LES CONVULSIONS SE PROPAGENT. — MORT DU FILS DE LOUIS XV
La fureur des convulsions gagna bientôt tous les rangs de la société. Le clergé resté catholique romain s'opposa vainement à l'envahissement des prestiges jansénistes ' ; l'élan était donné. On vit jusqu'à des femmes distinguées par la naissance et par l'esprit se réunir, sous la dénomination significative de daines de la yrâce, pour faire une active propagande de l'œuvre des convulsions. La police eut beau surveiller, traquer les convulsionnaires; rien ne les arrêta : ils changèrent de quartier, augmentèrent leurs prosélytes et s'assemblèrent jusque chez des personnes du plus haut rang.
Aux convulsions, comme nous l'avons dit, se joignirent les secours que les femmes et les filles ne demandaient qu'aux hommes. Ceux qui les administraient prenaient le titre de frères secoureurs ^. Il y eut d'abord les petits et les cjrands secours ^ ; puis , après la fermeture du cimetière Saint-Médard , on usa des secours meurtriers.
Ce ne fut d'ailleurs pas par l'unité d'un même esprit que les convulsionnaires se firent remarquer. Ils se divisèrent en plusieurs sectes, et l'on distingua celle des augustiniens ou élisiens, ou de \ Agneau sans tache, dans laquelle le frère Augustin, se couchant sur une table dans la posture attribuée
t En février 1739, le Pape déclara Paris hérétique et schismatique. ^
2 Entre eux, les convulsionnaires se donnaient le' nom de frère et de sœur.
' Dès 1732, et à la suite de plusieurs conférences, les docteurs de Sorbonne condamnèrent les grands secours comme illicites et contraires au cinquième commandement du Décalogue.
à l'Agneau sans tache, se faisait adorer comme tel ; on chantait des hymnes, des oraisons, et on lui rendait les honneurs dus à ce litre ' . H y avait la secte des vaillantistes qui tirait son nom de l'abbé Vaillant , prôtre du diocèse de Troyes , lequel prétendait ètreÉlie en personne ressuscité pour convertir les juifs et la cour de Rome, il y avait encore les mélangistes, les discernants y les margoidlistes , les fifjuristes. Ces sectes couvraient en général d'effroyables turpitudes sous prétexte de piété, et furent, pour ce motif, dénoncées en janvier 1735 au parlement par le procureur général.
Un fait donnera l'idée de l'ardeur des jansénistes , quand il s'agissait de propager l'emploi de la terre prise au tombeau du diacre Paris. Écoutons Proyart " :
« L'an 1733, le duc d'Anjou, fils de la reine Marie Leckzinska, jeune prince alors dans sa troisième année, se trouvant non pas malade, mais incommodé, ils (les jansénistes) imaginèrent que le moment était venu où il fallait enfin triompher de l'incrédulité de la mère par un prodige opéré en faveur du fils. Pleins de confiance en la vertu du diacre Paris, ils regardent le succès comme infaillible : ils s'adressent à une des femmes qui servent le jeune prince, la gagnent et lui proposent, comme chose qui ne peut souffrir de difficulté, d opérer la guérison subite de son auguste malade. Celte femme y consent : elle en met une seconde dans le secret de la bonne œuvre, et, toutes deux de concert, elles subornent deux gardes du corps, qui doivent favoriser l'entrée de l'appartement du duc d'Anjou à l'agent miraculeux de sa future guérison. Alors un sujet initié aux mystères des convulsionnaires est introduit secrètement,
^ Barbier, II, p. o2o.
2 Vie de la reine, p. 305.
qui remet aux garde-malade une provision de terre extraite du tombeau de Paris , avec la recette pour en faire usage jusqu'à parfaite guérison. Point de retard : on s'empresse d'administrer à l'enfant une première et une seconde pilule, qui n'opèrent pas sensiblement. On double la dose ; l'incommodité prend aussitôt un caractère de maladie. On continue le régime, la maladie empire. Le malade pleure, s'agite, éprouve des mouvements convulsifs. Ces accidents inquiètent peu ceux qui les provoquent; ils s'en félicitent, au contraire : c'est sans doute que le spécifique opère et que le miracle commence. Toutes les boissons et les potions que l'on présente à l'enfant sont assaisonnées de terre, et l'on a grand soin qu'il épuise la coupe jusqu'à la lie. Cependant tous les remèdes qu'on peut lui administrer restent sans effet; et, en peu de jours, il est réduit à l'agonie. N'importe, en cet état encore le fanatisme «e cesse de lui ingérer de la terre, jusqu'à ce qu'il en soit étouffé. Le lendemain de la mort du prince , tous les gens de l'art qui ont suivi sa maladie s'assemblent, empressés d'en découvrir la cause interne qui a échappé à toutes leurs observations.
» On fait l'ouverture du corps : les signes apparents indiquent bientôt que le siège du mal était dans les intestins. Et, en effet, on les trouve remplis de terre. Les médecins le voient, se regardent dans l'étonnement et ne savent pas s'ils doivent en croire leurs yeux. Vaincus par l'évidence néanmoins, ils cherchent à expliquer le phénomène. 11 n'y avait pas de terre dans la chambre du malade; on ne l'avait pas conduit dans le parc, où il aurait pu en trouver; y eût-il été 'conduit, il ne pouvait pas Y être seul; et, enfin, eût-il eu sous la main la terre à discrétion, resterait encore à expliquer comment il aurait
DANS LE JANSENISME. 19
pu violenle;r la nature , jusqu'à en prendre en quantité suffisante [tour ts'étouiïer. Le résultat de ces considérations est qu'il faut faire subir un interrogatoire aux femmes qui servaient le jeune prince.
» On les m.iiulL', on les presse, on les intimide; enfin le mystère janséniste se découvre, et la reine a la douleur d'apprendre que son fils est mort pour n'avoir pu digérer la terre du cimetière de Saint -Médard. I^es femmes et les deux fjardes du corps qui avaient coopéré à ce pieux assassinat furent chassés de la cour; mais on ne chercha point à découvrir d'autres coupables ; et la reine, étouffant par la religion le cri de la nature, conjura le Seigneur d'accepter la mort de sot» fils comme un sacrifice d'expiation pour tous les outrages faits par l'hérésie à la raison et à son auteur. »
AGITATIONS CAUSEES PAR LE JANSENISME. — CESSATION APPARENTE DE l'OEUVKIJ des CONVULSIONS.
Les convul-ionnaires jansénistes, poursuivis par la justice, étaient obligés de se cacher. Mais le silence ne convenait pas au [)arli : il entendait faire parler de lui. Dans ce but, les jansénistes prétendirent, eux que le Pape avait condamnés, obliger les prêtres catholiques nminins à leur donner les sacreuieiits. Cette prétention ayant amené le clergé non janséniste a exiger de quiconque les demandait une soiaiïission préalabh; à la bulle UtiHfeinlus, les jansénistes s'élevèrent avec violence contre cette mesure à laquelle ils ne s'attendaient pas et la question du refus des sacrements devint pendant de longues années le sujet de récriminations, de troubles et de réclamations. Le parlement, qui était janséniste, condamna les mandements des
jO LE 3H'!\VEILLEUX
évoques qui n'étaient pas d'accord avec les exigences des
jansénistes '.
Pendant ce temps et malgré les défenses de l'autorité, les assemblées de convulsionnaires se réunirent chez les plus grands personnages de l'époque ^. De temps à autre la police faisait quelques captures: mais le zèle janséniste ne se ralentissait pas, et, si un oubli apparent semble couvrir l'œuvre des convulsions de 1740 à 1760, elles ne cessèrent pourtant pas un instant.
Cette occultation coïncide avec le milieu du dixhuitième siècle, époque remarquable dans l'histoire de la France, car alors finissent ces disputes interminables sur les ergoleries jansénistes pour faire place à une guerre d'une autre nature : la lutte s'engage désormais entre le scepticisme et la foi chrétienne. Que s'était-il passé pour que le silence se fît tout à coup autour de X œuvre des convulsions? Le voici. En s'attaquant à Rome, le jansénisme avait ébranlé la foi religieuse du pays, et, avec la foi, le respect de l'autorité etrde tout ce qui constitue la force du pouvoir. Aussi vit-on, dès son origine, apparaître à ses côtés les philosophes, dont les écrits, dirigés en apparence contre la puissance ecclésiastique, entamaient cependant les droits du souverain. Les philosophes, en effet, qui aspiraient à l'émancipation religieuse et politique de la société, sentaient que les disputes jansénistes, en jetant le trouble dans les consciences et les convictions, apportaient un élément de succès futur à leurs doctrines : ils se hâtèrent donc de les soutenir. Voltaire , quoique aussi peu porté pour le jansénisme que pour l'Église
1 Le premier mandement pour le refus des sacrements émane de Mgr de la Mothe, évêque d'Amiens; il est de décembre 1746.
2 Barbier, Vil, p. 252.
DANS LE JANSÉNISxME. îl
catholique, ne dissimulait pas sa joie des mesures contradictoires , des ridicules compromis proposés par les jansénistes pour faire accueillir leur doctrine à Rome. Un autre auxiliaire se joignit aussi aux philosophes, ce fut le parlement, qui, prédisposé par ses anciennes luttes contre l'influence temporelle de rÉ<>lise, était presque en totalité janséniste, et donna son concours à la cause. Tels étaient les appuis avec lesquels les jansénistes ouvrirent leur campagne contre la bulle JJriiyenitus. Mais à l'époque où il s'agissait de la recevoir en France (i713), ils ne prirent pas garde que, depuis le commencement du dix-huitième siècle surtout, les philosophes avaient imprégné les classes lettrées d'incrédulité rationaliste, et que le libertinage, fruit de leur enseignement, avait fait de déplorables ravages du sommet au bas de l'échelle sociale. Avec un peu moins d'orgueil, ils auraient vu que ces deux éléments désorganisateurs, en s'atlaquant à l'influence de la religion, les minaient aussi. Mais une morgue séculaire fermait leurs yeux, et ils ne comprirent pas que la décadence morale de l'époque dont il s'agit (4715-1733) devait être le tombeau de toute foi religieuse. C'est pourquoi lorsqu'ils crurent en finir, par les miracles des convulsionnaires, avec les molinistes, il se trouva qu'il ne fut plus question ni de molinistes ni de jansénistes. En vain réclamèrent -ils contre le gouvernement qui poursuivait les convulsionnaires. Leur temps, comme aflaire publique, était passé. Les philosophes restaient seuls sur pied , recherchés , choyés et adorés par la multitude. Ceux-ci avaient bien calculé leur coup. En flattant la révolte janséniste contre Rome, ils avaient ruiné tout à leur aise le vieil édifice religieux de la France , et en préchant le matérialisme et les jouissances sensuelles, ils avaient rendu sa chute inévi-
table et leur règne assuré pour le jour où l'on serait las de débats et de joug religieux. Ce jour vint : on sait leurs succès. Trois périodes bien distinctes divisent cette partie de l'histoire de notre pays. Obscurs auxiliaires d'abord du jansénisme , les philosophes le servent et l'ex|)loilent jusqu'au jour où ils se substituent à lui; puis, continuant leur œuvre de concert avec le parlement, ils s'attaquent corps à corps à la doctrine religieuse; enfin, aidés par lopinion publique, par la faiblesse d'un pouvoir déconsidéré, par la connivence des dépositaires de l'autorité à tous les degrés', ils inaugurent la Révolution, dont l'un des premiers actes est d'instituer l'Église constitutionnelle église officielle de la nation. Ils ont donc incontestablement adopté, poursuivi et amendé, en se rappro[iriant, le but et le plan des jansénistes.
§ VI
CONTINUATION DES CONVULSIONS ET DES PRODIGES JANSÉNISTES DE 1 760 jusqu'à la KÉ\0LUTI0N. — PROHIBITION DES GRANDS SECOURS.
On comprend maintenant pourquoi l'attention publique se détourna des convulsions; mais cela ne veut pas dire que les convulsions cessèrent. Nous les retrouvons aussi vivaces que jamais en 1759 et 4760. A cette époque, les assemblées de convulsionnaires de Paris sont fréquentées par d'Alembert et la Condamine : d'où l'on peut conclure que le genre de spectacle était de nature à piquer la
^ En voici un exemple. Quand, en 1759, on suspendit pour la seconde fois la publication de Y Encyclopédie, Malesherbes, le directeur de la librairie, ordonna la saisie des papiers de Diderot. N('anmoins, comme ils étaient philosophes tous deux, Jlalesherbes avait eu soin de prévenir Diderot vingt-quatre heures à l'avance. Diderot de remercier, mais de gémir sur l'impossibilité de cacher des papiers si embarrassants. « Envoyez-les chez moi, répond Malesherbes, on » ne viendra pas les y chercher. » En tout temps et partout, cela (s'appelle trahir son devoir ; alors, c'était une niche faite aux jésuites.
curiosité des savants. La Correspondance littéraire de Grimm fournit à cet égard de précieux documents. Ce sont des procès-verbaux de scènes de crucifiement rédigés avec le plus grand soin par le célèbre la Condamine en 1759 ^ « Tout ce qu'on lit à ce sujet dans la correspondance de Grimm, dit Salgues ^, est de la plus exacte vérité. Je l'ai souvent entendu raconter par du Doyer luimême. » Du Doyer avait assisté avec la Condamine aux scènes de crucifiement. Les relations que ces deux écrivains nous ont laissées à cet égard font juger des perfectionnements apportés par les jansénistes dans le choix et l'administration des secours meurtriers.
Obligé de s'entourer du plus grand mystère pour échapper aux recherches de la police, les convulsionnaires formaient plusieurs bandes ayant chacune un directeur à sa tôte, directeur qui était le plus souvent un ecclésiastique, témoin le P. Timothée et le P. Cotlu. De Labarre, avocat au parlement de Rouen, était aussi un ardent chef d'école convulsionniste. C'est avec lui que du Doyer de Gastel eut la conversation rapportée dans Grimm *. — « jNous avons, disait de Labarre, une sœur qui avale de la cendre, du tabac et des excréments délayés dans du
vinaigre, et elle rend du lait — Je le sais, répondit
du Doyer, et on voit plusieurs fioles de ce lait chez M. le Paige^, avocat, un de ceux que le parlement a choisis
* Voir plus loin, section III, p. 96 et suivantes.
2 Tome I, p. 3i1.
3 Tome II, p. 384 et 385.
^ Ce le Paige était un janséniste outré; pour faciliter l'accouchement de sa femme, qui était grosse, il lui avait donné bon nombre de coups de bûche. Elle accoucha, mais mourut huit jours après. Ce qui fit dire au P. Cottu : « Elle est accouchée fort heureusement; les secours ont produit leur effet; si elle est morte ensuite, ce n'est pas la faute des bûches. »
2i LE MERVEILLEUX
pour examiner V Encyclopédie . — Je fais, reprit M. de la Barre, des opérations qui coûtent à la nature; mais il faut sacrifier sa répugnance; quelquefois je fais des incisions cruciales à la langue; d'autres fois, par le moyen d'un tourniquet, je mets la sœur Marie en presse : c'est moi qui ai inventé cette machine; les frères étaient trop fatigués de presser cette sœur, et ne la pressaient pas assez fort; enfin, rebuté de voir que ce secours n'était pas donné comme il faut, il me vint en pensée de faire un tourniquet. Outre ces secours, nous avons les crucifiements. »
Les filles qui dans ces terribles épreuves jouaient le rôle à' actrices, comme dit Barbier ', sœur Françoise, sœur Sion, sœur Rachel, sœur Félicité, sœur Madelon, ont laissé leurs noms à l'histoire. C'est de cette sœur Françoise que Grimm nous apprend^ qu'en i757 a elle avait ordonné qu'on coupât sur elle sa robe avec des rasoirs; dans plusieurs endroits, le rasoir coupa la robe, la chemise et la peau; dans d'autres, il coupa seulement la robe et la chemise; dans quelques-uns, la robe seule; dans d'autres enfin, quelques efforts qu'on fît, la robe ne put être entamée. »
Lorsque la fin de sœur Françoise approcha, elle dit au moment de sa mort : « Voici la grande convulsion. Dieu soit loué, tout finit. » « Elle avait, raconte Saignes^, d'un côté de son lit, un médecin nommé Grandelas, de l'autre, le P. Cottu. Ce saint directeur, persuadé que pour la tirer d'aflaire il ne fallait que quelques coups de bûche, courut
1 Tome II, p. 1 68 à 1 71 . — Celles qui se réunissaient chez de Labarre furent poursuivies et condamnées (1761) à trois années de réclusion dans l'Hôpital général.
* Tome III, p. 29.
3 Tome 1, p. 310.
en chercher une, et se disposait à soulager la malade. Le médecin s'y opposa, le P. Cottu se fâcha : « Monsieur, » lui dit-ii, je vous le mets sur la conscience, en trois » coups de bûche, je la sauvais; vous en répondrez devant » Dieu. » La pauvre fille mourut un quart d'heure après. a Que ne m'a-t-on laissé faire ! disait le P. Cottu; la )) pauvre fille pouvait encore édifier le monde et 71011s ser- » vir pendant dix ans !,.. »
Malgré cette ferveur janséniste, qui n'avait rien perdu de sa sève première, et bien qu'un décret rigoureux défendît autant que possible l'entrée des assemblées de convulsionnaires aux profanes, on savait ce qui s'y passait; c'est pourquoi le parlement, en 47(32, prohiba \t?, (jrands secours comme pouvant être dangereux', preuve manifeste qu'on continuait à les administrer.
A dater de cette époque, les crucifiements parurent cesser à Paris; mais il n'en fut pas de même en province. On imprima en 1787 la relation d'un crucifiement opéré le 42 octobre de cette année dans l'église de Fareins, près de Trévoux, et que Grégoire raconte de la manière suivante* : « Un nommé Bonjour, curé à Fareins (département de l'Ain), après huit ans d'exercice régulier de ses fonctions, vint tout à coup déclarer au prône qu'il ne se croyait plus digne de continuer ses fonctions et surtout de participer au sacrement de l'Eucharistie, et dès ce moment il cessa de dire la messe. 11 y assistait en affectant une grande piété... Bientôt on entendit parler de miracles... Un petit couteau enfoncé jusqu'au manche dans la jambe d'une fille, et il n'en était résulté aucun mal, ou plutôt il l'avait guérie d'une douleur... Quelque temps auparavant, une autre
^ Grégoire, tome II, p. 137.
2 Id., tome II, p. 4 68 à 171 et p. 174.
fille ayant fait des instances réitérées au curé pour qu'il la crucifiât, et que par là elle eût plus de ressemblance à Jésus-Christ, le crucifiement eut lieu à l'église, dans la chapelle de la Sainte- Vierge, un vendredi, à trois heures après midi, en présence des deux frères Bonjour, du P. Gaffe, dominicain, et de dix à douze personnes des deux sexes, qui formaient le petit nombre de leurs adeptes. Ces miracles produisirent l'elTet qu'ils en attendaient, ils leur attirèrent un grand nombre de prosélytes, surtout en filles et femmes. Elles se rassemblaient dans une grange pendant la nuit, sans lumière, et leur prêtre s'y rendait par la fenêtre. On entendait qu'il leur distribuait des coups à tort et à travers, et qu'elles en exprimaient leur satisfaction par des cris de joie. Elles l'appelaient toutes du nom de mon petit papa , et môme isolément elles le poursuivaient en le priant de leur distribuer quelques coups de bâton, qui leur faisaient un merveilleux effet. Elles sem- • blaient languir lorsqu'elles en étaient privées pendant quelque temps, et manifestaient par des soupirs le désir d'être fustigées par leur petit papa ; elles en cherchaient l'occasion, et se trouvaient heureuses lorsqu'elles avaient reçu cette faveur... » Tous ces faits et d'autres ayant motivé la réclusion de Bonjour dans un couvent, Bonjour se sauve, vient à Paris, où il est rejoint par la fille crucifiée et une autre prophétesse. « Il soumet la crucifiée, continue Grégoire, à de nouvelles épreuves. Elle est envoyée à Port- Royal, pieds nus, au mois de janvier, avec cinq clous plantés dans chaque talon. Elle avait passé tout un carême sans manger autre chose ({ii une rôtie de fiente humaine chaque matin — Le fait du crucifiement est bien constaté par le procès-verbal du grand vicaire envoyé sur les lieux pour instruire; ceux de la rôtie et du voyage à Port-Royal avec
les clous dans les talons le sont dans l'interrogatoire par l'un des juges du tribunal de Trévoux. »
Il résuite de ce dernier passage que les secours meurtriers n'avaient pas encore cessé à Paris en 1787. Les guérisons miraculeuses obtenues au nom des appelants, et principalement du diacre Paris, y continuaient ainsi que dans les provinces à la même époque '. Quant aux convulsions, elles ne cessèrent pas avant la Révolution^; il est même remarquable qu'elles servirent de sujet à une controverse très-animée de i784 à 1788 *, ce qui ne pourrait s'expliquer sans leur existence actuelle pendant cette période de temps. D'ailleurs tous les autres modes de manifeslations du merveilleux * alors en vogue les auraient fait passer sous silence, si les miracles jansénistes ne s'étaien"l produits en môme temps aussi avec une intensité nouvelle.
des prodiges jansénistes depuis la révolution jusqu'à nos jours.
La Révolution ayant trouvé le couvent de Port-Royal encore subsistant, Port-Royal devint propriété nationale (1790), et on le convertit bientôt en prison sous le nom de Port-Libre : désignation tout à fait dans le goût de l'époque^. Grégoire nous apprend que les orages politiques dispersèrent pendant quelques années les auteurs
1 Figuier, tome I, p. 396.
2 Extraits, etc., t. II, p. 342; tome III, p. 53 et 68; tome IV, p. U3.
^ Grégoire, tome II, p. 157. — Extraits, etc., tome I, p. 71.
* Nous voulons parler des pratiques de l'illuminisme, du mesmérisme, etc., etc.
5 L'ancien couvent de Port-Royal de Paris, connu sous le nom de la Bourbe, sert aujourd'hui d'hospice d'accouchement.
des controverses qui eurent lieu de 4784 à 1788 sur les convulsions, et ainorlirent leur zèle; mais bientôt ils rentrèrent dans l'arène. Sur toute cette époque et les années qui la suivirent, nous trouvons dans ce même historien des renseignements fort intéressants. « Plusieurs d'entre ces auteurs, dit-il', prétendirent qu'une mission secrète du prophète Élie, annoncée dès l'an 1701, avait eu lieu à Paris en 111 A. Quelques écrits, en 1792, se répandirent sur l'enlèvement et la captivité de Silos; son alliance avec la veuve connue sous le nom de la Colombe; la naissance, le 18 août de celte môme année 1792, d'un enfant mysrieux portant le nom d'Isr^él, et qui, parmi les afiidés, devint un signal de contradiction — Ce qu'on vient de lire [)rouve que le convulsionnisme est encore existant, quoique affaibli. 11 a des partisans dans différentes villes, Paris, Pontoise, Lyon, les environs de cette dernière ville, et surtout le Forez. Si du moins tous n'avaient conservé que les petitesses et les folies de leurs devanciers ; mais des ecclésiastiques respectables, que leur ministère met à portée de recueillir des renseignements positifs, assurent que, dans ces réunions, on allie quelquefois ce que la religion a de plus sacré avec ce que la débauche a de plus grossier. A ce témoignage, on joint l'aveu de plusieurs personnes de Tautre sexe, qui, ayant fréquenté ces assemblées clandestines, ont été révoltées par le libertinage hideux dont elles étaient souillées : ces excès ont dessillé les yeux"^. Dans l'ouvrage intitulé Eairaits , on déclare
^ Grégoire, tome II, p. \ïil.
- C'est ce qui fait dire à l'éditeur des Extraits, qui n'est certes pas suspect en pareille matière :
« On connaît les excès lionteux et détestables dans lesquels sont tombés certains instruments (c'est-à-dire les convulsionnaires), surtout depuis la révolution. Quelle humiliation pour les bons et véri-
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que l'œuvre, dans le temps actuel', paraît presque entièrement livrée à l'empire du démon, et que les bonnes convulsions ont cessé; ainsi s'expriment les défenseurs du convulsionisme, qui appellent leur parti Y Œuvre de la Croix, commencée, disent-ils, en 1745. Ils ont des cahiers mystérieux qui circulent entre les mains des adeptes. — Ils ajoutent que l'œuvre est double, et que, mal à propos, confondant ce qui est divin avec ce qui est diabolique, on imprime à tout le sceau du ridicule pour l'envelopper dans la môme proscription... Dans ce parti se trouvent, plus qu'on ne pense, des personnes d'une piété exemplaire et d'une science étendue. »
Un des premiers soins des jansénistes après la Révolution a été de racheter le terrain de Port- Royal des Champs avec les fonds provenant de la boîte à Perrette, et d'y faire construire dès le commencement de ce siècle une chapelle'^. Qu'on ne soit pas surpris de celte prédilection pour un lieu si célèbre : Port-Royal est la terre sainte du jansénisme, et toutes les affections des jansénistes sont pour le berceau de leur doctrine. C'est à la même époque que l'on peut rapporter certains nouveaux fractionnements survenus dans l'ensemble du jansénisme. 11 y avait :
Les fareinistes qu'on trouvait aux environs de Saint- Élienne, de Lyon et sur les bords de la Saône. Désignés dans le Charolais sous le nom de blancs, ils faisaient des pèlerinages sur de hautes montagnes, dans des lieux écartés, près des chapelles tombant en ruine ^;
tables instruments de V œuvre, qui existeront à l'époque annoncée par la sœur, s'il faut qu'ils soient confondus avec des misérables et des abominables comme sont, par exemple, ceux de la secte de M. B**r! » (Tome I, p. 89, note.) * En 1822, année de la publication de l'ouvrage.
2 Encijdop. du dix-neuvième siècle, art. Port-Royal.
3 Grégoire, tome II, p. 180.
Les Amis de la vérité^ autre nuance de convulsionnisles, étaient établis à Lyon et dans la Bresse. Ils fondèrent pendant la Révolution une colonie à Toulouse. Nous lisons dans l'auteur de \ Histoire des sectes religieuses ' que cette colonie se maintint avec grande ferveur tout le temps du premier empire; qu'elle fut en correspondance suivie avec Lyon, qu'elle en recevait [)ar l'intermédiaire de M. l'abbé Melcbior de Forbin, ancien vicaire général d'Aix, les bulletins d'une convulsionnaire dont les extases se sont prolongées jusque vers la fin de la Reslauralion. A Lyon et dans ses environs, Tassociation se montra plus vivace et plus nombreuse. Elle y était née avant la Révolution au sein des partisans des convulsions, elle paraissait y subsister encore vers 1828, Le concordat de 1801 divisa les Amis de la vérité de Lyon : les uns le rejetèrent, les autres s'y soumirent en conservant leurs opinions particulières. Les premiers avaient une convulsionnaire nommée sœur Marie qui anathématisait à la fois et l'Église concordataire et Bonaparte, durant sa plus grande puissance ^.
On ne saurait nier que le jansénisme, comme le dit Grégoire, ne soit arrivé jusque sous la Restauration avec ses aspirations et son culte tels qu'ils existaient au dix-huitième siècle : si cela n'était pas, aurait-on réédité en 182'2 les Extraits d'un recueil de discours de piété fait par la sœur Holda % de 1750 à la fin de 1786, et dans lequel se trouve une prière au bienheureux diacre François Paris ? La réédition et la nature du livre prouvent l'existence des adorateurs.
. 1 Grégoire, tome II, p. 4 88.
2/d., tome II, p. /igo.
3 Mademoiselle Fronteau, fille d'un tapissier de Paris.
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Parvenus à l'époque où nous laisse Grégoire, c'est-à-dire • vers 4830, les documents historiques s'arrêtent, mais non les convulsions. C'est donc aux témoins oculaires qu'il faut s'adresser, à ceux qui sont au courant des afFriires secrètes du jansénisme qu'il faut recourir, pour connaître ce qui s'est *| passé depuis. La difficulté était de les trouver. D'une part, les jansénistes qui ont conservé un culte rigoureux pour le bienheureux diacre s'enveloppent du plus impénétrable mystère; de l'autre, la fraction janséniste qui réprouve les convulsions se garde bien de prêter la main à tout ce qui permettrait d'en dévoiler la continuité. Mais heureusement pour la vérité, il est des âmes qui, dégoûtées des doctrines jansénistes, ont abandonné Xœuvre^. Celles-là n'ont plus aucune raison de taire ce qu'elles ont vu.
1 II est de notoriélé publique, par exemple, que d'anciennes sœurs de la communauté de Sainte-Marthe sont sorties de cette associalion religieuse, soit pour rentrer dans le monde, soit pour fonder une nouvelle communauté connue à Paris sous le nom de Sœurs de Sainte-Marie. S. S. Pie IX accorda, le 15 août 1847, aux sœurs de Sainte-Marie, un bref pour les féliciter d'avoir abjuré les hérésies de Janséniwi. — On lit dans l'Ami de la religion (n" du 15 juillet1848, tome CXXXVIII, p. 149) les lignes suivantes, qui ont trait à la scission dont nous parlons :
« Parmi les communautés invitées à la cérémonie funèbre de Mgr l'archevêque de Paris (Mgr Affre), le public remarquait quelques femmes âgées en bonnet rond. C'était la communauté dite de Sainte- Marthe, dont le saint archevêque défunt avait eu tant à se plaindre, comme ses illustres prédécesseurs. Elles s'étaient spontanément rendues au lieu de la réunion. D'après coite démarche, on doit espérer que la mort, les prières de leur pasieur dans le ciel, l'exemjjle de leurs anciennes compagnes, rentrées si heureusement dans le sein de l'Église, et rendues à sa tendresse, ad catholicœ Ecclesiœ sinum complexumque rediisse, selon l'expression du bref de Pie IX, achèveront l'œuvre de leur conversion, si laborieusement poursuivie par la charité pastorale. Les quelques anciennes sœurs de Sainte- Marthe, abjurant les erreurs jansénistes, adhéreront enfin aux condamnations renouAclées par tous les Papes et les Archevêques de Paris, c'est-à-dire l'Église, contre les ouvrages de Quesnel et autres sectaires, qui les ont perfidement égarées jusqu'à ce jour. Elles
Voici donc les renseignements que nous avons obtenus ' :
Sous le premier Empire et pendant la Restauration, les secours ne cessèrent pas un instant à Paris. On les y donnait à peu près tous les huit jours. A ces deux époques, mademoiselle X., qui tenait un pensionnat de jeunes demoiselles dans le quartier Saint-Martin , était une convuïsionnaire remarquable. Elle céda son établissement à une autre convulsionnaire , mademoiselle \V., qui le transporta plus tard dans le quartier de la rue des Lombards.
De 1825 à 1838 , les convulsionnaires se réunissaient à Paris chez mademoiselle X., qui demeurait dans la paroisse Saint-Étieime du Mont.
En 4834, la femme d'un magistrat, madame Y., qui était toujours malade, mourut dans un lit dont le fond était garni de bûches qui avaient servi à donner les secours, et, si les domestiques de cette dame peuvent être crus, ceux-ci affirment lui avoir donné avec ces mômes bûches les secours pendant ses crises.
Vers 4835, une dame Z. conduisait sa fille, alors âgée de vingt à vingt-cinq ans, pour recevoir les secours dans les trois rues où on les donnait à cette époque à Paris; c'est-à-dire rue de la Calandre, rue de la Juiverie et rue Saint-Jacques.
Les bûches avec lesquelles on administrait les secours devenaient, comme aux beaux jours des prodiges jansé-
comprendront enfin qu'on ne saurait être dans l'Église malgré l'Église, dont elles suivent si minutieusement les offices et les devoirs extérieurs. Une telle profession ne suffit pas pour être catholique, quoiqu'on le paraisse; elle devient un piège pour les jeunes novices et les personnes peu instruites, lesquelles, croyant entrer dans une congrégation religieuse, se trouvent affiliées à une secte plusieurs fois condamnée depuis cent ans. »
* Des initiales de convention couvrent forcément le récit des faits qui vont suivre.
nisles, des objets de sainteté, et c'est à ce titre que M. X., à l'exemple de madame Y., couchait, dit-on, à Port- Royal des Champs, sur un lit dont le fond était remplacé par les bûches en question.
En 1841, à Villers-le-Bel, près Paris, une convulsionnaire se précipitait au pas de course du fond de son appartement contre l'angle d'une cheminée de marbre qu'elle choquait de toute la force de son impulsion avec l'une de ses tempes, et cela à diverses reprises de suite, sans blessure ni sensation douloureuse. Yillers le Bel renfermait alors beaucoup de convulsionnaires dont l'invulnérabilité pendant les convulsions était un phénomène qui se répétait à chaque instant.
Aux époques dont nous parlons, les secours étaient donnés par des hommes aux convulsionnaires de l'un et de l'autre sexe, et les réunions comptaient parfois jusqu'à soixante personnes.
C'est encore dans le courant des années 1830 à 1842 qu'un reliquaire magnifique', provenant de la succession d'une dame janséniste aussi riche qu'elle était opiniâtre dans ses idées, fut donné par M. Z. à une femme aujourd'hui décédée dont le nom est resté célèbre. Ce reliquaire se distinguait autant par la somptuosité de son ornementation que par la nature de certaines reliques qu'il renfermait et qu'on ne se serait jamais attendu à y trouver. En effet,
1 C'est ce même reliquaire sans doute dont les annales modernes jansénistes ont enregistré le prodige suivant. On raconte que, transporté chez la demoiselle X., paroissienne de Saint-Étienne du Mont à Paris, dont nous avons déjà parlé, il se trouva Irop large pour entrer dans le sanctuaire qui lui était réservé; mais il se serait rétréci pour reprendre, une fois la porte franchie, ses dimensions accoutumées. Depuis, nul ne fut admis dans le lieu où reposa momentanément le reliquaire, sans des témoignages de respect et d'adoration dignes d'un si vénérable objet.
au-dessus d'une des cdses on lisait ces mots : « Prépuce d'Arnaud d' Andilly. » Ce précieux reliquaire fut emporté par la personne qui l'avait reçu de M. Z. dans un village des environs de Paris, cher aux dévots jansénistes. Qu'est-il devenu à sa mort? Est-il resté le patrimoine de la famille de cette femme? Nous l'ignorons.
Dans les réunions dont il s'agit, qui avaient lieu à Paris , les actes de la plus effroyable débauche auraient été pratiqués parles assistants. Ces turpitudes rappellent ce qu'a dit Grégoire, que dans ces réunions on allie quelquefois ce que la religion a de plus sacré avec ce que la débauche a de plus grossier '. Longtemps avant Grégoire, Hecquet parlant de la corruption desconvulsionnaires ne citait-il pas l'exemple d'une fille qui, sollicitant un prêtre , ne rougissait pas de s'offrir à lui j^our faire des' enfants de fornication ^?
Nous n'ayons pu pousser plus avant nos découvertes sur la durée des convulsions. Mais on tombera d'accord avec nous, après avoir lu ce qui précède, qu'elles doivent continuer aujourd'hui. Par le temps de spiritisme qui court, peut-on douter que le merveilleux n'essaye de raviver, de galvaniser par ses prestiges une doctrine qui lui dut tant d'éclat et de bruit? Tout se réunit pour démontrer que X œuvre poursuit sa carrière , et n'y aurait-il que ce fait de la création, pendant ces dernières années, dans la presse périodique, d'un organe destiné à la soutenir, à ranimer la foi des faibles , que ce fait suffirait pour établir que le jansénisme n'est pas mort, et que les convulsions qui en sont le corollaire obligé doivent se produire à huis clos comme il y a cent ans. N'a-t-on pas lancé naguère dans le public
1 Voir plus haut, p. 28.
2 Hecquet, première partie, p. 170.
(juin 1862) des prospectus pour faire appel à la charité des amis de Port-Royal des Champs, afin d'obtenir des ressources qui permettent de perpétuer le souvenir le plus longtemps possible de ce lieu si respectable? N'y est-il pas dit que si les propriétaires se sojit décidés à faire cet appel auœ amis de Port- Roy al ^ c^est parce que leur intention bien prononcée est de ne jamais VENDRE celte propriété^ et de faire en sorte que leurs successeurs ne la vendent pas non plus, et même ne PUISSENT l'aliéner? Pourquoi ce souci? Quelle importance actuelle peut justifier cette affection pour une localité à toujours privée de ceux qui ont fait jadis sa renommée? Donc le jansénisme vit aujourd'hui aussi bien qu'au dixhuitième siècle. En ce qui touche les convulsions, d'autres que nous seront-ils plus heureux dans leurs recherches pour constater leur durée jusqu'à nos jours? INous le désirons vivement. Au point de vue philosophique, au point de vue de la science, rien n'est plus curieux à étudier que cette persistance de phénomènes qu'une doctrine engendra et qui auraient dû disparaître le jour où cette doctrine cessa de faire partie de la vie publique de la nation.
En quoi donc consistaient les prodiges jansénistes qui ont résisté aux répressions légales ou judiciaires dont ils furent l'objet, qui ont traversé sans altération les révolutions politiques , les transformations sociales que le pays a éprouvées dans un laps de cent trente années? C'est ce que nous allons examiner.
SECTION DEUXIÈME
Caractère des phénomènes observés dans V épidémie des Gonvulsionnaires jansénistes. — Les convulsions . — Les secours.
Chaque épidémie a son caractère propre , sa nature particulière. Lorsque nous nous sommes occupé de celle des Camisards ' , nous avons fait remarquer que les phénomènes spirituels dominaient. Ici, au contraire, l'épidémie convulsive présente un caractère tout spécial d'étrangeté dans l'ordre des phénomènes physiques : le corps humain demeure invulnérable au milieu des supplices les plus effrayants et les plus variés. Cela ne veut pas dire pourtant que les phénomènes spirituels soient inconnus parmi les convulsionnaires jansénistes, loin de là; mais, physiques ou spirituels, ces phénomènes sont précédés et accompagnés de convulsions.
A. — Des convulsions.