V. COMMENTAIRE DU POÈME. i
quement le point, dans la continuité des faits historiques ou traditionnels, où le récit doit commencer, et le point où il doit finir. Règle première : Fait partie du récit tout ce qui est nécessaire pour le rendre suffisamment intelligible et motivé. Tout ce qui se trouve entre le véritable commencement et la véritable fin d'un récit, en constitue le vrai sujet; ce qui, au contraire, est antérieur ou postérieur au commencement et à la fin ainsi théoriquement définis, est à considérer comme étant en dehors^ du sujet. Bien que le sujet ainsi déterminé forme un tout complet, intelligible, et convenablement motivé, il est cependant quelquefois nécessaire de connaître encore les circonstances, dans lesquelles s'ouvre le commencement, et, par suite, de connaître ce qui a précédé immédiatement le commencement, par lequel s'ouvre le récit. C'est pourquoi quelques poëmes Scandinaves sont précédés d'une petite introduction en prose j devant expliquer les circonstances qui ont précédé les faits, par lesquels commence le poème. Le Message de Skimir est précédé d'une telle introduction, destinée à expliquer historiquement le commencement, ou la première strophe de ce chant. Ce que cette introduction renferme est, théoriquement, en dehors du sujet , et ne fait pas proprement partie du poëme. Aussi cette partie n'est- elle pas, ainsi que les faits constituant le sujet, présentée sous forme de vers; mais elle est racontée en prose. Cet exposé, quoiqu'il soit en prose, provient cependant, générale-
i06 LE MESSAGE DE SKIRNIR.
ment, de Fauteur même du poëme. En effet, les poëtes épiques, avant de commencer leur chant, exposaient en quelques mots les circonstances , dans lesquelles le sujet de leur narration était censé s'ouvrir et se mouvoir. Bien que l'introduction du Message de Skimir soit authentique, en ce sens qn^elle n'a pas été ajoutée postérieurement, par celui qui a composé le recueil des poënïes de TEdda, mais qu'elle provient de l'auteur même de ce chant, il faut cependant admettre que, selon toute vraisemblance, lesi^ermes, dans lesquels elle a été originairement conçue, ne se sont pas ausisi exactement conservés, que ceux du poëme qu'elle précède. Car, étant en prose, cette introduction n'avait pas une forme aussi arrêtée que l'était celle des vers du chant; et, c'est pourquoi, ceux qui , après le premier auteur, ont reproduit ce chant, ont pu opérer des changements dans les détails, et dans les paroles de ce récit en prose. Il faut donc admettre, par rapport à l'authenticité de cette introduction, que ce morceau renferme h peu pris, ou sous une forme approchante, ce que l'auteur du Message de Skimir avait dû dire , pour mettre les auditeurs à même de comprendre les circonstances, dans lesquelles s'ouvrait, ex abrupto y ce poëme narratif.