‹ Le Messianisme chez les JuifsChapitre 10 sur 118 · I.E MESSlAMSMi: EN ACTION D'AEMIES JOSEPliE · texte numérisé non relu

I.E MESSlAMSMi: EN ACTION D'AEMIES JOSEPliE

relève le courage des Juifs. Les Arabes sont des barbares qui n'ont pas le sens du divin. Ils ont tué des ambassadeurs, en erec des an°-es nom sacré pour les Grecs, et qui est aussi celui des organes de la révélation, chargés par Dieu de nous enseigner les plus beaux de nos dogmes (1 1. Si le tremblement de terre a été vraiment voulu de Dieu dans un dessein particulier, il prouve que Dieu veut laguerre, puisque l'armée, campée en plein champ, est demeurée indemne, Or tout est possible avec le secours de Dieu. Et ce secours, Hérode l'iuqiloiait par de fré([uents sacrifices.

Et de même que la politique du second Empire changea d'urienlation religieuse après les bombes d'Orsini, .losèphe a noté le moment où Hérode négligea de ménager la foi de ses sujets. Ce fut après s'être débarrassé des dernières personnes apparentées aux Asmonéens, la douzième année de son règne (25 av. J.-C.) (21.

La question religieuse se posa de nouveau, et, comme les Asmonéens avaient disparu, elle se posa seule. Ceux qui désormais feront des tentatives pour secouer le joug d'Hérode ou pour s'emparer du pouvoir se donneront une mission divine spéciale pour titre, et se rattacheront ainsi plus ou moins aux espérances messianiques.

Ce n'est pas qu'Hérode ait jamais rompu ouvertement avec la religion juive. Il se dédoubla. A l'extérieur, et par là il faut entendre même les villes fondées par lui à la grecque, Sébaste et Césarée, il bâtit des temples et érigea des statues. iMais s'il se vante à Auguste de fouler aux pieds les coutumes héréditaires des Juifs pour lui plaire, il a soin d'expliquer au peuple ({u'il n'en fait rien que par contrainte (3). En Judée il est beaucoup moins libre, sans éviter tout à fait de froisser le sentiment religieux, car il bâtit à Jérusalem ou près de la ville un théâtre et un amphithéâtre, il institue des combats de bêtes ou de gladiateurs, et il orne ces édifices de trophées qu'on prend pour des statues. C'est en vain qu'il explique aux plus intelligents que ce ne sont que des mannequins; dix personnes se conjurent pour tuer le roi au théâtre, ou du moins sacrifient leur vie dans l'espérance de l'intimider et de l'arrêter dans cette voie (4). En même temps sa fortune semble l'abandonner; une sécheresse persistante amène la disette et la famine; les tragédies intimes qui avaient déjà désolé sa maison augmentent d'atrocité et d'horreur. On commence aie déclarer

(1) Ant. XV, V, 3 : TiIAÛv ok zk xâ>.).iTTa twv SoYi^âtuv xal Ta ÔTto'jraTa twv év toï; vÔ|jloi;

(2) Ant. XV, vu, 10.

(3) A7it. XV, IX, 5.

(4) Ant. XV, VIII, 1-4.

li I.1-: Mr.ssiAMSMK i»Ai'i{i;s i.Ks Kciu\Ai.N> .11 irs iii:i.i.i:mstioi'ES.

abaiulonnô de l»icu. i)uni ])our ses crimes et responsable des maux du

peuple.

h.'s lors les conjurations se multiplient, mais llérode était un tyran ti'op ferme et trop habile, trop magnifi([ue aussi, pour que la populace sameutAt contre lui. On la voit jusqu'aux derniers jours faire ellemême justice des conspirateurs quil lui livre (Ij. Et cependant ce ne sont plus des grands, ce sont les Pharisiens, d'ordinaire si écoutés de la foule, (jui organisent la résistance.

llérode sut demeurer le maître. Tantôt il procédait par mesures de police, et par desc.Yécutions sommaires; tantôt il remettait au peuple une bonne partie de limpôt. On l'accusait toujours de ruiner la piété •t de corrompre les mœurs ancestrales. Après s'être débarrassé des [)lus récalcitrants, il imagina d'exiger des autres un serment de fidélité à sa personne 'ii, montrant ainsi qu'il regardait ses adversaires comme gens de conscience. Mais précisément les Pharisiens le refusèrent, et il les exempta à cause de son respect pour Pollion, leur chef. Les Esséniens, eux aussi, furent dispensés. Ceci se passait, semble-t-il, la dix-huitième année de son règne.

il fut moins tolérant plus tard, à propos d'un autre serment, et cette fois l'agitation des Pharisiens suppose incontestablement une tentative messianique.

Il ne s'agissait plus seulement de prêter serment à llérode; César, c'est-à-dire Auguste, en était aussi l'objet, et en premier lieu. C'est donc sans doute de Rome qu'est venue l'initiative. Les termes dont se sert Josèphe sont en eux-mêmes assez vagues, mais ils correspondent parfaitement à ceux qui étaient employés, comme termes techniques, pour exprimer la complète allégeance à la domination romaine. Par une sorte d'euphémisme, on la nommait promesse de bienveillance (3). Tue découverte récente a fait connaître le texte du serment prêté par les Paphlagoniens, trois ans après que le pays eut été réduit en province romaine (V), quelques années à peine après celui qui fut exigé des Juifs.

(1) Ant. XVI, X, b; XVI, xi, 7.

(2) Anl. XV, X, 4 : t6 ô' a//.o Jt/.riOo; ôpv.oi; vj^iou irpo; tyjv iti^Tiv ûrâyîffQat y.at cuvYivàyxaî^îv ivw(i,OTov «Ctù) TiPiv sl'voiav f, \p\^ C'.aç"j).âfîiv in\ tv;; àpx^; 6[jlo).oy£Îv.

(3; Anl. .WIF, II, 4 : TtavTo; yo-Jv ioj Io\Joaïr.où [koatw'javTO:; oi' '6'^%ui-i r, u-r^i z-l'jOTt'rtt.v Kx-.- Tasi xai -oï; pa<Ti)É<<); ■K^'i'{[La.ai^.

i) Le lexle dans Dittexberceu, Orieittis fjraeci inscr. selectae, n» 532. D'après Schurer la pièce est dalt-e de la troisu-me année de la province; d'après Dittenberger, de la troisième année après le douzit-me consulat d'Auj;uste, mais cela revient au même pour la date qui est l)ien de l'an III de la province, constituée à l'automne de 6 av. J.-C. La date du serment di's Juifs n'est pas précisée par .losèplie : elle ne peut être beaucoup antérieure à l'agitation l'iiarisienne «jui la suivit, peu avant la lin d llérode, vers l'an 7 ou G av. J.-C.

LE MESSIANISME EN ACTION DAl'RKS JOSKIMll-. la

Ce serment des Paphlagonieiis est d'une extrême rigueur i^. On jure d'être bienveillant envers César Auguste — c'est le même terme que dans Josèphe, — en s'engageant à n'épargner pour son service ni son corps, ni son àme, ni sa vie, ni ses enfants, i\ poursuivre ses ennemis sur terre et sur mer, en appelant toutes les malédictions sur la personne et la race de ceux qui seraient intidèles. On jure pai- les dieux et par Auguste lui-même. Il est évident qu'en Judée on remplaçait les dieux par le Dieu d'Israël ou le Dieu très-haut, et ([uon ne jurait pas par Auguste lui-même. Mais cette déférence pour les scrupules religieux des Juifs no changeait rien à la dépendance qu'on leur proposait de confesser solennellement, en s'engageant [)ar dos maléilictions terribles à n'y rien changer.

Le nom d'Hérode, accolé à celui d'Auguste, n'était qu'une garantie très précaire d'indépendance, et tout au plus viagère. En demandant aux Juifs de s'engager aussi à fond, Auguste mettait déjà la main sur un héritage qui ne pouvait lui échapper (2 .

Les Pharisiens refusèrent, au nombre d'environ six mille. La description qu'en fait ici Josèphe est d'autant plus précieuse qu'elle n'est pas dans sa tonalité louangeuse ordinaire. Elle est due probablement à Nicolas de Damas : « Il y avait un parti de Juifs qui se targuaient d'une connaissance exacte de la loi ancestrale, se donnant comme amis de Dieu, ayant de l'influence sur le sexe; on les nomme Pharisiens: très capables de résister aux rois, avisés, audacieusemeut prompts à faire la guerre et à nuire » (3).

D'abord ils cherchèrent plutôt à se soustraire à une intimation fâcheuse qu'à entrer en lutte. Le serment était sans doute obligatoire sous des peines très graves. C'est probablement encore par faveur ([u'Hérode se contenta de les condamner à une amende, que la femme de Phéroras paya pour eux. Pour témoigner leur gratitude à cette

;i) Publié en 1900 par M. Cumont, d'après une copie d'AntUérios. évi^que d'Amasia. Voici le début de celte formule restiluée avec certitude : '0[i.vJw A(a, rijv, "llXiov, Oîoj; -âvta; xal 7:àua;xal wjtôv tôv IsoaiTTÔv, eOvoiQiictv Kai^rapi lâêxiTTâi'. y.at toï; tsxvoi; èy^Ôvoi; tî aCiToO itivTa TGV TO'J pîo-j ypôvov xal Xôywi -/al épfiûi v.ai y-^Mar,i, iptXou; T,Yoy[X£vo; Oj; âv èxïivo'. y;v(I)VTa'. èx/ôpo-j; tô voiiîÇwv oj; âv aOtol xpîvwT'.v, Oîtép te T(iv toÛtoi; ôtaçepôvTwv |xr(Tî aa)[jia- To; ÇEÎic'ïôai [Aïixî '\''->'/Jii F''i'fî P'-O'-" tsxvwv, à)/,x TiavTi TpÔTTwt O-èp tûv exei'vo;; à-.r.xovTuv îtivTa xivo'jvov ûr.Qtxz-i zly .

(2) Ce serment a très bien pu être accompagné d'un recensement, celui dont parle Lue, II, 2. La question ne nous parait pas tranchée dans le sens de la négative aussi résolument qu'à M. Schùrer; elle entre plutôt dans une nouvelle phase si Ion lient plus de compte de l'événement dont nous parlons en ce moment.

3) On a essayé de traduire ce passage difficile à rendre d'après le texte de l'édition Didnl. Celui de Niese est pour moi inintelligible. Celui de Schiirer est bon, mais suppose une correction qui ne parait pas indispensable. L'apparatus de Niese permet de se contenter du texte Didot.

ir, l.t: MESSIAMSMK KAIMIKS LES KCUIVAINS .11 ITS IIKI.I.KMSTIQUES.

femme, ils lui prédirent, en vertu de Iciu' don prophétique, que la rovauté. par un décret de Dieu, serait enlevée à Hérode et à ses enfants pour revenir à elle, à Pliéroras et aux enfants qu'ils auraient. La femme do Pliéroras sera donc comme dépositaire du pouvoir réservé à un enfant attendu. Cela tournait au complot, et Hérode n'hésita plus A sévir. « Le roi fait exécuter les Pharisiens les plus coupables, et r(Minn(jue Bagoas, et Caros, son favori, d'une beauté remarquable. H tue aussi tous ceux de sa maison i\m avaient prêté l'oreille à ce qu'avait dit le Pharisien. Or Bagoas avait été excité par eux comme devant être le père et le bienfaiteur du roi qui devait être établi d'après la prophétie; car [ce roi] devait avoir tout en sa puissance, il devait lui donner le pouvoir de se marier et d'avoir des i-nfants à lui » (1).

Il est bien fâcheux qu'on ne sache pas qui était ce Bagoas dont le nom, d'orii:ine perse, signifie simplement qu'il était eunuque. Mais le changement qu'on lui promet dans sa personne est une allusion évidente au texte d'Isa'ie (2), visant lui-même la grande transformation de l'avenir. D'après les Pharisiens, c'est le roi qu'ils annoncent, probablement par l'organe d'un d'entre eux, d'un prophète, qui fera ce miracle. Nous sommes donc ici en présence de la première tentative caractérisée en faveur d'un iMessie personnel, encore à venir, mais désigné dans ses origines, et il est assez remarquable que cette origine est surtout marquée par la mère (3).

Cela se passait environ deux ans avant la naissance de Jésus (7 ou 6 avant J.-C.) {'*).

Tant qu'IIérode vécut, toute agitation était condamnée d'avance. C'est parce qu'on le crut mort que des jeunes gens, excités par Judas et Matthias, docteurs de la loi en grand renom, se hasardèrent à décrocher l'aigle d'or placée au-dessus de la grande porte du temple. Cette audace leur coûta cher; ils furent brûlés vifs. D'ailleurs, ils n'avaient d'autre but que de protester contre ce qu'ils jugeaient une violation flagrante de la loi.

(1) Aiil. XVII, II, 4.

(2) Is. i.vi, 3-5, oii il est seuleincnl [iromis uu\ eunuques un nom qui vaudra mieux que des fil.'i el des filles.

(3) CeUe femme élail d'une origine obscure, et Phéroras, frère d'Hérode, avait bravé sa colère en la |iréfêrant à une de ses lilles. Peut-êlre essayait-on de la rattacher à la maison de David. On a un peu cxaj;éré l'importance exclusive de la descendance par les mâles. On voit dans toute l'histoire d'Hérode quel avantage tiraient Alexandre et Aristobule, fils d'Ucrodi- et d»' Mariamne, de descendre di's Asmonéens par leur mire.

4; Ce qui n'einpt^chc pas que Jésus soit né durant le rogne d'Hérode. On sait que la chronologie de l'ère chrétienne e.>t en retard d'au moins quatre ans.

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