DANGER RÉSULTANT POUR LES MOEURS DES PRATIQUES SPIRITES
On trouve dans la Revue spiritualiste ' un récit qui montre si les expériences spiriles renferment des dangers au point de vue moral : « Une autre fois , raconte le narrateur, nous fûmes témoins de choses bien plus extraordinaires. Mais ici, je ne sais si je dois tout dire. Les esprits étroits m'accuseront ou de coupable indiscrétion ou de mensonge. Les faits sont étranges et d'une nature délicate : quelques-uns les croiront propres au spiritualisme. Mais est-ce nuire au spiritualisme que de dire la vérité, le bien comme le mal, afin que la lumière se fasse, que chacun puisse se mettre en garde contre les dangers de communications qui ne sont pas nouvelles,
1 Tome II, 1859, page 234. .
qu'on a révoquées en doute, mais dont toute l'anliq'uilé et le moyen âge ont retenti?
Voici donc les faits dans toute leur vérité; sauf quelques réticences que les devoirs de la publicité m'imposent :
» Un soir, nous eûmes des attouchements inusités, tels, par exemple, que ceux de personnes qui se heurteraient contre nous par mégarde en courant. Les dames étaient touchées tres-indecemment. Une d'elles, d'ailleurs très-respectable, manqua de tomber à la renverse par un attouchement très-saisissant au-dessus desgenoux et sous ses vêtements. Très-courageuse, elle ne voulut pas finir la séance, comme nous en avions l'intention. Après cet incident, la dame se remit à sa place et demanda à l'Esprit ce qu'il exigeait d'elle. 11 répondit : — Vous embrasser. — Eh bien ! embrassez-moi, lui dit-elle. — Non, dit-il, pas ici, mais au lit. Pour prévenir d'autres scandales, nous levâmes la séance.
» L'hiver passé, dans une de nos séances, nous avons eu la visite, d'abord,, de quelques Esprits très-honnôtes. Mais bientôt nous fîmes une pause, et, pendant que nous prenions un verre de vin, quelques-uns de nous se mirent à raconter des histoires assez scabreuses de leur jeunesse. Ce manque de recueillement et de sérieux, paraît-il, changea la nature de nos manifestations. Lorsque nous remîmes les mains sur la table, arrivèrent des Esprits femmes j et ce fut une suite de scandales. A notre demande avec quoi nous pourrions leur être agréables, on répondit: « En vous mettant en costumes de paradis. » Il n'y avait pas de dames à cette séance. Sur notre refus (nous étions six amis), elles commencèrent à nous faire des caresses non équivoques, nous touchant d'abord les mains avec leurs mains, qui avaient toutes les qualités de mains en chair
et en os et d'une température chaude comme les nôtres. A ma demande si celle qui s'était accrochée à moi m'avait connu pendant sa vie, elle me répondit par l'alphabet : « Oui, )) et à cela ajouta d'autres paroles curieuses. Pendant cette conversation deux autres Esprits féminins prenaient plaisir à faire h deux des assistants des caresses telles que je m'abstiens de les indiquer ici. L'un d'eux se sentit tellement étreint dans des bras invisibles et accablé de caresses , que , pour y couper court, il courut reprendre et rapporter sur la table la lampe que nous avions posée dans un coin , attendu qu'une trop grande lumière affaiblit l'intensité des manifestations.
» Lorsque nous n'avions plus les mains sur la table , la scène finissait. »
On voit que Y Esprit de saint Louis et celui de saint Vincent de Paul se trouvent chez les spirites en singulière compagnie.
§ XVL
DIVORCE ET SUICIDE ORDONNÉS PAR LES ESPRITS. — MEURTRE ET SUICIDE PROVOQUÉS PAR EUX.
L'intimité qui s'établit entre les Esprits et leurs cHents de ce monde ne tarde pas à se traduire par une obéissance servile, irrésistible, de ces derniers aux ordres ou prescriptions de leurs occultes oracles.
Madame Brown , sœur aînée des demoiselles Fox , était mariée en premières noces avec un certain M. Fish ; mais un beau jour les Esprits disent à madame Fish que son mari ne lui convient plus et qu'elle doit divorcer. Sitôt dit, sitôt fait, et madame Fish épouse M. Brown '.
*. Figuier, Histoire du merveilleux, tome IV^ page 238.
Dernièrement un fait d'une tout autre naturb, mais qui n'en témoigne pas moins l'empire absolu des Esprits sur ceux qui entrent en relation avec eux, vient de s'ac-. complir dans la ville de Tours, où il a causé une profonde impression. Il s'agit du suicide de deux vieillards, les
époux F d, accompli sur l'ordre des Esprits, et pour
fiUer jouir da leur hoii]teur\ Depuis longtemps ces deux vieillards s'occupaient de spiritisme. Ils recevaient des communications sous le nom de Yamje Gabriel et de la Vienje Marie, communications dans lesquelles ce dernier interlocuteur invisible attaquait les doijmes de Vimmaculée conception et de la virginité de la mère de Dieu^. Ajoutons que les détails qui suivent, extraits du journal le Monde du 15 février d863, nous sont garantis comme rigoureusement exacts par un habitant de Tours en position de bien savoir :
« Dans la journée du 11 février 1863, s'est accompli à Tours un fait qui renferme de graves enseignement». Deux époux fort avancés en âge, M. et madame **^*, encore bien portants et jouissant d'un revenu qui leur permettait de vivre à l'aise , se livraient , depuis bientôt deux ans, aux opérations du spiritisme. Presque chaque soir, ils réunissaient chez eux un certain nombre d'ouvriers, hommes et femmes, et des jeunes gens des .deux sexes, devant lesquels nos deux spirites faisaient leurs évocations; du moins, ils prétendaient en faire. Nous ne parlerons pas des questions de toute espèce dont on demandait la solution aux esprits dans cette maison. Ceux qui connaissaient de vieille date ces deux
^ Expressions tirées d'un rapport fait sur cet événement, et qu'on a bien voulu nous communiquer.
2 Idi, ibid.
personnes et leurs sentiments sur la religion n'ont jamais été surpris des scènes qui pouvaient se produire-chez elles. Étrangères à toute idée chrétienne, ellçs s'étaient jetées dans la magie, où elles passaient pour des maîtres habiles et consommés. Leur foi ou leur croyance aux communications des Esprits ne connaissait point de bornes : fallùt-il sacrilier leur vie pour suivre les oracles venus de ces êtres incorporels, ils n'auraient point hésité. L'expérience, du reste, est venue démontrer ce fanatisme diabolique.
» L'un et l'autre étaient convaincus depuis peu de temps que les Esprits les engageaient vivement à quitter la terre, afin de jouir dans un autre monde, le monde supra-terrestre, d'une plus grande somme de bonheur..! Ne doutant pas, en eiïet, qu'il en"serait ainsi, ils ont, avec le plus grand sang-froid, consommé un double suicide, qui fait aujourd'hui un très-grand scandale dans la ville de Tours.
. » Voici un ou deux <létails qui ont trait à cette abominable action. Après avoir pris, le II février au matin, du lait, comme à l'ordinaire, ils avertirent la laitière que le lendemain elle ne les trouverait peut-être pas, parce qu'ils avaient l'intention d'entreprendre un petit voyage. Donnant suite au projet bien arrêté, sur l'ordre des Esprits, de se donner la mort, ils employèrent toute la journée à mettre leurs affaires en ordre. Ils choisirent eux-mêmes les draps qui leur devaient servir de suaire, et les placèrent dans un lieu qu'ils désignèrent dans le testament qu'ils écrivirent ce môme jour. C'est dans cette pièce qu'ils ont consigné de leur propre main et hautement manifesté la nature des motifs qui les faisaient renoncer à la vie. Plusieurs voisins, qui avaient soupçonné que les deux époux avaient pu s'abandonner à quelque acte extraor-
dinaire et dangereux pour leur vie, s'avisèrent de frapper à leur porte en les appelant. Comme on n'obtenait aucune réponse, on prévint la police, et quand on entra dans le logement de nos deux spirites, après en avoir, brisé la porte, qui se trouvait fermée en dedans, on vit deux cadavres étendus sans mouvement sur le plancher. Le mari seul était mort; la femme donnait quelques signes de vie, et grâce à des soins empressés , elle vivait encore au moment où l'on nous écrivait. Mais on ne conservait aucun espoir de la sauver. — Le corps du mari a été porté au cimetière sous la- surveillance d'un agent de la police, n'ayant pour l'accompagner que deux ou trois spirites.
» Ainsi, c'est aujourd'hui le suicide que l'on a à constater comme résultat du spiritisme et de sa doctrine ; hier c'étaient des cas de folie, sans parler des discordes domestiques et des autres désordres auxquels le spiritisme a si souvent donné occasion; cela ne suffit-il pas pour faire comprendre aux hommes qui ne veulent pas écouter la voix de la religion à quels dangers ils s'exposent en se livrant à ces ténébreuses et stupides pratiques? »
Le suicide accompli à Tours rappelle la fin malheureuse de M. et madame Victor llennequin. On sait qu'après s'être longtemps livrés aux pratiques spirites, ils ont été contraints l'-un et l'autre d'entrer dans une maison de santé, où ils n'ont pas tardé à succomber. L'un d'eux prétendait être en communication avec \ âme de la terre , et provoqué parelleà l'aller rejoindre au plus tôt; il aurait essayé, si nous sommes bien informé, d'attenter à ses jours pour répondre à ce désir.
Enfin le Moniteur enregistrait dernièrement (4 juillet i864) ce fait épouvantable d'une jeune mère qui, entraînée par les théories spirites, avait égorgé ses deux enfants
364 LE MEUViiILLEUX
et s'était ensuite donné la mort sur leurs cadavres, « résolue )) qu'elle était à aller dans le monde des Esprits vivre )) avec ce qu'elle aimait le plus tendrement ».