‹ Le mervèilleux dans le Jansénisme, [microform] le magnétisme, le Méthodisme et le Baptisme americains, l'épidémie de Morzine, le spiritisme; recherches nouvellesChapitre 62 sur 115 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Phénomènes observés chez les méthodistes. — Ce qu'on entend par camp-meeting. — Les camp-meetings en i 806.

Le méthodisme, importé d'Angleterre en Amérique, y a produit, au commencement de ce siècle, des fruits analogues à ceux que X inspiration fit naître autrefois chez les trembleurs des Cévennes. C'est aux États-Unis que se sont passés les faits dont on va lire le récit.

Suivant Perrin du Lac*, lorsque les plus zélés ont fait la prière à haute voix, « la congrégation, entrant dans le sens de celui qui prie, témoigne l'impression qu'il lui fait partager; assez ordinairement cette impression est graduelle. Les soupirs succèdent à de légers élans du cœur, les sanglots succèdent aux soupirs, les cris aux sanglots, après lesquels chacun s'abandonne sans réserve à tout ce que le délire peut lui suggérer. Dans le même instant, l'assemblée est agitée de vingt sensations différentes : ici l'on chante, là on crie; celui-ci se frappe la tête ou la poitrine, celui-là se roule par terre avec des hurlements affreux. Enfin, lorsque l'orateur est pathétique, les contorsions deviennent tellement extravagantes, que tout homme raisonnable est obligé de quitter la place, l'esprit * Voyage dans les Deux-Louisianes, page 63.

rempli de réflexions peu honorables pour l'espèce humaine et particulièrement pour celte secte. Je ne puis résister à l'envie de décrire une de leurs cérémonies, par laquelle on pourra juger du degré d'exaltation auquel se laisse entraîner l'esprit de l'homme poussé par l'enthousiasme religieux. Cette cérémonie, qui a lieu tous les trois mois , est destinée à recevoir au nombre des membres de la congrégation les personnes qui se sont convaincues de la supériorité de la doctrine des méthodistes sur celles qu'elles avaient ci-devant professées. Douze femmes et deux garçons de quatorze à quinze ans s'étant présentés pour être admis, tous les membres de la société se mirent en prière pour implorer le Saint-Esprit et l'engager à venir les éclairer de ses lumières. Entouré d'abord des plus zélés prosélytes de la secte, chaque néophyte dut entendre séparément leurs vœux, qu'ils exprimèrent convenablement à leur piété. Les uns criaient à leurs oreilles et s'agitaient de la manière la plus affreuse. D'autres chantaient à gorge déployée; quelques-uns sautaient en étendant les mains au ciel; d'autres, croyant être assurés de la présence de l'Esprit-Saint, lui témoignaient leur reconnaissance par des éclats de rire immodérés. Bientôt les nouveaux convertis, partageant leur délire, s'abandonnèrent ù toutes sortes d'extravagances. Celui-ci se pûme à l'approche de la grâce divine, qu'il sent se répandre dans son cœur; celui-là se roule par terre avec d'affreuses contorsions; un autre reste dans une extase dont rien ne peut le tirer; enfin, une jeune personne se porta à des excès qui, dans tout autre cas, auraient été réputés de la plus grande immodestie. Le cœur navré et l'esprit fatigué de tant d'extravagances, je ne pus prendre sur moi d'attendre la fin de cette cérémonie, qui ne se termina qu'à cinq heures du matin. Il se

commet quelquefois des indécences telles, que le ministre exige ordinairement que les personnes qui pourraient en être les témoins évacuent les tribunes. » Le môme auteur ajoute plus loin ' : « 11 y a peu d'années, quelques prétendus ministres méthodistes, ayant jugé à propos de parcourir les parties les moins habitées de la Pensylvanie, firent un si grand nombre de prosélytes, que le gouvernement, efirayé pour le bon ordre et pour les mœurs des suites de ces courses religieuses, leur ordonna de cesser leurs fonctions. Le nombre des personnes qui les suivaient était tel, qu'elles ne pouvaient trouver à subsister. Les hommes et les femmes abandonnaient leurs maisons et leurs enfants pour courir après ces fanatiques, qui prêchaient au milieu des champs et des forêts. Leurs actes de démence surpassaient encore ceux dont j'ai parlé ci-dessus. »

Grégoire, dans son Histoire des sectes religieuses'^^ entre dans quelques développements sur ces réunions :

« Une lettre particulière, dit-il, donne des détails authentiques sur un camp -meeting de méthodistes, ou assemblée au milieu des champs, en 4806, pendant quatre ou cinq jours, dans le comté de la Duchesse {Dutchescoiinty)^ État de Nevr-York. Elle commença un lundi, par quelques centaines de personnes. D'un côté, on prêchait, on chantait; de l'autre, on entendait le bruit confus d'enfants, de femmes, d'hommes, qui déployaient leur bagage et dressaient leurs tentes. Bientôt on vit un assez grand nombre des assistants trembler, entrer en convulsions, s'agiter comme des forcenés, se rouler, écumer et tomber en poussant des cris aigus et des hurlements. Toutes les folies ont une teinte de ressemblance. Celles-ci se

1 Page 128.

2 Tome IV, p. 492.

nomment, en Amérique, Y CEmre {t/w woj'k), comme chez les convulsionnaires de France. L'Œuvre continuait une partie des nuits L'enthousiasme s'accrut journellement par l'arrivée de nouveaux inspirés, dont le nombre s'éleva ù quatre mille; ils se formèrent en groupes de quarante ou cinquante personnes, au milieu desquels des hommes, des femmes surtout et même des enfants de six à sept ans retraçaient le spectacle qu'on vient de décrire et tombaient évanouis. L'auteur de la lettre pense que le chaos de la tour de Babel devait être un modèle d'ordre et d'harmonie comparativement à la confusion et au tapage de ces assemblées. II est impossible, dit-il, de s'imaginer à quels excès on s'y livre. 11 cite une jeune femme qui, dans son extase pieuse, se déshabille, se jette à la rivière et se noie. Une autre est tellement pénétrée de joie d'être régénérée, qu'à l'instant elle avorte. Les frères et les sœurs se séparent en s' embrassant de la manière la plus tendre et en pensant que c'est peut-être pour la dernière fois. Dans ce culte bizarre, non-seulement le narrateur ne voit rien d'utile; mais, à côté de ces traits de délire, il découvre l'immoralité des sœurs régénénéesy partageant la nuit leur

asile avec des frères qui ne le sont pas Michaud fils,

dans son premier voyage, parle comme témoin oculaire de ces rassemblements dans les bois, où l'on se rend de très-loin pour entendre des prédications pendant plusieurs jours de suite. Il est remarquable que ces réunions ont lieu Surtout dans les États de Kentucky, Tennessee, Virginie et Caroline du Nord, qui sont des contrées peu morales. » Yoici ce qu'on lit à ce sujet dans Touvrage de Michaud ' : « Chacun apporte ses provisions et passe la nuit autour du feu. Les ministres mettent beaucoup de 1 Voyage à l'ouest des monts AUeghanys, p. 213.

véhémence dans leurs discours. Souvent, au milieu des sermons, les létes se montent, les imaginations s'exaltent, et des inspirés tombent à la renverse on criant : Gloryj ^/ory/ (Gloire, gloire!) C'est surtout chez les femmes que se manifeste cette espèce d'inspiration : alors on les emporte hors de la foule et on les met sous un arbre, où elles restent longtemps étendues en poussant de profonds soupirs. Il est de ces assemblées où il tombe ainsi jusqu'à deux cents personnes, de manière qu'une partie des assistants est occupée à les secourir. Pendant que j'étais à Lexington, j'ai assisté à un de ces sermons. Les personnes les plus instruites ne partagent pas l'opinion de la multitude sur cet état d'extase; c'est ce qui leur attire souvent la qualification de bad foikesy mauvaises gens. » Grégoire apprit de Michaud, lorsqu'il revint, en 1808, de son troisième voyage en Amérique, que ces assemblées de méthodistes illuminés étaient devenues plus fréquentes et plus nombreuses. (( Par leurs contorsions d'énergumènes, continue l'auteur de \ Histoire des sectes religieuses ', on peut se faire une idée de ce qu'étaient les danses des ménadés et des corybantes. Leur délire a pris des accroissements tels que Bedlam, Saint-Luc et Charenton, mis en parallèle, pourraient être des asiles du bon sens. Les uns, à la suite d'un sermon, semblent écrire en l'air avec les doigts, tracer des lignes vers le firmament; d'autres se roulent, se lamentent, beuglent, rient, s'embrassent, se serrent affectueusement la main, les yeux élevés vers le ciel en criant : Nous y serons, nous nous verrons ! » Le Canada fut à son tour le théâtre de scènes pareilles. « Melish, dit Grégoire ", et des écrivains plus récents doiment de nou-

» Tome IV, p. 493.

'Tome IV, p. 50i.

veaux détails sur les orgies diaboliques dont le Canada est aussi le théâtre. Ordinairement elles ont lieu en automne. Des familles entières arrivent quelquefois d'une distance de cent milles et forment des campements réguliers pour le bonheur inappréciable d'entendre pendant huit à dix jours un tapage semblable à celui du tonnerre. Le voyageur Lambert décrit une de ces réunions à laquelle il assistait. Au lever du soleil, une fille de dix-huit ans fut conduite par deux hommes qui criaient de toutes leurs forces : Viens, 6 Dieu! sauve-nous , ou nous sommes perdus! Leurs vociférations furent répétées par une multitude de femmes qui hurlaient, claquaient et sautaient jusqu'à ce que, épuisées par ces exercices violents, elles tombaient évanouies; ces extravagances, où la pudeur n'est pas toujours respectée, étaient des signes de régénération. »

Un autre témoin oculaire ' dit de son côté : « Voyageant dans le comté de Talbot, sur la côte nord du lac Érié, à la fin de 4818, je m'arrêtai à une taverne, fatigué d'une longue journée de voyage dans un désert aride, et dans l'intention d'y passer la nuit. Au moment où j'y entrai, quelques-uns des habitants de la maison se préparaient à aller entendre prêcher un méthodiste... Je témoignai le désir de les accompagner. J'appris que l'assemblée devait se tenir à quatre milles; nous y arrivâmes environ

une heure avant le coucher du soleil Tous ceux qui

étaient déjà assemblés fumaient du tabac, causaient entre eux et faisaient fréquemment entendre des éclats de rire très-déplacés en pareil lieu. Je fus trôs-surpris de ce que je voyais et entendais; je regardai autour de moi sans pouvoir découvrir aucun individu qui ressemblât le moins du monde à un membre du clergé. A la fin, un homme 1 Talbot, tome II, p. \ 48.

vùtu d'un habit brun et d'un pantalon gris se plaça derrière un fauteuil et entonna une hymne ; les chants commencèrent immédiatement Le ministre commença

ensuite la prière, et tous les assistants se joignirent à lui. D'abord le ton de leur voix ne fut que médiocrement élevé; mais il devint graduellement plus fort par l' effet de l'émulation générale. Après que cinq minutes se furent écoulées, le bruit s'accrut à l'excès. Bientôt la moitié des auditeurs parut être dans un accès de rage. Les yeux étaient fixement dirigés vers. le toit de la maison, et ils s'écriaient d'une voix de Stentor : Le voilà qui vient! le voilà qui vient! L'extérieur de ceux qui criaient de cette manière manifestait un tel effroi, que je commençai à partager la terreur générale et à craindre quelque apparition surnaturelle : je dirigeai donc aussi mes yeux vers le ciel ; mais ne découvrant pas d'ouverture par laquelle une descente pût s'effectuer, je me tournai naturellement vers la cheminée, m' attendant à chaque instant à jouir de la noire présence de sa majesté satanique. Nous fûmes tous également trompés, ou si un émissaire de Pluton fut réellement sur le point de nous rendre sa visite, il en aura été certainement détourné par l'extrême confusion qui régnait dans l'assemblée : car une semblable apparition n'eut pas lieu, du moins sous la forme mortelle. Les assistants qui s'étaient mis à genoux se relevèrent, et, prenant leurs chaises par le dos , ils les lancèrent contre le plancher avec la fureur de véritables maniaques. Dans le nombre, une femme surtout se montra réellement frénétique : elle arrachait alternativement ses cheveux et frappait contre la terre son malheureux corps, comme si elle eût cherché à découvrir par ces expériences le plus cruel mode de châtiment qu'elle pût s'infliger : tantôt on la voyait étendue sur

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