LE MESSIANISME EX ACTION D'APRÈS JOSÈPIIE
Cependant, à la mort d'Agrippa, on empêcha Tenipereur de donner ses états à son fils trop jeune. Ils furent réunis îi l'empire, et la tra"-édie commença qui devait se dénouer par la ruine de Jérusalem. Il ne peut être question d'en esquisser ici môme les grands traits, niais seulement de relever les épisodes où l'intervention surnaturelle de Dieu promise et espérée suggère la mise en action du messianisme, au moins dans un sens large.
Sous le procurateur Fadus, un certain Theudas, un imposteur, persuade à une foule nombreuse de le suivre, avec tout ce qu'elle a, dans la direction du Jourdain. Il prétendait être prophète et annonçait que le fleuve se fendrait sur son ordre pour leur fournir un passage facile. Il est clair qu'il n'a pas convoqué le peuple seulement pour assister à un miracle. Il veut, nouveau Josué, reproduire la scène du passage du Jourdain, et conduire sa bande à Jérusalem, où il a sans doute l'intention de se faire proclamer roi. Fadus le fait attaquer, et on porte sa tête à Jérusalem,
L'empire ne pouvait pactiser avec ces révolutionnaires; mais quand les Juifs réclamaient par les voies légales, ils obtenaient le plus souvent satisfaction; le soldat qui avait mis en pièces la thora fut exécuté, ainsi que Celer, tribun qui avait pris parti pour des Samaritains pillards; le procurateur Cumanus fut envoyé en exil (1 î.
Claude était demeuré très attaché aux princes hérodiens, et par eux à la nation dont ils plaidaient la cause. Néron se montra généreux pour Ag"gripa 11, mais laissa les mains libres à ses procurateurs. Dès lors le désordre redoubla. « Le pays, dit Josèphe dans les Antiquités, était plein de brigands et d'imposteurs, qui trompaient la foule » (2). Dans la Guerre il avait accentué l'enthousiasme religieux des séditieux. Si leurs chefs ont les mains plus pures que les Sicaires, leur esprit est encore plus perverti et ils sont plus dangereux pour le peuple qu'ils séduisent : « Car des hâbleurs et des charlatans, sous prétexte d'inspiration divine, profitant des révolutions et des changements, persuadaient à la foule de s'abandonner à un transport sacré, et les conduisaient dans le désert, comme si Dieu devait leur y donner des signes de liberté » (3).
Un des plus célèbres de ces imposteurs était venu d'Egypte, probablement par le pays d'Édom et l'au-delà du Jourdain. « Il se donna comme prophète et rassembla 30.000 hommes égarés par lui; il les amena du désert au Mont nommé des Oliviers, se proposant de passer
(1) Ant. XX, V, 4; XX, vi, 2 et 3.
(2) Ant. XX, VIII, 5.
(3) Bell. II, xiii, 4; cf. Ant. XX, viii, 6.
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.le lorco ;\ .léi'usalcin. de vaincre la garnison romaine et d'exercer la tvrannie sur le peuple avec l'aide de ses satellites » (1). D'après les A/tlif/iti/rs (-2 , il pi'onieltait (pie les murs de la ville tomlioraient à son commandement; celait doue encore un nouveau .losué, avec le souvenir des trompettes de Jéricho.
Félix les surprend, en tue cpialrc cents; l'Égyptien disparait. Les brigands (pii tenaient la campagne n'étaient point des voleurs ordinair(\s; ils ap[)elaient le [)eui)lc à l'indépendance.
Nouvelles tentatives sous Porcins Festus, successeur de Félix : un charlatan promettait le salut et la (in de tous les maux si on voulait le suivre dans le désert :{ .On le tue. Toutes ces folles entreprises étaient donc facilement réprimées. Il est clair (jue les meneurs n'auraient jamais réussi à soulever la nation simplement en promettant des prodiges. Dans laU'aire de l'Égyptien, on vit même le peuple de Jérusalem prêter main forte aux armées romaines. Et, d'autre part, il est vraisendjlablc ([ue la révolte naurait jamais éclaté, générale, formidable, résolue à tout braver et à tout souifrir, si le sentiment religieux n'avait été en jeu. C'est Josèphe lui-même, si soucieux de dissimuler le rùle du messianisme dans toute cette aflFaire, qui lâche le mot et (pii dit tout net : « ce qui les excita le plus à la guerre, ce fut un oracle écjuivoque semblablement trouvé dans les saintes Lettres, (jue vers ce temps-là que'qu'un venu de leur pays gouvernerait toute la terre » V). Josèphe, nous l'avons vu, ne se risque ici à confesser cet oracle que parce qu'il le déclare ambigu et qu'il l'applique à Vespasien. Son aveu n'en est pas moins à retenir.
Les espérances messianiques furent donc une des causes principales, Josèphe dit même la cause principale, de la guerre. Dans quel sens?
La guerre de l'indépendance ne fut point une entreprise réfléchie, menée par les chefs naturels de la nation, les familles des grands prêtres, l'aristocratie et les docteurs de la Loi. Elle débuta par une explosion populaire trop justifiée par les exactions de Gcssius Florus. Pareil fait s'était vu déjà, et la paix pouvait être facilement rétablie. Josèphe accuse Gessius Florus d'avoir tout fait pour amener une conflagration générale ; le procurateur risquait donc d'être sacrifié
(1) Bell. II, XIII, 5.
(2) Anl. XX, VIII, G.
(3) Anl. XX, VIII, 10.
(i) Bell. VI, V, 4 : To ô' i-âpav aJTO-j; ixâ/.'.ijTa T:pà; tÔv 7tô).£[iov r,v x?''(<r[A"o; àa^iêoXo; o|xotb>; Èv Toî; Upoî; eûpirnjLevo; '(ç>i\L\i7.<ji'f, ôj; v.ot-à. tov xatpôv èxeîvov àuô tt); -/wpa; aOràiv ti; dtpUi "rii; oi/.oj[x£vr,;. C'est le texte de Niese. Le |)lus grand nombre des manuscrits et Kusèbe, Hist. eccl. III, 8, 10, éd. Schwarlz, ont ti; ajtwv, mais aOxûv ti; est plus satisfaisant comme sens ol jilus cfiuivo(|U('.