PERVERSION DES SENS PAR LE MAGNÉTISME
Les expériences suivantes ont été faites en Pologne, pendant le courant de l'année i852, par le comte de Choiseul , un des descendants des Choiseul-Goufiier '. « Je magnétisai une fois la bouche et les yeux d'un juif, qui alors, sans s'en douter, se mit à manger de la viande impure de cochon, en place d'un hareng qu'il avait cru voir, et pour se désaltérer je lui fis boire un demi-seau ' Journal du magnétisme, tome XVI, page 249.
d'eau, qui lui parut de la bière... Une femme de charge vint un jour me demander ses gages , je lui donnai Irois sous ou pièces de'cuivre que j'avais magnétisées; elle les prit pour des écus d'argent. Le lendemain je vis qu'elle pleurait, car, disait-elle, on m'a volé mes trois écus d'argent, et j'ai trouvé trois gros sous de cuivre à leur place. Je mis plusieurs femmes en état de catalepsie ou de paralysie en leur magnétisant successivement tous les membres, qui devenaient complètement roides, et puis, au seul son de ma voix, le charme disparaissait. J'essayai aussi mon pouvoir magnétique sur le régisseur de notre terre , homme d'une grande taille, mais dont le système nerveux élait très-alTaibli, et s.e prêtait par conséquent aux expériences du magnétisme. Je lui donnai une grande envie de priser du tabac qui lui parut si délicieux, qu'il vida et remplit plusieurs fois sa tabatière, toutefois en me suppliant de le délivrer de cette envie, qui le tourmentait horriblement; mais, voyant que cela ne finissait pas, il prit le parti de briser sa tabatière. Le lendemain , rougissant d'avoir subi la puissance du magnétisme, il prétendit avoir feint d'avoir eu envie de prendre du tabac. Pour le punir de son mensonge, je l'invitai deux jours plus tard à manger des bonbons. Lui ayant fait rapidement, et presque à son insu, quelques passes devant les yeux, je lui donnai une poignée de poivre et de sel-, qu'il avala avec le plus grand plaisir; mais lui ayant enlevé aussitôt le fluide fascinateur, le malheureux régisseur, toussant et crachant et tout confus, dut rendre hommage à la puissance du magnétisme. Je le trompai encore une fois en lui faisant apparaître une jeune fille qu'il aimait et voulait épouser. Un sale marmiton barbu s'assit sur une chaise, le régisseur fut appelé, je lui fis de nouveau des passes devant les yeux, en lui annonçant
l'arrivée de la jeune fille, et bien qu'incrédule d'abord, il finit par s'approcher insensiblement du marmiton métamorphosé en sirène, et sur mon invitation , aidée de passes dans le dos, il se mit à genoux et baisa avec transport la main sale que lui tendait le marmiton. Je le tirai à l'instant même de sa douce illusion, et, entendant retentir de nombreux éclats de rire, le malheureux régisseur, honteux et confus, s'enfuit en jurant, mais un peu tard , qu'on ne Vy prendrait plus. Un jour, une de mes somnambules ne voulant pas se laisser magnétiser, je lui dis alors d'une voix forte : A genoux; et je m'éloignai sans la regarder. Au bout d'une demi-heure, je la retrouvai agenouillée et faisant de vains efforts pour se relever. Une autre fois, étafit derrière elle, je lui fis, à son insu, quelques passes dans le dos, avec l'intention de l'irriter, et lui montrai un domestique qui passait. Aussitôt cette fille, naturellement très-tranquille, s'élance et frappe cet homme; je la calme aussitôt, et elle se confond en excuses pour faire oublier sa fureur. Étant à Varsovie, le comte U..., mon parent, me pria de faire quelques expériences de magnétisme devant plusieurs personnes qui devaient se réunir chez lui. La somnambule en question refusa de se montrer en public ; mais, lui ayant magnétisé les yeux, je l'emmenai en voiture au palais du comte U..., lui persuadant que je la faisais marcher dans sa chambre. Je l'introduisis dans un beau salon plein de monde; elle ne vit rien. Plusieurs personnes s'approchèrent do la jeune fille, et, lui voyant les yeux ouverts, crurent que c'était une supercherie. Pour leur prouver le contraire, je lui promenai sous le nez la flamme d'une bougie, je la piquai avec une aiguille, je lui passai entre les paupières la lame d'un couteau; elle ne bougea pas. Je lui donnai ensuite des charbons éteints à
monger en guise de gâteaux; elle fuma un cigare, croyant sucer un caramel. Une chaise magnétisée fut placée sur une table, elle s'élança immédiatement dessus. Elle voulut s'enfuir du salon; mais les portes ayant été magnétisées, elle ne put les franchir. Je lui touchai légèrement le cou, en lui disant qu'elle avait la tête coupée. Elle poussa aussitôt un cri de terreur, croyant la voir sur la table et sentir son sang couler. En passant la main devant la télé d'une personne, je la lui faisais voir, le reste du corps restant invisible. Pour un instant, je lui enlevai le voile du brouillard magnétique qui lui couvrait la vue; elle fut bien surprise de voir où elle était; mais je lui fis de nouveau une passe devant les yeux , et elle ne vit que sa chambre. En la renvoyant seule en voiture, elle faillit se tuer, voulant sauter par la portière, qu'elle prenait pour une porte. »
EFFETS DUS AU MIROIR MAGIQUE. — ATTRACTION. — REPULSION. — VISION. — FEMME SE SOUDANT AU DOS DU MAGNÉTISEUR ET EMPORTÉE PAR LUI SANS QU'elLE s'eN D0,UTE.
M. Dupotet raconte ainsi une de ses expériences ' : « Le mardi 29 mars (1853), une réunion nombreuse et choisie, composée de plus de cent personnes, avait lieu chez le prince de la Moskowa. Cette réunion avait un attrait tout nouveau : il s'agissait de magie. Par amitié pour le Prince, j'avais consenti à faire quelques expériences sur des personnes de l'assemblée. On était dans l'attente, et chacun se demandait peut-être comment il me serait possible de sortir d'une situation aussi délicate. 1 Journal du magnétisme, tome II , page i 53.