Le dieu Soleil des Scythes
Le poëme Le Message de Skimir, ayant pour sujet un mythâgîoncernant le dieu Freyr, nous avons à montrer ici, tout d'abord et plus particulièrement, comment s'est formée et transformée l'idée du dieu Freyr^ en prenant naissance dans la religion des Scythes ou de leurs ancêtres, en passant ensuite dans celle des peuples gètes, et en se développant enfin dans celle des tribus Scandinaves.
Dans l'origine, chez les peuples primitifs de la race de lafète d'où sont sortis les peuples de la hranche scythe, le soleil n'était pas encore adoré comme un dieu particulier, mais il était confondu avec les auti^es astres du ciel personnifié , et était considéré seulement comme une partie intégrante du dieu Ciel (scythe Tivus; gr. Zeus), N'étant pas encore adoré séparément comme une divinité particulière, le soleil ne portait pas non plus un nom diflPérent de celui du ciel. Aussi l'expression de cercle (sansc. sval, svar) servait-elle, dans l'origine , à la fois pour désigner le ciel, comme cercle ou voûte céleste , et resta-t-elle, dans la suite, le
nom du soleil^ considéré comme cercle ou disque céleste (sansc. 8val^ lat. soi; norr. ^dlf sârm. koli; norr. hjuï).
Plus tard, lorsqu'on eut distingué le soleil parmi les astres, considérés comme ^2« de Ciel, on lui donna pa^ excellence le nom de Céleste (sansc. svah/ccs; gr. hèlios; goth. savil; lith. saule), et on l'adorait non-seulement comme un dieu distinct de Ciel , mais encore comme une divinité du premier ordre. Le soleil s^tant ainsi dédoublé, pour ainsi dire, de Ciel , devint dès lorè un dieu distinct du dieu Ciel, et fut adoré à côté de lui comme ^20 de Ciel.
Considéré comme un dieu, ayant, comme tel, une puissance surhumaine, le soleil passait naturellëmeBt tout d'abord, comme tous les objets de. la nature divinisés, pour un être vivant (gr.zoon). La forme du soleil n'ayant rien qui pût être rapporté par l'imagination à la figure humaine, mais ressemblant bien plus à l'une des nombreuses figures animales, ce dieu, comme la plupart des divinités primitives, né fut pas d'abord considéré comme ayant une forme huinàine, mais comme un dieu zoomorphe ou dieu*animal. '
Dans tous les temps les honimeé choisissent leurs comparaisons dans la sphère de leurs idées habituelles et de leur genre de vie. Aussi, à cause de la ohaleur fécondante et de la course rapide qu'oii attribuait au dieu Soleil, les pères des Scythes, peuple pasteur, chasseur, et guerrier, se figuraient-ils, dans l'origine.
ce dieu comme un animal mâle en chaleur, un taureau, un bélier (scyth. vrùkus)^ un verrat (norr. thrandr)^ un étalon, un renne (scyth. tarandus)^ ou un élan (scyth. vrindus). Les Scythes guerriers voyaient surtout dans le soleil, un étalon ardent, parcourant les espaces célestes, et répandant, des rayons de lumière et de chaleur par fies yeux, ses naseaux, sa crinière luisante, et sa queue flamboyante (cf. sansc. arvan, étalon, soleil; norr. himm-iôr, cheval céleste).
Plus tard, ces peuples guerriers comparaient le disque solaire qu41s adoraient à un iot^cZ^V brillant, qu'ils se figuraient porté par un dieu anthropomorphe, guerrier comme eux. Dès lors le soleil , étant considéré non plus comme un dieu-animal, mais comme un bouclier brillant, ne fut plus adoré lui-même comme dieu zoomorphe , mais passait seulement pour être un objet sacré, appartenant à un dieu supposé anthropomorphe, et invisible dans le ciel. Le dieu Soleil primitif devint ainsi Dieu du soleil, présidant à cet astre, ou un Guerrier divin invisible dans la Nature , et montrant seulement, au ciel, le disque éclatant du soleil qui était son bouclier. Par ce changement dans la conception du dieu il se fit qu'à la place d'un seul dieu, savoir le So~ leil vivant, zoomorphe, et divinisé, on conçut devac êtres divins, distincts Tun de l'autre, savoir, d'un côté, l'astre visible, le divin soleil considéré comme bouclier ou objet sacré, auquel présidait un dieu invisible, et, de l'autre, le Dieu du soleil, ou le dieu