‹ Le message de Skirnir et les Dits de Grimnir = Skirnisför-Grimnismâl: poëmesChapitre 157 sur 166 · V. COMMENTAIRE · texte numérisé non relu

V. COMMENTAIRE

ment comme un étalon fougueux, répandant des rayons de lumière et de chaleur par ses yeux, ses naseaux, sa crinière luisante, et sa queue flamboyante (voy. p. 1 1 ; Fciscinationy p. 205). L'Étalon-Soleil eut donc, entre autres noms épithétiques, celui de Cou/rsier (norr. drasill; gr. trochilos) et à* Ombrageux (norr. Yggr). Ces noms se transmettaient encore traditionnellement, pour désigner le Soleil, lorsque déjà le Soleil était devenu anthropomorphe^ et ne répondait plus à l'idée primitive exprimée par ces noms. C'est pourquoi le nom composé Yggdrasill (Coursier ombrageux), dont on ne comprenait plus la signification, resta un nom archaïque du dieu Soleil anthropomorphe. Ce dieu, qui présidait à la vie et à la production, fut, dans la suite, aussi considéré comme le père et le protecteur de la famille et de la nation, et, pour cette raison, aussi comme le protecteur du pays, du sol, et du domicile. Les tribus encore nomades consacrèrent au dieu Soleil le pays, les chemins, le sol, et le domicile où ils s'établirent; et pour indiquer que ces objets étaient sous la protection de ce dieu, ils y érigèrent des symboles solaires, savoir une grande perche, ou deux troncs d'arbre, ou deux mâts orientés. Plus tard , devenus entièrement sédentaires et agriculteurs, ces peuples gardaient l'habitude de planter un arbre au milieu de leur maison (voy. FasCy p, 150), ou plus généralement deux mâts orientés placés dans le pignon, comme symboles du domicile consacré au Soleil; et, par extension, ils plantaient égale-

ment, dans leur canton, un ou deux arbres consacrés à IrminiYoy.FasCy p. 274) ou au Soleil, comme symboles de l'établissement, du domicile, de la communauté, (voy. Leè Gètes, p. 184) ou de la cité. Comme la communauté se manifestait principalement dans Texercice de la justice, et dans la délibération sur les intérêts de la cité, c'est auprès de ces arbres, ou mâts consacrés au dieu Soleil, qu'on tenait les assemblées publiques, et que siégeaient les juges pour prononcer leurs jugements. La mythologie attribue ordinairement aux divinités anthropomorphes, des usages analogues à ceux des hommes. Aussi imagina-t-elle que la bande ou la famille des Ases avait, au ciel, comme les hommes, sur la terre, un point de ralliement, un lieu d'assemblée, et de jugement, auprès d'un arbre sacré. Comme, chez les hommes, cet arbre sacré se trouvait planté ordinairement au milieu de la cité, on se figurait aussi que l'arbre sacré de la communauté des Ases était placé au milieu de la Plaine d'Idi; et comme on choisissait, pour les arbres sacrés, les meilleures et les plus belles essences, les Germains préféraient, pour cet usage, le chêne, et les Scandinaves le frêne. Aussi est-il dit que l'arbre sacré des Ases était un frêne , qui, parce qu'il était consacré au dieu SoUû appelé anciennement Yggdraailly eut le nom àe Frêne d' Yggdrasill. De même que, chez les hommes, les arbres d'assemblée devinrent les symboles de la cité, de l'ordre social, et de la justice, le Frêne d'Yggdrasill était aussi

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le symbole de la justice, de la sagesse, et du gouvernement des Ases. Or, les dieux étaient eonsidéirés comme pirésîdant à Tordre, à la prospérité, et. à la vie dans le Monde, par opposition à leurs ennemis, qui passaient pour les auteurs du désordre, du malheur, et de la mort. C'est pourquoi le Frêne d'YggArfmll^ qui était, au point de vue social ^ le symbole de la justice, de la sagesse, et du gouvernement des Ases, devint encore, plus tard, par extension, dans la spéeulatîoli philosophique, et au point de vue cosmtjte^, le symbole de VùTâo'e, de hiprospériU^ et de la vie du Monde. .

L'arbre du gouvernement des Asqs étant Timitation des arbres d'assemblée chezles hommes, le mythe qui l'exprime présente, dans ses détails, un tableau que l'imagination peut facilement concevoir. Le Frêne dTggdrasill, comme arbre de gouvernement, avait naturellement ses racines, son tronc et ses branches dans le del; il s'élevait au milieu de la Plaine d'Idi dans l'Enclos des Ases. Mais l'arbre de la vie du Monde, conçu plus tard par la spéculation, devait être,, pour le Monde, entier, ce que l'arbre du gouvernement était pour l'Enclos des Ases , et ce que les arbres d'assemblée étaient pour les cités des hommes. Il devait donc être conçu comme placé, non au milieu de l'Enclos des Ases, mais au milieu du Monde entier, et avoir, par conséquent, ses branches et son sommet dans les régions sur périeures ou célestes, et ses racines dans les régions inférieures du Monde. Voilà pourquoi, l»en que la si-

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gnification cmmigue du Frêne d*Yggdrasill soit la conséquence logique de sa signification sociale^ l'image ou la conception plastique de cet arbre, comme sj^mbole de la vie cosmique, ne cadre pas entièrement aTec la conception du Frêne d'Tggdrasill, considéré comme arbre de jugement. Dans le mythe général du Frêne dTggdrasill il faut donc distinguer les détails , qui se rapportent uniquement à cet arbre considéré comme oiïhre de jugement f et ne pas les confondre avec les détails, qui n'ont de signification que par rapport à ce frêne considéré commet <»rbre de vie (voy. Fascination , j^ 225 et suîv.).

Comme la Vie universelle pénètre le Monde entier , la mythologie énonce que le Frêne d'Yggdrasill étend ses branches dans les trois régions 9upérieures, savoir le Séjour des Alfes^ le Séjour des Ases^ et le S^our des Vane8j et qu'il plonge ses racines dans les trois régions inférieures, savoir: le Séjour des lotnes ou ThîirsesgivretuCj à l'orient de la terre; le Séjour de Hel en bas et au. nord de la terre ; et le Séjour mitoyen habité par' les hommes. C'est ce que Gbrimnir énonce dans la Sl^sfcrophé; .

37« La vie universelle du Monde eeft attaquée et combattue ,, dans les trois régions inférieureis , par la mort universelle. Le Représentant des forces pernicieuses à la vie de la Nature , c'est le dragon Ignoble-Frappeur ÇSid'hQgg), Il se trouve dans la partie la plus basse de

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fiel, appelée HehlyrùmeuoD (Niflhel). Il gît au-desaous de la racine que le Frêne plonge dans Hel , et il là ronge continuellement. Il est Topporà de VAigU^ qui est placé au sommet du Frêne d'Yggdrasill, dans les régions supérieures, d'où il embrasse de son regard perçant le Monde entier. Comme personnification du Vent céleste, chassant la peste et les miasmes délétères, cet aigle est une force conservatrice et protectrice. Entre Nidhôgffy symbole de destruction dans VEnf er^etY Aigle ^ symbole de protection dans le ciel, se trouve placé Féicureuil Comj7â^non du Per^ceur^ anidial terrestre, symbole à la fois de destruction et de conservation, comme représentant des forces terrestres moitié conservatrices, moitié destructives. Il contribue à ce que, à la fin, le principe de destruction et de mort obtiendra le dessus sur la conserva^jon et la vie. L'Écureuil a été imaginé et cboisi comme représentant des êtres terrestres, qui, quoique inoffensifs, ne sont cependant pas réellement conservateurs, parce que, tout d'abord , cet animal, de Tespèce des rongeurs, est, comme le rat et la souris, le symbole de la destruction lente ou de la corroiùyii. Aussi cet' écureuil mythologique porte-t-il le nom de Compagnon du Perceur ou du Rat (ro^i,. rongeur, qui corrode). Comme l'écureuil vit à la fois dans une bauge, sur l'arbre, et dans un terrier sous terre, il participe ainsi et de la natmre aérienne de l'Aigle , et de la nature souterraine de Nidhdgg. Courant du sommet aux racines du Frêne dTggdrasill , cet Écureuil fait Tof-

fice de rapporteur et d'intermédiaire entre les deux ennemis, éloignés l'un de l'autre ^ entre Y Aigle et Nidhdgg, qui, semblables aux guerriers des âges héroïques, sont représentés, dans le mythe, comme se provoquant de loin, par des railleries et par des injures, avant d'en venir sérieusement aux mains (voy. FcAornatianj p. 236).

38. Dans la région terr68^6) intermédiaire entre le ciel et l'enfer, certaines forces destructives, bien que généralement inoffehsives, sont représentées par les quatre cerfs^ qui bh>utent les feuilles des branches extrêmes de l'arbre de vie. Ces cerfe, qui endommagent quelque peu le Frêne d'Yggdrasill, considéré ici comme arbre de vie^ sont les symboles des vents frais ou des frimas des nuits d'été. Ces vents sont généralement faibles et comme assoupis : c'est pourquoi les cerft qui les représentent portent les noms de ÂMWupxj DffaUr Umty Apais^Brmij et B(mmUnt (voy. FaècinaUonj p. 237). Mais, quoique &ibles en comparaison des vents fougueux et bruyants de l'hiver, qui sont entièrement destructeurs, ils nuisent cependant aux bourgeons et au feuillage des arbres et à la végétation en général (cf. hme rousse).

39. Les forces pernicieuses à l'arbre de vie, dans le 8ijov/r des Hrimthwrsesj sont symbolisées par les innombrables serpents, qui rongent continuellement, en dessous, la racine de cet arbre, laquelle est plongée

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