisme. L'hétérogénité de la l'heptarchie Saxonne ; l'invasion des Normands ; les guerres follement entreprises pour soutenir des prétentions royfdes à la couronne de France, les longues et sanglantes querelles des maisons d'Yorck et de Lancastre, et la nature des gouvernemens qui succédèrent à toutes ces frénésies sont les causes qui stérilisèrent si longtems le sol et l'industrie de l'Angleterre. Mais dès que l'aurore d'une sage liberté eut lui sur elle, dès que des institutions libérales et vigoureuses eurent élevé ses habitans à la dignité de l'homme et garanti leur avenir, alors toutes les immenses facultés de ce pays se sont développées avec une rapidité dont on ne trouve d'exemple dans l'histoire d'aucun peuple, ancien ou moderne. Toutes ses ressources, tous ses moyens d'échange, de production et d'achat, les travaux de son agriculture et de ses manufitctures, ses entreprises industrielles et maritimes atteinrent soudain la hauteur de la perfection de ses institutions civiles et politiques. Dès lors s'établit entre la richesse commerciale, et la liberté du peuple anglais cette correspondance perpétuelle d'action et de réaction qui assure leur durée, et fidt
l'admiration de l'univers.
Nons publierons dans peu, les articles faits sur les trois ouvrages précités.
1M us MEBCURE DE XONDRBS«
: ' heà limites de cet apperça ne nous permettent que d'efSeiurer très superficiellement ces causes premières d'abondance et de prospérité; nous ne pouvons qu'en signaler les principales à la reconnaissance de la nation britannique» et à l'imitation des peuples étrangers qui aspirent à la richesse et à la puissance.
La nature et l'homme ont posé les bases de la suprématie commerciale de l'empire britannique. Une situation formidable, d'où son commerce se porte à volonté sur tous les points habités du globe ; des côtes maritimes sûres ; un grand nombre d'cptcellens ports et des rades ; des rivières et des canaux qui traversent le pays dans tous les sens ; voilà ce que la puissance actuelle du commerce anglais tient presque entièrement de la nature. Voyoïjs ce qu'elle doit au génie de l'homme et à la bonté des instituions qu'elle en a successivement reçu.
1°. La constitution qui depuis plus d'un siècle et demi a environné toutes les propriétés et toutes les industries d'une garantie inviolable, à l'ombre de laquelle elles ont pu se développer et croître en toute sécurité. De ce bienfait primordial sont dérivés les suîvans.
8°. La première de toutes les libertés, c^est celle de la presse^ éToù sent nés avec une rapidité électrique toutes les inventùms du génie, les procédés des arts, les lois delà mécanique, et en général toutes idées ghiÀreuêe», tmoes les découvertes utiles,
3o. L'institution du Jury en toutes matières de Juridiction, qm place l'homme, la vie et la propriété du citoyen sous la sauve garde de la loi, et à l'abri des atteintes des passions humaines.
De ces trois points organiques sont provenus des faits secondaires qui sont à la fois, résultats. et causes,, les voici:
4^. Les longs crédits que Fimmensîté des capitaux acquis par les négocians anglais, leur ont permis de faire à leurs débiteurs ; la loyauté, la probité, la bonne foi qui président aux transactions de la nation.
5o. La consommation immense de presque toutes les nations des deux Indes qui rendues à la liberté ou soumises au sceptre de la Grande Bretagne s'alimentent et s'alimenteront bien long^ tems encore des produits de sa prodigieuse industrie*.
6o. La puissance magique de son crédit qui, malgré les revers passagers qu'il a subi et qu'il subit aujourdliui, lui donilera toujours les moyens, nous ne dirons point de fomenter et de nourrir toutes les guêtres qu'elle croira utiles à ses intérêts, mais d'assuret' sa sécurité et sa gloire contre ses ennemis.
'7^ La lettre de change sanctifiée par la foi nationale, et à l'aide deîaquelle l'Angleterre opère par d'nabîïes calculs le déplacènient de la richesse des deux hémisphères en faveur de ses intérêts commerciaux.
8®. Enfin l'étendue et la mobilité de ses forces havalé^qiî protègent toujours et partout faction immense de son organisation politique» commerciale et industrielle.
lA MERCURE ï>Sr LONDRES. 105
A toutes ces causes il £iut en ajouter ime autre importante do&t raetîon puissante est de tous les instans : nous voulons parler de Texistence du Conseil de Commerce et des Colonies dont l'active sollicitude embrasse, depuis 1 50 ans, le passé et le présent ; calcule l'un par l'autre, et fixe ainsi les destinées de l'avenir, combine les rapports qu'ont entre eux l'agriculture, l'industrie et le commerce ; étudie sans cesse les besoins et les goûts de tous les peuples qu'il subordonne pour ainsi dire à l'industrie Britanique qu il environne d'une vigilance qui ne s'assoupit jamais.
Tels sont les principaux élémens de cette colossale fortune commerciale dont nous avons recherché les résultats numériques que les tableaux cy-après présentent aux regards de toutes les classes de la nation anglaise. Ce ne sont point de savantes théories ni d'hypothétiques spéculations que nous leur offrons ; ce sont simplement des calculs basés sur les plus irrécusables autorités et confirmés par l'expérience. Ces calculs nous les avons péni* blement recherchés dans de nombreux volumes et des milliers de documens les plus authentiques, pour les resserrer dans un cadre que r intelligence la plus superficielle puisse embrasser et expliquer en un coup d'œil. Voilà l'unique mérite de ce petit travail que nous avons entrepris, comme nos précédens tableaux, dans le but principal d'établir une espèce d'échelle d'après laquelle toutes les personnes intéressées à la prospérité commerciale et industrielle de l'Angleterre puissent d'un seul regard connaître le passé, apprécier Te présent, et calculer l'avenir. Aussi est-ce surtout à tous les dégrès de la hiérarchie commerciale que nous déiditms cette simple feuille de papier. Puisse-t-elle vous être de quelqu'utilité, à vous laborieux agriculteurs qui fécondez le sein de la terre et eh obtenez les premiers besoins de la vie, comme les premiers élémens de notre luxe et de nos plaisirs ;
A vous industrieux manufacturier» qui recevrez ces produits pour les approprier à la foule des besoins et des caprices de tous les peuples ;
A vous honnêtes négotians dont les vastes et habiles combinaisons calculent. les besoins et opèrent l'échange des produits de toutes les parties du monde.
C'est à vous, et à tous ceux qui vous succéderont dans votre honorable carrière que j'ofire le tableau des miracles que vos efforts et votre persévérance ont accomplis. Heureux si, en abrégeant vos recherches ce petit travail peut épargner quelques minutes d'un tems aussi précieux que le vôtre ! alors mes soins et mes veilles auront obtenu la seule récompense que j'ambitionne.
Si nous ne savions que la modestie est la compagne fidèle du véritable talent, Mr. Moreau nous l'apprendrait.
Nous répétons avec tous les journaux des diiférens partis.
lOa LB MBRCURC DE LONDRES.
** qu*il n*e9i poimi éeeon^tmr ni de bibllkMèqut où k» ouvrage» de Mr. Mij/reênne doivent figurer en première ligne.
F.Chatblain.
MANIÈRE im FRAPPER AUX PORTES.
Les portes cochères sont très rares à Londres, et restent fermées comme toutes les autres. La manière de frapper, désigne la qualité de celui qui se présente. Frapper un coup de moins serait se dégrader, et un coup de trop, une usurpation, une insolence. Un seul coup annonce le laitier (milkman) le charbonnier, un domestique de la maison, un mendiant : il signifie, je vaudrais bien entrer. Un double coup indique le facteur de la poste, un porteur de billets de visite et d'invitation, ou tout autre messager, n exprime qu'on est pressé, qu'on vient pour affaire, et signifie, il faut que f entre. Un triple coup dénote le maître ou la m^tresse de la maison, ou des personnes qui la fréquentent ordinairement. Il dit d'un ton impératif, ouvrez. Quatre coups bien frappés annoncent une personne de bon ton immédiatement au dessous de la noblesse, qui arrive en voiture : Il signifient, je veux entrer. Les quatre coups répétés deux fois dans le style vraiment staccato et ferme, annoncent Milord, Milady, un nabad d'Arcot, un prince russe, un baron allemand ou quelqu'autre personnage extraordinaire. Ils signifient, je vous fais beaucoup dhowneur en venant ekez vous
Ces manières bruyantes de frapper, qu'on appelle en anglais, tonner à la porte (dtwr'tkmdering,) peuvent flatter quelqiie&is la sotte vanité de ceux qui reçoivent les visites, mais elles sont bien inconnpnodes et bien impolies. Ne peut-on aller voir son voisin, son ami, sans s'annoncer par une espèce d'insulte? ne peut-on «eiv* tretenir le commerce social sans livrer un assaut à l'habitation de celui avec qui on souhaite passer une heure ou deux en bonne harmonie, et dans l'épanchement d^ la confiance ? cet usage de tonner à la porte y est d'une pratique universelle. Tout domestique qui frapperait un coup de moins qu'il n'appartient au rang ou aux prétentions de son maitre, serait aussitôt renvoyé. Certes de toutes les manières de faire du bruit dans le monde, celle-ci n'estpas la moins absurde, et on devrait bien la défendre, comme perturbatrice de la tran^UUé publique.
• L'observateur.