La Versification norraine
Les éléments constitutifs de la versification Scandinave, ou les éléments qui, dès Torigine, ont déterminé le cai*actère , et formé la nature particulière des différents modes de vers, sont l'accentuation et Tallitération (voy. Les Chants de JSôl, p. 32). La versification Scandinave, par son origine, différait donc de la versification metrî^e; elle n'était pas basée, comme celle-ci, sur le nombre déterminé et la mesure de quantité des syllabes. C'était, en opposition avec la versification métrique, une versification cadencée, qui n'ajoutait au langage ordinaire de la prose qu'un rythme plus réglé, plus harmonieux, produit par l'accentuation, et qu'un ornement phonique particulier, savoir Vallitération. Ce sont donc l'accentuation et l'allitération qui, en se combinant et se modifiant diversement , ont produit, successivement, tous les modes ou espèces de vers, usités aussi bien dans l'ancienne versification norraine que dans la versification skaldique. Comme mode primitif idéal f antérieur à tous les modes particuliers qui en sont sortis, il faut considérer une espèce de vers, qui a dû être usitée non -seulement chez les Scandinaves, mais généralement chez les peuples goto-germaniques, et, peut-être même aussi, chez les peuples lithva-slaves.
Ce type idéal était un distique , c'est-à-dire deux vers unis par le sens, et divisés chacun en deux hémistiches. Chaque hémistiche renfermait, au moins, quatre syllabes accentuées, et par conséquent, le plus souvent, huit syllabes, de sorte que chaque vers contenait, au moins, seize syllabes, et que le distique ou la phrase rythmique entière en contenait, généralement, trente-deux. Par sa longueur, et par son. emploi dans la poésie épique, ce mode primitif de la versification Scandinave se rapprochait assez du çlôka sanscrit, qui se composait également de deux moitiés ou demi-çlôkizs {ssLnBO.ardhorçldkas)^ dont chacune se divisait en deux hémistiches, renfermant chacun huit syllabes. Ce mode primitif Scandinave se rapprochait, également, pour la longueur, de la forme de deux hexamètres, accouplés ou réunis par le sens, et renfermant chacun de treize à dix-sept syllabes. Mais s'il est vrai qu'il y avait quelque analogie entre le type sanscrit, le type grec, et le type Scandinave, par rapport à la longuewr de la phrase rythmique, il faut cependant dire qu'il y avait une différence essentielle entre eux, par rapport au m(mvement du rythme. Car, dans le {ZdA'a; le rythme prédominant est l'ïambique; dans Vîtexamli/re , le rythme prédominant est le dactylique; et, dans le mode primitif Scandinave, le rythme prédominant est le trochaïque. Du reste, il n'y a jamais eu aucun rapport d'influence historique entre ces trois types; et, s'il y a des analogies entre eux, cela provient non d'une origine commune, ni d'une influence