‹ Le mervèilleux dans le Jansénisme, [microform] le magnétisme, le Méthodisme et le Baptisme americains, l'épidémie de Morzine, le spiritisme; recherches nouvellesChapitre 81 sur 115 · C. — Illumination · texte numérisé non relu

C. — Illumination

« Des lumières sont produites dans des chambres obscures. Quelquefois, c'est une illumination graduelle suffisante pour la perception des plus minutieux objets, tantôt une clarté phosphorescente se glissant, tremblante, le long des murs, ou bien encore des émanations lumineuses s'exhalant de corps humains, ou filant comme des météores à travers l'appartement... J'ai vu ces lumières dans toutes leurs variétés. Un jour, pendant qu'un grand nombre d'amis étaient assemblés chez moi, il se manifesta une illumination graduelle de l'appartement. Elle apparut comme le crépuscule, une demi-heure après le lever du jour. La lumière continua à grandir pendant un quart d'heure environ, puis diminua graduellement. Le 30 mars, j'eus le bonheur de me trouver au nombre des invités

1 Révélaticfns, page 266. '

2 /d., page<22. .•

réunis à la maison de M. Elmer, à Springfield. M. Homo se trouvait là quand on fit l'obscurité dans l'appartement, pour voir si l'illumination mystérieuse se produirait. Immédiatement la nuit intense commença à se dissiper, et en quelques minutes, toutes les personnes de l'appartement devinrent distinctement visibles. Sans dévoiler son dessein à personne, madame Elmer pria mentalement les Esprits de faire revenir les ténèbres; presque instantanément le changement s'opéra aux yeux de toute la société, et, de nouveau, les formes. individuelles disparurent dans l'obscurité croissante ^ »

D. — Rigidité musculaire. Imitation de la tempête. Soulèvement de' meuble et d^une personiie. Sons musicaux rendus par une table. Tapage effroyable. M. Home élevé en l'air ^ .

((. Le 8 courant, en compagnie de trois messieurs de cette ville, j'allai rendre visite à M. Wardcheney, demeurant à Manchester, chez qui M. D. Home résidait temporairement. Un cercle fut bientôt formé... M. Home tomba alors dans un état de magnétisme spirite que révélèrent tout à coup une grande rigidité musculaire et les phénomènes ordinaires d'une condition psycho-magnétique ; ses mâchoires, fermées par une contraction nerveuse, donnaient à la tension des muscles une apparence de fils d'acier.

» 11 toucha alors avec ses mains, les yeux bandés, l'alphabet, et ainsi furent adressées à une ou deux personnes de la société des communications intéressantes

^ Révélations, page 34.

2 Id., page iS.

DANS LE SPIRITISMK. 369

i\Trmi les rcmarqual)les inessapes qui furent lus, i! y en eut un qui venait de deux matelots perdus en mer et parents d'un des assistants — Ces esprits annoncèrent leur présence d'une façon quelque peu inattendue, en remuant la massive et lourde table et en la roulant comme un vaisseau secoué par la tempête. Pour accompagner.cette démonstration, il se joignit un craquement violent pareil

- à celui des cordages tourmentés par les rafales; puis ce fut le tour de gémissements sourds et prolongés; on entendait distinctement les plaintes aiguës du vent, le bruit sinistre des agrès entrechoqués- dans la tempête, et le craquement des mâts et de la membrure d'un navire qui roule d'une vague à l'autre. Vint après le sombre et régulier choc des lames contre l'avant du vaisseau perdu. Jusqu'alors la table s'était maintenue dans un état de vascillation constante; mais à présent elle était renversée sens dessus dessous sur le plancher! Tout ceci s'était passé sans que

persoime toucha^ la table

» Les démonstrations augmentèrent ensuite en pouvoir et en nombre. Plusieurs tons furent rendus par le balance-

' ment de la table, que nul alors ne touchait... L'oscillation la porlait, à chaque élévation, à trois pieds au moins audessus du sol, et le ton néanmoins était maintenu avec une singulière fidélité...

» La table fut ensuite soulevée en l'air, sans l'aide du pied ou de la main. Une table pesant environ cent livres s'éleva à un pied au-dessus du parquet, ses pieds pendant dans le vide. Je sautai sur elle, et elle s'éleva de nouveau. Elle se mit ensuite à se balancer, moi sur elle, sans cependant me faire glisser par terre, quoique son oscillation atteignît au moins un angle de quarante-cinq degrés. Enfin, une inclinaison presque perpendiculaire me fit perdre ma

position, et je fus remplacé par un autre qui eut le môme sort. Tout cela se passait dans une salle assez éclairée pour qu'il nous fût permis de voir dessus et dessous la table, que nous entourions tous, et que nul ne toucha, excepté les deux personnes qui, à tour de rôle, montèrent sur elle pour, la faire descendre.

«Nous entrâmes ensuite dans une chambre obscure, pour voir les éclairs de lumières spirituelles dont on avait gratifié précédemment quelques investigateurs. Mais au lieu de ces illurfiinalions, ce fut un tonnerre de coups effroyables qui retentit autour de nous. Quelques-uns venant des murs, du parquet et des tables, à trois pouces de moi, étaient vraiment étonnants... Les murs mêmes en étaient ébranlés...

» Tout à coup, à la grande surprise de l'assemblée, M. Home fut élevé en l'air! J'avais alors sa m'ain dans la mienne, et je sentis, ainsi que d'autres, ses pieds suspendus à douze pouces du sol. 11 tressaillait de la tête aux pieds, en proie évidemment aux émotions contraires de joie et de crainte, qui étouffaient sa voix. Deux fois encore son pied quitta le parquet; à la dernière, il atteignit le haut plafond de l'appartement, où sa main et sa tète allèrent frapper doucement. »

Ailleurs M. Home raconte que son ascension se fit une seule fois en plein jour , et qu'il fut soulevé une autre fois dans un appartement où brillaient quatre becs de gaz '.

§ XVHL

QUELQUES SCÈNES DE LA VIE DU CURÉ d'aRS.

n ne sera pas hors de propos de citer ici les faits qui , dans la vie de M. Vianney, curé d'Ars, ont l'identité la * Révélations, p. 53.

plus complète avec la plupart des phénomènes spirites. Les phénomènes d'Ars ont été constatés par des témoins, ils ne sont donc pas dus h l'imagination de M. Vianney; de plus, M. Vianney ne les a pas provoqués : au rebours de ce qui se passe dans le spiritisme, ils sont venus à lui et malgré lui. Enfin M. Vianney était un catholique fervent, mieux que cela : un saint. Donc, si les phénomènes qui se sont produits à Ars sont les mômes que ceux du spiritisme, il faut bien, en dépit des savants, conclure que tous ces phénomènes ont une cause commune , intelligente , et ajoutons, indépendante, puisqu'elle agit souvent en dehors de toute provocation. Ceci dit pour bien préciser encore une fois la nature des faits qui nous occupent, laissons la parole à l'historien de iM. le curé d'Ars '.

Tintamdirre effroyable. — Voix. — Imitation du chant des oiseaux. — Déplacement de meubles et d'objets. — Taquineries de toute sorte. — Molestations. — Soulèvement du corps humain. . .

« Ordinairement, à minuit, trois grands coups contre la porte extérieure de la cure avertissaient le curé d'Ars de la présence de son ennemi ; et , suivant que son sommeil était profond ou léger, d'autres coups plus ou moins rudes se succédaient en approchant; après s'être donné le divertissement d'un horrible tintamarre dans l'escalier, le démon entrait... Il se prenait aux rideaux du lit, s'y cramponnait, les secouait avec fureur, comme s'il avait voulu les arracher... Le pauvre patient ne pouvait comprendre qu'il en restât un lambeau, et, cependant, le matin, les rideaux n'avaient point de mal.

^ Le curé d'Ars, etc., par M. l'abbé Alfred Monnier. Deux volumes in-i8, Paris; Douniol, 1861. — Le passage est extrait du loinel'"'', pages 390 et 421.

» II arrivait souvent que l'esprit malin heurtait comme quelqu'un qui veut entrer; un instant après, sans que la porte se fût ouverte, il était dans la chambre, remuant les chaises, dérangeant les meubles, furetant partout, appelant M. le curé d'une voix moqueuse : « Vianney! Vianney ! » et ajoutant à son nom des menaces et des qualifications outrageantes : « mangeur de truffes ! Oh ! nous t'aurons bien ! . . . nous te tenons ! nous te tenons ! . . .» D'autres fois, sans se donner la peine de monter, il le hélait du milieu de la cour, et, après avoir longtemps vociféré, il imitait une charge de cavalerie ou le bruit d'une armée en marche. Tantôt il enfonçait des clous dans le plancher, à grands coups de marteau; tantôt il fendait du bois, rabotait des planches, sciait des lambris, comme un charpentier activement occupé dans l'intérieur de la maison; ou bien il taraudait toute la nuit, et; il semblait à M. Vianney qu'il allait, le raalin, trouver son plafond criblé de trous ; ou bien encore il battait la générale sur la table, sur la cheminée et principalement sur le pot à eau, cherchant de préférence les objets les plus sonores.

» Quelquefois le curé d'Ars entendait dans la salle basse au-dessous de lui bondir comme un grand cheval échappé, qui s'élevait jusqu'au plafond et retombait lourdement, des quatre fers, sur le carreau. D'autres fois, c'était comme si un gendarme, chaussé de grosses bottes, en eût fait résonner le talon sur les dalles de l'escalier. D'autres fois encore, c'était le bruit d'un grand troupeau de moulons qui paissait au-dessus de sa tête. Impossible de dormir avec ce piétinement monotone. Une nuit que M. Vianney était plus agacé que de coutume, il dit : « Mon Dieu, je vous fais volontiers le sacrifice de quel-

DANS LE SPIRITISME. c73

ques heures de sommeil pour la conversion des pécheurs. » Sur-le-champ l'infernal troupeau s'en alla, le silence se lit, et le pauvre curé put reposer un instant.

» Pendant plusieurs nuits consécutives il entendit dans la cour des clameurs si fortes et si menaçantes qu'il en tremblait d'effroi. Ces voix parlaient dans une langue inconnue et avec la plus grande confusion, en sorte qu'elles réveillaient en lui le souvenir encore récent de l'invasion. 11 comparait leur tumulte au bruit qu'aurait fait une armée, ou bien il se servait d'un autre mot non moins caractéristique, disant que des" troupes de démons avaient tenu leur parlement dans sa cour'... »

Ici l'historien emprunte la parole de personnes auxquelles M. Vianney racontait les scènes qui se passaient chez lui :

M 2 juillet 1825. — M. le curé nous a dit : Je ne sais si les rats chantent; mais il y en a un qui chante toujours par ma chambre; il grimpe sur mon lit, la nuit, en chantant.

» 18 août. — M. le curé nous a dit hier que le démon chantait dans sa cheminée comme un rossignol...

» Septembre. — J'ai senti celte nuit, nous a raconté M. le curé, comme le frôlement d'une petite bote qui me passait sur la figure; j'ai porté vivement la main, et je n'ai rien pu saisir.

)) Octobre. — -M. le curé nous a recommandé d'élargir sa paillasse, parce que le démon le jetait hors de son lit. « Je n'ai pas vu le grappin'^ , a-t-il ajouté, mais plusieurs fois il m'a saisi et m'a précipité de mon lit... »

^ Il est bon de faire remarquer que « ces choses ne se passèrent pas une fois, mais cent et cent fois par an pendant trente ans ». (Le curé d'Ars, tome I, p. 393.)-

2 « Nom de guerre que M. Vianney donnait au démon dans ses

» Un soif, M. le curé était venu chez nous voir un malade. A mon retour de l'église, il me dit : « Vous aimez les nouvelles; eh bien! en voici une toute fraîche : écoutez ce qui m'est arrivé ce matin. J'avais quelque chose sur ma table; vous savez ce que c'est? » — c'était sa discipline... « Elle s'est mise à marcher sur ma table comme un serpeyt, continua-t-il,.,. cela m'a un peu effrayé. Vous savez qu'il y a une corde au bout : j'ai pris cette corde; elle était aussi roide qu'un morceau de bois: je l'ai remise sur ma table; elle a recommencé à marcher jusqu'à trois fois. — Vous faisiez peut-être branler votre table, objecta une des personnes présentes à la conversation? — Non, reprit M. le curé, je ne la touchais pas... »

» L'esprit du mal variait ses moyens d'attaque : il ne se contentait plus de frapper aux portes et de troubler le repos de M. Vianney par des bruits effrayants; il était sans cesse à imaginer de nouveaux tours dont l'audace déguisait mal la faiblesse. Souvent il se cachait sous son lit, voire sous son chevet, et faisait, toute la nuit, retentir à son oreille tantôt des cris aigus, tantôt des gémissements lugubres, des plaintes étouffées, de faibles soupirs 5 quelquefois il l'entendait geindre bruyamment comme un homme qui se livre à un travail pénible; d'autres fois râler comme un malade à l'agonie...

» Une autre nuit, le diable imagina de prendre la forme d'un coussin très-dou\, très-moelleux, dans lequel la jléte du pauvre curé enfonçait voluptueusement comme dans de la ouate; en même temps il en sortait un gémissement plaintif.

moments de belle humeur, et sous lequel il prit l'habitude de le désigner ensuite. » (Le curé d'Ars, tome I, p. 39i, note.)

» A la Providenco , au dire de Catherine et des autres directrices que nous avons interrogées, on entendait, la nuit, des bruits de pas dans les escaliers et dans les dortoirs. On faisait enquête sur enquête, et l'on ne découvrait rien. Pendant quelque temps, on trouvait habituellement,' les jours maigres, des morceaux de viande dans la soupe. 11 arriva souvent à la cuisinière de vider le contenu de la marmite et de la remplir d'eau fraîche tirée du puits tout exprès. C'était peine perdue : la viande reparaissait au fond du vase. On recommença un jour l'expérience jusqu'à trois fois... A. la fin, Marie Filliat, déconcertée, voulut en référer à M. le curé : « Servez la soupe, dit-il, et » faites-la manger quand Tnéme. C'est le grappin qui » fait ça... Moquez-vous de lui. ))

» On était tellement familiarisé avec ces ruses du démon, ajoutent ces braves filles, qu'on ne s'en étonnait plus.

T> A partir de cette décision à laquelle nous ne crames pouvoir mieux faire que de nous conformer , le môme tour ne s'est plus renouvelé; mais le diable ne s'est pas tenu pour battu, et que de fois il s'est manifesté par d'autres artifices! »

Quelques personnes ont été témoins des manifestations dont il est ici question , nous en trouvons un exemple dans l'anecdote suivante * :

« En 184:2, il vint à Ars un ancien militaire attaché, dans ce temps-là, à une brigade de notre gendarmerie départementale. Ce brave homme s'était levé à minuit, et, mêlé à un groupe de pieux fidèles, il attendait, à la porte de l'église, l'arrivée de M. Yianney. Comme le saint curé tardait à paraître, il avait senti le besoin de s'isoler, et,

1 Même ouvrage, même volume, page 4<6.

pour vaincre le sommeil, il avait fait quelques pas autour de la cure... Tout à coup il est arraché à sa rêverie par un bruit étrange qui semblait partir de la fenêtre du presbytère. 11 écoute... une voix forte, aigre et stridente, Comme doit élre celle des damnés, répète, à plusieurs reprises, ces mots qui arrivent très-distinctement à son oreille: « Vianney ! Vianney ! viens donc ! viens donc!...» Ce cri infernal le glace d'horreur. Il s'éloigne, en proie à la plus vive agitation... Bientôt M. le curé paraît, une lumière à la main. Il trouve cet homme encore tout ému, le .rassure et le conduit à l'église... w

SECTION TROISIEME

Preuves de la réalité des phèiwmhies observés dans le spiritisme.

C'est presque en hésitant que nous écrivons ce titre, car la provocation et la production des phénomènes étant à l'ordre du jour, il peut paraître étrange que l'on rapporte la preuve de faits de la réalité desquels chacun peut se convaincre par ses propres yeux à tous les instants. Non-seulement des réunions particulières nombreuses pratiquent sans relâche les phénomènes spirites, mais les prodiges acquièrent un tel développement, rencontrent tant d'accueil parmi les populations que, tout récemment, •on a sollicité l'autorisation d'ouvrir à Paris un coiws gratuit de spiritisme. Les preuves dont nous parlons ne feront donc défaut à personne. Quant à ceux qui 7i ont pas vu ou qui ne veulent pas voir, nous invoquerons contre leur ignorance ou leur mauvaise volonté d'abord l'autorité du

lénioignage de celle nuée (\q pratiquants ou de spcclateurs qui ont provoqué l'explosion des phénomènes ou assisté à leur production; ensuite, le soin rais par les savants et les raiédecins à les expliquer. Si ces phénomènes n'existaient pas, les savants et les médecins auraient-ils firis tant de peine, comme nous allons le voir, pour ntlribuer les bruits des esprits fraf)pcurs, par exemple, celui-ci au genou, celui-là au muscle long ou court péronier, un autre à la ventriloquie? Le nombre et la différence des théories émises à ce sujet est même un argument en faveur de la réalité des phénomènes, puisqu'ils dénotent le souci que prennent ces théoriciens pour découvrir une vérité que ne leur ofl'rent pas les explications déjà données par leurs confrères. On varie sur l'interprétation, mais non sur le fait lui-même.

Enfin, si ces phénomènes n'étaient pas répétés, il faudrait supposer une hallucination universelle, puisque tous ceux qui affirment les avoir observés n'auraient rien vu. L'hallucination, en ce cas, gagnerait même les savants et les médecins qui tentent de les expliquer, puisqu'ils interpréteraient ce qui n'existerait pas. Or, cette hallucination universelle n'est pas admissible. Donc et par toutes les raisons qui précèdent, la réalité des phénomènes est incontestable.

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d'un second bruit. La plupart des frappements de Uochester sont doubles aussi. Il est possible, du reste, de ne faire qu'un seul bruit, en déplaçant l'os avec la vitesse et la rorce voulues, et le laissant ensuite reglisser à sa place; en ce cas, il n'y aura pas de bruit au retour. Si pendant la production des coups, le membre qui les produit, ou quelque autre partie du corps de l'opérateur, se trouve en contact avec les objets environnants, il y aura des vibrations visibles dans ces objets. La force de la semi-dislocation de l'os est suffisante pour agiter bien distinctement les portes, les tables, etc., si elles sont en contact. L'intensité du son varie en proportion de la force des contractions musculaires, et la source apparente des coups peut aussi devenir plus ou moins distincte. »

Postérieurement à la découverte faite par M. Flint de l'origine des bruits attribués aux esprits frappeurs, un docteur allemand , M. Schiff, en découvrait aussi de son côté la vraie cause. Mais cette fuis le genou était laissé de côté. L'observation et l'expérience de M. Schiff méritèrent l'honneur d'une communication à l'Académie des sciences de Paris; l'honorable M. Rayer la fit en ces termes ' :

« On s'est beaucoup occupé, dit-il, dans ces derniers temps, de certains bruits attribués à de prétendus esprits frappeurs, et notre célèbre confrère M. Chevreul a publié sur ce sujet un travail remarquable dans le Journal des Savants. Mais aucune expérience directe n'avait été instituée, soit en Allemagne, soit en France, en vue de l'explication de ces bruits,, avant les observations de M. le docteur Schiff, de Francfort-sur- le-Mein. Chez une jeune

1 Compte-rendu des séances de l'Académie des sciences, numéro du i 2 juin 18-34, p. 1063. — Cilé par la Table tournante, p. 115.

fille qu'il a eu occasion d'observer, et chez laquelle se produisaient les bruits attribués aux esprits frappeurs, M. SchifFest arrivé à reconnaître que le frappement avait lieu dans le corps de cette jeune personne, et non au dehors, et il a démontré expérimentalement qu'un tel bruit peut être produit par le déplacement réitéré du tendon du muscle long péronier de la gaine dans laquelle il glisse en passant derrière la malléole externe. En effet, M. Schiffest parvenu à produire sur lui-même le phénomène absolument comme il avait lieu chez la jeune fille sous l'influence du soi-disant esprit frappeur. Lorsque la gaîne fibreuse dans laquelle le tendon du long péronier glisse est faible ou relâchée, le frappement est plus facile à produire. Ce frappement peut s'accomplir, du reste, ainsi que M. Schiff m'en a rendu témoin, sans qu'on observe un mouvement très-appréciable dans le pied. Seulement, quand on appuie le doigt derrière la malléole externe au moment où le bruit se produit, on sent parfaitement et très-distinctement le déplacement alternatif et réitéré du tendon animé d'un mouvement d'élévation et d'abaissement très-brusque. Cette expérience de M. Schiff m'a paru offrir un véritable intérêt au point de vue physiologique. »

M. Schiff répéta sur lui-môme, devant l'Académie, cette expérience, « et ce frappement, lit-on dans un journal du temps ' , était assez distinct pour pouvoir être entendu à plusieurs mètres de distance, quoique le silence n'ait pas été absolu, et, chose remarquable, les pieds bien placés en évidence ne semblaient animés d'aucun mouvement. »

Mais voilà que, cinq ans plus tard, le long péronier est

t Messager de Paris du 6 juin 1839, article signé Di^An. Bérigny.

d'un second bruit. La plupart des frappements de Rochester sont doubles aussi. Il est possible, du reste, de ne faire qu'un seul bruit, en déplaçant l'os avec la vitesse et la force voulues, et le laissant ensuite reglisser à sa place; en ce cas, il n'y aura pas de bruit au retour. Si pendant la production des coups, le membre qui les produit, ou quelque autre partie du corps de l'opérateur, se trouve en contact avec les objets environnants, il y aura des vibralions visibles dans ces objets. La force de la semi-dislocation de l'os est suffisante pour agiter bien distinctement les portes, les tables, etc., si elles sont en contact, [/intensité du son varie en proportion de la force des contractions musculaires, et la source apparente des coups peut aussi devenir plus ou moins distincte. »

Postérieurement à la découverte faite par M. Flint de l'origine des bruits attribués aux esprits frappeurs, un docteur allemand, M. Schiff, en découvrait aussi de son côté la vraie cause. Mais cette fois le genou était laissé de côté. L'observation et l'expérience de M. Schiff méritèrent l'honneur d'une communication à l'Académie des sciences de Paris; l'honorable M. Rayer la fit en ces termes ' :

« On s'est beaucoup occupé, dit-il, dans ces derniers temps , de certains bruits attribués à de prétendus esprits frappeurs, et notre célèbre confrère M. Chevreul a publié sur ce sujet un travail remarquable dans le Journal des Savants. Mais aucune expérience directe n'avait été instituée, soit en Allemagne, soit en France, en vue de l'explication de ces bruits,, avant les observations de M. le docteur Schiff, de Francfort-sur- le-Mein. Chez une jeune

' Compte-rendu des séances de i'Académie des sciences, numéro du 12 juin 18.d4, p. 1063. — Cilë par la Tabk tournante, p. 115.

fille qu'il a eu occasion d'observer, et chez laquelle se produisaient les bruits attribués aux esprits frappeurs, M. SchilFest arrivé à reconnaître que le frappement avait lieu dans le corps de cette jeune personne, et non au dehors, et il a démontré expérimentalement qu'un tel bruit peut être produit par le déplacement réitéré du tendon du muscle lonij j}éronier de la gaine dans laquelle il glisse en passant derrière la malléole externe. En effet, M. Schiffest parvenu à produire sur lui-même le phénomène absolument comme il avait lieu chez la jeune fille sous l'influence du soi-disant esprit frappeur. Lorsque la gaine fibreuse dans laquelle le tendon du long péronier glisse est faible ou relâchée, le frappement est plus facile ù produire. Ce frappemerrt peut s'accomplir, du reste, ainsi que M. Schiff m'en a rendu témoin, sans qu'on observe un mouvement très-appréciable dans le pied. Seulement, quand on appuie le doigt derrière la malléole externe au moment où le bruit se produit, on sent parfaitement et très-distinctement le déplacement alternatif et réitéré du tendon animé d'un mouvement d'élévation et d'abaissement très-brusque. Cette expérience de M. Schiff m'a paru offrir un véritable intérêt au point de vue physiologique, n

M. Schiff répéta sur lui-même, devant l'Académie, celte expérience, « et ce frappement, lit-on dans un journal du temps ' , était assez distinct pour pouvoir être entendu à plusieurs mètres de distance , quoique le silence n'ait pas été absolu, et, chose remarquable, les pieds bien placés en évidence ne semblaient animés d'aucun mouvement. »

Mais voilà que, cinq ans plus tard, le long péronier est 1 Messager de Paris du 6 juin 1839, article signé D^'Ad. Bérigny.

reconnu n'avoir aucune part à ce bruit; M. Joberl. (de Lamballe) découvre que tout l'honneur en doit revenir nu court péronier latéral droit. L'Abeille médicale du 2 mai 1859 rend compte de la manière suivante de la communication faite sur ce point à l'Académie des sciences par M. Jobert :

« Séance du 18 ar^nl 1859. — De la contraction rhythmique musculaire involontaire. — Mademoiselle X..., âgée de quatorze ans, forte, bien constituée, est affectée depuis six ans de mouvements involontaires réguliers du muscle court péronier latéral droit et de battements qui se font entendre derrière la malléole externe droite, offrant la régularité du pouls. Ils se sont déclarés pour la première fois* à la jambe droite, pendant la nuit, en môme temps qu'une douleur assez vive. Depuis peu de temps, le court péronier latéral gauche est atteint d'une affection de même nature, mais de moindre intensité. L'effet de ces battements est de provoquer de la douleur, de produire des hésitations dans la marche et môme de déterminer des chutes. La jeune malade nous déclare que l'extension du pied et la compression exercée sur certains points du pied et de la jambe suffisent pour les arrêter, mais qu'elle continue alors à éprouver de la douleur et de la fatigue dans le membre. Lorsque cette intéressante personne se présenta à nous, voici dans quel état nous la trouvâmes : au niveau de la malléole externe droite, il était facile de constater, vers le bord postérieur de cette saillie osseuse, un battement régulier, accompagné d'une saillie passagère et d'un soulèvement des parties molles de cette région, lesquels étaient suivis d'un bruit sec sftccédant à chaque contraction musculaire. Ce bruit se faisait entendre dans le lit, hors du lit, et à une dis-

tance assez considérable du lieu où la jeune personne reposait. Remarquable par sa régularité et son éclat, ce bruit l'accompagnait partout. En appliquant l'oreille sur la jambe, sur le pied ou sur la malléole, on distinguait un choc incommode qui gagnait toute la largeur du trajet parcouru par le muscle, absolument comme mi coup qui s'est transmis d'une extrémité d'une poutre à l'autre. Le bruit ressemblait quelquefois à un frottement, à un grattement, et cela lorsque les contractions offraient moins d'intensité. Ces mômes phénomènes se sont toujours reproduits, que la malade fût debout, assise ou couchée, quelle que fût l'heure du jour ou de la nuit où noys l'ayons examinée. Si nous étudions le mécanisme des battements produits, et si, pour plus de clarté, nous décomposons chaque battement en deux temps, nous verrons que, dans le premier temps, le tendon du court péronier latéral se déplace, en sortant de la gouttière, et nécessairement en soulevant le long péronier latéral et la peau; que, dans le deuxième temps, le phénomène de contraction étant accompli, son tendon se relâche, se replace dans la gouttière, et produit, en frappant contre celui-ci, le bruit sec et sonore dont nous • avons parlé. Il se renouvelait, pouT ainsi dire, à chaque seconde, et chaque fois le petit orteil éprouvait une secousse et la peau qui recouvre le cinquième métatarsien était soulevée par le tendon. Il cessait lorsque le pied était fortement étendu. Il cessait encore lorsqu'une pression était exercée sur le muscle ou la gaine des péroniers. Dans ces dernières années, les journaux français et étrangers ont beaucoup parlé de bruits semblables à des coups de marteau, tantôt se succédant régulièrement, tantôt affectant un rhythme particulier, qui se produisaient autour de certaines personnes couchées dans leur lit. Les charlatans se sont

emparés de ces phénomènes singuliers, dont la réalité est d'ailleurs attestée par des témoins dignes de foi. Ils ont essayé de les rapporter à l'intervention d'une cause surnaturelle, et s'en sont servis pour exploiter la crédulité publique. L'observation de mademoiselle X... montre comment, souS/ l'influence de la contraction musculaire, les tendons déplacés peuvent, au moment où ils retombent dans leurs gouttières osseuses, produire dès battements qui, pour certaines personnes, annoncent la présence d'esprits • frappeurs. En s'exerçant, tout homme peut acquérir la faculté de produire à volonté de semblables déplacements des tendons et des boitements secs qui sont entendus à distance. Repoussant toute idée d'intervention surnaturelle et remarquant que ces battements et ces bruits étranges se passaient toujours au pied du lit des individus agités par les Esprits, M. Schiff s'est demandé si le siège de ces bruits n'était pas en eux plutôt que hors d'eux. Ses connaissances anatomiques lui ont donné à penser qu'il pouvait bien être à la jambe, dans la région péronière, où se trouvent placés une surface osseuse, des tendons et une coulisse commune. Cett"e manière de voir étant bien arrêtée dans son esprît, il a fait des expériences et des ' essais sur lui-même, qui ne lui ont pas permis de douter que le bruit n'eût son siège derrière la malléole externe et dans la coulisse des tendons des péroniers. Bientôt M. SchifT a été à même d'exécuter des bruits volontaires, réguliers, harmonieux, et a pu, devant un grand nombre de personnes (une cinquantaine d'auditeurs), imiter les prodiges des esprits frappeurs avec ou sans chaussure, debout ou couché. M. Schiff établit que tous ces bruits ont pour origine le tendon du long péronier, lorsqu'il passe dans la gouttière péronière, et il ajoute qu'ils coexistent

DANS LK^PIRlTISMli. 385

mec un amincissement ou l'absence de la gaine commune au long et au court péronier. Quant à nous, admettant d'abord que tous ces battements sont produits par la chute d'un tendon contre la surface osseuse péronière, nous pensons cependant qu'il n'est pas besoin d'une anomalie de la gaine pour s'en rendre compte. Il suffit de la contraction du muscle, du déplacement du tendon et de son retour dans la gouttière pour que le bruit ait lieu. De plus, le court péronier seul est l'agent du bruit en question. En effet, il affecte une direction plus droite que le long péronier, qui subit plusieurs déviations dans son trajet; il est profondément situé dans la gouttière ; il recouvre tout à fait la gouttière osseuse, d'où il est naturel de conclure que le bruit est produit par le choc de ce tendon sur les parties solides de la gouttière; il présente des fibres musculaires jusqu'à l'entrée du tendon dans la gouttière commune, tandis que c'est tout le contraire pour le long péronier. Le bruit est variable dans son intensité, et l'on peut en effet y distinguer diverses nuances. C'est ainsi que, depuis le bruit éclatant et qui se distingue au loin, on retrouve des variétés de bruit, de frottement, de scie, etc. Nous avons successivement, par la méthode sous-cutanée, incisé en travers le corps du court péronier latéral droit et le corps du même muscle du côté gauche chez notre malade, et nous avons maintenu les membres dans l'immobilité à l'aide d'un appareil. La réunion s'est faite et les fonctions des deux membres ont été recouvrées sans aucune trace de celte singulière et rare affection.

» M. Velpeau. Les bruits dont M. Jobert vient de traiter dans son intéressante notice me semblent se rattacher à une question assez vaste. On observe, en effet, de ces bruits dans une foule de régions. La hanche, l'épaule,.

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le côté înlérhé au pied en 'àèviennénl àsKêz 'àouVênt te sîége. j'ai Vii, entre autres, une clamé qui, à l'âTcte de certains mouvemènls de rotation de la cuisse, "produisait nmsî une sorte de musique a^sez manifeste pour êtr'e ent'enàùé d'un côïé à Vautre du salon. Lé Vendofi de la Whgïi'e pôVtion du DÎceps brachial en é'figehâre "fàcfté'meTrt è'n sôrlànt âé sa coulisse, quand ^ès Dridcs fibreûsffs ^in Te felîèn'nenl iiaturellement viennent à se relâcher ou tï le rompre. \\ en ésî, dé m'^è du jafth^ier postérieur on cTû fléc^nsséur d'à gro^ brVéfi, dérrièVé là Ynafléoîe interne. T)e 'tels hrui'ls s'expliquent, ainsi que MNÏ. S'chiffe\ Jobert Vôïit bien compris , par le frottement ou les sôub'res'auts des tendons dans ^ès rainures où contre dés bords h surfaces synôVîafés. ^s sont, par conséquent, possibles dans une iîifTmte de r^ègiôhs où au voisinage d'une foule d'organes, l'rfntôt clairs '6u éclatants, tantôt sourds ou obscurs, parfois humides et d'autres fois secs, ils varient d'aiîîéur*s 'eitrômemènt d'intensité. Espérons querexéùiple donné à ce ^ùjét f^ar MM. Schiff et Jobert portera les physiologistes à s'occuper sérréùsemenl de ces divers bruits, et qu'ils donneront un jour l'explication rationnelle de phénomènes incompris ou atti'fbués jusqu'ici à des causes occultes et 'Surnaturelles.

» M. Jules CtoQUET, à l'appui des observations de Si. Vëlpeau Sur les bruits anormaux que les tendons peuvent produire dans divé'rï'ès régions du corps, cite l'exemple ^''ùri'è jeune fille de seize à dix-huit ans, qui lui fut présentée à l'hôpital Saint-I.ouis, à ùrte époque où MM. Vëlpeau et Jobert étaient attachés à ce môme établissement. Le père de cette jeune personne, qui s'intitulait /?è/;er/' /m jjhénomène , espèce de saltimbanque, comptait tirer profit de son enfant pour la livrer à une exhibition publique; il

annonça que sa fiîle avait dans le ventre un mouvement àe pendule. Cette fiîle était parfaitement conformée. î^ar un léger mouvement de rotation dans la région lonfiî)aîre de la colonne vertébrale, elle produisait des craquements três-forls, plus ou moins réguliers, suivant le rhyt^me des légers mouvements qu'elle imprimait à là partie îiiférietirè de son torse. Ces bruits anormaux pouvaient s'entendre très-distinctement à plus de vingt-cinq pieds de distancé, e*l ressemblaient au bruit d'un vieux tournebroche ; ris étaient suspendus à la volort'té delà jeune fille, et paraissaient avoir leur siège dans les muscles de la régiôti lômbô-dorsale de la colonne vertébrale. »

Le journal le Message?^ de Paris complète les détails (ju'on vient de lire en ajoutant dans l'article qtïe nous citions plus haut :

« Surexcité par ces faits intéressants auxquels d'ailleurs prenaient part toutes les personnes qui assistaient à celte séance, ce qui n'est pas commun à l'Académie, M. Jobert a complété sa communication en disant que des individus, par un exercice soutenu . ont pu exécuter des airs iw^Xadieux, la Marseillaise, la Marclœ bavaroise, la Marche française, avec une régularité parfaite, par la seule adtioih des péroniers, et il a terminé en disant que les dispositions anatomiques de ces muscles étaient plus favorables à 'fees résultats que celles des régions du corps indiquées par MM. Yelpeau et J. Cloquet. »

Les observations de MM. Flint, Schiff et Jobert (de Lamballe) prouvent que des bruits pieuvent être produits dans le corps humain par certains muscles et sous l'impulsion de la volonté, qui irait jusqu'à leur faire battre la mesure de la Marseillaise. Quel rapport y a-t-il entre ce bruit è't celui que produisent les tables? Analogie de son matériel,

pas davantage; puisque la table en dialoguant fait acte d'une intelligence complétenment indépendante de celle de l'interlocuteur, tandis que le muscle ne peut agir que si son propriétaire le veut. Il n'y a rien de commun entre un meuble obéissant au commandement du premier individu y^uM^ prévoyant ses soupçons, répondant en langue étrangère à ses questions, et le bruit d'un muscle qui résonne comme une sonnerie sous le doigt de 1 horloger. L'action du meuble affirme une intelligence, l'action du muscle le jeu d'une mécanique. Y a-t-il identité entre ces deux ordres de faits ? Pas la moindre : concluons donc à une diiférence d'origine nettement tranchée pour ces deux phénomènes, différence qui exclut toute possibilité de similitude et de rapprochement entre eux. Il est vraisemblable qu'un homme de la valeur de M. Jobert (de Lamballe) ne s'est pas fait cette objection, ou il aurait cherché ailleurs que dans le court péronier le véritable esprit frappeur qu'il croit avoir surpris. Nous en dirons autant à ses deux collègues qui n'ont pas vu, plus que lui, que l'intelligence manifestée par les tables assigne à leurs bruits une origine radicalement autre que celle des bruits du genou ou du péronier. Les dissertations des trois médecins nous laissent donc dans la plus entière obscurité sur le mystère scientifique des tables parlantes.

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