‹ Le message de Skirnir et Les dits de Grimnir (Skirnisför--Grimnismâl): poëmes tirés de l'Edda deChapitre 148 sur 149 · V. COMttENTAlRE · texte numérisé non relu

V. COMttENTAlRE

le symbole de la justice, de la sagesse, et du gouvernement des Ases. Or, les dieux étaient considérés comme présidant à Tordre, à la prospérité, et à la vie dans le Monde, par opposition à Jeurs ennemis, qui passaient pour les auteurs du désordre, du malheur, et de la mort. C'est pourquoi le Frêne d'Yggdr&sill^ qui était, au point de vue socialy le symbole de la justice, de la sagesse, et du gouvernement des Ases, devint encore, plus tard, par extension , dans la spéculation philosophique, et au point de vue G09miquey le symbole de Mwére, de la, prospérité i et de la me du Monde.

L'arbre du gouvernement des Ases étant l'imitatien des arbres d'assemblée chez les hommes, le mythe qui l'exprime présente, dans ses détails, un tableau que Finaagination peut facilement concevoir. Le Frêne d'Yggdrasill, comme arbre de gouVerneJment, avait naturellement ses racines, son tronc et ses branches dans le ciel; il s'élevait au milieu de la Plaine d'Idi dans r Enclos des Ases. Mais l'arbre de la vie du Monde ^ conçu plus tard par la spéculation, devait être, pour le Monde entier, ce que l'arbre du gouvernement était pour l'Enclos des Ases , et ce que les arbres d'a^embliée étaient pour les cités des hommes. Il devait donc être conçu comme placé, non au milieu de l'Endos des Ases, mais au milieu du Monde entier, et avoir, par conséquent, ses branches et son sommet dans les régions supérieures ou célestes, et ses racines dans les régions inférieures du Monde. Voilà pourquoi, bien que la si-

gnification cosmique du Frêne dTggdrasill soit la conséquence logique de sa signification sociale j l'image ou la conception plastique de cet arbre, comme symbole de la vie cosmique, ne cadre pas entièrement avec la conception du Frêne dTggdrasill, considéré comme arbre de jugement. Dans le mythe général du Frêne dTggdrasill il faut donc distinguer les détails, qui se rapportent uniquement à cet arbre considéré comme arbre dejugement^ et ne pas les confondre avec les détails, qui n'ont de signification que par rapport à ce frêne considéré comme arbre de vie (voy. FascinaJ&ffu^ p* 225 et suiv.).

Comme la Vie universelle pénètre le Monde entier , la mythologie énonce que le Frêne dTggdrasill étend ses branches dans les trois régions supérieures, savoir le Séjour des AJfeSy le Séjour des Asesy et le Séjour i^ Vanesj et qu'il plonge ses racines dans les trois régions inférieures, savoir : le Sijowr des lotnes ou Tkwrsesgivreux y à l'orient de la terre; le Séjour de Hel en bas et au "Dùtà. de la terre; et le Séjour mitoyen habité par les hommes. C'est ce que Grimnir énonce dans la 31^ strophe.

37. La vie universelle du. Monde est attaquée et combattue , dans les trois régions inférieures, par la mort universelle. Le Représentant des forces pernicieuses à la vie de la Nature, c'est le dragon Ignoble-Frappeur (Nid-b6gg). Il se trouve dans la partie la plus basse de

Hel, appelée HeUbruméuoo (Niflhel). Il gît au-dessous d^ la racine que le Frêne plonge dans Hel , et il la ronge continuellement. Il est Toppoaé de VAiglcj qui est placé au sommet du Frêne d'YggdrasîU) dans les régions sur périeuresi) d'où il embrasse de son regard perçant le Monde entier. Comme personnification du Vent céleste, chassant la peste et les miasmes délétères, cet aigle est une force conservatrice et protectrice. Entre Nidhogg^ symbole de destruction dans TEnfer, et Y Aigle ^ symbole de protection dans IC: ciel, se trouve placé Vécureuil Compcignon duPerceurj animal terres^e, symbole à la fois de destruction et de conservation, comme représentant des forces terrestres moitié conservatrices, moitié destructives. Il contribue à ce que, à la fin, le principe dé destruction et de mort obtiendra I^ dessus sur la conservation et la vie. L'Écureuil a été imaginé et choisi' comme représentant des êtres terrestres, qui, quoique inoffensifs, ne. sont cependant pas réellement conservateurs, parce que, tout d'abord, cet animal, de Tespèce des rongeurs, est, comïne le rat et la souris, le symbole de la destruction lente ou de la cùrrosion. Aussi cet écureuil mytliologique porte-t-il le nom de Compagnon du Perceur ou du Rat (rati, rongeur, qui corrode). Comme Técureuil vit à la fois dans une bauge, sur l'arbre, et dans un terrier 'sous terre, il participe ainsi et die là nature aérienne de l'Aigle, et de la nature souterraine de Kidh(jgg. Courant, du sommet aux racines du Frêne âTggdrasill , cet Écureuil fait Tof-

fice de rapporteur et dlntermédiftire entre lea deux ennemis, éloignés l'un de l'autre, entre VAigU tiNUr hdgg y qui , semblables aux guerriers des figes héroïques, sont représentés, dan&i le mythe, comme se provoquant de loin, par des railleries et par des injures, avant d'en venir sérieusement aux mains (voy« Fascination^ p. 236).

38. Dans la région ierreMbrû^ intermédiaire entre le ciel et l'enfer, certaines forces destructives, bien jne généralement inoffensives , sont représentées par les quatre eefifêj qui broutent les feuilles des branchea extrêmes de l'arbre de vie. Ces cerfs, qui endommagent quelque peu le Frêne d'Yggdrasill, considéré ici comme arbre de vie^ sont les symboles des vents firais ou des frimas des nuits d'été. Ces vents sont généralement faibles et comme assoupis: c'etft pourquoi les cerfii qiû lés représentent portent les noms de Anowpij DtfA lanty Apaise-Bruity et Somnolent (voy. FaadnaHo^] p. 237). Mais, quoique faibles en comparaison des vents fougueux et bruyants de l'hiver, qui sont entièrement destructeurs, ils nuisent cependant aux bôui^geons et au feuillage des arbres et à la végétation en général (cf. Itme romse),

39. Les forces pernicieuses à l'arbre de vie, dans le Sijov/r des HrimthnmeSj sont sj^mbolisées par les innombrables serpents, qui rongent continuell^nent, en dessous, la racine de cet arbre, laquelle est plongée

\i COMMBNTiIRE. 293

dans te Séjour. Les noms de Terreux et Argileux, ces fils iotniques du Hrimthurse Préstage de tombeau j dési* ^nent des serpents habitant dans des tombeaux ou dans des trous argileux de li|» terre. Les noms de Dos-gris et JPeatJb-grisé indiquent la couleur des serpents du Séjour des lotnes. Le nom de Flambemt désigne le serpent comme personnification ! du f^ i et Assoupissant est le nom du serpent assoupissant ou fascinant par spn re? gard (et basilisc). Tous ces noms de serpent, purement épiques, n^ont ici aucune signification mfmboliqw particulière; ils sont imaginés par analogie avec d'autres noms de serpent semblables, et figurent ici seulement pour désigner des serpents destructeurs ou rongeurs, en générai. Bien que la strophe ne cite que quelques noms, elle ajoute cependant que ces serpents sont plus nombreux que ne le pensent les ignorants , qui sont appelés ici des sîn^^, c'est4*dire des êtres à figure humaine, dénués de raison et de jugement.

40. Cette strophe n'énonce pas un mythe, mais une obserration générale sur les souffirances de TiU'bre de vie : elle cite trois exemples de ces soufirances. Grimnir dit, d'abord, que le Cerf broute cet arbre den haut, faisant allusion au mythe du ce^{ Eikthymiry que, par erreur, on s'imaginait placé auprès an Frêne d'Yggdror siU (voy. p. 282). Ensuite, il dit que cet arbre pourrit au côté, d'après l'énoncé d'un mythe peu explicite, qui parle de cet endommagement , et ajoute que, pour re»

médier à cette pourriture, les Nornes versent sur les flancs- de Farbre Teau sacrée et salutaire, puisée dans la Fontaine d'Urd (voj. Fasduaitiony p. 233). Enfin, il dit que le dragon IgnchU^FSrofpfewr j dont il a déjà été question (voy. p. 290), entame Tarbre d'en bajB.

Qrimnir avait fait connaître, dans cette quatrième journée, des noms et des particularités mythologiques entièrement inconnus aux simples mortels; de sorte que ses paroles auraient dû faire deviner que Celui qoi les connaissait était au moins un être divin. Cependsot il ne parvint pas encore à se faire reconnaître. U continue donc son exposé le lendemain, dans la cinquième journée.

V» Journée. Bits de Ûrimnir,

41. De même que, chez lés peuples goths, les Femme» victimaires étaient attachées au sanctuaire du dieu de la guerre, et portaient, en cette qualité, le nom de Conseiiïèrea du Sanctuaire (alhi-runâs), de même les ValkyrieSj qui sont la copie mythologique dtes Alhirunes historiques, étaient attachées au sanctuaire , céleste (la Halle-des-Occis), et auservice d'Odinn, le dieu des Combats (voy. Fascmaiion^ p. 298 etsuiv^). Ensuite, de même que les Alhirunes, comme Prêtresses* Victimaires, cAoiwissaientj parmi les prisonni^s de guerre, ceux qui devaient être sacrifiés ou consacrés au service du dieu de la guerre, au ciel, de même les Valkyries choisis-

saîent, parmi les héros combattants, ceux qui devaient succomber, et aller augmenter le nombre des compagnons (Troupiers^uniques) d'Odinn, dans la Halle-des- Occis. Aussi ces victimaires célestes eurent^elles le nom de Choiêilrleâ' Occis {noTT, Fa2-A;yrû>r). Comme Servantes, à la Halle-des-Occis, les Valkyries présentent à boire & Odinn et aux Troupiers-uniques; elles remplissent, pour Odînn, la corne du vin qui sert à ce dieu à la fois de boisson et de nourriture (voy. p. 276), et elles versent aux Troupiers-uniques le lait de la chèvre Heidrune, que ces héros célestes boivent à table, comme les héros terrestres buvaient Faile qui était une espèce de bière. Les Valkyries étant les servantes du dieu des combats, leurs noms rappellent leurs fonctions guerrières. La Valkyrie Hrist (Secousse) personnifie Faction de secouer les armes ou les baguettes divinatoires (cf. norr. hrista teina) y indices de Fissue du combat. Mist (Brume) est la personnification de la mêlée confuse, tempétueuse, et embrouillée du combat, qui, sous ce rapport, ressemble au brouillard. Skogul (Hérissée de lances), Skeggiolld (p. Skeggî'Voldy Manie la hache), Bandgrid (Fureur d'écus), Geirorolul (Joute de Framées) désignent le combat avec les différentes armes offensives et défensives. RV5ck (Chaîne), et Herfi'ôtwr (Lien de troupe) désignent les chaînes qu'on mettait aux prisonniers de guerre, condamnés à Tesclavage ou au sacrifice. Reginfetf (Protection des Grandeurs) désigne Tinvulnérabilîté et la protection invisible accordées, par les dieux

296 LES DITS DE GRIMIflR.

OU Grandeur S ^ à quelque héros dans le combat. Hildur (p. Hvildur), dont le nom est emprunté à celui de la déesse Hildwrj qui est un dédoublement de Helj désigpne la mart. Thrttduur (Force) est la personnification de la valeur guerrière , et Râdgrîd (Fureur résolue) désigne la fureur qui, dans le combat, fait prendre des résolutions extrêmes.

42. La déesse Soi (Soleil) a été chargée par les Âsea de conduire le char du soleil. Les chevaux, attelés à son char, se nomment Matinal et Tout-Alerte. Poureir pliquer comment ces chevaux, se trouvant si près du soleil, ont pu supporter une chaleur aussi excessive, la mythologie rapporte que les Ases, pour les rafraîchir, ont placé, sous les épaules où les chevaux soufirent le plus de la chaleur, un fer réfrigérant, qui, par suite de la nature de ce métal toujours froid, communiquait de la fraîcheur aux chevaux.

43. La chaleur du soleil représenté par Soi serait trop grande sur la terre, s'il' n'y avait pas un bouclier placé en guise d'écran devant la déesse Soi, Ce bouclier porte le nom de Rafraîchissant, A la fin du monde, Siu Crépuscule des Grandeurs y cet écran tombera; et alors la terre et la mer seront consumées par la chaleur solaire.

44. Pour expliquer la grande vitesse du soleil, la traditicm populaire, s'appuyant s«r usi mythe très-an-

y. GOMBfENTAIRE. 297

cien, rapportait que la déesse Soi fuyait devant un loup, qui la poursuit toute la journée; mais que, le soir, arrivée près de la mer, la déesse se met à Tabri de la poursuite , dans la forêt qui se trouve sur le bord de rocéan , et qui , à cause de la protection qu'elle donne contre la poursuite, porte le nom de Forêt-de-défeme, L'iotne qui, sous la forme d'un loup gigantesque, poiu*suit ainsi le soleil, est nommé Ricaneur j nom épi thétique qui désignait, originairement, le renard et le loup, dont les hurlements ressemblent à des ricaneries. Ce qui empêche que Soi ne puisse pas se soustraire plus vite aux poursuites de Ricaneur ^ c'est que devant elle se trouve un autre loup, qui poursuit le dieu Mani (la lune). Ce loup se nomme Haineux^ nom qui désigne les animaux haineux, tels que le chat et le loup. Il est le fils du loup Signàl'fameiLx. Ce nom n'a pas une si* gnificatio.n symbolique, mais est un nom épique pour désigner un loup fameux. Les loups se montraient sur les champs de bataille pour dévorer les occis ; aussi l'apparition ou l'arrivée des loups présa^geait le combat, ou en était le signal (voy. p. 278). Signal-fameux (Bt-ôd- Vitnir) est donc à peu près synonyme de Hrôd-olf (Loup fameux).

Dans ses Dits de la cinquième journée Grrimnir s'é*

tait désigné comme étant Odinn, en disant (strophe 36) :

Je veux qvs les Valkyries me portent la corne. Malgré

cela il ne fut pas encore reconnu comme étant ce dieu.

U continua donc ses dils le sixième jour.

VI« Journée. Dits de Grimnir.

45. Les idées cosmogonîques ou cosmologiques des mythologies reposent rarement sur des connaissances réellement scientifiques; elles résultent généralement d'une association fortuite, plus ou moins ingénieuse et instructive, des notions conçues par l'intuition des sens. Ainsi, comme on voyait que la lerre provient de la décomposition ou pourriture de corps organiques , l'idée de poudre ou de terre s'associa à celle de corps organique détruit ou décomposé. Voilà pourquoi il est dit, dans le mythe cosmogonique, que la terre a été formée de la chair du géant primitif Ymir (voy. Fascination^ p. 177 et suiv.). On voyait également une certaine analogie, entre la mer, partie liquide, et la terre, partie solide, d'un côté, et le sang liquide et la chair solide du corps humain, de l'autre. De même que l'idée de terre s'était associée à celle de corps ou de chair décomposée, de même l'idée de mer est associée à celle du sang, partie liquide du corps. De là le mythe de la mer formée du sang d'Ymir. Voyant Fanalogie entre les montagnes qui sont comme la charpente de la terre, et les os, qui sont la charpente du corps humain , on a imaginé le mythe des montagnes de la terre fortnées des os d'Ymir. Les arbres et en général la végétation terrestre sont, en quelque sorte, les poils et la chevelure de la terre : dé là le mythe de la végétation terrestre formée des poils et de la chevelure d'Ymir. L'analogie qu'on

trouvait entre la voûte du ciel et la voûte du crâne humain, a donné naissance au mythe du ciel formé du crêiM d'Ymir, La cervelle se trouvant sous la voûte du crâne humain, et les nuages étant placés sous la voûte du ciel, faite du crâne d' Ymir, on a assimilé l'encéphale^ avec sa substance pulpeuse et sou »peet laiueux, aux nuages floconneux du ciel; et le mythe s'est formé d'après lequel les nuages êombres et menaçants (et non pas les nuages en général) proviennent de l'encéphale d* Ymir, de cet lotne violent et tempétueux.

Les Ases, pour se prémunir eux-mêmes, ainsi que les hommes, contre les lotnes^ ont oonsiruit, autour du disque de la ^rre, une enceinte de montagnes couvertes de forêts impénétrables. D'après le mythe cosmogonique cette enceinte, ou ce rempart extérieur de la terre, est fait avec les sourcils d'Ymir. La raison de cette fiction se trouve dans Tanalogie qu'on mettait entre les sourcils, qui protègent les yeux, et cette enceinte qui protège la terre ou VEnclos-fmtoyen (voy. Fasdnation, p. 192). Pour expliquer certains mythes cosmogoniques des peuples de Fantiquité , il importe de connaître le mode d'assoeiationi des idées de ces peuples. Des indications instructives, et précieuses à ce sujet, se trouvent nonseulement dans la signifi^eation primitive ou étymologi* que de certains mots clés langues anciennes, mais encore dans la manière dont certains mots sont exprimés dans l'écriture, originairement idéographique, chez les Chinois et les Égyptiens, et surtout dans les explications

données, en langage figuré) par les lexicographes hin* dons et chinois. C'est ainsi, par exemple, que le mot chinois chvcui (eau) est expliqué, dans les lexiques chinois, par le terme ti-tcki hi(>uei-ki(terrœ sanguinia vapor; exhalaison du sang de la terre), c'est-à-dire Mueur de la terre; comparaison et association d'idées qui se retrouvent aussi dans le mythe norrain. Le motsc&t (pierre) est expliqué, en chinois, par le terme schanr'hu (numUa osj os de montagne), exactement comme dans le mythe norrain. Dans un autre ouvrage nous montrerons le grand parti qu'on peut tirer de l'écriture chinoise et égyptienne, pour U connaissance de l'association des idées de ces peuples, coimaisBance sai» UqneUe certaii» mythe» ti*a-ing4nieux de l'antiquité restent toujours une lettre close.

46. C'est en hiver que se manifeste l'action à*UUr, dieu du soleil hivemtd (roy. p. 262). Ce dieu, Ase ou Soutien du monde, entretient sur la terre une certaine chaleur, sans laquelle tout gèlerait en hiver, et 1'.^ cloB-mitoyenj ainsi que V Enclos des Asesy seraient livrés en proie ajixBaides-^givre. En effet, si IsL mer gelait, ces ennemis des dieux la passeraient comme sur un pont, et s'empareraient du séjour des hommes et des dieux. Comme les hommes, en présence de ces ennemis iotniqueis, ont les mêmes intérêts que les dieux, il est de leur devoir de favoriser, autant qu'ils le peuvent, l'action divine. Aussi est-il dit, par exemple, que pour assister leur dieu Firgunia (FiOrgynn; gr» Harcumu)

dans sa lutte contre les Itnss (lotnes), les Gètes, toutes les fois qu'il y avait un orage, c'est-à-dire une lutte entre ce dieu et ses ennemis, dirigeaient leurs flèches contre les démons, c'est-à-dire sur les nuages, dont ces démons voulaient s'emparer, pour les. dévorer, et empêcher ainsi l'action fécondimte de l'orage (cf. Hérodote, IV, 94). Autre exemple : Pour empêcha et retarder la confection du navire iotnique appelé Naglfari (Navire d'ongles), que les lotnes, ces ennemis des dieux et des hommes, préparaient pour aller attaquer la terre et le ciel, les Scandinaves avaient l'habitude de couper aux trépassés les ongles, dont ces ennemis se seraient emparés, à ce qu'on croyait, pour construire leur navire d'ongles. D'un autre côté, les Scandinaves contribuèrent à la confection du sovUer épais de Vidarr (voy. p. 273), que oe dieu devait chausser pour vaincre le loup de Fenrir. A cet effet ils livrèrent, en les consacrant aux dieux, les rognures provenant des découpures qu'ils avaient alors coutume de faire à la pointe et au talon de leurs chaussures (voy. Fcacinationy p. 280). De la même manière, et pour le même motif, les bomties peuvent venir en aide aux Ases, et en particulier à VUut, en allumant, à l'approche de l'hiver, le feu sous les chaudrons, où ils brassent leur bière et cuisent leurs aliments. Aussi celui qui, le premier, à l'approche de l'hiver, suspend le chaudron au-dessus du feu, a la faveur d'Ullur et de tous les dieux. Car, si l'on décrodiait, dans cette saison, tous les chaudrons, ou si Ton n'allumait pas le

feu, le froid augmenterait la glace, et rendrait aimi accessibles, où ouverts aux Raideê-de-gwrey les séjours des hommes, qui se trouvent autour de l'Endos des Ases.

47. Dans- les mytbologies, les choses et individus Urrestres sont représentés c(»nme des imitations ou reproductions faibles des choses et individus céleites^ qui sont en quelque sorte leurs types et leurs idéaux. Aussi les meiUeu/res choses, de toute la création , sont censées se trouver au cieL C'est ainsi que le meilleur des navires est le navire Bûche/euillée, qui a été fabriqué, pour l'illustre Frey, par des dvergs lesJiU d'Ivald (voy. p. 147). Le meilleur des arbres est le Frêne d'Yggâ/rasUl (voy. p. 287). Le plus puissant des Ases est Odinn au ciel. Le meilleur des chevaux est GUssant, le cheval d'Odinn (voy. FmdfHxtion, p. 314). Le meilleur des ponts est au ciel ; c'est l'arc-en-ciel appelé V<ne4refnblotanté (Bifrôst, voy. p. 128). Le meilleur des faucons est celui qui appartient, sans doute, à Odinriy le meilleur des |chas« seurs (voy. p. 66); il est nommé Ha/uUhraisj parce que des plumes lui couvrent, en guise de braie, ses longues jambes. Par imitation du ciel, l'Enfer possède aussi quelques types parfaits. Ainsi, le plus terrible des chiens est Hv/rUwr (Garmr) , le chien gardant l'entrée du passage appelé RoiAee- abruptes (Onipahellir), qui conduit à la OrUh-des-Mof^s (Nfigrindur), ou à la porte du 8éj<mr de Bel (voy. Poëmes islandais , p. 235).

Grimnir, malgré les indices assez explicites, renfe^

méB dans ses dits, n'ayant pas encore été reconnu, jusqu'ici, par le roi comme étant Odinn, s'attache, le lendemain, à ne rappeler que des mythes se rapportant, exclusivement, à ce chef des Ases.

VII* Journée. Bits de Grimnir.

48. Les Thurses-gwreux (Hrimthursur), et leurs descendants les Géants des Montagnss^ formaient la race iotnique la plus ancienne de la création. Les lotnes, comme race primitive , étaient en possession de la sagesse et de la tradition la plus ancienne (voy. p. 199). Or la sagesse et la tradition , cette matière de la poésie, étaient représentées par le symbole • d'un rase renfermant un précieux liquide, qui était considéré comme la source ou Forigine de l'inspiration, de la mémoire, et de la prévoyance. C'est pourquoi la mythologie a imaginé que les lotnes gardaient soigneusement et avec jalousie les deux vases renfermant l'hydromel inspirateur. Ces vases étaient cachés dans la demeure ou dans la montagne du Géant de Montagne SuUungr, petil^fils de SiUtr (voy. p. 159), et fils de Sdkkvi, Cette montagne était nomtfiée Hnitbiorg (Pertes rocailleuses) ; et l'hydromel y était gardé par la fille de Suttungr nommée Chinnlod (Invite-au-combat, voy. p. 159). Il était de l'intérêt des Ases de s'emparer du précieux liquide, qui donnait à leurs ennemis et rivaux la sagesse et la prévoyance. Ne pouvant pas s'en emparer de force, ils

tâchèrent de Tenlever par la fraude et la ruse. Le plus rusé des Ases, Odinn se rendit secrètement, ou sous déguisement (smpom)^ à Hnitbiîyrg. Il fit percer, par le museau d'une taupe ou d'un rat {Rcdi)^ un trou dans la montagne, et, prenant la forme d*un serpent, il se glissa par ce passage dans l'intérieur (voy. Havamâlj 107). Se trouvant en présence de la garde Gunnlod, il reprit sa forme d'Ase; et, séduisant ou corrompant cette fille par Tamour, il la rendit mère de Bragi (voy. Eavamâly 109). Puis, ayant bu le contenu des deux vases, il revint, avec ce butin, à VUnchs des Ases, en y amenant avec lui sosn amante Ghinnlod. Les Ases cachèrent rhydromel, enlevé par Odinn, dans la montagne nommée, comme sa garde, Vilbi^g. Les frères de Qunn- Jôd, ou les fils de Suttungr, s' étant aperçus du vol et de la disparition de leur sceur, vinrent à Enclos des Ases (Havamâl, 110), pour demander aux dieux réparation de Toutrage. Les Ases entrèrent en composition avec eux, et promirent, à titre de réparation, de donner aux lotnes une compotation (sufl, 8uml,sttmbl '). Comme les lotnes ne pouvaient pas prétendre à se rendre, en masse, dans TEnclos de leurs ennemis, cette compotation eut lieu dans le pays mitoyen ou limitrophe, entre le Séjour des lotnes et le Séjour des AseSj c'est-Ârdire dans la demeure du dieu de Tocéan CE^ir (voy. FascimUion, p. 302).

1. En Suiiee leB chaletiers donnent au petit lait qu*ils boivent le nom de êi^ (ail. gtaoff)^

Br<igi j le fils d'Odinn et de Gunnlôd , devint le gage de réconciliation entre les fils de Suttungr et les Âses. Ceux-ci coimentirent) également, à placer Thydromel inspirateur dans le domaine d'Œgir, à Bcoic de Sokkm sotLB la mer, ou Gunnldd, ayant pria le nom de iSo^a, présentait, chaque jour, cette boisson merveilleuse à son amant Odinn {voy. p. 265).

Tel eBt le mythe auquel Grimnir fait allusion dans la Btrophe 45. Pour ne pas se faire reconnaître du premier coup, il parle, sans le nommer, et d'une manière quelque peu énigmatiqùe, de Thydromel qu'il a enlevé auxiotnes. Cependant parlant de lui-même, d'une manière assez explicite Y à la première personne, il dit que, sous un déguisement et en peu de temps, il a enlevé, au profit des Ases, la chose que ceux-ci ont déposée et fait garder par Viîbiârg, Cette chose, qu'il ne nomme pas, est de^ venue, dit-il, la cause de ce que les Ases sont, depuis, allés souvent dans la demeure de leur ancien ennemi , riotne Œgir, et qu'ils y ont même assisté à des festins.

49. Dans l'origine les dieux n'avaient, et ne pouvaient avoir, qu'un seul nom, celui qui exprimait précisément l'idée, la qualité, ou l'attribution, dont tel ou tel dieu était originairement le symbole , ou la personnification» Ainsi la tempête personnifiée fat désignée par le nom de Vc^ns (Odinn , Tempétueux) ; et ce dieu , n'étant envisagé, dans l'origine, que sous le point de vue de son attribution de tempête, ne pouvait pas alors être

désigné par un nom autre que celui de Tempétueux (Odinn). Mais, dans la suite , lorsque ce dieu fut considéré , non plus simplement comme la personnification de la tempête, mais encore comme dieu de la guerre, comme dieu suprême, comme Fère des dieux, des héros et des hommes, alors les rapports, sous lesquels on Tenvisageait, s'étant multipliés, on lui donnait aussi des noms épithétiques, se rapportant ou aux nouvelles qualités soit physiques, soit morales, soit intellectuelles, ou à l'extérieur, aux habitudes, aux passions, m aventures, aux actions, que la mythologie, devenue de plus en plus épique 9 Itii attribuait. Telle est la cause ou Torigine de la, pluralité des noms épithétiques, donnés aux différentes divinités en général, et à Odinn en particulier. Pour expliquer les noms donnés à Odinn, il faut se rappeler les différentes attributions de ce dieu suprême, et les différents mythes, soit symboliques, soit épiques, qui se sont rattachés à lui.

Comme dieu de la tempête et du vent, Odinn a eu, entre autres , les noms suivants : Corneur (ail. Duter) , Ventant, Ténéhremc comme Hel (str. 46) , GrandrHennisseuTf Vent-henniasantj A- Souhait j Murmurant , Doucement-Agité. A son attribution de dieu des combats, et de Père des Occis, se rapportent les noms suivants: Aims*Troupej Port^CaequSj Joyeux-de-troupe, Exciteaw-combatj Grand-Lutteur, Sanglant, et Ensanglantamif etc., etc.

A son attribution de ch^ des Ases se rapportent les

noms suivants : Père-universel, Sublime, Équi-Sublime, etc. D'autres noms épithétiques, plus récents, et imaginés par la tradition épique, rappellent des qualités physiques, morales, ou intellectuelles, attribuées à Odinn, ou, enfin, des particularités qu'on remarquait dans ce dieu, lorsqu'il s'est mêlé aux hommes, ou s'est entretenu avec eux (voy. Fascination de Gulfi, p. 246-250).

Dans les dits de la septième journée, Grimnir s'était désigné d'une manière si claire comme étant Odinn, qu'il était allé jusqu'à dire : Ici, chez Qeirrodur^ on m'a donné le nom de Déguisé (Grimnir). Cependant le roi, dont l'intelligence était comme noyée par la boisson, ne reconnut pas son ancien père nourricier. Odinn, plein de dépit, n'espère plus, le huitième jour, ramener son élève aux sentiments et aux devoirs de l'hospitalité. Il sent qu'il a perdu la gageure avec Frigg. Le lendemain, il amène brusquement le dénouement tragique.

YIII* Journée. Bits de Grimnir.

Pour l'explication de la partie finale du poëme , et de la conclusion en prose, voir les pages 217, 218.

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