DEUXIEME PARTIE
CHx^PlTRE PREMIER GÉNÉRALITÉS SUR LES APOCALYPSES APOCRYPHES.
Il ne saurait être question ici ni d'une étude complète de toutes les apocalypses juives, ni d'un exposé détaillé de leurs doctrines. Le dépouillement des idées a été ifait en dernier lieu par M. Volz (1), qui les a correctement rangées sous certaines rubriques. Notre sujet est plus étroit; nous nous attachons surtout à l'eschatologie et au messianisme des apocalypses. C'est le thème traité récemment par iM. Baldensperger (2). Avant d'y entrer, il est nécessaire d'indiquer les sources ; nous le ferons très brièvement pour ne pas insister sur certains points déjà souvent traités. Les apocalypses canoniques sont exclues de ce travail qui comprend le livre d'Hénoch (3 , le livre des
(1) Jiidische Eschatologie von Daniel bis Akiba, dargeàtellt von Paul VoIz, Tiibingen,
(2) Die messia'nisch-apokalyptischen Hoffnungen des Judenthums, vonW. Baldensperger, 3° éd. ooinplèteraent revue, Strassburg, 1903.
(3) Charles, The book of Enoch, translated froiu Professor Dillmann's ethioplc lext eniended and revised in accordance with hitherto uncollaled ethlopic MSS. aiul with the Glzeh and other greek and latin fragments which are hère published in fuU, with introduction, notes, appendices and indices. Oxford, 1893. — Béer, Dus Buch Henoch, traduit en allemand avec une introduction et des notes, dans Die Pseudepigraphen des alten Testaments, de Kautzsch, Tubingen, 1900. — Das Buch Henoch, dans l'édition de Berlin des auteurs grecs ecclésiastiques, texte grec édité par L. Radermachcr; traduction en allemand du texte éthiopien par Joh. Flemming, Leipzig. 1901. — Fr. Martin, Le livre d'Hénoch, traduit sur le texte éthiopien, Paris, 190G. — Charles, The ethiopic version ofthe book of Enoch edited from twenty-three MSS. together with the fragmentary greek and latin versions, Oxford, 1906.
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secrets crilénoch (fi, le livre <lrs .liiJjilés 2), quoiqiril n'appartienne pas eomplètcmeut au nirmr i:em-e, divers passages des Livres sibyllins (3), l'Assomption de Moïse (V), les Testaments des douze Palriarehes '^5), rApocaly[)sc d'Esdras (G), appelée aussi le IV' d'Esdras, l'Apocalypse de Haruch (7), l'Apocalypse d'Abraham (8). Notre but
(1) Le linr ilis secirls (i Ih-novli ou le livre xlarr d'Ilciioch, existe dans deux recensions, l'une pins lon;;ne (A} [«ublièe jiar l'ojiov en 1880 d'après un nis. écrit dans le dialecte du sud de la Uiissie. de ir.T'.); l'autre II) jinbliee par Novakovic en 1884, d'ajjrès un ms. H.erbe du xvi' s. Traduction an>;laise de Morlill, coininenlée par Charles en 1896; allemande, de IJonwelsclj : />«< slavisclif Jlfiior/ilnic/i, Uerlin, IS'JG. Dans ce dernier ouvrage qui nous sert de base, les deux recensions sont publiées intégralement; pour la rccension serbe, un ins. de Vienne, 1res sendilaliie. a été consulté. Des fragments conservés dans des mss. slaves anciens >onl pour 1 ensemble conforme à B, qui est, selon nous, la recension la plus ancienne.
(2) CiiAni.Ks, T/ir booh ofjubilees or thc. lUlle Genesis, London, 1002, Cet ouvrage écrit d'abord en bébren a été traduit du grec, et c'est du grec que procède la version latine, qui comprend environ un tiers de l'ouvrage, et la version éthiopienne qui est complète, sauf peut-être des lacunes insignifiantes. Le texte latin a été publié par M?"^ Cep.iam, Monumenia sacra el profana, 1861, t. I, fasc. 1, p. 15-62; édité ensuite par Ronscii, das Buch der .fuhilnni. Leipzig, 1874. Le texte éthiopien est conservé dans quatre manuscrits : a) à Paris, b) au British Muséum, c) à Tiibingen, d) dans la collection de M. d'Abbadie. L'édition df Dillmann en 18.V.) est fondée sur c, d. Celle de Charles en 1895 sur les quatre mss. Tr.i- «luction an-laise citée de Charles, allemande de Litlinann dans les Apocryphes de Kautzsch, 1900. Il existe aussi un fragment .syriaque (CKitrvM, Mon. sac, 1861, H, fac. 1, p. 9-10) <onlenanl les noms des femmes des patriarches, mais l'existence d'une version totale n'est pas prouvée.
(3) Die Oracula sihyllina, bearbeilcl im Auftrage der Kirchenvater Commission... von Dr. Joh. Gefl'cken, Leipzig, 1902. — Gr.TVCKf.^, Komposition und Entstehungszeil der Ora- <ula sihyllina; cf. Boisskt, dans Zeitschrift fur die neut. Wissenschaft, 1902, p. 23 ss.; ScniiiiER, Tfieol. Literalurzeitiing, 1903, p. 629 ss., RB., 190i, p. 627 ss. Il faut toujours consulter Aluxam.re, Oracula .vi</(/«i»rt, volumen allerum (contenant les exr«ri!/s), Paris, 1850.
(4) Sur ÏAssumplio Mosis, cf. RB., 1905, j». 481-486.
(5) Les Testaments des douze Patriarches existent en grec. Des mss. existants quatre sont utilisés dans Simier, Testamenla MI Patriarc/iarum, ad lidem codicis Cantabrigiensis édita, accédant lecliones cod. Oxonicnsis, Cambridge, 18G9; et Appcndix containing a collection of the Roman and Palhmos mss. and bibliographical notes, Cambridge, 1879. — II existe une recension arménienne plus courte dont les variantes ont été .signalées par .H. Co>YnEAUE, Jeuish Quarlerhj Revieir, 189.3, p. 375-398; 1896, p. 260-268 et 471-485. Un testament de Ne|>hta!i existe en hébreu dans la Chronique de Jerachmcël; cf. Apocrypfirii de Kautzsch, II, p. 4.58 ss. L'ouvrage capital est maintenant celui de M. Charles, T/ie yreeli versions of thc tcslame.nts of the twclve Palriarchs edited from nine mss. logelhcr wilh the variants of the armenian and slavonic versions and some hebrew fragments b> R. H. Cn\iii,Es, Oxford, Clarendon Press, 1908 et The tcslamenls of the twelvc Palriarchs. Iranslaled from the edilors' greek texl, and edited, wilh introduction, notes and indices, by R. H. Chaules, London, Black. 1908.
(6; Sur Esdras, cf. Rli., 1905, p. 486-501. Le texte latin est cité d'après Bknslv, The fourlh book ofEzra, Cambridge, 1895. — Cf. Léon Vacanxv, Le problème eschalologiqne dans Ir II' lier d'Esdras. Paris, 1906.
(7j Sur VApocalypse de Baritch, cf. RB., 1905, p. ."iOl-Sll. Nous la citons en latin d'après la traduction sur le syria<|u.- de |-|:nzscni:, Lihri apocryphi veteris tesiamenli... Lipsiae, 1S71. « -" i ■>
(8) Sur VApocalypse d'Abraham, cf. RB., 1905, p. 511-514.
est moins" d'être complet que de saisir, s'il se peut, les grandes lignes de cette littérature étrange, et de suivre son développement et ses transformations.
C'est une tâche délicate que de mettre un peu d'ordre dans ce chaos, au risque de sacrifier mainte nuance à la nécessité d'aboutir à des idées générales, tâche nécessaire cependant à cause de l'importance extrême — disons tout de suite disproportionnée — que l'on attache aujourdhui à ces produits d'un temps à la fois agité et épuisé par la fièvre. Au surplus le lecteur qui aurait eu le courage de les lire et de les relire pourra se dispenser de nous suivre, car il aura recueilli certainement de cette lecture l'impression que nous voudrions communiquer, d'un gigantesque effort dans le vide, ou d'un rêve ennuyeux,] avec quelques éclairs de bon sens dans le cauchemar d'un malade, et parfois de réelles beautés (1), avec un accent religieux, et plus encore nationaliste, sincère et passionné.
L'apocalyptique a fleuri d'environ 160 av. J.-C. à 120 après. Nous avons à nous demander en quoi elle consiste comme genre littéraire, quelles sont ses doctrines, surtout en ce qui regarde les fins dernières et le Messie, dans quel sens elle a évolué et quelle a pu être son influence.