PARIS
Il devient difficile aux hommes de bonne foi d'accomplir les pratiques de la dévotion ; car la bonne foi ressemble, de nos jours à TafTectation d'un faux zèle, et la dévotion à de Tmtrigue. Si vous entrez dans une église, vous avez Tair de faire officiellement une démarche de solliciteur ; et si vous portez à la main un livre de prières, on croit que chacun des feuillets est une pétition. Nombre de pudeurs s'effarouchent à l'idée de prêter à cette calomnie. Combien ne faut-il pas d'humilité chrétienne pour se résigner à être confondu avec ces catholiques de circonstance, qui ne demandent à Dieu que des recettes générales, et des souspréfectures ?^voyez ce grand capitaine : il suivait hier la procession ; et parce qu'il était seul de son grade à porter un cierge et des heures, parce qu'après avoir long-tems marché devant nos soldats, il cheminait à la queue des séminaristes, on veut fait passer sa foi pour ambitieuse. On dit qu'il rêve aux honneurs de la pairie, et qu'il soupire en lisant les gazettes par le seul rapprochement de ces faits, qu'un roi de Portugal vient de mourir, et un nouveau prince de porter sur le trône le nom de Nicolas. Nous connaissons d'honnêtes personnes que les persécutions de l'église, le danger d'exercer leur culte, n'eussent point arrêtées au tems de Dioclétien lui-même, et qui osent à peine entrer à l'office par la petite porte, honteuses de leurs vertus, attendant pour les manifester que la chaire, ne soit plus un théâtre, le choeur, une antichandn'e de courtisans, les cérémonies romaines, un objet de mode.
Oui de mode. Après avoir fait, au commencement du siècle, une ressource de poésie épique de la religion, voilà qu'elle devient un délassement des plaisirs mondains, un intermède de salons.
* Vie de Charles :^II, faisant partie de la collectM»ii des classiques Français^ pnbliée par Mr. Ventouillac.
Nos prédicateurs vont en ville ; il& donnent des soirées comme les virtuoses. Plus de raouts ce sont des conférences ; plus de boudoirs, ce sont des chapelles. Depuis qu'un saint abbé, un prince iroquois et son cornac, ont parlé et chanté tour-à-tour dans une réunion solennelle, une soirée de bal ne commence plus, dans le grand monde, sans avoir été sanctifiée par un prône. On a diez soi un orateur sacré, comme du tems du directoire on avait un mystificateur.
Comment, disait un de nos amis à la dévote madame de P. ces choses-là se passent-elles, s'il vous plaît? — Rien de plus simple. On vient ; on est vêtu pour le bal, on entre au salon sans ôter le schall qui vous couvre, on cache sous sa robe courte les souliers de satin blanc, le bouquet sous son mouchoir ; on s'assied en silence, et les yeux baissés. Alors l'abbé entre, les yeux baissés aussi, et il se place sur un siège, une espèce de tabouret, au milieu de l'assemblée. — £t aucun préambule ne dispose les auditeurs ? — Je vous demande pardon : une courte prière. L'abbé la murmure des lèvres. — Faites- vous. • •» un signe. . • .pour y répondre; — Oui, un peu. • • .sous l'éventail. . . .Qientalement. . . • — Le sermon fini ? — Eh bien ! on applaudit l'abbé ; il se retire ; on fait entrer les musiciens, et le bal commence. C'est la mode
C'est la mode ! et bientôt nous aurons sous les yeux des billets d'invitation, où ces mots ridiculement adaptés, '* il y awra wt violon/* seront remplacés plus ridiculement encore d'une façon fort édifiante.
Le nouveau Fioa.ro.