LUI
Labbe du Bourg
A la Présidente du Bourçr
Prèlre en 1776, l'abbé du Bourg fut installé, à la fin de la même aimée, chanoine de Saint-Etienne : l'abbé de Valette, prévôt du chapitre, avait résigné son canonicat en sa faveur. Il poursuit, à Paris, ses études théologiques jusqu'au doctorat en Sorbonne.
La Présidente ambitionne, pour lui, desi lettres de grand vicaire de Toulouse; elle espère pouvoir compter sur le consentement de l'archevêque. Mais son fils ne partage pas son avis. Il est avant tout, prêtre, et aspire à n'être pas un prêtre de vertu ordinaire. Au lendemain de son sous-diaconat il écrivait à sa mère (29 mai 1774) :
(( J'ai pris les meilleures résolutions que j'ai pu, c'est-à-dire que, de même que mon père et mon frère ne se sont pas contentés d'être honnêtes gens comme les honnête gens ordinaires, de même je ne me contenterai pas d'être un ecclésiasti que ordinaire, comme le grand nombre. i\on, je voudrais être du petit nombre qui suit l'exemple des apôtres. Mais qui m^en donnera la force .►^ Je sens vivement que je ne la trouverai point dans moi-même. C'est Dieu seul, à qui je ne demande des grâces que pour le servir. »
Ses intentions sont trop saintes pour être en parfaite communion fl'idéps nvpr son archevêque, T.e prélat occupe une
haute situation dans l'Eglise et dans l'Etat; il deviendra même premier ministre. Mais chacun sait qu'il ne fut pas sans défauts et qu'il ne pratiqua pas toutes les vertus.
Plus perspicace que sa mère, l'abbé du Bourg devine bien qu'il n'y a et n'y aura point sympathie profonde entre Loménie de Brienne et le jeune chanoine du chapitre de Toulouse.
Paris, le i^'" mars 1778.
...Le Marquis de Castries m'a parlé aussi du désir que vous auriez (jue je fusse grand vicaire à Toulouse. Je ne pense pas qu'il faille le demander à notre Archevêque avant la fin de ma licence. J'ai lieu de croire qu'il ne se soucie pas d'avoir des gens qui n'ont pas achevé leurs études.
Du reste, il ne me paraît pas que ce soit une chose si pressée. Il me semble qu'étant docteur de Sorbonne, chanoine de Saint-Etienne, fils et frère de gens comme il faut, dans le Parlement : si ce n'est pas M, de Brienne. qui me donne des lettres, ce sera son successeur (i).,
Et d'ailleurs, mon avantage ne sera jamais que d'être avec un homme avec lequel je pourrai vivre plus habituellement qu'avec notre présent Archevêque. Car, je ne suis pas à m'en apercevoir, la première vue ne m'est pas favorable. J'ai vu M. l'Archevêque de Toulouse, et,
(i) De fait, ce fut son successeur, Mgr de Fo» fanges qui le nomma vicaire général, mais seulement après la Constitution civile du Clergé. Tous les évêques du Midi lui donnèrent alors des lettres de grand vicaire; et l'on sait avec quel héroïsme il fut la Providence de leurs diocèses pendant la Révolution.
— I'Sq — le ton de bonté et même d'amitié avec lequel il m'a parlé, ne m'a pas empêché de constater qu'il n'était pas prévenu en ma feveur.
Ce mot ne vous effarouche-t-il pas? Car, il est des articles sur lesquels vous n'entendez pas raillerie. Je vous assure qu'il ne m'a rien dit de choquant, mais il est des affections de Tâme qui percent à travers le meilleur visage et les plus douces paroles.
L'Abbé du Bourg.
Claude de Saint- Martin
^u Conseiller du 'Bourg
Un grand malheur frappe la famille du Bourg : le Président meurt le 19 juillet 1778, âgé de 58 ans. De toutes les lettres de condoléances, nous ne retenons que celle du chef du Martinisme qui se distingue des autres par son style et ses idées. ,
De Paris, le 9 août 1778.
...Je respecte, j'honore, je révère sa cendre. Si mes larmes, si mon sang pouvaient la revivifier^ vos pleurs seraient bientôt essuyés.
— jAo —
Mais, ce qui met le comble à mon affliction, c'est l'état où doit être sa tendre épouse, vous-même et tout ce qui tenait à lui par les liens du sang et de l'amitié. Fût-il jamais de peine plus légitime et de cœurs mieux disposés à une vertueuse sensibilité? Pleurez, mes amis, pleurez : la nature vous le permet, l'amitié vous le demande, la raison même suspendrait ses reproches, si jamais elle pouvait avoir à vous en faire.
Mais, en payant ce tribut honorable, n'oubliez pas que vous en avez un également indispensable, et sans lequel votre tâche et votre devoir d'homme, de chrétien, de cohen, ne serait qu'à moitié remplie. L'objet que la volonté suprême vous a ravi était un assemblage éphémère de deux substances, lancé dans le temps comme un éclair, plongé sur cette surface pour en re bondir presque aussitôt qu'il l'aurait frappée.
Dans ce choc terrible et si périlleux, il n'a point laissé altérer son essence; toujours les yeux élevés vers le principe dont il était descendu, il l'a manifesté dans son amour et sa charité envers tous ceux qui l'ont environ né, dans sa justice, dont il a tenu la balance, sans se permettre jamais de la faire pencher contre son propre poids, dans sa fidélité à tous ses devoirs, et principalement dans sa ])iété constante et pure. Lors donc qu'il vient à déposer sa dépouille terrestre, il ouvre à vos idées, et à vos cœurs, un champ vaste de consolations et d'hommages à rendre à la main sacrée qui conduit tout, puisque tout vous engage à le regarder comme un heureux voyageur, qui a été préservé des accidents et des dangers de sa route, et que cette main divine n conduit enfin, avec le même bonheur, au port du salut.
. J'espère donc, mon cher ami, de votre courage, de votre piété, et surtout de vos connaissances, qu'après avoir fait le sacrifice le plus pénible que la nature ait à faire, vous recevrez, pour récompense, la grâce de vous |)énétrer d'amour et d'admiration pour les décrets de la Sagesse suprême qui a permis qu'un homme vertueux après vous avoir servi d'exemple pendant sa vie, soit encore admis, après sa mort, au privilège des justes, qui est de défendre et de secourir, par les mérites de leurs prières, les pauvres errants qui son encore sur la terre.
Car, il faut vous dire qu'avant que nous soyons tous devenus comme des anges dans le ciel, c'est-à-dire sans aucune distinction matérielle et sensible, l'âme suit encore pendant un temps après la mort, le cours d'affections que lui avaient donné ses rapports et ses relations corporelles pendant sa vie terrestre.
Ainsi, ayant été tous dans votre famille, les princi- {)aux objets de ses sentiments, il ne faut pas douter que vous ne soyez aujourd'hui pour lui les principaux objets de ses affections spirituelles, et que les forces nouvelles qu'il a acquises ne s'unissent scrètement aux vô très pour vous maintenir, de plus en plus, dans les voies qui mènent au sanctuaire, vers lequel il a déjà fait les I)as les plus importants.
Puissent, mon très cher ami, ces idées consolantes vous élever un peu au-dessus de la sphère ténébreuse (jue nous habitons, et où tout est douleur, comme étant le théâtre d'expiation. Puissent-elles vous aider à conteni|)lcr l'ordre des choses avec l'œil du sage, après
ll\2 —
l'avoir contemplé avec l'œil d'un fils et d'un ami véritable.
Puisez dans vos Ecritures les profondes instructions qui y sont contenues sur cet objet, et vous verrez peu à peu vos forces et le calme renaître.
Pénétrez-vous surtout de l'idée nourrissante et vive que nous avons une autre mort à pleurer que celle de nos pères charnels, savoir : celle de notre Divin Régénérateur, dont le sang se répand chaque jour pour nous, et dont l'holocauste est si précieux que toutes les larmes que nous versons pour d'autres sont autant d'injustices que nous lui faisons, quand nous ne finissons pas par les lui offrir.
Adieu, mon très cher ami, vous lirez à ma tendre mère ce que vous croirez pouvoir lui lire de ma lettre, faites en sorte qu'elle lui soit commune. Mes hommages et tendres compliments à tous les vôtres.
Le Chevalier 'Bruno du Bourg
kA la Présidente du Bourg
Après la prise de Trinquemale, dans l'Inde, le bailli de Suffren remporta une quatrième victoire sur les Anglais, de-
vant Gondeloiir (12 juin 1788), alors que la paix élait déjà conclue à Versailles. Le jeune officier de marine, Bruno du Bourg, prit part à ce dernier combat.
Au Port-Louis, Ile de France, ce 28 novembre 1783.
Ma chère maman,
Je me trouve enfin réuni avec ma sœur (i) et sa famille : ce n'a pas été sans difficulté, car il a fallu me débarquer de dessus V Argonaute : ce que je n'aurais pas obtenu, et que je ne pensais pas même à demander; mais, des dartres très vives m'étant venues sur les jambes, les chirurgiens que je consultai me dirent qu*i! était nécessaire d'aller à l'Ile de France pour y trouver les rafraîchissements nécessaires.
Vu ces raisons, je passai sur le Héros (2) : partis de Trinquemalé au commencement d'octobre nous sommes arrivés ici le 12 novembre.
J'ai trouvé tous les Mazade en très bonne santé, et la petite famille conserve son embonpoint ordinaire...
M. de Saffren m'a montré à bord, ainsi qu'à terre, assez d'amitié, mais je ne crois pas que j*en puisse encore profiter, vu mon peu d'ancienneté. Il m'a recommandé au gouverneur auquel j'ai dit qu'après le rétablissement de ma santé je le prierais de m'employer le
(i) M»"* de Mazade, dont le mari était é^refficr en chef du conseil de la colonie.
(u) Vaisseau du bailli de Suffren.
plus tôt possible. Je tacherai d'aller faire une campagne dans l'Inde pour en connaître un peu plus la navigation. Je ne sais pas si je pourrai y parvenir.
On nous fait essuyer ici quelque chose de fort désagréable. On nous paie la moitié de nos appointements dûs, en piastres et l'autre moitié en lettres de change, sur lesquelles on perd le Ao pour loo, en les négociant Ayant mûrement pensé à cela, j'ai pris les piastres et ai laissé mes lettres de change en attendant mon retour en Europe ou un temps plus heureux.
J'ai vu dans la liste que l'on m'avait fait sous-brigadier des gardes de la marine. J'ignore qui m'a fait nommer à ce détail, ce que je voudrais savoir pour l'en remercier.
J'ai laissé à la côte M. de Monlong (i) , en bonne santé, ainsi que les Barbier et Ghristol. Montégut, ïe fils du Conseiller, était sur la Surveillante : mais je n'ai pu le voir.
Il y a ici Montagut et Fontenille embarqués sur le Sphinx qui suivra de près le Héros, ainsi que le Flamand portant M. le Marquis de Saint-Félix, avec sa famille, qui va s'établir à Toulouse.
Je ne mets pas une feuille de plus, parce que je vous écrirai par les autres vaisseaux qui vont partir. Je vous embrasse bien tendrement.
(i) Toulousain, comme les suivants.
Claude de Saint-Martin
^4u Conseiller du 'Bourg
Paris, le 21 avril 178/i.
Le magnétisme animal, sur lequel vous me questionnez, tient aux lois de la pure physique matérielle : il n'y a rien de plus absolument. Libre à ceux qui le voudront et qui le pourront d'y ajouter ce qu'ils auront de surplus. Ceux qui n'en sont pas là pourront se trouver quelquefois embarrassés; car, ce magnétisme, tout pur physique qu'il est, agit plus directement sur le principe animal que tous les autres remèdes, et, par conséquent, il peut sans s'en douter ouvrir la porte plus grande.
Or, quand la porte est toute grande ouverte, la canaille peut entrer comme les honnêtes gens, si l'on n'a pas soin de poster des sentinelles fermes et intelligents qui ne laissent l'accès qu'aux gens de bonne compagnie.
Cet inconvénient est grand, mais il serait inintelligible à toute VEcole Mesmérique à comment îr par le Maître. Ainsi je garde cette idée pour moi, el pour ceux qui sont capables de l'entendre.
Au demeurant n'y ayant presque rien, ici-bo'?, de simple et de parfaitement pur, il faut s'attendre à des
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mélanges et à des abus, toutes les fois qu'une chose utile et vraie se montre sur l'horizon. C'est à ceux qui sont avertis à se tenir en garde.
f. C. de Loménie de Brienne
archevêque de Toulouse
A la Présidente du Boiirçr
Brienne, ce 5 août 1784.
Rien de plus honnête. Madame, que le procédé de M. le Chevalier de Mar. Et si je ne connaissais d'ailleurs toute la confiance que votre charité doit m'inspirer, il me suffirait pour applaudir à l'usage que vous avez fait de la petite somme que vous aviez reçue pour lui. Je souhaite qu'elle porte bonheur à M™® d'Arg.
Personne ne rend plus de justice que moi au zèle et aux vertus de Monsieur votre fils, et personne ne sera plus empressé à lui rendre ce témoiernaffe. Le bien qu'on lui fera ne sera pas pour lui, et je serais trop heureux de lui en procurer, comme de vous prouver en toutes occasions les sentiments respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.
E. C. Arch. de Toulouse.
Jean de Castries ^^^
Evêque de Vàbres
Jl la Présidente du Bourg
Le chanoine du Bourg habite Toulouse; il s'y livre tout entier aux œuvres d'apostolat. Sa mère avait déjà travail^ à. la conversion de plusieurs Juifs. Lui va se dévouer à la maisou des sourds-muets et à celle du Bon-Jésus destinée aux lilles» repenties. En attendant, sa conduite durant la terrible épidémie de la suette, excite l'admiration publique.
L'évêque de Vabres, Mgr de Castries, cousin de la Présidente, voudrait que l'écho de celte admiration parvînt jusqu'à Versailles.
Mby, 6 août 1784.
...Je crois, Madame, que vous devriez rappeler à M. l'Archevêque de Toulouse une chose qui fait beaucoup d'honneur à Monsieur votre fils, et que le prélat ne peut pas ignorer, puisque son chapitre, ses curés et tous les habitants de Toulouse en ont été les témoins.
(i) Vabres, près de Saint- Affrique (Aveyron). — Jean de La Croix (le Castries, né en 1716. Prévôt d'Albi en 17^7, à la mori de son parent, Mgr de Castries, archevêque d'Albi ; cv(*(|ue de Vabres en 17G4. il !e demeura jusqu'à la suppression de son sic^'o, en lytio. Prélat très respectable
Il a dû être informé que, pendant la dernière maladie épidémique qui a régné dans cette ville, les ecclésiastiques spécialement chargés des fonctions du ministère devenues alors aussi périlleuses que pénibles, ne pouvaient y suffire et qu'ils y trouvaient peu de secours étrangers; que, dans le temps que la suette inspirait la plus grande terreur, M. l'abbé du Bourg, par un effet de son zèle et de sa bonne et libre volonté, s'exposait à tout le danger de cette épidémie, en aidant les curés, le jour et la nuit, dans l'administration des sacrements, continuellement occupé à rassurer et à consoler les personnes qui avaient recours à lui, tandis qu'il vous laissait dans les plus vives alarmes sur son compte.
Si M. l'Archevêque de Toulouse voulait faire valoir ce service important que M. l'abbé du Bourg a rendu à son diocèse, et qu'il en parlât sur ce ton, on ne pourlait qu'en savoir gré à Monsieur votre fils. Mais, comme il arrive quelquefois que les lettres, adressées aux gens en place chargés de nombreux détails, restent sur leurs bureaux, il ne serait peut-être pas inutile de faire part à M. le Maréchal de Castries de ce que vous écririez à M. l'Archevêque de Toulouse et de le prier d'en conférer avec lui. Je suppose que vous seriez assurée que le prélat rendrait à M. l'abbé du Bourg toute la justice qui lui est due (i).
(i) Il ne paraît pas qu'il se soit bien intéressé à son avencement. Tandis que l'abbé du Bourg restait chanoine de Saint-Etienne, deux jeunes grands vicaires de Toulouse — qu'on peut dire moins méritants que lui, sans leur manquer de justice, — étaient nommés, l'un (l'abbé d'Osmond) éveque de Comminges, et l'autre (l'abbé de Chauvigny de Blot), éveque de Lombez.
— 1^9 — ...Nous partons demain pour Castres, avec M. le coadjuteur(i) et j'arriverai à Vabres, mercredi matin, dans la semaine prochaine. Mille choses empressées à Messieurs vos fils. Je suis enchanté d'avoir passé quelques jours avec M. le Chevalier. Mes hommages à vos dames; mes compagnons de voyage, M. de Neirac, Fabbé son fils, et mon neveu, vous assurent de leur respect. Vous connaissez. Madame, tout celui que je vous ai voué, ainsi que mon tendre et inviolable attachement.
f J. Ev. de Vabres.
Le 'Bailli de T(phan
Grand Maître de Malte
^u Chevalier Joseph du Bourg
Le progrès est chose relative. Sous le présent règne tle l'électricité et du machinisme, il y aurait injustice et outrecuidance à tout dédaigner du passé. Le chevalier du Bounj et le bailli de Suffren étaient des hommes de progrès, en introduisant le quinquet et le métier à filer dans les Etats du Grand Maître de Malte.
(i) Mgr de Pieiie de Beriiis, neveu du cardinal de Beniis, aichc- \èque d'Albi, en même temps qu'ambassadeur de France à Home.
Très cher et bien-aimé religieux, le métier à filer le coton el la lampe à la quinquet, dont vous nous faîtes présent d'une manière aussi noble que généreuse, viennent de nous parvenir, et nous nous empressons de vous en témoigner notre reconnaissance.
Nous allons maintenant nous occuper à chercher un artiste assez intelligent pour diriger la marche de ces machines, conformément aux sages observations qui accompagnent votre lettre; et ne doutant pas que cette nouvelle invention de filature ne contribue à la perfection de nos fabriques, ainsi qu'à l'agrandissement du commerce de nos sujets, nous aurons le plaisir de vou? en devoir l'obligation, et de vous voir partager avec le \(^n. Bailli de Suffren, la gloire et l'avantage qui en ré sulteront. Sur ce nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
A Malte, le i5 décembre 178/».
Rohan (1 )•
(i) François Ximcnès avait été Grand Maître de l'ordre de Malle, de 1773 à 1775. Son successeur, Emmanuel de Rolian. élu en 1775, le fut jusqu'en 1797.
— loi
Fiai êtes d'Aignan ^"
Ali Conseiller du Bourg
Montaubaii, le 28 août 1785.
Je suis bien aise, mon très cher et respectable maître, que vous approuviez mes arrangements à l'égard de l'impression du livre de M. le Marquis de Puységur.
(i) Au cours de notre étude sur le Mesmérisme à Toulouse, nous avons parlé de Vialètes d'Aignan et de sa correspondance, éminemment spiritualiste, avec le conseiller du Bourg. Il magnétisait à Montauban, selon les instructions de son correspondant toulousain.
Etienne Vialètes d'Aignan l'Iait directeur d'une grande manufacture royale de draps, à Montauban.
Il descendait d'une famille noble du Roiiergue, dont une branche se retira à Montauban vers l'an i55o En 1627, la perte de leur fortune obligea les de Vialètes d'.entrer dans le commerce. Vers l'an 1678, David d'Aignan, qui dirigeait une importante manufacture d'imitation de serges drapées appelées cadis, s'associa David Vialètes et lui donna une de ses fUles en mariage : à sa mort, son gendre ajouta à son nom celui d'Aignan.
En 1746, le roi octroya aux frères Jacques et Etienne Vialètes d'Aignan des lettres patentes, très élogieuses, d'érection de leur maison en manufacture royale : lettres confirmées de nouveau en 1776. C'était la maison la plus considérée du pays. Cf. E. Forestié : Les Fabriques de drap à Montauban du XVI* à nos jours (Montauban i883), pp. g, 10, 19, 20, a8; de Cathala Coture : Histoire du Qaerçy, t. 111, p, 69.
J'examinerai avec soin les épreuves, pour qu'il s'y glisse le moins de fautes que faire se pourra; et je ne négligerai rien pour que l'édition soit correcte.
M. de la Forcade se porte très bien. 11 passa hier la revue. C'est par négligence qu'il n'avait pas écrit. Il a eu sa jambe magnétisée deux fois par ma somnambule qui l'a beaucoup soulagé.
J'ai lu à M. le Comte de Puységur, qui vint chez moi dans l'instant oij je recevais la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, ce que vous me marquez au sujet de l'ordre qui est rétabli dans votre baquet : cela lui a fait d'autant plus de plaisir qu'il croyait la chose bien difficile. Il me charge de vous faire ses empressés compliments, et de vous dire qu'étant très instruit des choses sublimes auxquelles le magnétisme conduit, vous ne perdiez jamais de vue que c'est la volonté du magnétiseur qui doit conduire les crises qu'il traite, et qu'il doit en être entièrement le maître.
J'ai reçu, ainsi que vous, des nouvelles de M. d'Hauterive. Il me parle magnétisme et il m'assure que d'après des découvertes qu'il a faites, le magnétiseur, s'il n'est garanti par une vertu spirituelle supérieure, peut contracter les maladies de ceux qu'il magnétise. Quelque confiance que j'aie en ses lumières, il me permettra certainement de lui faire observer que, depuis le temps que l'on magnétise, et que tant d'hommes bien ou mal disposés le font, il est étonnant que cela ne soit point arrivé. J'ai vu entre les mains de M. le Comte de Puységur les observations de M. de Saint-Martin, qui pense le contraire, mais qui conseille de ne placer ^e
magnétisme que dans des mains sûres, à cause des dangers que peuvent courir la santé, la fortune et les mœurs de celui qui est travaillé...
Priez pour moi, très respectable maître, et agréez l'hommage du plus tendre respect.
Vialètes d'Aignarv.
La Marquise de Livry
A la Présidente du "Bourg
A Soisy, ce i4 octobre 1785.
Je n'ai pas encore reçu, ma chère Présidente, la liste des guérisons miraculeuses opérées au baquet de messieurs vos enfants ou par vos soins. M. le Comte Maxime n'est pas arrivé. Je suis déjà convaincue que tout ce qu'il y a dans votre mémoire est la vérité même. Je désire que vous n'entrepreniez plus de malade aussi diflicile à guérir que votre épileptique. Car j'entends dire que le magnétiseur est plus fatigué que le magnétisé.
J'ignore ce qu'on vous a mande de M. le Cardinal de Rohan. Dans ce moment-ci il ne peut y avoir rien de nouveau. M. Titon, qui en est rapporteur, travaille aux
informations. Ce n'est qu'à la St-Martin qu'il fera son rapport, la Grand-Chambre assemblée avec la Tournelle.
M. le Cardinal de Rohan est à la Bastille et y restera jusqu'à la fin de son procès (i).
La Cour est à Fontainebleau depuis lundi. La Reine y a été dans une gondole qu'on vient de faire faire pour elle...
Depuis que je vous ai quittée, chère Présidente, je ne cherche plus à faire aucune expérience. Je ne vais pas trois fois dans mon potager. Je n'ai, dans ma bassecour, que des poulets et des canards, ce qui n'est pas une chose bien intéressante. Un homme de mes amis ne pense point comme moi. Il me mande qu'il avait fait électriser un boisseau de blé, que son expérience a réussi si parfaitement, qu'au lieu d'un boisseau il va en faire électriser dix. J'aimerais bien mieux que vous électrisiez du blé, parce que ça ne serait pas vous qui en prendriez la peine.
Bonsoir, chère Présidente, je vous embrasse de tout mon cœur.
(i) Sur la fameuse affaire du Collier, où le cardinal de Rohan fut compromis, cf. L. Dasté: Marie-Antoinette et le complot maçonnique, Paris, 1910.
Le Bailli de Rohaii
Grand Maître de 'Malte
Au Chevalier Joseph du Bourg
Très cher et bien-aimé religieux, nous avons accueilli avec intérêt les souhaits heureux que vous nous avez adressés à ce renouvellement de l'année : nous sommes persuadés que nous les devons à votre attachement, et vous devez l'être également du désir que nous avons de concourir à tout ce qui peut vous être avantageux.
Sensibles à l'attention que vous avez eue de nous envoyer l'état des cures opérées chez M. votre frère par le traitement magnétique, accompagné d'un mémoire de M. le Marquis de Puységur pour servir .i l'histoire de cette découverte, aussi intéressante que singulière dans ses effets, nous vous réitérons avec plaisir, l'assurance de nos sentiments d'estime et d'affection. Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.
A Malte, le i5 mars 1786.
Rohan,
Fialètes d'Aignan
Ali Conseiller du Bourg
Les idées martinistes les ont rapprochés. Mais Vialètes d'Aignan est encore protestant. M. du Bourg lui conseille de profiter du Carême pour se convertir au catholicisme. Son ami hésite encore, émettant quelques difficulfés qu'il voudrait voir résolues, touchant le dogme de l'Eucharistie.
Montauban, le lo avril 1787.
. . . L'Éternel m'accorde la grâce de l'aimer autant que je le dois. Ce que vous me dites, au sujet du momient favorable où nous sommes pour obtenir les secours d'en haut, est supérieurement vu. Je demande à Dieu tous les jours de me débarrasser des minuties, qui sont souvent les tentations les plus dangereuses. J'en éprouve actuellement une, qui n'a pas laissé que de me tourmenter.
Dans le sacrement de ÏEucharistie, le corps glorieux du Seigneur est renfermé dans le pain, et, comme par sa nature il n'occupe pas de place, je ne vois pas la nécessité de détruire la substance du pain, qui peut demeurer la même, dès qu'il n'est pas nécessaire qu'elle cède la place à un coi ps spirituel qui n'en occupe pas.
Si l'Eglise voulait regarder la nature du pain comme une apparence, comme un accident relativement au peu de réalité de la matière, cela me satisferait. Mais l'Eglise \a plus loin : elle veut que, malgré ce que je vois, ce que je touche, ce que je goûte et ce que je préfère, je ne crois pas que la substance du pain y soit demeurée.
Au reste, si j'entre dans ce détail, c'est pour vous prouver que le diable se sert de toutes sortes de moyens pour nous éloigner du sein de l'Eglise par des scrupules futiles et qui, dans le vrai, n'ont aucune espèce de fondement...
Je vous réitère les assurances du plus tendre et du plus respectueux attachement...
Vialètes d'Aignan.
Une ame aussi droite ne pouvait pas ne pas aboutir à ia vérité. Avant la fin de cette même année 1787, il abjura et se lit catholique avec ses six enfants (i).
(i) Obligeante communication de l'un des arrière-peiits-fils de Vialètes d'Aignan, M. Dejeau, très lionorable paroissien de Saint- Etienne de Toulousa. — D'ailleurs, le nom de Vialèles d'Aigiiaii est encore aujourd'hui fort bien porté.
ViaUtes (ÏAignan
Au Conseiller du 'Bourg
Après le renvoi de Galonné, exigé par T Assemblée des notables, ïarchevêque de Toulouse avait accepté le ministère, qu'il briguait depuis vingt ans. Les Parlements refusèrent d'enregistrer les édits du nouveau ministre qui désorganisa les anciennes Cours du royaume, le 8 mai 1788 (i), à l'exemple de Maupeou, et institua à leur place, les grands balliages.
Moutauban, le 29 de mai 1788.
C'est avec bien de la peine, mon très respectable et très aimé frère, que je vois que les projets combattus par les Parlements pour le bien des peuples, ne sont pas encore renversés. Les dernières nouvelles de Paris semblent annoncer que la résistance du Châtelet et celle de tous les bons citoyens ont lassé la constance du Roi, qui veut le bien, mais que l'on trompe.
(i) A cette date, de Loménie de Brienne venait d^être transféré sur le siège de Sens. Le premier président du Parlement de Toulouse, de Caînbon, et le procureur général, Emmanuel de Rességuier prirent la tête des magistrats protestataires.
Je désire que vous ne soyez pas longtemps dans vos terres les uns et les autres, puisque le mal qui en résulterait pour votre ressort serait inappréciable. Croyez, je vous supplie, que je partage bien véritablement tout ce qui vous arrive d'heureux et de malheureux. Ayez la complaisance d'en assurer vos Dames, à qui je présente mes respects, et qui vous ont certainement suivi dans votre retraite.
Vialètes d'Aignan.
La Présidente du Bourg
Au Chevalier Joseph du Bourg
Très impopulaire, Loménie de Brienne fut congédié onaoiit 1788, el remplacé par Necker qui, en septembre, rappela les anciens Parlements. La Révolution se prépare : le i[\ jan- \ier 1789 paraît l'ordonnance de convocation des Etais-Céncvaiix.
Les esprits qui ont souffert de l'arbitraire du pouvoir, ou (ju'atlire la hardiesse des systèmes et la perspective des réiVumes sociales, commencent à s^'entliousiasiner. La Iclhc suivanle de M"® du Bourg est, à cet égard, svmplonuiliciiu'. ('.oulrairement aux usages de la haute société et à ses babi-
tudes, elle y tutoie son fils. Elle n'y est pas tendre pour l'archevêque de Narbonne.
Toulouse, le ik février 1789.
...Rochemontès m'a dit que tu lui écrivais que c'était seulement dans le mois de mars que M. le bailli de Rességuier avait résolu de quitter Malte. Il aurait bien fait de suivre son premier projet de venir au mois de janvier,s'il était dans le dessein d'être un des membres des Etats Généraux. Les lettres de convocation sont arrivées depuis hier. Ils se tiendront à Versailles, et commenceront le 27 avril. Un des articles pour MM. de Malte, c'est que les prof es (i) seront avec le clergé et les au très avec la noblesse.
Il y a une discorde affreuse dans plusieurs provinces. Des gens ameutent le Tiers Etat pour empêcher les Etats-Généraux que je regarde comme le jour des manifestations de tous les crimes ministériels. C'est ce qui fait craindre cette Assemblée à ceux qui sont coupables. Il y a un parti formidable contre M. Neckei\ qui a cependant pour lui la confiance de la nation. On fait tout pour le rendre suspect, ainsi que les honnêtes gens qui ont dévoilé la vérité au roi.
On a cherché à noircir Bergasse par un écrit qui lui a été attribué et que je reconnus n'être pas de lui.
(i) Les chevaliers profès faisaient, à 26 ans, les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance : eux seuls pouvaient obtenir les commanderies et les autres dignités de l'Ordre.
Tu sais, sans doute que Bruno est arrivé depuis environ quinze jours. Il est dans la meilleure santé, très gai, se plaisant dans la maison parce que Von n'y parle plus de magnétisme qu'il prétend nous avoir rendu tous malades.
Rochemontès a encore du feu volage au visage : il fait quelques remèdes pour racommoder le sang, mais le travail journalier du Palais le fatigue. Cependant il faut le faire, parce que c'est son devoir. L'abbé confesse toujours. J'espère que notre nouvel Archvêque (i) lui donnera quelque occupation qui le distraira de celle-là.
Les Etats (du Languedoc) ne sont pas encore finis. Il Y a apparence que c'est pour la dernière fois qu'ils seront assemblés dans la forme oij ils sont. Tous les mémoires des déprédations énormes prouvées ont fait avaler bien des coulœuvres à M. V Archevêque de Narbonne (2), qui doit avoir un estomac d'autruche puisqu'il les a digérées sans en être incommodé. Il n'y a point de propos que le dernier du Tiers-Etat ne se soit permis en son auguste présence. Juge combien l'orgueil de ce président devait souffrir de ne pouvoir pas se venger au moins par des lettres de cachet que les Etats-Généraux veulent prohiber; et les monstres ne seront plus despotes dans cette partie
(i) François de Fontanges, transféré do Bourges.
(2) Arthur-Richard Dillon, transfère de Toulouse, archevêque de Narbonne depuis 1763 : il ne fut pas élu aux Etats-Généraux, se retira en Angleterre où il mourut en 1806, après avoir refusé sa démission au Pape, en 1801. — L'archevêque de Narbonne, sous l'ancien régime, était président né des Etats du Languedoc.
Fialétes d'^ignan
^u Conseiller du Hourg
Montauban, le 26 décembre 1789.
...Réunissons nos supplications à l'Etrnel, mon bienaimé Frère, pour le bien de la monarchie, jadis si brillante, dont nous sommes les sujets. Que Dieu la regarde dans sa rnisécorde, et elle sera florissante pendant toute la durée du temps, en corrigeant les abus qui ont manqué causer sa chute.
ViaUtes d'Aignan
.Au Conseiller du Bour^
La considération, dont Vialètes d'/Vignaii jouissait auprès de ses concitoyens, le fît élire officier municipal de Montau-
ban en février 1790 (^). La France était alors entrée dans une période de troubles.
La municipalité de Monlauban, très atlacljée an roi, et à ses devoirs, se voyait en bntte aux atlaqnes de la garde nationale et de la compagnie de dragons, composées en majorité de protestants.
Au matin du 10 mai 1790, tandis que le peuple, dévoué aux religieux, s'opposait à la visite des couvents, des gardes nationaux et des dragons s'étaient, par bravade, emparés de l'Hôtel-de- Ville. La foule les y assiégea : il en partit des coups de feu qui blessèrent des assiégeants. Les représailles ne tardèrent pas : cinq soldats furent tués.
L'intervention personnelle de Vialètes d'Aignan empôclia un plus grand malheur (^),
Monlauban, le 3i mai 1790.
Je profile du premier moment que j'ai eu depuis la malheureuse aventure du 10 de ce mois, 011 j'eus le regret de voir verser de part et d'autre du sang, que j'eusse bien voulu pouvoir empêcher de couler. Et je
(i) La raunicipalilé fui inslallée le aa février 1790. M. de Cioiirac était maire. Parmi les autres officiers municipaux, signalons le comte de Gironde et Valet de Reganliac, trésorier do France. De Scorbiac de Lustrac était en tête des notables. Cf. K. Foreslié ? Ephémérides Montalbannises, p. 18. (Monlauban, 188a.)
(a) Sur celte affaire, cf. Maric-Lafon : Histoire du Midi de la France, t. IV, p. SSS-SgS (Paris, i845) ; H. Taine : Origines de la France contemporaine, t, I, p. 334-a5 (Paris, Hachette, 1882 ; consulter surtout le récit plus détaillé et plus impartial de E. Foreslié : Récit des Troubles de Monlaubam. 10 mai 1790 (Monlauban, i883).
puis vous assurer sans nulle exagération, que je nx'ex.posai aux plus grands dangers pour y réussir.
Si je ne pus pas sauver la vie de cinq malheureux que le peuple sacrifia à son ressentiment, j'ai la consolation de pouvoir me dire que, sans moi, ceux qui s'étaient imprudemment renfermés dans le corps de garde, eussent été massacrés par le peuple irrité, sur lequel ils avaient tiré quoiqu'il fut désarmé, tandis que nous n'avions rien négligé pour les engager à se retirer du poste dont ils s'étaient emparés.
La municipalité de Montauban a^té cruellement outragée et calomniée d'une manière si atroce que je crois que vous ne désapprouverez pas que je vous fasse passer son procès-verbal et un exposé sommaire des faits qui ont occasionné ce triste événement.
Mes respects à vos dames, à Messieurs vos frères et i nos amis qui sûrement ont bien partagé ma peine. .T-^ me flatte que ni les uns, ni les autres, vous ne m'avez pas regardé comme un vil assassin qui avait attiré ainsi (fue mes confrères, dans le corps de garde de la maison de Ville les malheureuses victimes de la fureur du peuple, pour les y faire assassiner, dans le temps que je n'avais rien oublié en mon particulier pour les en retirer (i), et que la municipalité leur fit à ce sujet deux différentes réquisitions.
(i) Extrait du proccs-verbol de la manicipalilé : « .. Alors, M. Mcilctcs d'Aignan, officier municipal, qui n'avait rien négligé pour éditer les voies de fait, accompagné de M de Cliaunac, légèrement blessé, de MM. Delbreil frères et de Lalben(ine, s'approcbenl de la fenêtre du corps de
- iG5 —
Il est affreux d'être ainsi noirci, mais mon recours est dans Celui qui scrute les cœurs et qui connaît notre innocence. Je me recommande à vos prières.
L'armée bordelaise repart aujourd'hui de Moissac.
Vialètes d'Aignan.
Cette affaire fit grand bruit dans le royaume et eut des suites graves. A la nouvelle de l'émeute, les réformés de Bordeaux firent partir un corps de i5oo hommes, jusqu'à Moissac, pour y attendre les ordres de l'Assemblée Nationale avant de marcher sur Montauban. Un envoyé de Paris, vint enquêter sur place et pacifier les esprits.
Bien que la municipalité fut au-dessus de tout reproche, le maire, deCieurac, un officier municipal, Mialaret, et le procureur de la commune, Lade, durent se présenter à la barre de l'Assemblée Nationale qui se montra sévère contre des catholiques, au point de suspendre la municipalité de Montauban (26 juillet). Et sous la Terreur, en souvenir de cette affaire, et par vengeance, l'ancien maire, de Cieurac, et l'ancien capitaine de volontaires montalbanais, de Chaunac, étaient guillotinés, tandis que d'anciens officiers municipaux étaient emprisonnés.
Faisons une simple constatation avec M. Forestié.
En regard des sanctions qui suivirent les troubles de Mon-
garde, représentent aux dragons et aux autres soldats enfermés dans le corps de garde, que le moyen de calmer le peuple serait peut-être qu'ils rendissent les armes et qu'à ce prix on leur conserverait la vie, qu'il semblait que lo peuple se bornait à demander qu'on les livrât à la justice, et qu'ils fussent à cet effet conduits dans les prisons du château royal. Cette proposition fut acceptée, et les soldats nationaux rendirent les armes par la fenêtre du corps de garde... » E Forestié, op. cit., p. ag.
— i66 — tauban, où cinq prolestants avaient été tués par les calholifjucs, rappelons qu'un mois plus tard, durant les jouinccs sanglantes des i3, i4 et i5 juin 1790, les protestants tle Nîmes massacrèreni cinq cents catholiques, et que ni les assassins, ni les administrateurs nîmois ne furent inquiétés.
Le Vlaréchal de Castries
.A la Présidente du 'Bowi}
Lausanne (i), ce 6 février 171)1.
J'ai l'honneur de vous remercier, ma chère cousine, de la bonté que vous avez eue d'aller voir M. de Clavac. et de m'en donner des nouvelles. Ce que vous me mandez de son affaire rne donne plus de tranquillité que sa lettre. Je vous demande d'avoir la complaisance de lui faire remettre les lettres ci-jointes. Elles ont toutes pour objet de lui marquer intérêt. Il n'y a rien qui puisse \)
(i) Le maréchal de Castries émigraii. De Lausanne il se réfugia à Cologne oi!i il fut choisi connue intermédiaire et conseiller de Louis XVI et de ses frères en Allemagne. Cf. sur son rôle, E. Daudet: Histoire de VEmigration, t. i, chap. vm et suivants, p. i56.
compromettre, lors même qu'elles seraient vues par )e Comité des recherches le plus chatouilleux... (i).
Maréchal de Castries.
La 'Marquise de Livry
kA la Présidente du Bour^
A Soisy, ce 3 novembre 1791 11 y a apparence, chère Présidente, que les églises de
(i) Curieuse et dramatique aventure.
Le 7 janvier 1791, le comU' de Chirac, accompagné de son cousin le marquis d'Escayrac se rendait à son château de Biizet- sur- Tarn (département de la Haule Garonne). Ils se dirent marchands de vin au batelier qui les prit sur le bac pour leur faire passer la rivière. Leurs deux domestiques restés s;: r la rive derrière une haie furent pris pour des malfaiteurs. Interrogés ils dévoilèrent leur identité et celle de leurs maîtres. Cela parut suspect. Le maire de Buzet, Planchon, avec vingt-huit gardes nationaux va s'informer aux portes (lu château. Discussion avec M. de Chirac. Un coup de feu, parti de l'intérieur, blesse le maire à la gorge Les portos se ferment. La foule met le feu au château. M. d'ilscayrac en essavanl de fuir, est tué. M. de Clarac est emmené à Toulouse. En prison, il jouit d'une certaine liberté, et la Présidente va le voir. Au bout de trois mois d 'emprisonnement il fut jugé cl relAclié. I! passa ensuite en Espagne où il rejoignit en Catalogne, un corps d'émigrés et devint, à la mort du Comte (Je Pannetier, chef de la Légion royale des Pyrénées.
Toulouse vont être ouvertes puisque celles de Paris k sont. J'espère que, pour lors, vous serez plus tranquille. Je vois par les lettres que vous m'écrivez, que votre tête est dans l'effervescence. Vous allez avoir des confesseurs et des messes.
Vous aurez appris que M. de Montmorin, ministre des Affaires étrangères a donné sa démission. M. le Vicomte de Ségur a été nommé à sa place qu'il a d'abord acceptée : le lendemain il a aussi donné sa démission.
Le nombre des émigrants augmente tous les jours : il me semble que c'est la même chose à Toulouse. Vous peuplez l'Espagne....
Je suis bien aise que vous m'assuriez que vous ne serez pas chargée de l'éducation de la petite inconnue, tiouvée à Toulouse. Je crains toujours votre bon cœur. Vous devez être tranquille sur le sort de Messieurs vos fils puisqu'ils sont en Espagne (r).
Adieu, chère Présidente.
(i) Le chevalier Joseph et le cheviilier Brui
Le Citoyen T>ubourg
A ses Enfants ^'^
Des Prisons de la Visitation, mai 1793.
La Providence vous a destinés à être les témoins d'un de ces grands événements que plusieurs siècles préparent et n'amènent heureusement qu'à des époques très éloignées les unes des autres. Plusieurs d'entre vous sont assez raisonnables pour en profiter et pour fortifier leur âme : car c'est dans les revers qu'elle s'élève, tandis que la prospérité l'affaiblit très ordinairement.
J'ignore, mes enfants, le sort que Dieu destine à notre malheureuse patrie. Y verrai-je renaître la paix.»^ Y verrez-vous vous-mêmes régner cette tranquillité qui peut seule faire le bonheur des nations .î^ C'est ce qu'il n'est guère facile de prévoir. Les grandes révolutions dans les empires font éprouver dans toutes les têtes une agita tion si violente qu'il faut quelquefois plus d'une génération avant qu'elles puissent se calmer. Et ce qui me fait
(i) Le conseiller Mathias du Bourg fut emprisonné le 26 avril 1790. Nous avons publié cette épître dédicatoire dans notre brochure : le Conseiller Mathias du Bqurg pp. i4 et i5.
le plus craindre pour la France, c'est l'oubli ou l'insouciance de ces principes que peuvent seuls assurer le bonheur des hommes en général et en particulier.
Vous sentez bien que je veux parler de ces principes que l'on ne trouve que dans cette religion dont vous avez reçu le sacré caractère en naissant. C'est elle seule qui peut nous soutenir dans les adversités de cette vie. C'est elle qui donne à l'homme ce courage tranquille, froid, inébranlable qui, dans les plus grands dangers, lui laisse la plus entière liberté de ses sens et de sa réflexion. Quel avantage n'a pas celui qui, dans le péril, conserve toute sa raison, et qui, après avoir employé tous les moyens qu'elle lui fournit, remet avec confiance et résignation l'événement entre les mains du Maître Souverain de nos destinées! Cet homme certainement peut être renversé, mais son cœur ne sera jamais abattu.
Rendons grâces à la Providence si nous n'avons pas éprouvé jusqu'à présent des coups plus cruels. Combien d'autres gémissent dans une captivité mille fois plus rigoureuse que la nôtre.
Je n'oublierai jamais, mes chers enfants, le moment où l'on vint m'arracher d'auprès de ma mère, d'auprès de la vôtre, d'auprès de vous tous. Je n'oublierai jamais ce moment, peut-être plus douloureux encore oii je vous ai vus repoussés par des mains armées qui m'ont ôté la douceur de vous serrer un instant dans mes bras...
Ne cherchons point à troubler notre âme par des souvenirs déchirants ci uc songeons qu'au bonheur que nous éprouverons tous lorsque mes chaînes seront
rompues... Si vous répondez alors à nos soins, comme je n'en doute pas, nous verrons tous que Te plus grand des biens est celui de remplir ses devoirs... (i).
T)écès de la Citoyenne Daliès-TDubourg ^'^
(29 "Brumaire an III) (19 n&vemhn' i'j<)4)
Ce jourd'liui, premier frimaire de l'an troisième de l'ère républicaine, sur la déclaration qui nous a été faite par François Abel, tapissier, âgé de 58 ans, et par Bertraiid Lafforgue, tailleur d'habits, âgé de 60 ans, tous deux résidans sur l'arrondissement de la Raison (3), (jue Elisabeth Daliés, âgée de 78 ans, veuve de Valentin Dubourg, est décédée le vingt-neuf brumaire dernier, h dix heures du soir dans sa maison d'habitation, size, place de l'Egalité (A), susdit arrondissement, S** section, n" 771, Nous officier public soussigné, après nous être
(i) Nous savons que c'est le 26 priiirial an 11 (1/4 juin 179/1) qu'il fut décapité à Paris, avec ses collègues du Parlement. Cf. Doni. du Hourg, op. cit. cliap. V, VI. — Combien serait longue la lislc des crimes commis par la Rcvolntioii.
(2) La Présidente du Bourg.
(3) Ancien arrondissement de Saint -Etienne. (/i) f'la(;c Saillies Scarljcs,
transporté dans ladite maison et nous être assuré de la vérité dudit décès, nous avons dressé le Présent que nous avons signé avec ledit Abel et non ledit Lafforgue qui de ce requis a dit ne savoir.
Abel, ZimmermanUf off. public (i).
(i) Arch. de la Haute-Garonne, E. 55o, reg. décès fol. i6.