IV. MESSIANISME. o
3i I.i: MKSSl VMS.MK l)-.\lM{i:S I.KS KCIUVAI.NS .iriFS IIELLKMSTIQUES.
Isnu'l ost ilonc ici assiniilr à nu saiic, comme les sages sont par excellence les Israélites. 11 y avait dans la réalité quelques ombres à ce tableau. IMusicni-s Israélites étaient infidèles à la Loi, quelquesuns même au culte d'un seul Dieu, ils ne scrai(>nt pas non plus frustrés de la félicité promise aux justes, à la condition de faire pénitence.
C'est cet aspect de la (jucstion (]uc présente le traité De exsecrationibus. Il commence par décrire les maux qui accompagnent le pécbé de ceux «pii s<' sont laissés aller ;\ l'idolAlrie, oubliant le culte du seul Dieu (pi'ils avaient appris dés l'enfance. Mais s'ils se repentent, ils obtiendront le paidon. « Et (1) môme s'ils se trouvaient aux extrémités de la terre, dans l'esclavage, auprès des ennemis qui les ont emmenés captifs, tous seront délivrés en un seul jour, comme k un signal, à cause de l'impression que causera sur leurs maîtres cette conversion soudaine à la vertu ; car ils les laisseront aller, confus de commander ;\ de meilleurs qu'eux-mêmes. Et (2) lorsqu'ils auront obtenu cette liberté inattendue, eux, qui naguère étaient dispersés dans la C.rèce et les pays barbares, les îles et les continents, tendront d'un seul élan, cliacun de son coté, vers le lieu désigné, guidés par une apparition plus divine qu'il n'est dans la nature humaine, invisible aux autres, manifeste seulement à ceux qui sont sauvés » (3).
.M. Schiircr (i) refuse de voir le Messie dans cette apparition surnaturelle; ce serait plutôt une colonne de feu comme à la sortie d'Egypte, .assurément le terme de Messie ne serait pas justifié; mais cette apparition qni dépasse les proportions cle la nature bumaine semble bien se présenter sous des traits humains; on dirait d'un ange qui se fait guide dans des conditions moins modestes que l'ange Uapliaël dans Tobic. Ce qui est tout à fait surnaturel, c'est cette conversion générale au même moment; il faut évidemment supposer qu'elle suit quelque manifestation de la toute-puissance divine donnant le premier signal fô). La conversion est due tout d'abord ;i la bonti' de \\\v\\, puis à l'intercession des ancêtres, dont les âme^ snj)plient Dieu [jour leurs fils et leurs filles; elle a pour terme de plaire à Dieu comme des lils à leur père.
(1) Dr essccralinnihus, viii.
(2) Dp ersecrationihus, ix.
(3i ... ôp[t^ |xiâ Tzçibi l't'x (T'jvTîvo^i'.v à/).a/i^9£v â).),o'. tov àzoîsixOÉvTa ywpov, ^svaYOujiEvoi Koô; Tivo; OttoTÉpa; rj xaxsi çûatv àvOptoirivr.v ôI/îw;, àofjXo-j [liv éiÉpot; (lôvot; ôè toi; àvacrw- Ç'>|iîvoi; <fifavoO;(Dc cas, ix; Colin, lOji.
(4) Geschiclite..., II», p. 60'.!-
(3) Ce signal elail une idée assez familii-re à Philon jiour qu'il s'en servit dans une cora- |iaraison : y.aOd:T£p oiv dvôptôno'j; £v ÈgryaTiai; à-(j)y.t(T[x£vciy; paSiw; <âv> évt xeXe J(T(i.aTi ouva- "fÏYoi ô Hto; à-o iiEpâTwv el; ô ti àv 0£).r,<7r, -/wptov {De pracmiis, xix; Cohn, 117).
l'IIll.U.N DAI.EXANDIilt:. 3:;
« Lorsqu'ils seront arrivés, les villes naguère ruinées seront rebâties, le désert sera habité et la terre stérilisée deviendra fertile, de sorte que le bonheur des pères et des ancêtres paraîtra peu de chose au prix des biens inépuisables du présent; découlant de la grùce de Dieu comme de sources perpétuelles ils donneront à chacun en particulier et à tous en commun une richesse victorieuse de l'envie » (1). Les ennemis des nouveaux convertis seront vaincus.
Tous ces traits sont traditionnels quoique estonipés. Il est impossible de regarder le messianisme de Philon comme un facteur important de sa doctrine, ni comme une création tout à fait originale. Cependant c'est bien lui. Il semble que, suivant sa coutume, il en a conservé les traits en les conciliant avec ses idées philosophiques et aussi avec les préjugés hellénistiques. Présenter le messianisme comme l'apanage de sa nation, comme une revanche politique ou sociale, comme un privilège dû à sa race, c'eût été s'exposer à provoquer plus de résistances que de sympathie. En apparence, Philon propose le bonheur rêvé comme la récompense des sages, de ceux qui pratiquent la loi naturelle et la vertu. Mais ceux-là se trouvent être des Juifs, à cause de l'excellence de la loi mosaïque qui est la règle de leurs actions. Comme d'autre part Philon accueillait très largement les prosélytes, il pouvait soutenir que la félicité à venir était promise et due à la seule vertu. Et cela était une conciliation qui dissimulait l'àpreté des revendications nationales. Le Messie personnel n'avait pas grand'chose à faire dans une conception stoïcienne, où chaque sage est roi.
Il y aurait eu une autre manière de rendre le messianisme svmpathique aux Grecs. C'eût été de déclarer qu'il n'y avait plus ni Juifs, ni Grecs. Philon, demeuré Juif, et très Juif, malgré ses prétentions à une culture hellénistique, n'y a évidemment pas songé. Il aurait pu se rapprocher de saint Paul d'une autre manière. Le peuple juif était pour Philon, qui a sans doute emprunté cette pensée à l'Exode (2), un peuple de prêtres, chargé de prier pour tous les hommes, de détourner d'eux les maux et de leur obtenir les biens (3). Il y a jilus. Le vêtement même du grand prêtre indiquait qu'il devait prier, non seulement pour le peuple mais encore pour tous les hommes, et non seulement pour tous les hommes, mais encore pour tout le monde et
;i^ De exsecrationibus, xix.
;'2) Ex. XIX, G : OaîT; oè lasaOé ij.o'. Pxar{).£iov IspàTî'jixa y.al éOvo; ay.ov.
(3) ... Ê9vo"j;, o~£p £iAî),/.£v â; àîrxvTojv Tôiv à'X/ojv UpicrSa'. Ta: •jnèp toO ylvov; twv àvSpwrtov aîtl 7:o'.r,aô[i£vov îùyà; ÛTtÉp tî y.ay.ôjv à-oipoTt?;; xai [i.cTOJTÎa; àyaOùiv (De vit. Mos. I, \xvii : Cohn, liO,.
;;C. I.K .Ml>M.\MSMi: hAl'UKS I.KS KCIUVAINS .11 US IIRIJ.EMSTIQUES.
SCS L'irmonts. hi terre, l'eau, lair et le feu ,1). Or il na pas soupçonné un seul iustaut cpie ee rôle de médiateur pût être un jour rempli par le Messie, parce (pie. phil..soi)he-cxéi;ète, il était absorbé dans l'étude de la I.oi, et comptait beaue.uip j)lus sur elle (pie sur le Messie pour faire la conquête du umude. Tout cela est très sit^nilieatif. Si la contribution de Philon ;\ lliislniiv des idées mcssianir[ucs est mince, elle nen a pas nu.ins une portée considérable. Ce penseur, cet hellénisant, ce conciliateur et cet universaliste n'attribuait au Messie quun rôle militaire épis»tdi<pn'.
(1) T(r.v ji£v l'àp â»wv ot hpti; OnÈp oîy.£(wv xal çi/wv xai Tîoy.'.TÙiv aOtb (lôvov sîwOa'ji Tci; « vjxà; xal O'jaia; ^tiiteXeîv. 'O ûà twv 'louSaîuv àpy.tEpsy; oO ixôvov ûitèp fiitavTo; àvôpwrwv v£>ou;. à)),à xal vTtÈp tûv tij; ^Oseu; (a^P^v. -fn;. GîaTo;. àï'poç xai Trupô; Ta; te s-ixà-: xat -à; tCxapioria; TîoiEÎTai (M. II, l». 227, tlaprès Beutiioi.et, /. /., p- '281, note 2).