V. COMMENTAIRE DU POËME
faire plaisir à un homme; mais elle espère ne pas être poussée à cette extrémité, puisqu'elle compte trouver, à temps, un protecteur dans son père Gymir, qui , s*il rencontre Skirnir, sera aussi prompt que lui à combattre à outrance. Skirnir lui réplique qu'elle ne doit pas- compter sur la protection de son père, qui, s'il lui arrive de lutter, sera mis à mort par Tépée invincible et magique de Freyr, En effet, la lame de cette épée merveilleuse est tellement mince qu'elle passe partout, ou coupe tous les corps : sur elle sont encore gravées des formules magiques, propres à la rendre toujours victorieuse. Cette épée de Freyr, considérée comme douée de forces surnaturelles, et même comme ayant une action ou volonté individuelle, avait, sans doute,, un nom particulier, comme toutes les épées féées et re* nonmiées, dont il est question dans la poésie épique des différentes nations de l'Orient et de l'Occident, dans l'antiquité, et au moyen âge. Elle avait probablement le nom de Szfftams-vdndr (Brette de l'Accoutumé à la victoire, voy. p. 89), comme étant Tépée, la verge ou brette (vôndr) de Freyr y qui, comme Combattant ou héros par excellence (voy. p. 89), est accoutumé à toujours vaincre. Notre poëte s'est expliqué, sans doute, faussement le nom mythologique traditionnel de Totimvmdry qui n'est que la forme abrégée de Sigtamsv'ândr, comme s'il signifiait Brette du Dompteur j ou Épée domptrice (voy. p. 89); et c'est pourquoi, employant un jeu de mots, il fait dire à Skirnir qu'il domptera Ger-
dur avec la Verge domptrice, et qu'il l'enverra, ainsi que 6on père, dans le Séjour de Hel ou de la Mort, où le^Jila de ses défenseurs, c'est-à-dire leslotnes, qui sont ses parents et ses défenseurs naturels, ne la verront plus, et ne pourront plus la secourir.
Skirnir^ pour inspirer davantage à Gerdur la crainte de la mort, se plaît à lui retracer toutes 1^ horreurs du terrible Séjour de ffel (vpy. Fiischiation de Gutfij p. 287). Il dit que, si elle y est envoyée, si jeune encore, il lui faudra de bonne hefwre, ou avant le temp prédestiné à sa mort naturelle, s'asseoir, triste et solitaire, sur la BuUe d* Aigle ou sur la colline de Hrmvelgr (voy. F(iscin(Uion de Crulfi^ p. 242), qui est au Nord du monde, dans le Séjour de Hel; il lui faudra quitter la demeure et la salle qu'elle occupe ici dans lôtunheim , et prendre le triste chemin du séjour lugubre de la Mort. Sa nourriture dans Hel sera dégoûtante, et lui inspirera plas d'horreur, que le terrible Serpent de mer (voy. Fascination de Ghdjly p. 326) n'en inspire aux dieux et aux hommes.
Skimir continue k représenter à Gerdur que, maintenant, elle est belle et attrayante; mais par la mort et les blessures, que lui fera l'épée invincible de Freyr^ elle deviendra un objet horrible à voir, à tel point que, quand elle passera morte, de sa demeure d'ici, dans le séjour de Hel, son ami, amant, ou parent, le géant Hrimgrimnir, appelé ici Hrimnir (Pruineux), qui est pris ici pour le représentant des sentiments de tous les