L INTRODUCTION
de skUidj qu'ils changèrent en skald. Mais, jusque vers le sixième siècle, les Scandinaves, pour désigner le poëte, préférèrent, au mot skald, d'origine étrangère, le mot indigène smidr, qui désignait toute espèce d'artiste et d'artisan, mais plus particulièrement le forgeron, comme le mot allemand scuop, signifiant propre* ment ouvrier, désignait également le poëte. Plus tard, à commencer du septième siècle, lorsque les poëtes laïques se rassemblèrent, en plus ou moins grand nom* bre, autour des nobles et des rois des districts, et formèrent une corporation au service des grands, ils reprirent l'ancien nom abstrait neutre de skald, dont on ne connaissait plus la signification primitive, mais qui rappelait encore l'idée traditionnelle de corporation de poëtes; et c'est ainsi que le nom de skald, d'origine slave, devint le nom ordinaire du poète dans les pays du Nord, tandis que, chez les Slaves eux-mêmes, ce nom se perdit, et fut remplacé par d'aatres expres-
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Comme les skaldes du Nord se mettaient sous la protection des Grands, ils formèrent, non, comme anciennement les prêtres poëtes-citharistes (voj. p. 52) des Gètes, un corps sacerdotal, mais une corporation d'un caractère essentiellement laïqtte. Il y eut donc, sous ce rapport, entre les prêtres-poëtes des Gètes, et
1. Yoy. De rinfluenee exercée par les SUxoeê «tir les Scamâi" nanes dans rantiquité, Colmair, 1867, p. 9,
les skaldes Scandinaves, à peu près la même différence qu'entre les Druides sacerdotaux de l'antiquité, chez les Celtes, et les Bardes laïques gallois du moyen âge. Constitués en une espèce de corporation littéraire^ les skaldes observèrent, dans. leurs poésies, certaines doctrines, et certaines règles d'expression et de forme de langage. Le génie individuel ou l'originalité dut, en partie, s'effacer, ou du moins se plier sous l'usage conventionnel commun. Les skaldes, comme corporation Idiqusy sous le patronage des Grands, durent imprimer à leur poésie un caractère nouveau. Au lieu de traiter uniquement des sujets mythologiqtieB et héroïques, comme leurs prédécesseurs, ces poëtes chantaient principalement les exploits des seigneurs leurs protecteurs. Les sujets de la tradition religieuse furent donc remplacés par des sujets historiques, ayant de l'actualité. L'ancienne poésie mythologique et hérdïque, se renfermant dans le cercle étroit des idées traditionnelles, se servait d'expressions simples et naturelles; c'était une poésie improvisée, spontanée, sans prétention artistique. Les skaldes, au conlraire, visant à l'originalité et à l'éloquence, voulaient se surpasser les uns les autres, en faisant parade d'idées et d'expressions recherchées, exagérées, obscures même (voy. p. 189); leur poésie prit donc de plus en plus un caractère artificiel. Au lieu de se contenter de l'ancienne versification simple au fomyrdalag y et du liôdahattr (voy. p. 59), les skaldes s'ingénièrent à inventer une foule