‹ Le Mercure de LondresChapitre 9 sur 125 · MONSIEUR BAOUR LORMIAN · texte numérisé non relu

MONSIEUR BAOUR LORMIAN

En lançant contre les romantiques Tépigramme dont nous rendons compte ci-après, M. Baour, a trouvé, dans le camp de ses ennemis, un continuateur de Lebrun qui lui a décoché le trait suivant:

n est un temple obscur, gothique, suranné Où quarante immortels brûlent quarante cierges Devant neuf vieilles sœurs au visage fané :

Baour de ces neuf sœurs est Famant fortuné :

On dit qu'elles sont toujours vierges

Et je n'en suis pas étonné.

Le SECRETAIRE DE MaDAME BaOUR.

Le classique et le romantique, dialogue; ,par M, Baour

Larmian, « - .

On me demande quelquefois si je tiens pour le romantisme ; je réponds que je n'en sais rien, et je prie les questionneurs de m'expliquer ce que c'est que le romantisme, afin que je. sache si j'en suis partistiai ou non. Entre-t-il dans tous les genres de poësie, dans î'épopée,''la tragédie,' la comédie, le poëfflé héroïque, l'ode, Fépigramme, &c. ? Quelle est sa forme et son caractère? quels sont ses règles, ses limités dans chacun de ses genres ; qu'on veuille bien ùiire une liste- où Fon écrira : Les romantiques sont ceux qui, 4rc., qu'pn terminera ainsi : par exemple, dans tel owùrage,A suit telle marche, et V s'est asservi à telle autre, en traitaut lé même sujet. Alors je pourrai me décider; Jiat lux, je ne vois pas clair dans les ténèbres.

• Sur ce-qUe Ton s'enquiert si je auis admirateur de Lamartine, et l'on m'en lit quelques pièces, où tout est vrai, énergique, pris dans la nature et chaudement inspiré, et je m'écrie comme Voltaire (qu'on me passe la modestie du trait :) Beau ! très beau ! en s5it l'auteur qui voudra ! Exploitant alors mon enthousiasme, on veut que je m'extasie sur une main qui savoure une feuille .... j'éclate de rire, on m'accuse d'abord de me contredire et de juger diversement le même écrivain, comme, s'il dépendait de moi que tous ses ouvrages fussent également bons ! et puis, autre accusation on me dit : que je veux comprima Vêhm du siècle

Ah ! ah ! dans ce siècle où l'on savoure avec la matn, on flaire

sans-doute, avec le ventre, on se mouche par F oreille et Ton écoute

avec le nez absurde! absurde au plus haut des superlatifs!

mais un moment, risum teneatis, écoutez :

Le calme aérien qui ierpente en ces lieux.

Un sort plein de faveur

A doté mes destins d'un luth vierge et rêveur.

Mais le tems, vieux de jours, sur son horloge antique,

Ne vibrait point encor mon heure poétique,

Et sur le Pinde encor je flottais à m'asseoir

Le soleil sur la tour crénelée

De ses derniers rayons sème For expirant.

Les ombres s'allongeaient, couraient Vune après Ttme *

quant tout-à-coup la lune

Ronde et large surgit au milieu des brouillards, Et verse au bleu ga)zon l'argent de ses regards. Que mon nom luise égal dans ce double univers. Et tandis que je tiens en main cette satire où Mr. Baour Lormian a su réunir sans fatiguer ses lecteurs, une foule de traits ridicules de ses adversaires, je saute de page en page, et ma gaité va crescendo à, chaque impertinence nouvelle de nos tudesques néologistes, et, m'enflatnmant bientôt de l'indignation de l'auteur, je m'écrie avec lui aux imprudents novateurs des fadaises que je viens de citer : Et que sont vos écrits? l'opprobre du Parnasse. Qu'y trouve-t-on ? des mots vides et boursoufflés Tout honteux de se voir l'un à l'autre accouplés. Raisonnable, correcte, piquante, agréable à lure, la satire de Mr. Baour pourrait être plus variée ; en certains endroits plus poétique .... au reste, beaucoup de personnes prétendent que Mr. Baour n'a jamais eu en rien une vocation bien déterminée, et qu'après avoir fait feu sur un camp, il y va quelquefois charger ses armes pour tirer contre l'autre ; ainsi que pourront s'en convaincre ceux de nos lecteurs qui voudront lire les articles que nous avons consacré à Mr. Baour dans le journal que nous avons . publié l'an dernier sous le titre du Petit mercure.

F. Châtelain.

JV^. Au prochain No. notre dernier article sur le Petit ërikite et kl' iraducHon dun des plus beaux morceaux de Childe-harold.

Page 1