V. COMMENTAIRE DU POÈME. i
ennemies, ase et iotnique, ou sur le consentement de leurs représentants légitimes (voy. p. 125). Ce qui, dans le Nord, déterminait ordinairement et arrangeait les mariages, c'était l'égalité de rang et de fortune de rhomme et de la femme , bien plus que l'amour qu'ils se portaient l'un à l'autre. Frejr, cependant , n'avait pas ces motifs sociaux, pour rechercher en mariage Gerdur. D'après le récit épique du mythe, la beauté seule de cette fille le séduit; et, abstraction faite de la signification primitive et symbolique de ce mythe , il est dit ici que l'amour seul lui fait désirer de posséder l'héritière de Gymir. Freyr, dans ces circonstances, et dans sa pensée, ne peut posséder Gerdur, que comme amante (lïùrr. frilla p. firidla; sAL friedet) ; elle ne saurait être son épouse légitime. Aussi la mission de Skirnir n'est-elle 2)a6 de demander, en toutes formes, la main de Gerdur. Car si l'intention de Freyr pouvait être de contracter un mariage légitime avec Gerdur, il faudrait suivre les usages établis pour la demander en mariage. Freyr devrait d'abord demander le consentement de sa famille, de NiOrdur et des Âses; il irait, lui-même, en grand cortège et publiquement, trouver la famille de Gerdur; il chargerait Skirnir de porter, en son nom, la parole, et de demander au père de Gerdur s'il consent à la lui donner en mariage; on fixerait , pour régler le prix ou les conditions de l'alliance (festingarfS; brûdkaup), le jour des fiançailles; et, enfin, on choisirait le jour des noces, ou ce qu'on
appelait la course à la fiancée (brûdblaup). Mais de tout cela 5 rien ne se fait ici. Skirnir n'avertit pas, préalablement, les parents de Freyr de la mission dont Ta chargé son maître ; il part secrètement et tout seul, sans Freyr et sans cortège ; il ne s'adresse pas , tout d'abord , à la famille de Gerdur, pour obtenir son consentement; il va directement à cette fille elle-même, pour lui faire ses propositions; il tâche de la persuader, de la gagner par des présents, par des promesses, par des menaces, a) Premier moyen de perstùOêion ; offre de présents, — Le but de Skirnir, lorsqu'il se trouve en présence de Gerdur, est d'obtenir, d'abord, de cette fille, qu'elle consente à vaincre sa répugnance pour Freyr; d'acheter , ensuite , son amour (frid at kaupa) , par des présents; et, enfin, de lui faire déclarer qu'elle consent à se donner à son amant Freyr. Pour la déterminer à donner son consentement, il lui promet d'abord onz^ pommes toutes en or. Dans l'origine, la personne de la femme était achetée par son mari. Car, comme elle sortait de sa famille, pour entrer dans celle de son époux, où elle allait rendre des services domestiques , comme antérieurement elle en avait rendu, dans la maison paternelle, il fBillsi,it indemniser la famille qu'elle quittait, et payer à celle-ci ce que valaient ses services ou sa personne. Plus tard, lorsque la loi eut spiritualisé davantage et idéalisé les rapports, qui, dans l'origine, étaient purement naturels, on continua, par tradition et usage, à acheter la femme; mais on interpréta cet