VI« Scène. Gerdur et Skimir
Skimir fut introduit par la servante dans la salle de Gerdur, où il but l'hydromel pur, et reçut les premiers soins indispensables de l'hospitalité. Dans l'antiquité, les devoirs de l'hospitalité défendaient de s'informer du nom, de la qualité, et des affaires du nouvel arrivé avant de lui avoir fourni tout ce qui était nécessaire pour le remettre de ses fatigues, et pour le restaurer (voy* Fascination de OuJfiy p. 154). Aussi, ce n'est qu'après que Skimir a reçu les premiers soins, que Gerdur lui adresse la question sur sa personne ou sa qualité. Comme le Fevrfiambaid sépare le Séjour des lotnes du Séjour des Âses (voy. p. 127), et comme, pour passer à travers ces flammes vaporeuses, il faut être doué d'une nature supérieure toute particulière, Gerdur suppose, avec raison, que l'hôte qui est venu chez elle, doit être ou de la race divine des Alfes (voy. p. 120), ou de celle des Ases y ou enfin de celle des Vanes (voy. p. 22). Néanmoins elle s'étonne que cet étranger, quel qu'il soit, ait pu traverser, seul, tous les obstacles formidables qui s'opposaient à son arrivée dans loHnheim^ et qu'il
ait pu pénétrer dans sa demeure, malgré son gardien et ses chiens féroces. Skirnir, qui n'était pas d'origine divine, mais seulement le serviteur d'un dieu, répond à la demande que lui adresse Gerdur sur sa personne, qu'il n'est ni Alfe, ni Ase^ ni Verne ^ mais que, cependant, il a eu assez de courage, et surtout assez de puissance, pour venir ici dans lotunheim, à travers le Feu 'flambant. Ensuite l'étranger fait connaître à son hôtesse l'objet de sa mission.
La race des lotnes^ à laquelle appartient Gerdur, est, à diflPérents égards, tantôt supérieure, tantôt inférieure à celle des Ases et des Vanes, à laquelle appartient Freyr. Or , selon les idées des peuples d'origine scythe, dont faisaient partie les Svîes et les Gautes de la Scandinavie, l'alliance ou le mariage n'est possible qu'entre familles du même rang, ou du même ordre social, quel que soit, du reste, la souche ou le sang des contractants. La fiancée agréée comme épouse est adoptée 'psœ la famille de l'époux (voy. p. 125). C'est pourquoi la déesse Skadi, fille de Yiotne Thiassi , ne peut devenir l'épouse de l'Ase ou Vane Niordr, qu'après que, par transaction préalable, la famille des dieux, en dédommagement du préjudice causé par la mort de l'iotne Thiassi, a adopté, par composition, sa fille Skadi. Or, il n'y avait pas de raison analogue pour les Ases d'adopter Gerdur, la fille de l'iotne Gymir. Aussi Freyr désespérait-il de pouvoir l'épouser, ne pouvant compter sur l'approbation des deux familles