V. COMlfBNTAIRE
cien, rapportait que la déesse Sol fuyait devant un loup, qui la poursuit toute la journée; mais que, le soir, arrivée près de la mer, la déesse se met à Tabri de la poursuite, dans la forêt qui se trouve sur le bord de l'océan , et qui , & cause de la protection qu'elle donne contre la poursuite, porte le nom de Forêt-de-défenae, L'iotne qui, squs la forme d'un loup gigantesque, poursuit ainsi le soleil, est nommé BicaneuVy nom épithétique qui désignait, originairement, le renard et le loup, dont les hurlements ressemblent à des ricaneries. Ce qui empêche que Soi. ne puisse pas se soustraire plus vite aux poursuites de Ricaneur ^ c'est que devant elle se trouve un autre loup, qui poursuit le dieu Mcmi (la lune). Ce loup se nomme Haineux^ nom qui désigne les animaux haineux, tels que le chat et le loup. Il est le fils du loup Signal-fameux. Ce nom n'a pas une signification symbolique, mais est un nom épique pour désigner un loup fameux. Les loups se montraient sur les champs de bataille pour dévorer les occis ; aussi l'apparition ou l'arrivée des loups présageait le combat, ou en était le eignal (voy. p. 278). Signalfameux (Hrôd- Vitnir) est donc à peu près synonyme de Hrôd-olf (Loup fameux).
Dans BOR Dits de la cinquième journée Grrimnir s'était désigné comme étant Odinn, en disant (strophe 36) : Je veux que les Valhyries me portent la corne. Malgré cela il ne fut pas encore reconnu comme étant ce dieu. Il continua donc ses dits le sixième jour.
VI« Journée. Dits de Grimnir.
45. Les idées cosmogoniques ou cosmologiques des mythologies reposent rarement sur des connaissances réellement scientifiques; elles résultent généralement d'une association fortuite, plus ou moins ingénieuse et instructive, des notions conçues par l'intuition des sens. Ainsi, comme on voyait que la terre provient de la décomposition ou pourriture de corps organiques , l'idée de poudre ou de terre s'associa à celle de corps organique détruit ou décomposé. Voilà pourquoi il est dit , dans le mythe cosmogonique, que la terre a été formée de la chair du géant primitif Ymir (voy. Fascination j p. 177 et suiv.). On voyait également une certaine analogie, entre la mer, partie liquide, et la terre, partie solide, d'un côté, et le sang liquide et la chair solide du corps humain, de l'autre. De même que l'idée de terre s'était associée à celle de corps ou de chair décomposée, de même l'idée de mer est associée à celle du sang, partie liquide du corps. De là le mythe de la mer formée du sang d'Ymir. Voyant l'analogie entre les montagnes qui sont comme la charpente de la terre, et les os, qui sont la charpente du corps humain , on a imaginé le mythe des montagnes de la terre formées des os d*Ymir, Les arbres et en général la végétation terrestre sont, en quelque sorte, les poils et la chevelure de la terre : de là le mythe de la végétation terrestre formée des poils et de la chevelure d' Ymir. L'analogie qu'on
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trouvait entre la voûte du ciel et la voûte du crâne hu» main, a donné naissance au mythe* du ciel formé du crâné d'Ymir. La cervelle se trouvant sous la voûte du crftne humain, et les nuages étuit placés sous la voûte du ciel, faite du crftne d'Tmir, on a assimilé Tencéphale, avec sa substance pulpeuse et son aspect laineux, aux nuages floconneux du ciel; et le mythe s'est formé d'après lequel les nuages sombres et menaçants (et non pas les nuages en général) proviennent de l'encéphale d*Ymir, de cet lotne violent et tempétueux.
Les AseS) pour se prémunir eux-*mêmes, ainsi que les hommes, contre les lotnesy ant construit, autour du disque de la terre, une enceinte de montagnes couvertes de forêts impénétrables. D'après le mythe cosmogonique cette enceinte, ou ce rempart extérieur de la terre, est fait avec les sourcils d'Ymir. La raison de cette fiction se trouve dans l'analogie qu'on mettait entre les sourcils, qui protègent les yeux, et cette enceinte qui protège la terre ou V Endos-mitoyen (voy. Ftuoinationy p. 192).
Pour expliquer certains mythes cosmogoniques des peuples de l'antiquité, il importe de connaître le mode d'association des idées de ces peuples. Des indications instructives, et précieuses à ée sujet, se trouvent nonseulement dans la signification primitive ou étymologique de certains mots des langues anciennes, mais encore dans la manière dont certains mots sont exprimés dans l'écriture, originairement idéographique , ches les Chinois et les Égyptiens, et surtout dans les explications
données f en langage figuré, par les lexicographes hin* dous et chinois. C'est ainsi ^ par exemple, que le mot chi* nois chvoui (eau) est expliqué, dans les lexiques chinois, par le terme ti-tcki hùmei'ki(terrœ sanguinie vapor; exhalaison du sang de la terre), c'est-à-dire stteur de la terre ; comparaison et association d'idées qui se retrouvent aussi dans le mythe norrain. Le mot sdii (pierre) est expliqué, en chinois, par le terme schan-ku (montdsosy os de montagne), exactement comme dans le mythe norrain. Dans un autre ouvrage nous montrerons le grand parti qu'on peut tirer de l'écriture chinoise et égyptienne, pour la connaissance de l'association des idées de ces peuples, connaissance sans laquelle certains mythes très-ingénieux de l'antiquité restent toujours une lettre close.
46. C'est en hiver que se manifeste l'action àHIUr^ dieu du soleil hivetTud (voy. p. 262). Ce dieu, Ase ou Soutien du monde, entretient sur la terre une certaine chaleur, sans laquelle tout gèlerait en hiver, et l'^Vi^ elùi-mikn/éfnj ainsi que Y Enclos des Aees^ seraient livrés en proie waoiBaidee^dô-givTe. En effet, si la mer gelait, ces ennemis des dieux la passeraient comme sur un pont, et s'empareraient du séjour des hommes et des dieux. Comme les hommes, en présence de ces ennemis iotniques, ont les mêmes intérêts que les dieux, il est de leur devoir de favoriser, autant qu'ils le peuvent, l'acr tion divine. Aussi est-il dit, par exemple, que pour assister leur dieu Firgunia (Fi5rgynn; gr« Hercwnu»)