‹ Le Mercure de LondresChapitre 87 sur 125 · ACTE IL · texte numérisé non relu

ACTE IL

Le théâtre présente un aspect vcLste et délicieux, des arbres en fleurs ou garnis de fruits, des bosquets touffus de la verdure, le portique du Temple de la Volupté, et Ventrée de la grotte mystérieuse de Paphos.

Vénus arrive. Les Plaisirs, les Jeux, les Risf sortent précipitamment du temple de la Volupté, et vont recevoir la déesse. Les Grâces* sortent également du temple, elles promettent à Vénus d'être ses compagnes fidèles.

La Volupté arrive languissamment couchée sur un lit de repos, son attitude respire la molesse et l'amour.

Les deux déesses par un attrait sympathique, vont au devant Tune de l'autre, et chacune d'elles surprise de voir tant de beauté s'admire en extase. Les Grâces s'allient au couple divin qui s'em-^ brasse affectueusement.

La Volupté prend un flambeau sous l'autel, placé sur le portique du temple et le présente à Vénus. A peine celle-ci Pa-t-elle saisi, que la flamme jaillit ; l'amour émerveillé de l'effet du flambeau, le demande à sa mère, qui le lui confie.

La Volupté enseigne à Vénus les poses les plus gracieuses, ici»

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* Mlles Obi'îen, Généraux, Rosalie, Gaet.

c'est l'expression naïve de Tinnocence, l'embarras de la modestie ; là 9 le charme des désirs naissans, la douce ivresse du cœur. — L'êcolière docile surpasse bientôt sa maitresse.

Cependant, Iris, en fidèle messagère, a été porter aux autres dieux la nouvelle de la naissance de Vénus, elle a dit quels étaient ses charmes.

ApoUon, Mars, Mercure et Fttfcain, accourent pour se disputer la main de la belle déesse.

Mercure vante la puissance de son caducée, et n'est point écouté. — Apollonle cistre en main cherche à séduire la belle déesse par ses accords, mais Apollon a eu la maladresse de choisir la musique du sieur Bochsa, il a le sort de Mercure. Mars, armé du bouclier, et le casque en tête exécute une danse pyrique. Vénus ravie de son noble maintien parait se décider en sa faveur, elle l'aide à se désarmer. Soudain Vulcain s'avance. Il est laid, il

est horrible, hideux, épouvantable mais il s'humilie, que

dis-je ? il rampe devant Vénus, qui, à la honte de toutes les déesses ses imitatrices, se laisse séduire par l'amour excessif de la domination, et l'accepte pour époux ; cependant, un coup d'œil amoureux quelle laisse tomber voluptueusement sur Mars, fait présager que Vulcain sera bientôt réduit à forger ses filets.

Mars s'est retiré. Minerve et Polymnie viennent assister à l'union de Vénus, et une fête générale termine le ballet.

Tel est le cadre du ballet nouveau de Mr. d'Egville. L'auteur a triomphé avec bonheur du grand nombre de difficultés que présentaient et le peu d'étendue delà scène et surtout le petit nombre de sujets qu'il avait à sa disposition. C'est sans-doute, à cette dernière cause, qu'il faut attribuer la suppression de deux scènes* annoncées dans le programme ; scènes, qui, parfaitement rendues, eussent été parfaitement reçue, du moins le supposons-nous.

L'exécution du ballet, telle qu'elle est aujourd'hui, n'est pas irréprochable, mais cependant est loin d'être mauvaise.

Dans le premier acte nous avons remarqué une idée heureuse, c!est de faire rester Neptune, même après la naissance de Vénus. La mer alors est dans un calme parfait, et sans la présence du Dieu, ce calme serait un contresens. Il y a encore une idée philosophique à laquelle peu de spectateurs auront fait attention, c'est que parmi les heures, il y en a beaucoup plus de tristes que de gaies, de mauvaises que de bonnes, d'ennuyeuses que d'agréables ; tant il est vrai que tout n'est pas plaisir dans ce monde ! Si on trouvait cette objection fausse, nous engagerions nos contradicteurs à regarder attentivement Mlle Levasseur qui loin d'imiter Mlles Marinette et Delâtre a été pendant toute la pièce le plaisir le plus îàAe, le plus maussade, que nous ayons jamais connu.

* Nous reparlerons de ces deux scènes dans uu prochain article que nous nous proposons de consacrer an ballet qui nous occupe maintenant.

Nous ferons encore observer aux heures qu'étant toutes oom^ posées de 60 secondes, elles d(Mire&t avcnr une marche égale, et qu'au lieu de sauter, elles doivent voltiger en mesure.

Le pas de deux dans cet acte entre Tttfum Leblond, et Paurare Mdme Leblond est par&itement dansé. On s'apperçoit que Tithon retrouve de nouvelles forces aliprès de Faurore.

Celui de Zephir et Flore dans le tnéme acte est très gracieux et est admirablement exécuté par Couhm et MUe Fleurot.

Quant à Melle Brocard, les expressions manquent pour faire partager à un lecteur les douces émotions que le spectateur prouve ; Mlle Brocard nous force à réfuter Boileau. Ce malin satirique dit quelque part :

Ce que Voit conçoit bien 8*exprime clairement Et les mots pour le dire arrivent aisément,

Boileau a tort, s'il eut vu Mlle Broeard, il eut conçut des choses qu'il lui eut été impossible d'exprimer.

Dans le second acte La Volupté Pauline, arrive beaucoup trop précipitamment, c'est moins la faute de cette charmante personne que celle du machiniste qui pousse le lit de repos sur lequel elle est couchée avec autant de force que monsieur Jupiter en met lorsqu'il lui prend envie de faire aller son tonnère.

La scène du flambeau manque son efiet quand le flambeau ne

peut s'allumer entre les mains de Mlle Brocard ce qui

n'empêche pas les assistans de crier tacitement : ô miracle ! et ce qui devient un gros contresens par la faute du susdit machiniste.

Vulcain ne boîte pas assez ; si Gourrîer avait pu voir la démarche de l'académicien Roger, il pourrait être sur de jouer parfaitement en imitant ce boiteux personnage.

Nous avons également vu des amours bleus qui ne sont pas de petits anges. La couleur bleu ne convient point aux amours, s'ils étaient habillés de jaune, ce serait beaucoup plus naturel.

Nous avons remarqué dans le cours de ce deuxième acte un pas de deux entre Coulon et Mlle Fleurot, un pas.de trois entre Mlles Fleurot, Pauline et Coulon, un autre entre Leblond, Mlle Pauline, Mdme Leblond et Mlle Fleurot ; ces pas sont très bien exécutés ; nous en reparlerons dans un subséquent numéro et nous reviendrons sur chaque artiste de la danse, c'est dire ; nous parlerons de Mlle Mélanie qui joue aussi bien l'amour, que Mlle Darcey du théâtre français joue mal les amoureuses, c'est dire : . Théodore se trouvera nommé autrement que dans la dénomination des personnages ; c'est dire enfin nous parlerons des décorations, et des accessoires et nous ferons des réflexicuns dont quelques unes seront peut être semblables à celle ci : Ce tCest pas vouloir faire aimer la pudeur que de nous la représenter sous les traits de Mlle Spitalier, T. Chatblain.

De r Imprimerie de C. KiCfTARPs, 100, St. M&rtin*8 Laue, Charlng Croîs.

LE

PAR

Mb. F. CHATELAIN

1 ère année — No. lOme. — Samedi 29 Avril 1826.

POESIE

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