‹ Le message de Skirnir et les Dits de Grimnir = Skirnisför-Grimnismâl: poëmesChapitre 156 sur 166 · V. COMMENTAIRE · texte numérisé non relu

V. COMMENTAIRE

Chrimnir dit qu'il y a^ dans Éclmrcit-Grain, environ 539 allées ou couloirs, avec les recoins ou angles (norr. hugom) formés par ces allées , c'est-à-dire autant qu'il y a de portes dans la Halle-des-Occia. Il ajoute que, de toutes les demeures célestes qui ne sont pa£ de simples enclos, mais des habitations couvertes, Éclaircit- Grrain, la demeure de Tfaôr, fils d'Odinn, est la plus vaste, parce qu'elle s'étend, commç Séjour du Tonnerre , dans toutes les directions du ciel inférieur.

30. Les feuilles de l'arbre merveilleux Illuminé (voy. p. 268), qui s'élève au milieu et au-dessus de la rotonde de la Halle-des-Occis , et dont les branches retombent sur le dôme de cette demeure, sont broutées par la Chèvre merveilleuse, dont les Troupiers-uniques boivent, journellement, le lait salutaire, fortifiant, précieux, et inépuisable. Cette chèvre^ pour atteindre les feuilles qu'elle broute, se dresse, sur ses jambes de derrière, contre les murs de la Halle-des-Occis. Les chèvres aiment, généralement, la lumière, la chaleur, et les hauteurs; de là le nom de Aime-Sérénité (Heid-run, Compagnonne de Sérénité). Les Scandinaves aimaient surtout, comme boisson, une espèce à!ht/dromel (norr. miod; russ. kvass)^ qu'ils estimaient au point d'appeler de ce nom toute boisson douce et excellente. Aussi la mythologie donne-t-elle le nom d!hydromelj au lait de la vache Audhumlaj et à celui de la chèvre Heid/rûne (voy. Fascination^ p. 310).

31. Le mythe bizarre du cerf Eikthyrnir, qui, dans sa forme actuelle j n'a plus rien de plastique, puisqu'il n'est pas concevable par l'imagination, porte par cela même en lui la preuve qu'il a subi de notables modifications, provenant de la fusion d'éléments hétérogènes. Pour en comprendre la formation, il faut distinguer d'abord le mythe cosmogonique du Btusin-hruyant. Les Scandinaves, ayant remarqué que les sources des rivières sortaient ordinairement du pied des glaciers (finn. ioki; norr. idkull)^ ont imaginé que les fleuves ont pris leur origine, dans le monde primitif ou dans le Séjour-hrumeux (Niflheim), au pied du gigantesque glacier, qu'on se figurait, sans doute, comme un lotne ou Raide-givreux (Hrimthurse) métamorphosé en renne, et qu'on nommait, probablement, iokthymir (le Cornu du Glacier). Des aiguilles ou des cornes de glace du renne lokthyrnir découlaient, croyait-on, les eaux dans le lac appelé le Bassin-bruyant, lequel, débordant, donna naissance à des fleuves, qui prirent leur cours dans toutes les directions. Plus tard, le renne ayant été changé en cerf, et le mot iok (glacier) en eik (arbre, chêne) , le mythe cosmogonique de iokthymir se changea en celui du cerf Eikthymir (le Cornu de l'Arbre) , que , guidée par la signification de ce nouveau nom , la tradition a cru devoir mettre en rapport avec un arbre mythologique. Elle imagina que le cerf Eikthymir^ semblable à la chèvre HeidrutiSj se dressait, sur ses jambes de derrière, contre les murs de la Halle-des- Occis, pour

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brouter les feuilles de l'arbre Illuminé. Enfin, confondant Tarbre Illuminé avec le Frêne d'YggdrasiUy elle a substitué celui-ci à celui-là; de sorte que le cerf Eikthymir fut représenté comme broutant les feuilles du Frêne d! YggdrasiU. Cependant les anciennes données du mythe primitif, concernant les eaux qui découlaient des aiguilles du renne lokthymir, se maintinrent intactes dans le mythe du cerf Eïkthymir^ qui fut transporté du Séjour'hrum£vac BM^rh^ du Frêne d^Yggdrasillj et de là auprès de Tarbre Illuminé. De cette confusion est résultée la conception bizarre et erronée, d'après laquelle les eaux, dégouttant des cornes du Cerf, qui se tient près du Frêne d'Yggdrasill , faussement identifié avec Tarbre Illuminé dans V Enclos des AseSj sont censées tomber dans le BcLssinhruyantj qui était placé dans le Séjou/r-hrumeux de l'ancien monde primitif, et donner ainsi naissance à tous les fleuves.

32. Les noms, cités dans cette strophe, sont ceux des fleuves appelés Vcigttes tempétueuses (norr. Elivogar; voy. FascincUionj p. 171), qui, d'après le mythe cosmogonique, sortent du Bassinrbruyant. Ces noms expriment les différents caractères ou qualités qu'on attribuait à ces fleuves mythologiques. Ainsi les noms Attaqtumtej Désirevse-de-Lutte, Brandit-la-Lance indiquent l'impétuosité ou le caractère belliqueux de ces torrents. Ces fleuves, sortant du Séjour -brumeux, coulent autour de la terre, et, par suite , aussi autour

de V Enclos des AseSj qui est situé au-dessus de la terre, et qui contient les demeures ou les temples des Ases. Or, comme dans l'antiquité les temples étaient des forteresses, diwis lesquelles on déposait les trésors (voy. p. 270), il est dit, dans la strophe, que ces fleuves entourent les trésors des diev^.

33. Une autre partie des fleuves, sortis du SéjourhrumeuXj s!est rapprochée davantage de V Enclos- mitoyen ou du Séjour des hommes, et de là se dirige vers le Nord, pour se jeter dans le Séjour de Hel (voy. Fascination ^ p. 268). Les noms de Dvine et de Vienne sont devenus des noms géographiques de fleuves : les noms de Sachant-son-cheminj et de Connaissant-les-peuples indiquent que ces fleuves ont un très-long cours; de sorte qu'ils voient beaucoup de peuples, et doivent connaître leur chemin pour ne pas s'égarer, dans leur long voyage.

34. Pour mettre en sûreté YEnclos des Ases contre les attaques des ennemis des dieux, cet Enclos est censé entouré, comme FErèbe des Grecs, de fleuves ignésy qui formaient ce qu'on appelait le Fevrjlambant (norr. Vafur-logi), Ces feux flambants faisaient, au ciel, le cercle tout autour de TEnclos des Ases; et arrivés à Fertês-céhstes (Himin-biôrg) , où est Yentrée de cette enceinte^ ils descendaient du ciel à terre, et formaient comme des bandes bariolées des différentes couleurs du feu. Cette dernière partie du Feu-flambant

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constitue, d'après le mythe, Yarcren-cidj qui, ayant été comparé à un pont jeté entre le ciel et la terre, a été, pour cette raison, appelé Pont d'AsSj c'est-à-dire Pont de TAse Thôr. En effet, Thôr seulj dont le domicile est, sous le ciel, à Séjour-d! Énergie (voy. p. 280), se rend, chaque jour, au Tribunal des dieux, auprès de l'arbre du jugement ou du Frêne d'Yggdrasill, au centre de V Enclos des Ases. Les autres Ases, parce qu'ils habitent cet Enclos, n'ont pas besoin de monter au ciel par le Pont d'Ase; ils se rendent simplement, de leurs domiciles ce- Ustesj auprès du Frêne dans la Plaine d*Idi (voy. p. 279). Le Feu-flambant du Pont d'Ase se compose de quatre rivières ignées juxtaposées , qu'on distingue d'après les quatre couleurs ou bandes longitudinales qui forment l'arc-en-ciel. Ces eaux sont sacrées j parce qu'elles sont inaccessibles (voy. p. 279), et préservent de toute attaque les demeures sacrées des dieux. Deux de ces rivières sont de feu rouge, et portent les noms de ÉcTmuffée (Kormt p. Kvormt) et de Chauffée (Ôrmt p. Vormt). Les deux autres sont des eaux vaporeuses et bouillantes , appelées Bains de bassin (Ker-laugar), parce qu'on les comparait à ces eaux thermales toutes vaporeuses et bouillantes que, dans le Nord, et plus tard, principalement, en Islande, on faisait couler dans des bassins (ker) creusés dans le sol, pour s'y baigner (voy. Fascination, p. 211).

Dans cette troisième journée, Grimnir avait prononcé des Dits qui dénotaient une science plus particulière-

ment surhumaine. Il avait indiqué, dans les strophes 18, 22, que personne ne connaissait ces mystères; il s'était presque trahi, en se désignant lui-même comme étant Odinn, dans les strophes 20, 24. Si GeirroAr et ses gens n'avaient pas été aveuglés par la prévention ou l'ivresse, ces paroles prononcées par Odinn l'auraient fait reconnaître comme le chef des Ases. N'étant pas encore arrivé à se faire découvrir, Grimnir essaye, le quatrième jour, de montrer, dans ses dits, une science, sinon plus explicite, du moins plus divine encore.

IV* Journée. Dits de Grimnir.

Le Frêne à'Yggdraxill et ce qui s'y rapporte.

35. Tous les Ases , à l'exception de Thôr qui, à cause de sa grosse taille, marche à pied, se rendent à cheval au tribunal , auprès du Frêne d'Yggdrasill. Les Ases étant au nombre de douze, les noms cités dans la strophe sont les noms des chevaux des dix Ases, outre Odinn et Thôr, Odinn a un cheval exceptionnellement bon; il est nommé Glissant (Sleipnir; voy. Fascination, p. 224, 314). Thôr n'a pas de cheval; son char est traîné par des boucs.

36. Dans l'origine, le Soleil était adoré, chez tous les peuples ïafétiques, comme une divinité zoomorphe; et les ancêtres des Scandinaves le considéraient primitive-

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