‹ Le Mercure de LondresChapitre 77 sur 125 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

TrtuhtUe de Lord Byron, par Arûtide Guilbert»

Londres: Hunt et Clark, 38, Tavistock Street, et au bureau de notre journal.

Lorsque cette Ode parut pour la première fois, dit Mr, Ouilbertf elle dut offenser un grand nombre d'Anglais. Lord Byron s'élevait avec une telle force contre l'interposition d'un peuple dans les affidres d'un autre ; il condamnait avec tant de hardiesse une vic*> toire qui était considérée comme un triomphe national ; qu'on put le soupçonner d'avoir étouffe dans son sein tout sentiment d'amour pour sa patrie. Dix années ont prouvé que ce grand poëte avait eu raison de ne point partager l'enthousiasme général. Cette victoire qui devait assurer le bonheur de l'Europe et établir la puissance de l'Angleterre, a réduit l'une à une état déplorable et diminué l'importance politique de l'autre.

L'auteur d'une lettre à Lord John Russell, publiée sous ce titre the Mornrce and remedy of the national dificuHieêf expose les suites

que la bataille de Waterloo a eues pour l'Europe. " Si on n'avait ** point envahi le territoire d'un peuple aussi puissant que les Fran- *' çaisy pour les forcer de se soumettre à un roi qui leur était *^ odieux ; les princes qui forment la Ste- Alb'ance n'auraient point ^' fait marcher leurs troupes contre les nations plus faibles, qui, '* depuis, ont cherché à mettre des bornes au pouvoir de ceux qui " les gouvernent." Il considère la destruction de la Liberté en Italie, comme une conséquenccr du rétablissement Louis XVIII par des armées étrangères. S'il écrivait maintenant il en dirait autant de Fabolition de la Constitution des Cortès dans toute la Péninsule.

C'est par ces lignes pleines de sens, que Mr. Guilbert prélude à ses chants poétiques. . Ecoutons-le :

*' Quoique tes plaines aient regorgé du sang de la liberté, notre malédiction ne retombe pas sur toi, Waterloo ! il a coulé, mais il n'est point perdu "

Après ce bel exorde, voici de quels traits Lord Byron peint Napoléon. Mr. Guilbert a rendu avec un rare bonheur la mâle énergie de son sublime modèle.

" Il a tombé le chef, mais ce n'est pas sous vos coups, conquérans de Waterloo ! "

*' Qui de tous les despotes conjurés pouvait résister à ce jeune chef! qui jamais put vaincre la France, avant le jour oii la Tyrannie s'arrogea le commandement ? avant le jour où, tourmenté d'ambition, le héros se dégrcuia jusqu'à se faire roi ? alors il tomba ; et puissent tomber comme lui, tous ceux qui avec l'aide des homnurs veulent réduire les hommes à l'esclavage !"

Mr. Guilbert n'est pas moins heureux eti parlant de Murât.

" Et toi, dit-il, et toi aussi guerrier au panache éclatant ! toi qui n'as pu obtenir de ton royaume même une tombe ! Il aurait mieux vallu pour toi que tu eusses toujours ouvert à la France, un chemin de sang au travers des hordes de stipendiaires, que d'avoir acheté de ta vie et de ta gloire, le titre que, tout souillé de meurtre, 'porte le tyran de Naples ! que tu étais loin de croire, quand, avec ton cheval-de-guerre, t'élançant au milieu des bataillons, tu ravageais comme le torrent qui a renversé ses digues ; et, qu'autour de toi, les casques brisés et les épées rougies, brillaient d'éclairs, ou volaient en éclats ; qu'un jour tu devais finir comme tu as fini ! * et ce panache si superbe a-t-il été abattu par l'arme insolente d'un esclave ? autrefois il paraissait à la tête des braves, comme l'écume qui devance les flots. Là où le cri de la mort était le plus perçant, où le débris de la bataille jonchait le plus la plaine ; au moment, où, la tête couronnée de feu, le sein rayon-

* Voici les détails que Keppel Craven donne sur la manière dont Marat fat pris et mis à mort.

** Poursuivi par lés habitans d'il Pizzo, il parvint à gagner le bord de

nant de Victoire, l'Aigle entourée du tonnerre, s'avançait ; et que la ligne enfoncée, se répandant dans la plaine, tombait ou fuyait ; là, dans cet instant. Murât chargeait, là jamais il ne chargera plus ! "

Plus loin, il ajoute : *' le bonheur de la France n'est point dans Tempire d'un Capétien ou d'un Napoléon.* C'est du règne des lois, de l'égalité parmi les hommes, de l'union des cœurs et des esprits qu'il dépend."

Ces citations font assez juger de l'ouvrage pour que nous n'ayons point besoin de faire autre chose que de l'annoncer. Nous en re-

la mer. Il ne trouva point les vaisseaux qui l'avaient apporté lui et sa troupe ; par méprise, lâcheté, ou trahison, ils s'étaient éloignés de la côte. Il se jetta dans un bateau-à pêcheur ; et s'efforça de le dégager des pierres. Dans ce moment une balle blessa un «les siens ; il agita un mouchoir blanc dans l'air, pour dire quMl se rendait. On le mena, ou pour mieux dire, on le traîna, au petit <:hàteau qui .sert de citadelle, à la ville d'il Pizzo. Comme il passait, la populace assemblée, l'insulta d'une manière cruelle. J'ai entendu conter, qu'une femme dont il avait fait mourir le fils, pour crime de brigandage, lui arracha le poil d'une de ses joues."

*' On le jetta d'abord dans une méchante chambre. Il y passa la nuit. Le lendemain, de grand matin, le Commandant de la division arriva de Montéléone ; il ordonna de le conduire dans une chambre plus propre, et qui offrait les choses de première nécessité. La nouvelle de son débarquement fut transmise a Naples par une dépêche télégraphiaue. On reçut par le même moyen, l'ordre de le juger de suite. Il avait fait sa descente le 8 octobre 1815, et le 13 de ce mois, condamné à mort, il écrivit à sa femme et fut exécuté.

^ La forteresse d'il Pizzo est très petite. Au-dessus du premier étage s'étend une plate-forme. Deux murailles, placées, à distances égales, y forment une espèce de galerie découverte, d'environ douze pas de longueur. Elle est bornée par un parapet, qui fait face à la mer. Murât, le dos contre le mur, donna Inî-même le signal aux soldats, placés à l'autre extrémité. Ils firent feu ; et, il tomba la tète contre la porte d'une chambre où étaient ses compagnons d'infortune.

*' On l'enterra sur le champ, dans la principale église delà ville. Quelques années avant sa triste nn, dans un voyage qu'il fit dans la Calabre, il avait accordé 2000 ducats pour la réparation de ce bâtiment. Des planches, fixées dans le pavé, marquent la place où son corps est déposé."

** Le bruit a couru qu'on avait arraché ses restés de la tombe pour les brûler, (llie Miscellaneons Works of the Right Hod. Lord Byron, Vol. III. page 329.)

* Lord Byron exprime dans ce passage des sentimens dignes d'un républicain. Il pensait que ni l'ancienne, ni la nouvelle dynastie, ne pouvaient rendre la France heureuse ; et que l'une et l'autre devaient être rejettées pour établir un gouvernement populaire. Le règne de Napoléon où elle a eu de la gloire Sans liberté, et celui de Louis où elle a eu de l'esclavage sans gloire, prouvent qu'il avaitraison de penser ainsi. On trouvera étonnant qu'un homme du rang de Lord Byron, conseillât l'établissement d'une République ; mais on ne doit pas oublier qu'il n'entendait point par ce mot la tyrannie d'une bande de démagogues dépourvus de vertus.

Notes de Mr. Guilbbrt.

commandons la lecture à tous ceux qui aiment voir de belles idées» sublimeraent rendues, et à tous les amants de la liberté. Mr. Guilbert, par cette seule traduction, se place au premier rang de nos traducteurs, il faut un génie ardent pour faire passer en une autre langue les beautés d'un lord Byron, et Mr. Guilbert a prouvé qu'il était possesseur de ce feu sacré, devenu si rare de nos jours, de ce feu sacré qui embrassait Tâme du noble lord.

L'ode sur la bataille de Waterloo est suivie de notes qui se recommandent par un intérêt le plus vif.

j F. Châtelain.

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