‹ Le message de Skirnir et les Dits de Grimnir = Skirnisför-Grimnismâl: poëmesChapitre 64 sur 166 · V. COMMENTAIRE DU POËME · texte numérisé non relu

V. COMMENTAIRE DU POËME

soit Toccupation, soit les entreprises (Yoy. Gylfaginning, p. 240). .

Freyr, assis dans la Chaumine- aux -portes ^ et se préoccupant plus particulièrement de ce qui se passait chez les Puissances hivernales j dirigea son regard vers le Séjour des lotnes, situé au Nord-Ouest de Hlîdskialf, au delà de Y océan extérieur (ûtsiar), qui entoure la terre, placée en bas, et appelée Y Enclos-mitoyen (Midgardr). Dans ce Séjour des lotnes ses yeiix se portèrent sur l'enclos, qu'habitait son antagoniste mythologique le géant Gymir (voy. p. 34); et dans cet enclos, qui renfermait plusieurs corps de logis, il y|t Oerdur^ la fille de cet lotne, au moment où, étant sortie du logis de son père au Nord-Ouest ou dans la partie la plus froide de l'enclos, elle se dirigeait vers son appartement, situé au Sud-fist, c'est-à-dire un peu plus près du soleil, ou de l'endroit où se tenait Freyr. Le dieu, voyant s'approcher de loin cette fille géante, devint amoureux d'elle. Mais son amour ne pouvant pas se satisfaire dans cette saison encore trop peu avancée, au lieu de lui donner de la joie, lui causa de grandes peines. Dans l'âme des hommes du Nord, la passion, au lieu de s'épancher dans l'entretien, et de se soulager ainsi de son chagrin, se concentre en elle-même, et s'aigrit, faute de se manifester et de se déclarer. Freyr, triste et taciturne dans son amour, se retira dans la solitude de son séjour d'hiver, et ne parla plus à personne. Les Ases crurent qu'il avait quelque vif ressentiment contre

quelqu'un d'entre eux, et craignaient de l'aborder. Même son père Niordv/r et sa belle-mère Skadi n'osaient lui demander, quelle était la cause de la colère qu'ils lui supposaient. Ils crurent que leur fils s'ouvrirait plus volontiers à son jeune serviteur et confident. Ce serviteur nommé Skimir (Éclaircit) était, dans l'origine, la personnification du vent printanier, qui chasse les giboulées, toujours renaissantes à la fin de l'hiver, et en purge le ciel , qu'il récure ou éclaircit de la sorte; de là son nom de Éclaircit. Comme précurseur des vents doux de l'été, Skimir est le messager (ari) de Freyr, et, comme tel, son jeune serviteur {sveinrij alerte , garçon). Lorsque, vers le huitième siècle, il se produisit une révolution dans les mœurs patriarchales des Scandinaves (voy. p. 63), les personnes riches avaient ce qu'on pourrait appeler des valets de chambre, jeunes gens qui étaient quelquefois les confidents de leurs jeunes maîtres. Comme ces valets avaient principalement à soigner l'habillement, et surtout la chaussure du maître, et à suivre celui-ci à pied, ils eurent le nom de garçon de chaussure (sk6-sveinn), nom qui, effectivement, est donné ici à Éclaircit. Skadi chargea Skirnir, le garçon de chaussure de Freyr, d'aller trouver son maître, et de l'amener à faire connaître la cause de son ressentiment ou de son chagrin. C'est par ces paroles, adressées par Skadi à Skirnir, pour le charger de cette commission, que commence, ex abrupto j lepoëme que nous avons à expliquer.

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