CAS EMPRUNTES AUX HAGIOGRAPHES
Dans le chapitre xxxii du tome II de la Mystique dwine, l'abbé Ribet, professeur de théologie morale au grand séminaire d'Orléans, rapporte un grand nombre de cas de lévitation attribués à des saints. Je préfère le citer textuellement, en me bornant à supprimer les textes originaux donnés en latin par l'auteur, au bas des pages (i).
Les êtres corpoi*els sont reliés entre eux, comme les anneaux d'une longue chaîne, par des actions et des réactions qui se prolongent et se répercutent jusqu'aux derniers confins du monde physique. A chaque point de l'espace matériel, s'inscrit la résultante des actions réciproques qu'exercent les unes sur les autres les parties qui le composent.
Considérée en général, cette loi primordiale de la matière, qui met ses éléments constitutifs en relation de dépendance, de liaison ou, comme s'ex-
(1) Dans l'Ancien Testament (Daniel, xiv, 35), on trouve rhistoiro d'Habacuc qui fut transporté à travers les airs, du pays de Judée aux terres de la Chaldéc.
Elisée s'enleva aussi dans les airs.
priment les philosophes scholastiques, de continuité, porte le nom d'attraction ; et, appliquée au rapport avec la masse terrestre des objets qui l'environnent, c'est ce que novts appelons la pesanteur. Tous les corps sont soumis à l'attraction impérieuse qui les pousse vers le centre de la terre, jusqu'à ce que l'équilibre soit établi entre l'action et la résistance ; les corps vivants eux-mêmes la subissent. Cependant la vie orfçanique est une sorte de lutte et de réaction contre cet asservissement de la matière par la matière, et, plus le principe de la vie est puissant et dégagé, plus le corps qu'il anime et qu'il commande semble soustrait aux servitudes extérieures. Une àme vaillante communique aux membres et aux organes quelque chose de la prestesse et de l'agilité de l'esprit.
Dans la vie mystique, cette spiritualisation est souvent portée jusqu'au miracle. Laissant de côté les phénomènes ordinaires, qui résultent de la simple influence de l'àme sur le corps, comme une marche facile, légère, précipitée, des mouvements vifs et rapides, sous l'impulsion d'un transport intérieur : aits, d'ailleurs, dont nous avons signalé le caractère merveilleux en parlant de l'extase et de la jvibilation ; — présentement, nous voulons seulement mentionner ces dérogations à la loi physiqiie de la pesanteur que l'action vitale ne suflit pas à expliquer.
Elles se produisent principalement dans l'extase et à des degrés divers. 11 est peu d'extatiques qvii n'aient été vus, une Xois ou une autre, dans leurs ravissements, élevés au-dessus de terre, supcndus en l'air sans appui, flottant parfois et se balançant au moindre souflle.