‹ Le Mercure de LondresChapitre 8 sur 125 · DE L'INFLUENCE DES MACHINES A VAPEUR · texte numérisé non relu

DE L'INFLUENCE DES MACHINES A VAPEUR

Sur la prospérité publique.

Description de leur appareil. — Leurs principaux usages. — Leur effet probable à la guerre, — Leur influence sur la navigation et rindustrie.

L'introduction des machines à vapeur et leur application aux différentes branches de l'industrie, ont causé une révolution si importante dans les manufactures et dans les arts, que nous croyons faire une chose agréable à nos lecteurs de France en leurs présentant un exposé, clair et simple, des phénomènes qui résultent de cette admirable invention. On ne les connait guèreren France que de réputation^ et ils sont un peu, parmi les français, comme ces mines du Mexique et du Pérou, dont tout le monde parle, et que peu de personnes ont vues. Lorsque la connaissance en sera plus répandue, leurs avantages seront mieux appréciés et l'on se demandera peut-être, avec étonnement, pourquoi la France possède à peine S ou 400 de ces machines, tandis qu'ici en Angleterre on les compte par milliers. Ofïrons d'abord une description succinte de l'appareil principal. ■

Il consiste en un large cylindre, qui reçoit un fort piston du même diamètre, comme dans la pompe foulante. La vapeur est fournie par une vaste chaudière, d'où elle s'introduit dans le cylindre au moyen d'une ouverture, qui peut se fermer à volonté. La force de la vapeur* soulève le piston auquel est adapté un long levier, qui sert à mettre en mouvement une pompe, une manivelle, un mécanisme quelconque. Parvenu à une certaine hauteur, le piston ouvre, dans la partie supérieure du cylindre, une soupape qui laisse entrer une petite quantité d'eau froide : la vapeur est à

* On sait que cette force est due à la tension de la vapeur, qui cherche à occuper un espace 1700 fois plus considérable que celui de l'eau dont elle émane.

Finstant condensée, le vide s'opère dans le cylindre» et le piston chargé de la pression atmosphérique, redescend pour être soumis de nouveau à l'action de la vapeur. Il remonte et redescend ainsi continuellement avec une force proportionnée à la quantité et à la tension de la vapeur qui lui est appliquée. Une machine dont le cylindre a 30 pouces de diamètre et dont le piston frappe 17 coups par minute, équivaut à la force de 40 chevaux travaillant jour et nuit,* et elle consomme 11,000 livres de charbon en ft4f heures.

On conçoit maintenant sans difficulté les diverses applications de ce puissant appareil : le levier adapté au piston, peut faire mouvoir toutes sortes de mécanismes, depuis le plus simple jusqu'au plus compliqué. L'illustre Watt, auquel l'Angleterre reconnaissante vient d'élever une statue, est le premier qui ait donné à la machine à vapeur, cette flexibilité qui permet d'en retirer d'aussi grandes services. On peut l'en regarder comme le véritable inventeur. Avant lui, quelques anciens et plusieurs modernes avaient observé les résultats pratiques de la tension de la vapeur ; mais c'est à Watt qu'appartient tout l'honneur de les avoir appliqués à la mécanique et d'en avoir armé la main de l'homme. On ne sait ce qu'on doit le plus admirer du génie ou de la patience de cet utile citoyen, lorsqu'on étudie avec soin l'histoire des machines à vapeur ; j'en ferais volontiers juges mes lecteurs par eux-mêmes, si la nature de cet article et le défaut d'espace ne m'interdisaient les détails purement techniques. Il suffira de dire qu'au moment où je parle, le pouvoir de l'appareil de Watt équivaut, en Angleterre seulement, à la force de 500 mille chevaux, ou selon le docteur Ura, de cinq millions d'hommes.

Cette prodigieuse machine, parvenue aujourd'hui à une très haut dégré de précision, de souplesse, et de régularité, soulève des vaisseaux de ligne, sert à forger des ancres, à filer le coton et la soie, à broder la mousseline et à façonner tous les métaux. Par elle, le génie de l'homme exploite dans les entrailles de la terre ses nouvelles conquêtes ; il brave sur mer les vents contraires, et les calmes, plus redoutables encore ; il remonte les rivières les plus rapides, et il rend à la vie les contrées les plus disgraciées de la nature. Des villes entières lui doivent toute leur existence : Birmingham, Manchester, Leeds, Preston, Glasgow, sont là pour l'attester. L'Amérique étonnée reçoit avec transport ce présent de l'ancien monde : le Mississipi, l'Ohio, la Chésapeak, et même l'Orénoque, l'on vu paraitre sur leurs rives.

J'entends dire quelquefois que l'industrie et la mécanique étouffent la poésie et n'ont rien de ce charme séduisant attaché aux grandes choses. N'est-ce point un beau spectacle que celui d'un vaisseau à vapeur, excité par le feu, et semblable à un être animé, lorsqu'il

* C'est-à-dire, à 120 chevaux travaillant 8 heures par jour.

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s'avance majesteusement sur la oîme des vagues,! et ^u'il brave, appuyé sur, ses ailes rapides, leur fureur impuissante ! n'ayonsnous pas des .expressions à créer,, pour peindre ces chars mobiles obéissant au char qui les entraîne et qui les guide, en traçant sur leur route un sillon de fumée! £t qu'a-t-il &]lu pour obtenir ces merveilles ? un peu (Teau, un c^lindre^ et quelques leviers ! lorsqulon. réfléchit qu'avec ces faibles moyens, on est parvenu à augmenter la production d'une manière presque illimitée, qu'on a rapproché les distances les plus considérables, et préparé à l'bu* manité. entière un avenir plus doux, une existence plus heureuse; n'y a-t«il rien dans tout cela, qui puisse faire battre le cœur d'un poëte ! -

Considérés sous un rapport plus sévère, les résultats de la dé*couverte de Watt confirment ce bel aphorisme de Bacon : " le savoir EST UNE PUISSANCE." *^ En effet, la machine à vapeur parait destinée à balancer l'influence des gros vaisseaux de guerre : elle échappera à leurs lourdes Hianœuvres, et rendra leur fuite en cas de déÊute, extrêmement diffidle. Elle leur aura dérobé la foudre, comme Franklin ravit le feu du ciel, et l'on pourra dire aussi de Watt, qu'il arracha. le sceptre. aux tifrans, puisqu'il aura rendu les mers libres. Son appareil, tout puissant, offre déjà aux industries de toutes les nations des communications promptes et faciles; on n'a qu'à suivre de l'œil' les magnifiques paquebots qui croisent entre iJondreset Calais, le Havre et Soudiampton, Brigfaton et Dieppe^ pour juger de l'avenir par le; présent. Bientôt sur ces merveilleuses embarcations, les Suîsseis iront visiter l'Angleterre et les villes Anséatiques : on dira le port de Bâle comme on dit le port de Bristol et celui de Hambourg ; on naviguera sur le Rhin, comme on se promène en bateau à vapeur sur Tes lacs des Alpes, de l'Ecosse et de l'Amérique.

Hâtez-vous donc, Français ! partagez avec vos voisins d'outremer l'héritage de Watt* Les découvertes du génie sont le patrimoine de Fespèce humaine toute entière^ vous y avez des droits incontestables, vous qui avez produit tant d'iuûnmes de génie ! Que les machines à vapeur ne courent pas'seulement sur la Seine ^ de Paris à St. Cloud, pour amuser les oisifs de votre capitale ; qu'ell^s vivifient vos manufactures, vos mines si riches et si mal exploitées ; que vos- ouvriers fassent connaissance avec elles, et raisonnent sur leur construction comme ils le font diaque jour ici et en Ecosse ; alors vous verrez bientôt les districts les moins populeux de notre belle patrie, se couvrir d'heureux habitans; La Sologne, Les landes, l'Auvergne, les départemens qui manquent de cour? d'eau pour leurs fabriques ou de routes pour leurs déboucbes, renaîtront à l'industrie ; alors vous tirerez quelque parti de l'immortelle découverte au moyen de laquelle, les Anglais, par le seul secours des machines actuellement en exercise dans

leur pays, oni prouvé qu'ils pourraient remuer les ppamides d'Egypte en moins de 5 heures.

A. B. ANTI-IGNOEANTIN.

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