II
DURETÉ DE LA TÈTE d'UNE CONVULSIONNAIRE. — INCOMBUSTIBILITÉ.
Le genre des secours variait avec le caprice des convulsionnaires. Ces fails sont admis, reconnus et constatés par les partisans et par les adversaires des convulsions : l'historien n'a que l'embarras du choix. On peut en juger par les deux exemples suivants : « J'ai vu , dit un témoin , une fille s'élancer en se heurtant la tôte contre un mur avec tant de violence que tout le bâtiment en tremblait. Un jour elle cassa même d'un coup de lêle une table de marbre sans se faire la moindre meurtrissure '. » Une autre , sur-
le magnétiseur frappait dessus à grands coups de poing sans déterminer la moindre douleur. Une personne de notre connaissance particulière a pu, le lendemain d'une de ces expériences, produire les mêmes etîets sur l'une des femmes magnétisées la veille par M. Ilegazzoui. 11 est digne de remarque que les changements produils par le magnétiseur (grossissement, durcissement, érection et insensibilité) persistaient jusqu'à la démagnétisation du sujet. * Montgeron, tome lll, p. 686.
2 Id., tome II, p. 60.
3 Réflexions, ei.c, p. 530; Entrelien sur les miracles, p. 147. — Cité par D. Lalasle, tome II, p. HG'J.
nommée la Salamandre , se jouait de l'ardeur du feu. Un ami de Montgeron avait pu « faire cuire des pommes et durcir des œufs en les pendant au cou des convulsionnaires qui plongeaient leur tête dans les flammes'. » Certaines convulsionnaires se couchaient le long d'un foyer allumé; dans la même position que celle où Von met une viande quon veut faire rôtir; et si on « s'avisait alors de mettre un écran entre le feu et le visage des convulsionnaires, elles ne manquaient pas de se plaindre aussitôt qu'on les brûlait, et elles en ressentaient réellement la douleur^. »
§ ni-
ON DONNE AUSSI LES SECOURS AVEC DES COUPS d'ÉPÉE, DE TRINGLE, DE BROCHE.
Néanmoins il y avait certains secours spéciaux auxquels on revenait de préférence et que, pour ce motif, nous devons indiquer. Tels étaient le secours des épées, dont nous venons de parler, celui des tringles et des broches; secours que l'on donnait en pointant ces instruments de toute la force de celui qui les tenait sur les différentes parties du corps des convulsionnaires, notamment sur les yeux.
§ IV
LA PRESSION DU CORPS ENTRE DES PLANCHES OU UN TOURNIQUET CONSTITUE UN AUTRE GENRE DE SECOURS.
« On étendait sur la convulsionnaire couchée à terre une planche qui la couvrait entièrement et sur laquelle montaient autant d'hommes qu'elle en pouvait contenir. On en a souvent vu plus de vingt réunis à la fois sur cette planche.
1 Montgeron , III, p. 706.
2 Id., m, p. 707.
Cependant la convulsionnaire non-seulement n'en était point oppressée , mais souvent elle ne trouvait pas que cela fût encore assez pesant pour faire passer le gonflement qu'elle ressentait dans ses muscles \ » Rappelons que la planche ayant été insuffisante , Labarre inventa le tourniquet ^, pour mettre en presse les sœurs que les frères ne pouvaient presser suffisamment.
CE qu'une convulsionnaire appelait le biscuit
ET le sucre d'orge.
Une convulsionnaire, la Salamandre, celle qui supportait si vaillamment l'épreuve du feu, se mettait en arc au milieu de la chambre soutenue par les reins sur la pointe d'un bâton auquel on donnait le nom de sucre d'orge. Dans cette posture elle criait: Biscuit! biscuit! C'était une pierre pesant environ cinquante livres , attachée à une corde qui passait par une poulie fixée au plancher de la chambre. Élevée jusqu'à la poulie, on la laissait tomber sur l'estomac de la fille, a plusieurs reprises, ses reins portant toujours sur le sucre d'orge... « Non-seulement, ajoute Montgeron, la peau, les chairs de cette fille n'en ont pas reçu la moindre atteinte, n'en ont pas souflert la moindre douleur... L'épiderme n'en a seulement pas été effleuré, puisque la convulsionnaire criait sans cesse : « Plus fort! plus «fort!... » Ce qui voulait dire qu'on élevât la pierre encore plus haut, afin que l'impétuosité de sa chute fût augmentée, et qu'elle donnât une plus grande force aux
coups ^ »
1 Montgeron, tome II, p. 47.
2 Voir plus haut, p. 24.
■^ Montgeron, tome II, p. 49 et 50.