‹ Le MesnilauBoisChapitre 3 sur 4 · I.K MBSNIL-AU-BOIS · texte numérisé non relu

I.K MBSNIL-AU-BOIS

Jl s'endormir. (Page 2J.)

Rogf*™nf* reparut que le soir au Mesnil.

Personne ne lui adressa ni un mut de reproche, ni une question désobligeante. Mais h la réserve grave avec laquelle on l'accueillit, à la contrainte qui régna durant (uni le requis, à la itfçon surtout dont on s'empressa de nous laisser seuls, il était facile de comprendre qu’il avait profondément blessé le sentiment religieux de tout le inonde.

Quant à Bernardine, sur son visage un peu plus pale qu’à l’ordinaire, il n’y avait que de la tristesse :

— Roger, lui dit-elle en sc retirant à son tour, je ne vous en veux pas... mais c’est bien malt... Non-seulement vous avez renié Dieu, mais aussi vous avez renie notre amour... Ça ne nous portera pas bonheur !

Et déjà elle commençait à remonter vers sa chambre.

Confus et repentant, Fontanelle eut un premier mouvement pour la suivre.

Mais le vieux Fidèle apparut tout ii coup en travers de l'escalier, et lui mollira les dents.

Le lendemain, vers les dix heures du matin, je me promenais au bout du verger, lorsque je vis le vicomte accourir vers moi, tout pimpant et tout coquet sous un frais négligé de campagne en basin blanc. Il était charmant ainsi.

— Oh I oh I lui criai-je de loin, tu n'es donc plus paysan ?

— Non, IH-il... Aujourd'hui du moins... je me donne congé î

El, de sa main gantée, il agitait joyeusement au-dessus de sa tête, redevenue celle des anciens jours, un élégant panama.

— Roger, repris-je on souriant, tu m’as tout l’air d’un échappé de collège.

— A peu prés, reconnut-il en rougissant quelque peu. C'est à Trouville que nous allons faire l'école buissonnière.

— A Trouville ?

— Tiens... lis celle lettre, qui m'a été remise mystérieusement par Pétronille.

— Pétronille...

Je ne sais pourquoi, le souvenir du raidillon inc revint aussitôt.

Mais, comme je n’avais pas cru devoir parler au vicomte de In petite scène dont j'avais été témoin, je me tus, cl regardai tout d’abord la signature ; c'était cidio de la cousine Ajéastasie.

— Que diable peut-elle avoir à t’écrire! me récriai-je tout étonné.

— Lis— et tu le verras.

Je lus, eu pattes de mouches tout à fait aristocratiques, a peu près ce qui suit :

< Mon cher cousin,

« Gardez-vous bien de uous accuser de la fâcheuse rencontre d’hier. Le hasard n tout fait, cl, pour ma part, j’en ni souiïert autant que vous, soyez-cn certain. Mais non I Vous

douterez de moi peut-être. Oh ! si vous pouviez savoir «unbien cette pe nste uie reud l ame triste! Aussi, vous le voyez, sitôt de retour de notre promenade, j'ai voulu vous écrire, pour cela d’abord, et puis pour un autre motif beaucoup plus important.

* Je puis vous réconcilier avec mon père, qui m’impose en échange un bien pénible sacrifice; mais il y va de voire for- ; tune, de votre avenir, et peut-être de votre bonheur présent. : Venez demain me voir à TrouviUe, pavillon des Hortensias. C’est là que nous demeurons depuis quelques jours. Les médecins m’avaient ordonné l’mr de la inor, et j’ai moi-méme choisi TrouviUe, afin que le rapprochement, dont je me fais une joie, puisse s’accomplir avant même votre mariage. Vous viendrez, n'esl-ce pas?... ne fût-ce que pour me permettre de vous donner la preuve que, s’il ne m’a pas été permis de devenir votre femme, je suis et veux rester toujours votre bien sincère amie. *

— Pauvre Anaslasie!... fit le vicomte avec une fatuité légèrement émue. C'est .d'un bon petit cœur ! hein ?

— Oui, répondis-je, ça en a l’air... Mais o’est un peu embrouillé...

-•Ça se débrouillera nu pavillon des Hortensias... Tu juges bien que je ne puis pas me refuser à une aussi touchante prière !

— Non;... certainement non..* mais qu’as-tu dit à Bernardine ?

— Pour Bernardine !

Fidèle ne se le lit pas répéter deux fois ; il remua même la queue comme pour assurer qu’il avait compris, et partit au galop dans la direction indiquée.

— \Plè la chose ! conclut triomphalement Pétronille. Ça n’est pis plus difiicile que ça. Et n'allez pas vous iMmtcher (vous tracasser) dans la crainte que la cummission soye mal faite. Votre chiffe de papier est cent fois mieux a marne dans la yiruk de ce chien-là que si aile était dans lu pokette au piéton. Vous voyez bien que ça u’élait pas la peine que je reJo ubli&sti (que je retournasse) jusqu'au Mesnil:

— Je l'eusse préféré ainsi, déclara cependant Roger. Mais enfui, si lu nous répond* de Fidèle...

— Directement! (complètement). Et là-dessus je m’en vais à la fontaine du /tou/ dehaut (du haut du pays). A h rtvoyance, messieurs, et beu du plaisir’à Tronvillç !

— Ah çà mais! no. pus-je me défendre de lui dire, tu nous épiais, tu nous écoutais donc?...

— Moi! regimba-t-elle fièrement. Oh! que nenni... monsieur... je ne suis point une faomiflcwe t

En Normandie, écornifler, c’est espionner.

Puis, remontant sa cruche par un vigoureux coup d’épaule, elle reprit le chemin de la fontaine.

— Bien encore. Et, je le Ta vouerai même, je suis assez embarrassé. Bien qu'il n’y ail qu’indulgetice et bonté dans son cœur, elle sait que j’ai dû épouser Anaslasie ; elle est femme, et...

— Que ne lui donnes-tu tout simplement à lire la lettre de ta cousine ?...

— Au fnit tu m'v fais songer... c’est là le plus sage. Mais la lui montrer moi-méme... non ; il y aurait toujours le chapitre des commentaires. J’aime mieux la lui faire parvenir avec quelques mots d’excuse : la promesse surtout de revenir de bonne heure; c’est là l'essentiel. As-tu un crayon?

— Voici.

Roger se servit du tronc d’un pommier, qui semblait tout exprès se pencher en forme de pupitre, et, durant quelques secondes, il crayonna d iuspiration.

— Là. dit-il en se relisant, c’est fait... Mais par qui maintenant envoyer la lettre ?

Pétronille, qui probablement élait aux écoutes derrière la haie, se montra tout à coup. Elle avait une cruche sur l'épaule comme pour aller à la fontaine, et le vieux Fidèle h suivait.

— Que le messager ne vous embarrasse point, dit-elle avec son gros rire équivoque, il est tout trouvé.

— Et c’est loi * fl! Roger.

— Non... je m’en vais cri r de l’eau. Parlant par respect, ce sera le chien.

— Comment?.-

— Est-ce que vous ne savez pas ce qti’esl Fidèle au vis-h. vis de mademoiselle Bernardine? Esl-c«* que vous ne l avez pas déjà vu travailler pour elle?,.. Vot’ lettre est Jiniie. n’esl-ce lias ?... Oui... Eh ben I baillez-la moi; vous allez voir. Ici, Fidèle,

Le chien aussitôt s'approcha, pareil à un vieux grognard qui s’avance à l'ordre. Pétronille prit la lettre et la lui mit dans la gueule. Puis, étendant vers la ferme le bras qui lui reat*'* libre, elle articula vigoureusement ces deux seuls mob :

— En route, fil Roger, qui n’avait paru donner aucune importance à ce détail En roule, mais prenons par le village. J’y connais un certain boulanger qui ne déteste pas les revenus indirects, et qui nous louera volontiers sa carriole. C’est avec cet argent-là qu il se grise le dimanche.

11 parait que le susdit boulanger se grisait aussifurant la semaine, car il était ivre-morl, et nous lit attendre une grande Heure avant de nous mettre en possession de su carriole; ce dont Roger s'impatienta fort, et vertement le tança.

— Je ne le nierai point, puisque c'est si visible queqa. répondit philosophiquement l'ivrogne ; mais c’est bien drôle tout de mémo qu’on voie toujours quand un homme a bu cl qu’on 110 voie jamais quand il a soif!

Et sifr ce singulier axiônie, il nous abandonna enfin le» rênes.

Le chemin était presque aussi boisé que celui de Ronfleur, et presque continuellement il côtoyait les falaises.

En moins d’une heure, nous arrivâmes nu sommet de la pente rapide qui nlxmlil ii TrouviUe, et que couronnait a cette époque un cabaret à demi-cache sous les pommiers.

— Laissons ici la carriole, me dit le vicomte, je ne me soucie pas d'être rencontré par mes bons amis d’hier matin dans un aussi pileux équipage. Ce serait le pendant de la chape. El, du reste, nous avons besoin de nous renseigner sur la demeure de M. ManiqucL

Bien que n'nyont pas encore atteint son luxe architectural d'aujourd'hui, TrouviUe se glorifiait déjà de quelques aristocratiques résidences d'èlé, entre les juches le pavillon des Hortensias brillait au premier rang.

Celait une fantaisie moven-âge, avec tourelles, clochettes, créneaux, gargouilles et mâchicoulis : un vrai château de carton. Il dominait altièrcmenl un mamelon planté à l’anglaise, mais dont les massifs, brûlés par les vents d’ouest n'e- Uiieni guéres plus élevés ni plus fournis que des touffes d'herbe. En revanche, il y avait be içoup de fleurs très-edatantes, et beaucoup de largos allées d ■ sable jaune. Tout cela élait horriblement prétentieux, à commencer par la grande grille dorée, que flanquaient do* écurie» et des remises investies eu temples grecs. Mais leurs grandes portes bronzées

tfc MESNÏL-Ar-B01S.

restaient ouvertes et laissaient voir, coinuie avec intention, des équipages somptueux et de magnifiques attelages, auxquels de nombreux valets, en livrée quelque pciï criarde, étaient en train de faire lu toilette.

— A ln lionne heure ! fil le vicomte avec une involontaire admiration. A la lionne heure!... voici des voitures... et voici des chevaux 1

— Eh ! eh ! ripostai-je en souriant, la grosse jument grise et la grande charrette bleue du Mesnil ont bien leur charme.

— Oui, dit Roger, pour les foins.

.Vous arrivâmes au perron, un perron seigneurial, et tout garni de caisses d'hortensias : indc coynomen.

Le péristyle offrait à la vue des boiseries gothiques à panneaux de drap écarlate, deux longues banquettes et deux grands Inquais de même étoffe et de même couleur. I ne lampe chinoise à glands de soie pendait à l’ ogive du plafond. Un aurait pu se croire rue Laffitte.

Je ne quittai pas Roger des yeux : il eut l'aspiration allègr- de l’absent qui rentre dans sa maison, de l'exilé qui revoit sa patrie.

Précédés de l’un des valets, nous traversâmes une antichambre des plus majestueuses, une élégante salle de billard, tendue en soierie algérienne, une salle à manger, sur les hauts-bahuts et sur la grande table de laquelle étaient étalés do superbes cristaux, une argenterie princiere, des poteries et des porcelaines capables de faire supposer que i on so trouvait dans un muséum.

Il semblait que, nouveau Renaud, ie vicomte fut tout d’n- Iwrd promené dans le palais d’Armide, et qu’en attendant l'enchanteresse, on ne lui fil gruce d'aucun des enchantements dual elle vivait eulÿüree.

Si tel était le plan de l’onde Maniquel; si. par hasurd, il ■tu influil son neveu par quelque interstice ménage dans les ornementations ou dans les draperies, assurément sa malice devait être satisfaite. Roger donnait en plein dans le piège; il subissait rinflucnce de tout ce faste ; il se prenait à toutes ces glus.

Il y avait dix-huit mois que Roger n’avait vu sa cousine, on se le rappelle sans doute, et le portrait peu flatteur qu’il m'en avait tracé lors de son récit sur la lisière du bois, l'annonce surfont d'une seconde édition, revue, corrigée, et considérablement... embellie, augmentant ma curiosité plus encore peut-être que celle du vicomte, nous l'examinâmes l’un et l’autre avec une toute particulière attention.

* c’était une très-petite et très-mince personne, presqu’unc enfant... sous le rapport physique du moins; quant au reste, il ne me fallut qu’un seul regard pour comprendre que. depuis longtemps d- jà. mademoiselle Maniquel était orohi-feniine. Quel aplomb, grand Dieu l que de coquetterie soi-disant innocente I Et surtout quelle langoureuse majesté J Je crus voir . une jeune-première de chez Al. Comte... El lorsqu'elle s’avança vers son cousin avee un empressement ému, lorsqu'avoc une timidité de vaudeville, elle le regarda longuement, je fus très-étonnè qu elle ne chaulai pas un couplet sur l’air do I Tuiliers :

Que vo!s-j e » ce n'«st point un rèvo?

Lo priucel oh l quel trouble inconnu! etc., etc.

Mais non, le chef d’orchestre manquant pour lui donner l’ac cord, elle daigna s’exprimer en simple prose sentimentale : *

— Merci! dit-elle, la bouche en accent circonflexe, les doux mains sur le coeur et les yeux au plafond. Oh ! merci... JVtnis bien certaine que vous viendriez, moi! Je sais rjue vous êtes bon, bien bon! Oht je vous connais, allez 1 Est-ce que nous n'avons pas été élevés ensemble? Est-cc qtro les souvenirs d'enfance s'oublient jamais?

En passant auprès du billard, je remarquai mémo qu’il poussa furtivement les billes de In main, avec l’espieglc plaisir d'un écolier qui u’a pus la permission de jouer ouvertement encore*

On nous introduisit, enfin, dan& un salon, merveille des merveilles f

— Messieurs, nous dit cérémonieusement le laquais, veuillez attendre ici quelques instants, je vais prévenir mademoiselle.

Il était plus que probable qu elle était prévenue déjà.

Ui porte se referma, nous étious seuls.

Roger se prit alors à fouler l’épais tapis avec une Joie d’enfant, à caresser le ventre rebondi des potiches, ù faire crier sous ses doigts la soie des rideaux, Fuis il se plongea voluptueusement dans uue moelleuse bergère cl s'écria :

— A la lionne heure ! Il y avait quinze grands jours, par ma foi, que je m’étais réellement assis... Je retrouve enfin un vrai fauteuil J

J'allais le dégriser en quelques mots, l’avertir de la dange- * reuse voie dans laquelle il entrait, lui crier cassc-cou, lorsque lu porte du salon se rouvrit à deux battants.

Et nous vîmes apparaître, précédée des deux grands laquais lu oériilylc, mademoiselle Aspusic Maniquel*

Ici, mais vraiment encore, j'attendis la ritournelle d’un second couplet. Décidément, la musique avait été supprimée, comme nuisant à l’intérêt de l’ouvrage.

En vrai jeune-premier qu'il était, Roger se garda bien de manquer à In réplique. Mais sa cousine l'interrompit par un geste, vraiment Comédie-Française, elle congédiâtes deux laquais. Puis, nous indiquant deux fauteuils, elle alla s'asseoir elle-même, ou plutôt se laisser tomber sur un sofa, où elle ne tarda pas à prendre la pose languissante d'une odalisque incomprise, mais généreuse.

Il va sans dire que le sofa tournait le dos à la lumière, et pour cause. t

Ce n’est pas que mademoiselle Maniquel ffft précisément la idc. Loin de la, die avait des traits assez réguliers, bien qu’un peu anguleux; une peau très-fine, cl dont la poudre de riz dissimulait presque complètement les taches de rousseur; une bouche petite, si petite même, que, parfois il ne lui en restait presque plus; des yeux vifs, insinuants, d’une grande habileté de regards; de superbes sourcils surtout, épais et noirs, mais du même noir que doux ou trois signes extrêmement fripons, ce qui me lit penser que l’encre do Ciiiue ne leur était peut-être pas complètement étrangère. Les cheveux, par exemple, étaient incontestablement d’un blond trop nrdent, et le cou avait conservé sa déplorable maigreur.; mais un voile do gaze entourait la tête d'une sorte do nuée vaporeuse, et atténuait avec tant de grâce oeslegoces imperfections,

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I.o bonhomme Maniquet était vraiment superbe dans son rôle d'oncle. (Page 34.)

et quelques nuiras encore peut-être, qu'un esprit mal fait pouvait seul ne pas les considérer comme autant de charmes de plus. (Juan t a la diction, quant h la tenue, quant à In chorégraphie, c'était parfait. La riche héritière avait dû prendre tout b la fois des levons de madame Doclie et de Da Huila (irisi. (tendons pleine justice à ces deux éminentes maîtresses en l'art de plaire .♦lies n’avaient nullement volé l'argent du papa Mauiquet, et, la corsetiêrc aidant, la couturière aussi, sans compter h*s coiffeurs et parfumeurs, on lui avait refait une petite vicomtesse il peu près conforme à la commande, et vraiment pas trop désagréable du tout. Deux seules choses avaient probablement résisté à cette sorte de traitement orthopédique, à savoir les grands pieds biscornus et les grosses mains rouges, dont jadis s'était si fort effarouché le vicomte. Maisceux-ei restaient invariablement invisibles ; mais celles-là, bien que gantées très-étroit, disparaissaient presque constamment sous une avalanche de dentelles.

Que voulez-vous, enfin? Auastasic avait dix-sept ans. A cet âge trompeur, il u'est guère de fille qui n'ait la beauté du diable, et celle-là. je crois même, avait été mieux partagée que toutes les autres à cet égard. Le* diable évidemment devait être son parrain!

Il y eut un silence durant lequel notre fausse Jenny Vcrtpré minauda fort gentiment avec les amples ondulations de sa charmante toilette en soie bleue, recouverte d'un léger tissu de mousseline blanche, un vrai chef-d'œuvre. Puis, reprenant sou rôle eu la mineur, le plus doux de tous les tons ;

— Papa, dit-elle, va bientôt rentrer. Il est chez le notaire b propos de cette habitation, qu'il achète definitivement, mais è laquelle il veut faire ajouter deux petites annexes : un chalet suisse et une pagode chinoise. Nous aurons tous les genres d'architecture réunis, ce sera charmant.

— Charmant!... répéta très-consciencieusement Roger.

— .Nous avons longuement causé de vous hier soir, pour-

suivit-elle, et, inalg.é l'apparence d'un reste de ressentiment, j'ai bien lu dans ses yeux que c'est avec joie qu’il consent à vous rouvrir ses bras... car il vous aime, savez- vous? et si, pour la première fois, il a paru vouloir s'opposer à vos désirs, c'est qu'il croyait fermement travailler à votre Iwnheur. Mais ne parlons pas de ça, Roger... n'en reparlons jamais!

El elle parut refouler au plus profond de son cœur le .douloureux souvenir qui l'oppressait.

Le vicomte baissa modestement les yeux, et s'empressant de détourner l'entretien :

— Parlons, dit-il, de cette condition imposée par mon oneîc, et que vous voulez bien accepter pour l’amour de moi. De quoi s'agit-il ?

— Il s'agit...

Elle hésitait comme devant un aveu terrible.

Ruger insista mais avec de tendres ménagements dans la voix.

— Il s’agit d'un mariage, répondit-elle enfin. Oh! mon père est bien cruel t

— Un mariage |>our vous?

— Hélas ! oui... pour moi. M. Vanstract, que vous connaissez, je crois... le fils d'un banquier hollandais. Son père lui donne six millions... Ah!....

Et elle soupira.

— Mais c'est un jeune homme, fil Roger, comme \oulan consoler sa cousine ; mais c'est un charmant garçon !

— Oui... soupira-t-elle de rechef. Il le faut., c'est pour vous... j'aurai du courage...

— Auastasic!... s’écria le vicomte, qui se raporocha d'elle I avec un sincère élan de reconnaissance.

■ Ce (ul avec un parfait aplomb qu'il entonna sa partie. 27.)

Elle lui serra In main, mais presqu’nussitAt In retira, re geste in* lui ayant été conseillé sans doute que très-accidentel- Icinent et rapide comme mi éclair.

En même temps elle lui avait dit :

— Au moins, soyez heureux, Roger... c'est tout ce que jo demande nu ciel !

El cll«? Teignit d'essuyer une lurme*

Fuis se retournant vers moi ;

— Pardon, monsieur, pardon, dit-elle. Je devrais peut-être dissimuler devant vous. Mais je ne sais pas cacher mes sentiments. Mais je suis de celles qui, bien loin d'avoir honte de ce qu'elles soulTrenl, s'en glorifient, au contraire, ou, du moins, l'a vouent franchement... Oui, monsieur, je ui’étais bercée de la Toile espérance d'épouser mou cousill... Oui, mou* sieur, je l'aimais ! Est-ce donc ma faute à moi, pauvre jeune lllle I Est-ce qu’il u’esl pas digne d'être aimé!...

Pour toute réponse, je m'inclinai respectueusement. Celait bien le moins que je dusse faire cil présence d’une si savante* ingénuité, d’un machiavélisme si précoce.

En effet, il était impossible de Hattcr avec plus de perfidie, avec plus d'habileté, avec plus d’audace, le côté faible de Roger, sa vanité d’homme joli, sou orgueil d’homme il bonnes fortunes. •

Et cela, par devant témoin encore.

Aussi, ee fut avec un attendrissement convaincu, avec un réel enthousiasme, qu'il s’écria :

*— Anaslasio! oh!... tenez... vous êtes un auge !

— Silence! interrompit-elle vi veinent. Voici M. Maniquit; hc laissons rien paraître... Pauvre père... oh ! qu’il ne sache pas que sa liUc n pleuré I

Et elle se détourna vers la glace, comme pour effacer d son visage toute trace d émotion violente, mais en réalité pour s’assurer que rien n’avait souffert dans les artifices de sa toilette. i*

Fendant ce lomps-lè, la porte se rouvrait.

ZLIX

Ceci, c’était la scène IV de la comédie. Je le crois au moins, comptons un peu :

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